Droite, gauche… feu à toutes les prisons !

Prison: 24.000 places en plus d’ici 2017, dont une partie en partenariat public-privé

Les députés ont voté mercredi soir la création de 24.000 places de prisons supplémentaires d’ici 2017, dont une partie sera construite dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), et dont certaines seront réservées aux détenus condamnés à moins d’un an de prison.

« C’est une nécessité absolue aujourd’hui », a plaidé le député Eric Ciotti UMP) qui avait remis avant l’été un rapport au chef de l’Etat sur l’inexécution des peines pénales, en réponse à une opposition qui taxe ce projet de « fuite en avant ».

Il s’agit de réduire de 35.000, sur 87.000 actuellement, le nombre de peines en attente d’exécution d’ici 2017. Ces peines ne concernent que les délits, et non les crimes.

Toujours à même horizon 2017, le texte révise le classement des établissements pénitentiaires: « sécurité renforcée », « normale », « adaptée » et « à sécurité allégée ». Ces dernières structures, 6.000 au total, seront destinées aux « courtes peines », soient « inférieures ou égales à un an » de prison. Une partie de ces places sera construite dans le cadre de partenariats public-privé, prévoit le texte.

« Tout est concentré sur l’enfermement ferme », a déploré Dominique Raimbourg (PS). « Nous ne sommes pas opposés à toute construction », a-t-il expliqué, estimant qu’il faut « 65.000 places », soit égal au nombre actuel de détenus, et faire en sorte de « remplacer les vétustes ».

« Cela veut dire 15.000 surveillants en plus, je ne suis pas sûr que vous avez les budgets », a interrogé pour sa part l’ancienne ministre de la Justice socialiste, Marylise Lebranchu. Concernant les PPP, elle a estimé que « cela coûtera plus cher » et que « cela rapportera à des grands groupes ». La nouvelle prison de Lyon, construite en PPP, avait connu à son ouverture des déboires en 2009.

AFP, 12 janvier 2012

[Ingrandes] « La seule chance, c’est que c’est une boîte structurée où il y a une forte tradition syndicale »

Fonderie Aluminium :  » Il y aurait trois repreneurs « 

L’avocate du CE de la Fonderie Alu, M e Malika Ménard, évoque le dossier à six jours d’une audience déterminante au tribunal de commerce de Nanterre.

Me Malika Ménard : « C’est plutôt rassurant de savoir que le mandataire a trois projets de reprise ». –

La prochaine audience de tribunal de Nanterre approche (*). Où en est le dossier de la Fonderie Alu ?

« Officieusement, il y aurait trois repreneurs (voir par ailleurs). On entend dire que le 3e projet de reprise, ce serait un plan de continuation de Montupet. Ce serait une grosse surprise ! »

 

Vous êtes plutôt confiante ?

« C’est plutôt rassurant de savoir que le mandataire a trois projets de reprise. Ça veut dire que des gens ont envie de continuer avec nous. Mais je le répète : je suis très surprise de l’éventuel revirement de Montupet. Ça me scotche un peu.

«  Je suis très surprise du revirementde Montupet  »

Je ne comprends pas pourquoi ils changeraient de comportement alors qu’ils affirmaient que l’usine n’était pas viable sans leur plan de compétitivité. »

Mais l’espoir revient quand même…

« On est là parce que depuis le départ on y croit ! Sinon, on n’aurait pas accepté la liquidation depuis novembre. Il y a une vraie spécificité de cette entreprise avec une compétence particulière des salariés […] C’est une belle boîte avec une vraie optique de développement. C’est une entreprise qui ne doit pas avoir de difficulté économique si on lui donne suffisamment d’activité. »

Vous jugez comment l’attitude du gouvernement dans cette affaire ?

« Pour l’instant, ce ne sont que des paroles. Mais tous les soutiens d’où qu’ils viennent sont les bienvenus, vous savez. Après le changement de position de Renault, en fin d’année, on peut croire qu’il y a eu une intervention réelle de la part du gouvernement. »

Vous exigez quoi des projets de reprise ? Que tous les emplois soient sauvés ?

« Oui, on se battra sur le nombre de salariés repris et sur la pérennité de l’entreprise. Il faut un vrai projet industriel. On doit se poser pour des années. On ne veut pas d’un repreneur qui vient pour pomper des savoir-faire et de l’argent. »

Vous connaissez d’autres cas où ce type de chantage aux salaires s’est produit ?

