{"id":10347,"date":"2013-12-06T12:52:23","date_gmt":"2013-12-06T11:52:23","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=10347"},"modified":"2013-12-17T09:04:04","modified_gmt":"2013-12-17T08:04:04","slug":"la-fable-des-fous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=10347","title":{"rendered":"La fable des fous"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><strong>NdPN<\/strong> : une petite fable cont\u00e9e par Jean. <\/em><em>Ce texte est aussi consultable et t\u00e9l\u00e9chargeable sous format brochure <strong>(<a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/files\/2013\/12\/fable-entier.pdf\" target=\"_blank\">cliquer ici<\/a>)<\/strong>.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La fable des fous<\/strong><\/p>\n<figure style=\"width: 665px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.fileos.net\/images\/nefdesfous.jpg\" width=\"665\" height=\"1290\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">La Nef des Fous, J\u00e9r\u00f4me Bosch, v. 1500<\/figcaption><\/figure>\n<p align=\"JUSTIFY\">Autrefois, fut un temps o\u00f9 tout \u00eatre humain s&rsquo;appropriait librement son environnement. On avait parfois besoin d&rsquo;accumuler de la nourriture pour manger, dans les p\u00e9riodes o\u00f9 la terre ne produisait plus en abondance, de bois pour se chauffer&#8230; On construisait des habitations individuelles ou collectives, aussi jolies qu&rsquo;inventives, plus ou moins temporaires ou durables en fonction des p\u00e9r\u00e9grinations et des r\u00eaves des uns et des autres. On disputait et on se disputait joyeusement. On avait des petits rites pour se retrouver, s&rsquo;aimer et se raconter des histoires. Au cours de ces f\u00eates et de ces assembl\u00e9es, les humains, qui d\u00e9couvraient mille et une ressources lors de leurs voyages ou m\u00e9ditations pour satisfaire leur curiosit\u00e9 insatiable et joyeuse, les partageaient. Ils partageaient aussi leurs techniques, et \u00e9laboraient alors des outils aussi farfelus qu&rsquo;utiles, d\u00e9multipliant l&rsquo;acc\u00e8s de tous aux curieux tr\u00e9sors de ce monde. En fonction des besoins singuliers ou collectifs, lorsque les humains \u00e9taient incapables de glaner ou de produire tout par eux-m\u00eames (ce qui \u00e9tait le cas dans de nombreux cas), ils s&rsquo;organisaient \u00e0 plusieurs, voire parfois en plus grand nombre. La vie n&rsquo;\u00e9tait pas toujours facile, mais tout le monde s&rsquo;amusait bien, et chaque jour qui venait \u00e9tait une aventure.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Arriva un jour o\u00f9 certains devinrent fous, et d\u00e9cid\u00e8rent de s&rsquo;exclure du monde en m\u00eame temps que d&rsquo;eux-m\u00eames. Ils se retir\u00e8rent derri\u00e8re des murs \u00e9pais, et par peur maladive du manque alors que tout \u00e9tait en abondance, par une haine \u00e9trange des autres ou par ignorance de l&rsquo;\u00e9vidence, ils mirent sous scell\u00e9 ce qu&rsquo;ils ne consommeraient de toute \u00e9vidence pas. Au point qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e9raient laisser pourrir une grande quantit\u00e9 de ressources inutilis\u00e9es dans leurs entrep\u00f4ts, que de laisser les autres avoir acc\u00e8s \u00e0 ce qui leur permettrait de satisfaire eux aussi leurs besoins. Avant de les appeler fous, on les appelait les Peureux, ou les Ignorants.