« Il y a des entreprises dans la région où ça s’est fait. Même si ce n’est pas du niveau de Montupet. Pour la fonderie, la seule chance c’est que c’est une boite structurée où il y a une forte tradition syndicale. Les gens se sont battus tout de suite. Ailleurs, où il n’y a pas de vraie représentation, les salariés baissent les bras. Le problème, c’est qu’on n’a pas de cadre juridique pour empêcher ça »

Plus globalement, vous constatez une dégradation du climat social avec la crise ?

« Oui, ça s’est considérablement dégradé. On a des entreprises qui font de l’argent mais il n’y a pas de hausse de salaires et il n’y a plus de dialogue social. C’est devenu très difficile ! »

(*) L’audience est prévue mercredi prochain mais une demande de report au 25 janvier a été déposé par l’administrateur judiciaire.

en savoir plus

Probable visite d’Eric Besson à la fonderie, lundi

De source syndicale, le fondeur français Arche (1.200 salariés, six sites de production) et Aiken, un investisseur américain, serait sur les rangs pour la reprise de la fonderie. Montupet aurait donc aussi déposé un dossier de continuation d’activité. Une demande de report d’une semaine de l’audience du 18 janvier à Nanterre, a été déposée par ailleurs par l’administrateur judiciaire, selon Éric Bailly de la CGT Fonderie. Ce délai permettrait de parfaire les dossiers des repreneurs et de laisser passer une nouvelle réunion sur le sujet avec Renault, prévue le 20 janvier. Enfin, on a appris, hier, qu’un membre du gouvernement, en l’occurrence le ministre de l’Industrie Eric Besson, devrait se déplacer à Ingrandes dans les tout prochains jours, probablement lundi.

Nouvelle République, recueilli par Franck Bastard, 12 janvier 2012

[Washington] Rassemblement contre Guantanamo

Dix ans après, une chaîne humaine à Washington demande la fermeture de Guantanamo

Plusieurs centaines de manifestants ont formé une chaîne humaine mercredi à Washington, de la Maison Blanche à la Cour suprême, pour protester contre les dix années d’existence de la prison de Guantanamo, malgré les promesses de fermeture de Barack Obama.

Des manifestants réclament la fermeture de la prison de Guantanamo le 11 janvier 2012 devant la Maison Blanche à Washington.

Des manifestants réclament la fermeture de la prison de Guantanamo le 11 janvier 2012 devant la Maison Blanche à Washington.
 

« Dix ans de trop ! Dix ans, ça suffit ! », ont scandé pendant deux heures et demi les manifestants parmi lesquels 200 personnes étaient vêtues des célèbres combinaisons oranges et encagoulés de sacs noirs, symboles du centre de détention américain situé sur l’île de Cuba.

« Nous sommes ici avec notre colère, notre énergie et même avec notre espoir pour demander à Obama et à la Cour suprême de fermer Guantanamo », a dit Frida Berrigan de l’association Témoins contre la torture, un des organisateurs de la manifestation.

Devant la Maison Blanche, les faux détenus se sont rangés en formation sur quatre rangs, avant de partir les uns à la file des autres et en silence vers la Cour suprême, à la manière d’un convoi de prisonniers.

Certains manifestants en treillis mimaient des violences faites aux détenus, d’autres portaient sur leur dos des photos ou les noms de détenus morts à Guantanamo.

Un ancien soldat, un avocat de détenu parmi d’autres protestataires ont conclu la manifestation devant la Cour suprême, appelant à signer une pétition pour fermer Guantanamo sur closeguantanamo.org.

D’autres rassemblements se sont tenus en Europe et au Canada.

« Il y a eu plus de morts à Guantanamo que de détenus jugés », a souligné Vincent Warren, directeur du Centre pour les droits constitutionnels (CSIS), un autre organisateur. Huit détenus ont péri et six ont été traduits en justice.

« Aujourd’hui est un triste jour », a déclaré John Hutson, ancien juge militaire qui s’était « tenu fièrement derrière le président » Obama quand il a signé le décret de fermeture de la prison en 2009.

« Trois ans après, au 10e anniversaire de son ouverture, Guantanamo reste une tache dans nos efforts pour mettre fin au terrorisme et pour promouvoir le droit », a ajouté ce contre-amiral de la Marine à la retraite, lors d’une conférence de presse.