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A la source de cette peur, il y avait en effet l&rsquo;ignorance, car de tout temps les ressources de ce monde ont \u00e9t\u00e9 suffisantes pour que vivent tous les \u00eatres humains dans la satisfaction pleine et enti\u00e8re de leurs besoins, pour peu qu&rsquo;ils partagent les ressources et ne les claquemurent pas \u00e0 double tour. Les humains avaient toujours suivi cette \u00e9vidence, partag\u00e9e du reste par tous les autres \u00eatres vivants : s&rsquo;approprier de quoi vivre, mais sans pour autant emp\u00eacher les autres \u00eatres vivants de s&rsquo;approprier eux aussi ce dont ils avaient besoin. S&rsquo;approprier n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 jusque l\u00e0 un probl\u00e8me en soi, chaque ressource produite par ce monde appartenant tout aussi bien \u00e0 chacun qu&rsquo;\u00e0 tout le monde. Les humains vivaient juste dans la conscience que toutes les vies \u00e9taient li\u00e9es entre elles, et que porter atteinte aux autres c&rsquo;\u00e9tait fatalement se condamner soi-m\u00eame. Et les humains qui \u00e9taient en peine de voir ces fous si malheureux, partageaient parfois avec eux quelque plat, quelques baisers ou quelques mots, et certains \u00e9taient gu\u00e9ris de leur peur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9but donc, l&rsquo;on consid\u00e9ra ces fous avec une certaine compassion : en privant toute autre personne qu&rsquo;eux-m\u00eames de l&rsquo;usage potentiel des ressources, ils se privaient eux aussi du monde en faisant la garde ridicule de leurs biens, passant jours et nuits \u00e0 les contempler, et se d\u00e9solant de les voir pourrir. Si l&rsquo;on riait ou hausait les \u00e9paules en voyant ces fous glaner maladivement des champignons, du bois, du miel et des plantes, on faisait vite tomber ce qui d\u00e9passait de leur panier quand leur glanage emp\u00eachait les autres de pourvoir \u00e0 leurs besoins. Et les fous rentraient chez eux en marmonnant des propos d\u00e9cousus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Bref, on ne se m\u00e9fiait pas d&rsquo;eux, on \u00e9tait plut\u00f4t triste ou on passait son chemin. Si quelques fous l&rsquo;\u00e9taient devenus au point de faire violence aux autres humains, en leur prenant des mains les fruits de leur glanage par exemple, on leur distribuait parfois quelques claques et coups de pieds aux fesses, et tout rentrait dans l&rsquo;ordre, car la force d&rsquo;une minorit\u00e9 de ces pauvres fous n&rsquo;\u00e9tait rien face \u00e0 la force du plus grand nombre pour faire tomber leurs paniers d\u00e9mesur\u00e9s, trouver leurs cachettes et en faire sauter les scell\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais force \u00e9tait de constater que la for\u00eat \u00e9tait saccag\u00e9e par de plus en plus de fous. C&rsquo;\u00e9tait logique, car certains \u00e9taient plus discrets que d&rsquo;autres, ne sortant plus que la nuit de leurs maisons de pierres. Et \u00e0 force de les laisser faire, les ressources \u00e9taient devenues plus rares, et chacun commen\u00e7ait lui aussi \u00e0 amasser et dissimuler dans quelque trou cach\u00e9 ou derri\u00e8re quelque mur, par peur de manquer (sait-on jamais).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;habitude cr\u00e9a l&rsquo;habitude, et cacher les glanages devint dans certaines contr\u00e9es comme un r\u00e9flexe, qui d\u00e9teignit jusque sur les relations entre les humains. On voyait m\u00eame quelques fous enfermer leurs partenaires amicaux, affectifs et sexuels \u00e0 double tour. Certes, beaucoup d\u00e9fon\u00e7aient les portes pour retrouver l&rsquo;air libre mais quand les ressources devinrent rares, on vit certains de ces partenaires demeurer dans les grottes, o\u00f9 malgr\u00e9 la solitude o\u00f9 ils se retrouvaient plong\u00e9s, ils \u00e9taient au moins s\u00fbr de pouvoir se sustenter en piochant dans les monceaux de richesses. A condition de ne pas trop prendre, car sinon les fous les battaient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au bout d&rsquo;un moment, les fous devinrent vraiment nombreux. En privant les