Le 11 janvier 2002, une vingtaine de détenus arrivés d’Afghanistan étaient emprisonnés dans les cages à ciel ouvert sur la base navale américaine que Washington loue à Cuba en vertu d’un traité américano-cubain de 1903.

Aujourd’hui, 171 hommes croupissent encore dans ses geôles sur les 779 qui y ont été détenus, la plupart sans inculpation ni jugement. 89 d’entre eux ont été jugés « libérables » par les autorités militaires mais leur retour dans leur pays est empêché par une loi votée au Congrès.

Amnesty International, qui appelait également à manifester, a publié un rapport sur « une décennie de dommages aux droits de l’homme », dans lequel il pointe que la prison « n’est pas seulement le symbole d’abus et de mauvais traitements » mais aussi « d’une atteinte aux principes internationaux des droits de l’homme » qui se poursuit aujourd’hui.

« Dans ses premiers jours, Guantanamo était une anomalie » mais dix ans après « ce qui était une exception est devenue une norme », a renchéri Baher Azmy, qui a défendu un ancien détenu de Guantanamo. « Aujourd’hui, beaucoup comme lui sont encore bloqués là-bas à cause du jeu politique du Congrès et de l’extrême timidité de l’administration Obama », a-t-il fustigé.

La Maison Blanche a affirmé lundi qu’il était toujours dans son objectif de fermer à terme la prison, malgré les « obstacles ».

A Ottawa, une douzaine de manifestants ont bravé le froid polaire pour réclamer devant l’ambassade des Etats-Unis « la fin des détentions illégales » et le retour du détenu canadien de Guantanamo Omar Khadr.

A Stockholm, l’image d’un détenu était projetée contre un mur et chaque signataire pouvait symboliquement effacer les barreaux de la cellule.

A Paris, la réplique de la statue de la Liberté a été brièvement drapée d’une bâche orange mardi.

AFP, 11 janvier 2012

Divers liens en vrac sur la critique de l’urbanisme

Henri Lefebvre sur l’urbanisme (1972) (4 parties) :

http://www.youtube.com/watch?v=CiHfntd7jIs&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=gi-jCNq0PpI&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=-_0zW375RHs&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=v2rLs95Op_o&feature=player_embedded

L’urbanisme sert à faire la guerre – Fabien Bon :

http://graindesel.fr.gd/L-h-urbanisme-sert-%E0-faire-la-guerre.htm

Site laboratoire urbanisme insurrectionnel :

http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.com/

L’aménagement du territoire – non fides :

http://www.non-fides.fr/?L-amenagement-du-territoire

Brochure Gentrification Urbanisme et mixité sociale :

http://apache-editions.blogspot.com/2010/02/gentrification-urbanisme-et-mixite.html

L’urbanisme à travers l’histoire – Lewis Mumford (trad JP Garnier) :

http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_432.pdf

Urbanisme, architecture et maintien de l’ordre, conf de JP Garnier :

http://anarsonore.free.fr/spip.php?article1

Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes – Philippe Simay :

http://metropoles.revues.org/2902

Dérive d’avant-garde (sur l’urbanisme unitaire situationniste) (OT n°6, 1999) :

http://barthelemybs.wordpress.com/2009/04/18/derive-davant-garde-sur-lurbanisme-unitaire/

Critique de l’urbanisme :

http://i-situationniste.blogspot.com/2007/04/critique-de-lurbanisme.html

L’urbanisme unitaire à la fin des années 50 :

http://i-situationniste.blogspot.com/2007/04/lurbanisme-unitaire-la-fin-des-annees.html

Divers textes sur l’urbanisme -infokiosques :

http://infokiosques.net/urbanisme

La fin des barricades – Entretien avec Eric Hazan :

http://www.contretemps.eu/interventions/fin-barricades-entretien-eric-hazan?page=3

L’urbanisation du capital – David Harvey :

http://sites.google.com/site/kundevonnirgendwo/home/doc/Harvey-Urbanisationducapital.pdf?attredirects=3

Le droit à la ville (2008) -David Harvey :

http://raumgegenzement.blogsport.de/2010/09/23/david-harvey-le-droit-a-la-ville-2008/