autres des ressources qu&rsquo;ils avaient accumul\u00e9es et qui pourrissaient dans leurs tani\u00e8res obscures, ils s&rsquo;interdisaient de fait eux aussi d&rsquo;user des ressources privatis\u00e9es des autres fous. Cela engendra des guerres absurdes, o\u00f9 l&rsquo;on vit des fous commencer \u00e0 attaquer les demeures d&rsquo;autres fous, pour agrandir leur butin. Ils invent\u00e8rent des armes qui ne servaient plus seulement \u00e0 se d\u00e9fendre contre les crocs et les griffes voire contre d&rsquo;autres fous trop agressifs, mais \u00e0 attaquer et \u00e0 tuer tous ceux qui s&rsquo;opposaient \u00e0 leur pr\u00e9dation, \u00e0 leur folie de l&rsquo;exclusivit\u00e9 qui les excluait eux-m\u00eames des autres. Et \u00e0 exterminer de plus en plus d&rsquo;animaux en g\u00e9n\u00e9ral, qui selon eux concurren\u00e7aient leur glanage.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La peur commen\u00e7a \u00e0 se diffuser chez les humains, qui \u00e9taient pourtant si courageux et le coeur l\u00e9ger, autrefois. Cette peur \u00e9tait celle de manquer, car les ressources devenaient vraiment rares. Certains humains parmi les plus l\u00e2ches se mirent au service de certains fous qui consentaient \u00e0 conc\u00e9der une infime partie de leur stock pour les nourrir, en \u00e9change de leur soumission inconditionnelle. Certains fous, devenus si peureux et si coup\u00e9s du monde qu&rsquo;ils n&rsquo;osaient plus sortir du tout de leur tani\u00e8re obscure, demand\u00e8rent \u00e0 ces serviteurs de piller \u00e0 leur place.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les humains les plus faibles accept\u00e8rent et se firent soldats. Ils se constitu\u00e8rent en bandes arm\u00e9es et de par leur nombre, s&rsquo;attaqu\u00e8rent aux nombreux humains encore libres qui vagabondaient encore. Non seulement ils pillaient leurs ressources, mais ils les violaient et les mutilaient, et les obligeaient \u00e0 devenir eux-m\u00eames des esclaves-soldats, sans quoi ils seraient tu\u00e9s. Il \u00e9tait difficile de ne pas accepter cette proposition injuste, et ce fut le d\u00e9but des contrats. Pour officialiser la chose, on fit \u00e9crire ces accords fumeux par les serviteurs qui ne savaient que tenir un crayon, et ce fut le d\u00e9but du droit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cela dit, beaucoup d&rsquo;humains vivaient encore sous des cieux plus cl\u00e9ments o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;avait pas encore entendu parler de toute cette \u00e9trange folie, et quand un voyageur constern\u00e9 venait raconter cette histoire, on riait de ces fous, puis on les plaignait pour leur fa\u00e7on de vivre sans vivre. Mais une \u00e0 une, ces riantes contr\u00e9es furent envahies par des arm\u00e9es de fous qui n&rsquo;avaient plus rien \u00e0 glaner sur leur territoire, et plus assez \u00e0 manger puisque tout pourrissait dans leurs sombres cachots. Les conqu\u00eates furent sanglantes car les humains n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les plus fous d&rsquo;entre les fous avaient ainsi tant accumul\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 leurs soldats partis en conqu\u00eate, qu&rsquo;ils ne parvenaient plus \u00e0 s&#8217;empiffrer du centi\u00e8me de tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e9daient, et bien que cela leur pos\u00e2t probl\u00e8me pour aller aux toilettes et que leur corps devint bouffi, ils exigeaient toujours plus. Certains \u00e9taient devenus si fous qu&rsquo;ils d\u00e9cr\u00e9taient que toute la terre et les hommes \u00e9taient leur possession. Et ils se proclamaient rois, alors qu&rsquo;ils \u00e9taient franchement laids et pitoyables \u00e0 voir, du fait de leur mode de vie. Une fois les humains asservis, quand les territoires de ces rois en venaient \u00e0 se toucher, cela engendrait des guerres entre les arm\u00e9es de ces rois des fous. Et de nombreux soldats mouraient \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Mais cela indiff\u00e9rait totalement les rois des fous, qui ne mettaient de toute fa\u00e7on plus le nez hors de leurs sombres grottes et de leurs froides citadelles. Et puis ainsi, il y avait moins de monde \u00e0 qui distribuer des miettes, et \u00e7a faisait un peu le m\u00e9nage.