« Gentrification » : une notion importée… et importune – JP Garnier (en 2 parties) :

http://raumgegenzement.blogsport.de/2010/09/23/jean-pierre-garnier-gentrification-une-notion-importee-et-importune-1/

http://raumgegenzement.blogsport.de/2010/09/23/jean-pierre-garnier-gentrification-une-notion-importee-et-importune-2/

Contre la ligne Lyon-Turin : tract argumentaire du collectif No Tav-Savoie

Contre la ligne Lyon-Turin : tract argumentaire du collectif No Tav-Savoie

 

Le collectif No Tav Savoie propose une synthèse des arguments pour s’opposer à la ligne de train à grande vitesse Lyon-Turin, à partir de ce côté des Alpes, alors que continue en Val Susa, côté italien, une opposition radicale à ce projet.

Pensé depuis 1994, un projet de nou­velle liai­son fer­ro­viaire pré­voit de creu­ser le plus long tunnel d’Europe (57 km) pour faire fran­chir les Alpes à 40 mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses par an, et pour faire gagner du temps aux voya­geurs entre Lyon et Turin. Annoncée pour 2023, cette auto­route fer­ro­viaire coû­tera au moins 24 mil­liards d’euros (7,7 pour la partie fran­çaise + 6,3 en Italie + 10 pour le tunnel inter­na­tio­nal). Elle impli­que, en plus du tunnel inter­na­tio­nal, le creu­se­ment de tun­nels sous les mas­sifs de Belledonne, de Chartreuse et de l’Epine, et la cons­truc­tion de 200 km de voies nou­vel­les en France.

En Italie, le projet appelé TAV (« treno alta velo­cità ») se heurte à une résis­tance déter­mi­née de tous les habi­tant.es du Val di Susa depuis plus de dix ans. Le chan­tier n’a pas réel­le­ment com­mencé sur les ter­rains du site de la Madalena, puisqu’ils appar­tien­nent encore aux oppo­sant.e.s ita­lien.ne.s, les « No Tav ». Juste à côté, les pel­le­teu­ses sont pro­té­gées par un fortin grillagé et des cen­tai­nes de poli­ciers et sol­dats en per­ma­nence, pour un sur­coût d’au moins 50 000 euros par jour. Le mou­ve­ment No Tav dénonce depuis tou­jours cette mili­ta­ri­sa­tion du Val di Susa au ser­vice d’inté­rêts mafieux, pour un projet à la fois coû­teux, inu­tile et néfaste.

En France, cer­tains croient que la liai­son Lyon-Turin résou­dra tous leurs pro­blè­mes : les habi­tants subis­sant le pas­sage des camions pen­sent que le train va rem­pla­cer les poids-lourds, et les che­mi­nots, vic­ti­mes de la pri­va­ti­sa­tion du fret en 2007, espè­rent défen­dre leur métier en sou­te­nant la LGV. On voit aussi des élus de tous bords, reni­flant le pres­tige qu’ils pour­ront reti­rer du « chan­tier du siècle », en faire la pro­mo­tion.

C’est ainsi que le Lyon-Turin, ce gas­pillage monu­men­tal dont les seuls béné­fi­ciai­res réels seront l’indus­trie fer­ro­viaire, le BTP et l’économie pro­duc­ti­viste, est devenu comme par magie à la fois créa­teur d’emplois, de richesse, et de pureté écologique. Et c’est ainsi que depuis dix ans, les chan­tiers pré­pa­ra­toi­res au projet ont pu avan­cer en Maurienne sans ren­contrer d’oppo­si­tion effi­cace.

Pourtant, tous les éléments concrets indi­quent que cette nou­velle liai­son fer­ro­viaire :

- ne rem­pla­cera pas les poids lourds, mais va au mieux les dépla­cer ailleurs.

- est com­plè­te­ment inu­tile étant donné la sous-uti­li­sa­tion des capa­ci­tés de la ligne fer­ro­viaire his­to­ri­que.

- va affai­blir la situa­tion économique des val­lées

- va pro­vo­quer quinze ans de nui­san­ces le long de son trace : bruit, pous­siè­res, aug­men­ta­tion des ris­ques d’acci­dents et de pol­lu­tion de l’eau.

- va dégra­der dura­ble­ment les ter­ri­toi­res par ses déblais colos­saux, la cap­ta­tion des eaux sou­ter­rai­nes et le béton­nage d’espa­ces natu­rels et agri­co­les.

Voici la syn­thèse de tous ces éléments, issus de sour­ces ins­ti­tu­tion­nel­les dis­po­ni­bles sur inter­net, de la presse, et d’enquê­tes de ter­rain :

Un projet totalement inutile

D’après le dépar­te­ment fédé­ral des Transports de la Confédération Suisse (*), le volume total de mar­chan­di­ses tran­si­tant sur route et rail au Fréjus et au Mont-Cenis est en forte régres­sion depuis dix ans (1 541 000 camions et 25,7 mil­lions de tonnes en 2000 – 1 205 000 camions et 17,7 Mt en 2009 ; pour le rail, on est passé de 8,4Mt à 2,4Mt). Non seu­le­ment l’aug­men­ta­tion de trafic qui ser­vait à jus­ti­fier la ren­ta­bi­lité du projet en 2000 s’avère tota­le­ment illu­soire, mais les capa­ci­tés de la ligne fer­ro­viaire his­to­ri­que depuis sa mise au gaba­rit (18 Mt) sont lar­ge­ment suf­fi­san­tes pour absor­ber ce trafic.

Si la part de marché du fret fer­ro­viaire par rap­port à la route est en régres­sion par­tout en Europe, ce n’est pas pour rien :
- Ouverte à la concur­rence depuis 2007 pour le fret et depuis 2010 pour les voya­geurs, la SNCF est en cours de déman­tè­le­ment. La guerre économique a rem­placé le ser­vice public, d’autres entre­pri­ses se par­ta­gent les rails et les parts de marché, avec à la clé : moins d’emplois, de mau­vai­ses condi­tions de tra­vail et de sécu­rité, et un report massif vers le trans­port rou­tier de mar­chan­di­ses, plus concur­ren­tiel.
- Dans son orga­ni­sa­tion actuelle, l’économie ne peut pas se passer du camion, irrem­pla­ça­ble pour effec­tuer du « juste à temps » et « porte-à-porte » avec des sous-trai­tants éloignés. Et ce d’autant plus que se mul­ti­plient les « zones arti­sa­na­les » dans chaque com­mune et les faveurs des élu.e.s au lobby rou­tier.
- Entre la France et l’Italie plus par­ti­cu­liè­re­ment, un audit des Ponts et Chaussées de 2003 (*) affirme qu’il s’agit d’un trafic essen­tiel­le­ment régio­nal. Les mar­chan­di­ses concer­nées sont trans­por­tées sur moins de 1000 km, dis­tance à partir de laquelle le trans­port fer­ro­viaire devient ren­ta­ble.

Dans ce contexte, le Lyon-Turin ne concur­ren­cera pas réel­le­ment le trans­port rou­tier : Mauriennais, mau­rien­nai­ses, vous aurez les camions ET les wagons.

Et quand bien même le Lyon-Turin absor­be­rait une partie des camions pas­sant par Modane, il encou­ra­ge­rait glo­ba­le­ment le tran­sit de mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses à tra­vers les Alpes, donc l’aug­men­ta­tion du trafic et des camions, par­tout ailleurs. Or l’absur­dité de notre économie pro­duc­ti­viste, son gas­pillage énergétique et ses dégâts humains, sont de plus en plus remis en cause : le Lyon-Turin a un siècle de retard.

Des nuisances durables

Le creu­se­ment du tunnel inter­na­tio­nal pro­duira 18 mil­lions de m³ de déblais, dont 10 mil­lions seront sto­ckés côté fran­çais (*), et dont une bonne part contien­dra de l’amiante et de l’ura­nium (pous­siè­res can­cé­ri­gè­nes). Si l’on ajoute les 64 km des tun­nels sous Chartreuse et Belledonne, on obtient au mini­mum 20 mil­lions de m³ sup­plé­men­tai­res. Pendant le chan­tier, c’est donc l’équivalent de 12 pyra­mi­des de Khéops qu’il faudra dépla­cer et sto­cker en Maurienne, Belledonne et dans le Sillon alpin ! Cela repré­sente à peu près 460 camions-benne tous les jours, pen­dant quinze ans. Au fait, le Lyon-Turin n’était-il pas censé dimi­nuer le nombre de camions dans nos val­lées ?