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De ces guerres \u00e9merg\u00e8rent bient\u00f4t des Etats, domin\u00e9s tyranniquement par les rois des fous les plus fous. Les territoires o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tendaient ces Etats n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re beaux \u00e0 voir. Les arbres \u00e9taient coup\u00e9s, les montagnes trou\u00e9es, la terre \u00e9puis\u00e9e, et bien entendu les humains \u00e9taient d\u00e9cim\u00e9s, par la famine, les guerres et des maladies physiques et mentales nouvelles, li\u00e9es \u00e0 ces conditions sociales insupportables de privations et de brimades. Il \u00e9tait d&rsquo;ailleurs ironique de voir les rois des fous appeler fous les gens en souffrance qui ne parvenaient pas \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 leurs caprices.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il y eut alors des r\u00e9voltes, car les humains n&rsquo;avaient pas encore oubli\u00e9 le go\u00fbt de la libert\u00e9, du partage et du jeu. Des entrep\u00f4ts furent d\u00e9molis et les gens se r\u00e9appropri\u00e8rent les fruits de la terre, jonglant avec des pommes pas encore moisies qu&rsquo;on croquait \u00e0 pleines dents, allumant des feux avec des meubles poussi\u00e9reux pour se r\u00e9chauffer et danser, et on faisait beaucoup l&rsquo;amour. Les humains se r\u00e9appropriaient les terres, resemaient ici, replantaient des arbres l\u00e0, se remettant \u00e0 jouer, \u00e0 danser, et \u00e0 chanter. Certains rois en furent si chagrins qu&rsquo;ils en moururent de d\u00e9pit, quand ils n&rsquo;\u00e9taient pas d\u00e9vor\u00e9s par leurs propres soldats hagards &#8211; ceux qui avaient surv\u00e9cu aux joyeuses racl\u00e9es que leur collaient les rebelles, ou qui ne les avaient pas rejoints dans la f\u00eate.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les rois, voyant bien que la force ne suffisait pas, et horrifi\u00e9s de voir mises \u00e0 la lumi\u00e8re du jour leurs pr\u00e9cieuses possessions pourrissantes, convoqu\u00e8rent leurs soldats les plus peureux, les plus fous et les plus retors, qui \u00e9taient choisis parmi ceux qui cauchemardaient le plus pendant la nuit, en pleurant et en hurlant. Les rois des fous demand\u00e8rent \u00e0 ces soldats malades de trouver une solution \u00e0 ce probl\u00e8me in\u00e9vitable des r\u00e9voltes. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;inventer un moyen de convaincre le plus grand nombre de renoncer \u00e0 l&rsquo;usage de la force, \u00e0\u00a0 l&rsquo;appropriation et \u00e0 l&rsquo;affirmation de soi, et m\u00eame \u00e0 la parole et \u00e0 la danse. Ces conseillers rev\u00eatirent leurs plus belles parures qu&rsquo;ils avaient d\u00e9rob\u00e9es aux humains et, s&rsquo;infiltrant partout dans les assembl\u00e9es et les f\u00eates, propag\u00e8rent des id\u00e9ologies monstrueuses issues de leur cerveau malade : culpabilit\u00e9 religieuse, peur de tourments infernaux ou moraux&#8230; ils affirmaient que la vraie vie n&rsquo;\u00e9tait pas ici et maintenant, mais ailleurs et apr\u00e8s, et qu&rsquo;il fallait la m\u00e9riter en acceptant de souffrir au quotidien, de prendre sur soi, de travailler, et toutes sortes de billeves\u00e9es. Ils