En jan­vier 2006, des conseillers muni­ci­paux de Lanslebourg-Montcenis inter­pel­laient leur maire après un conseil muni­ci­pal où le Lyon-Turin était à l’ordre du jour : « Les repré­sen­tants de LTF confir­ment que de l’amiante et de l’ura­nium sont bien pré­sents dans les mas­sifs. Ils annon­cent que de 4,5 à 6 mil­lions de m³ de maté­riaux (2 à 3 pyra­mi­des de Khéops) seront trans­por­tés par télé­phé­ri­que depuis Venaus sur le site pro­tégé du Mont-Cenis. Ce seront 5000 m³ de mari­na­ges par jour, et ce 300 jours par an pen­dant 4 ans, qui seront déver­sés dans la car­rière du Paradis. ». Ils expri­ment l’inquié­tude des habi­tants de la vallée, de res­pi­rer les pous­siè­res can­cé­ri­gè­nes issues des bennes et de cette immense butte, située sur un site balayé par des vents vio­lents. Ils ajou­tent : « Les popu­la­tions ne se sont-elles pas oppo­sées en 1983 à une demande de recher­che d’ura­nium sur les sites du Mont-Cenis et d’Ambin ? ».(*)

A Villarodin-Bourget, le creu­se­ment de la des­cen­de­rie de reconnais­sance jusqu’en 2007 a déjà confis­qué toutes les sour­ces d’eau pota­ble ali­men­tant le vil­lage, et créé des lézar­des dans les murs des mai­sons. Lorsque va débu­ter le creu­se­ment du tunnel inter­na­tio­nal en 2013, l’Arc sera coincé entre une butte de déblais de 200m x 400m x 30m de hau­teur (mena­çant de glis­ser dans la rivière et de l’obs­truer), une usine de béton (sup­pri­mant l’unique zone humide per­met­tant d’amor­tir les crues avant Modane) et une nou­velle cen­trale électrique. La com­mune refuse ces nui­san­ces futu­res, et a atta­qué en jus­tice la décla­ra­tion d’uti­lité publi­que des tra­vaux.(*)

Le tunnel inter­na­tio­nal agira comme un gigan­tes­que drain dans le massif d’Ambin, qui modi­fiera les écoulements d’eau sou­ter­rains et conduira à l’assè­che­ment de cer­tai­nes sour­ces. Les eaux d’infil­tra­tion recueillies et évacuées aux extré­mi­tés du tunnel seront à la fois chau­des (de 22°C à 30 °C, ce qui va créer un brouillard per­ma­nent si elles sont sto­ckées en bassin) et char­gées de soufre, donc très pol­luan­tes si elles attei­gnent les riviè­res. (*)

Creuser ce tunnel, c’est accep­ter cette pol­lu­tion de nos écosystèmes de mon­ta­gne, pour tou­jours.

Des emplois temporaires

Lyon-Turin Ferroviaire (LTF) a annoncé 10 000 emplois sur dix ans pour l’ensem­ble du projet, dont 3500 pour le tunnel inter­na­tio­nal au maxi­mum du chan­tier. Même avec ce chif­fre très opti­miste (les tra­vaux du tunnel suisse du St-Gothard en 2009 n’ont employé que 1000 per­son­nes en pointe, la plu­part venues d’ailleurs), c’est un inves­tis­se­ment de 2,4 mil­lions d’euros par emploi créé ! A titre de com­pa­rai­son, l’inves­tis­se­ment par emploi créé dans une PME est géné­ra­le­ment de l’ordre de quel­ques dizai­nes de mil­liers d’euros.

Il est très pro­ba­ble que les ingé­nieurs et tech­ni­ciens qua­li­fiés vien­dront de loin, le « sale boulot » étant réservé à la main d’œuvre locale. Car il s’agit de creu­ser à tra­vers un massif conte­nant de l’ura­nium et de l’amiante : LTF peut pro­met­tre ce qu’elle veut, croyez-vous que les ouvriers du tunnel n’en inha­le­ront pas une seule fibre ? Ajoutons que seu­le­ment 13O per­son­nes seront employées dura­ble­ment pour le fonc­tion­ne­ment de l’infra­struc­ture, à partir de… 2023.

Lors du chan­tier de l’auto­route de Maurienne, les entre­pri­ses de BTP natio­na­les ont sous-traité à des entre­pri­ses loca­les à des prix déri­soi­res, ce qui a fra­gi­lisé ces der­niè­res et entraîné leur rachat par de plus gros­ses, avec au final des sup­pres­sions d’emplois. De même après les JO d’Albertville, l’effet spé­cu­la­tif sur l’inte­rim et l’immo­bi­lier a créé une crise locale. Ce phé­no­mène est en fait clas­si­que des grands chan­tiers de trans­ports, qui à terme fra­gi­li­sent plus l’économie locale qu’ils ne la dyna­mi­sent.

À qui profite le désastre ?

Alstom, Bombardier, Vinci, Vossloh Cogifer, Egis, Faiveley, Systra et quel­ques autres : tous sont réunis dans la Fédération des Industries Ferroviaires (la « FIF »), qui sert d’ins­tru­ment de pres­sion sur les gou­ver­ne­ments et les col­lec­ti­vi­tés loca­les. Leurs objec­tifs :
- Empêcher que l’on fasse le bilan des trente der­niè­res années de TGV, qui met­trait en évidence le déca­lage entre nos besoins col­lec­tifs réels (un réseau TER effi­cace et bien entre­tenu) et leur recher­che du profit privé. Surtout, éviter que l’on range le TGV dans la série des déli­res méga­los et néfas­tes, juste à côté du Concorde.
- Construire de nou­vel­les lignes en Europe pour s’en servir de vitrine com­mer­ciale, et gagner des mar­chés à l’étranger. Car sans les grands chan­tiers TGV des pays émergents, ces mas­to­don­tes seraient voués à dis­pa­raî­tre.

Le Lyon-Turin fait partie de ces pro­jets « vitri­nes ». Il n’est pas vrai­ment fait pour servir, c’est plutôt une démons­tra­tion de force de l’indus­trie euro­péenne, pour ce qui est de faire rouler l’acier à 300 km/h, et de détruire notre monde.

« La Transalpine », le lobby du Lyon-Turin, ras­sem­ble de nom­breux grou­pes ban­cai­res et indus­triels (Danone, BASF, EDF…), le Medef, le BTP de Savoie … mais aussi le groupe Norbert Dentressangle, l’un des plus gros trans­por­teurs rou­tiers. Parmi les béné­fi­ciai­res directs du projet, citons aussi le groupe Eiffage et le tun­ne­lier Razel.

À plus long-terme, ce projet enté­rine l’indus­tria­li­sa­tion des espa­ces natu­rels, le gas­pillage énergétique et la pré­do­mi­nance des mar­chan­di­ses sur les per­son­nes. Il affirme la mise en concur­rence des peu­ples et renie pour tou­jours la pos­si­bi­lité d’une économie locale et décente.

Le Lyon-Turin n’est qu’une auto­route de plus, même fer­ro­viaire. Une auto­route qui connec­tera Lyon et Turin au Sillon Alpin, accé­lé­rant ainsi la trans­for­ma­tion de nos ter­ri­toi­res en une ville unique de Genève à Valence.

Nous pen­sons qu’on ne réduira pas le nombre de poids lourds en encou­ra­geant le trans­port de mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses à tra­vers les Alpes, mais plutôt en re-loca­li­sant l’économie. De même, on ne créera pas d’emplois dura­bles dans nos val­lées, à coups de grands pro­jets aussi dévas­ta­teurs que tem­po­rai­res.

Pour toutes ces rai­sons, nous vou­lons l’aban­don pur et simple du Lyon-Turin.

Nous vou­lons un report modal effec­tif du camion vers le train, dès main­te­nant et avec les infra­struc­tu­res exis­tan­tes.

Mais sur­tout, nous vou­lons en finir avec les trans­ports inu­ti­les de mar­chan­di­ses sur de lon­gues dis­tan­ces, et avec l’obses­sion de la grande vitesse.

Collectif No Tav-Savoie, décem­bre 2011

Pour se ren­contrer, échanger, par­ta­ger nos infor­ma­tions et envi­sa­ger ensem­ble des pers­pec­ti­ves de lutte côté fran­çais, nous vous invi­tons à une :

Réunion publi­que d’infor­ma­tion contre le Lyon-Turin samedi 21 jan­vier à 17h30 espace Pierre Cot – quai des Allobroges – Chambéry

Pour nous contac­ter : notav73­sa­voie (aro­base) yahoo.com

(*) Liens vers nos sour­ces argu­men­tai­res, charte du col­lec­tif et actua­lité de la lutte : http://notav-savoie.over-blog.com

Rébellyon, 11 janvier 2012