d\u00e9cr\u00e9taient pour finir que toute appropriation devrait d\u00e9sormais passer par une autorisation \u00e9dict\u00e9e et estampill\u00e9e par les rois des fous, sous la forme de lois ou de morceaux de papiers ou de m\u00e9tal, sur lesquels figuraient les visages des rois. De nombreux humains, fascin\u00e9s par leurs parures et aussi par ces jolis objets brillants, ces cachets et ces signes \u00e9tranges, se firent prendre au pi\u00e8ge et les admir\u00e8rent. Certains rois poussaient m\u00eame le vice jusqu&rsquo;\u00e0 faire voter les humains pour tel ou tel de ces soldats ou conseillers de confiance qui gardaient leurs tr\u00e9sors, en faisant croire \u00e0 tout le monde que c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a, la libert\u00e9. On appela \u00e7a la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, et cela marchait si bien que la plupart des rois des fous se convertirent \u00e0 ces m\u00e9thodes, tout en envoyant de temps \u00e0 autre leurs soldats piller et massacrer quand les humains ne se laissaient plus prendre au pi\u00e8ge.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est ainsi que toute cette absurdit\u00e9 arriva, et cela se passait il y a quelques mill\u00e9naires seulement de cela, et cela continue toujours. C&rsquo;est ainsi que certains humains se mirent \u00e0 accumuler, s&rsquo;approprier un peu tout et exercer une contrainte psychologique et physique, tout en parvenant \u00e0 convaincre la plupart des humains \u00e0 renoncer \u00e0 exercer ces m\u00eames facult\u00e9s, parce qu&rsquo;ils seraient inf\u00e9rieurs et devaient r\u00e9v\u00e9rer les rois des fous, parce que ceux-ci se pr\u00e9tendaient \u00e9clair\u00e9s par les dieux, les lumi\u00e8res de la raison ou la science \u00e9conomique. De part et d&rsquo;autre, la peur avait triomph\u00e9. Peur de manquer, peur de s&rsquo;approprier, peur de se d\u00e9fendre. Peur de vivre. Les rois, leurs conseillers et leurs soldats, tous plus fous les uns que les autres, \u00e9taient devenus si nombreux que l&rsquo;ob\u00e9issance aveugle \u00e9tait devenue la r\u00e8gle de toute vie en soci\u00e9t\u00e9, si tant est que l&rsquo;on puisse encore appeler cela une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Heureusement demeuraient toujours quelques personnes qui, plus ou moins ouvertement,\u00a0 se d\u00e9solaient de tout cela (chose que l&rsquo;on appelait d\u00e9sormais \u00ab\u00a0l&rsquo;outrage\u00a0\u00bb), et tentaient de satisfaire directement leurs besoins (chose que l&rsquo;on appelait d\u00e9sormais le \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb), en brisant les murs, en n&rsquo;ob\u00e9issant pas aux lois des rois et en se d\u00e9fendant comme ils pouvaient contre les soldats (ce qu&rsquo;on appelait la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces personnes partageaient leurs maigres ressources. On les appela par m\u00e9pris les \u00ab\u00a0partageux\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0communistes\u00a0\u00bb ou encore les \u00ab\u00a0anarchistes\u00a0\u00bb, parce que partager, mettre en commun ou refuser l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9tait devenu une chose inacceptable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais ils parvenaient encore \u00e0 rire, \u00e0 lutter\u00a0et \u00e0 raconter des histoires.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Jean<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; NdPN : une petite fable cont\u00e9e par Jean. Ce texte est aussi consultable et t\u00e9l\u00e9chargeable sous format brochure (cliquer ici). La fable des fous Autrefois, fut un temps o\u00f9 tout \u00eatre humain s&rsquo;appropriait librement son environnement. 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