{"id":2398,"date":"2012-01-03T12:43:09","date_gmt":"2012-01-03T11:43:09","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=2398"},"modified":"2012-01-03T12:43:09","modified_gmt":"2012-01-03T11:43:09","slug":"espagne-les-indignes-%c2%ab-liberent-%c2%bb-des-immeubles-pour-les-familles-a-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=2398","title":{"rendered":"[Espagne] Les Indign\u00e9s \u00ab lib\u00e8rent \u00bb des immeubles pour les familles \u00e0 la rue"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article1958.html\" target=\"_blank\">En Espagne, les Indign\u00e9s \u00ab\u00a0lib\u00e8rent\u00a0\u00bb des immeubles pour les familles \u00e0 la rue<\/a><\/h2>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p>Chaque jour, en Espagne, 300 familles sont expuls\u00e9es de leur maison ou de leur appartement. Dans la lign\u00e9e du mouvement des Indign\u00e9s, des collectifs pour le droit au logement se multiplient. \u00c0 Barcelone, des occupations d\u2019immeubles vides viennent d\u2019\u00eatre reconnues \u00ab\u00a0l\u00e9gitimes\u00a0\u00bb par la justice. Le d\u00e9but d\u2019un mouvement social massif face \u00e0 la sp\u00e9culation immobili\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.bastamag.net\/local\/cache-vignettes\/L450xH338\/arton1958-e7af9.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"338\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans l\u2019\u00ab\u00a0edificio 15 O\u00a0\u00bb, \u00e0 Barcelone, neuf familles vivent sans craindre l\u2019expulsion. \u00c0 l\u2019issue des grandes mobilisations de l\u2019automne pour s\u2019opposer aux coupes budg\u00e9taires dans la sant\u00e9 et l\u2019\u00e9ducation, ainsi qu\u2019au manque de logements publics, les indign\u00e9s ont pris possession de cet immeuble vide de la rue Almagro. Gr\u00e2ce \u00e0 un petit miracle juridique, les familles qui s\u2019y sont install\u00e9es ne craignent d\u00e9sormais plus les poursuites p\u00e9nales. Le proc\u00e8s pour occupation ill\u00e9gale s\u2019est achev\u00e9 sur un non-lieu, le 7 novembre. La f\u00eate organis\u00e9e en l\u2019honneur de ce jugement a sonn\u00e9 comme un coup de d\u00e9part pour d\u2019autres occupations du m\u00eame genre.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p><strong>300 familles expuls\u00e9es chaque jour<\/strong><\/p>\n<p>Inoccup\u00e9 depuis cinq ans, cet immeuble de la rue Almagro appartient \u00e0 la banque Cajamar. Il a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 par la banque suite \u00e0 la faillite de la soci\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re en charge des travaux. L\u2019ancien propri\u00e9taire a tout perdu dans l\u2019affaire, et la banque attend patiemment que le cours du march\u00e9 de l\u2019immobilier espagnol reprenne pour revendre le b\u00e2timent. L\u2019\u00ab\u00a0edificio 15 O\u00a0\u00bb n\u2019est pas un cas isol\u00e9\u00a0: en Espagne, 3 millions de logements vides, parfois inachev\u00e9s, prennent la poussi\u00e8re dans l\u2019attente d\u2019une reprise de la sp\u00e9culation. Pendant ce temps, 300 familles sont expuls\u00e9es chaque jour de leur logement, incapables de rembourser l\u2019emprunt contract\u00e9 pour devenir propri\u00e9taire, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8que co\u00fbtait souvent moins cher qu\u2019une location (voire <a href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article1714.html\">notre reportage<\/a>).<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0En Hollande et dans d\u2019autres pays, il y a des amendes, voire plus, au bout d\u2019un an et demi d\u2019inoccupation des logements. Mais l\u2019Espagne est \u00e0 la traine. Si l\u2019\u00c9tat est incapable d\u2019octroyer un logement digne, l\u2019occupation devient une alternative l\u00e9gitime\u00a0\u00bb<\/em>, consid\u00e8re Jon Aguirre Such, membre de Democracia Real Ya et de <a href=\"http:\/\/paisajetransversal.blogspot.com\/\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Paisaje Transversal<\/a> une plateforme qui travaille sur de nouveaux mod\u00e8les de gestion urbaine. <em>\u00ab\u00a0Tous les Espagnols ont le droit de jouir d\u2019un logement digne et ad\u00e9quat\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9nonce l\u2019article 47 de la Constitution. Le 7 novembre, le juge d\u2019instruction a pris acte de ce droit, en tenant compte des circonstances exceptionnelles de la crise\u00a0: l\u2019occupation est li\u00e9e <em>\u00ab\u00a0au ch\u00f4mage des jeunes, au difficile acc\u00e8s au logement, \u00e0 la sp\u00e9culation urbanistique et aux alternatives autog\u00e9r\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/em> Un jugement qui fera d\u00e9sormais jurisprudence.<\/p>\n<p><strong>Vers un mouvement d\u2019occupation de masse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019occupation comme arme politique\u00a0? L\u2019id\u00e9e n\u2019est pas nouvelle. Mais \u00e0 Barcelone, elle est en train de subir un <em>\u00ab\u00a0saut qualitatif <\/em>\u00a0\u00bb, selon un voisin de l\u2019<em>edificio 150<\/em> venu apporter de la nourriture aux habitants. <em>\u00ab\u00a0Il est difficile de parler d\u2019<em>okupa<\/em> \u2013 terme qualifiant la mouvance des squats de Barcelone \u2013 dans le cas de l\u2019\u00ab\u00a0edificio 15 O\u00a0\u00bb. Car ses nouveaux locataires ne sont pas des militants, des professionnels du squat, mais des victimes de la crise du logement\u00a0\u00bb,<\/em> explique Manuel Delgado, anthropologue \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Barcelone. Une partie du mouvement <em>okupa<\/em> est en train de se convertir en mouvement de masse. <em>\u00ab\u00a0Un large pan de la gauche, des plus radicaux jusqu\u2019\u00e0 des membres du parti socialiste, soutiennent l\u2019\u00e9volution du mouvement. En stoppant des centaines d\u2019expulsions et en relogeant des familles, ils montrent qu\u2019il est encore possible d\u2019obtenir des victoires\u00a0\u00bb<\/em>, s\u2019enthousiasme Manuel Delgado, proche du mouvement Miles de Vivienda, le collectif de \u00ab\u00a0r\u00e9appropriation urbaine\u00a0\u00bb film\u00e9 par le documentaire <em><a href=\"http:\/\/www.squat-lefilm.com\/spip.php?article45\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Squat, la ville est \u00e0 nous<\/a><\/em>.<\/p>\n<p>Ce nouveau type de squat a surtout un objectif social\u00a0[<a id=\"nh1\" title=\"Dans D\u00e9sob\u00e9issance civile et d\u00e9mocratie, l\u2019historien \u00e9tats-unien Howard Zinn\u00a0(...)\" href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article1958.html#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]. Les familles qui vivent aujourd\u2019hui dans l\u2019immeuble de la rue Almagro ont d\u00e9j\u00e0 subi au moins une expulsion. Dans l\u2019immeuble inachev\u00e9, o\u00f9 il a fallu attendre un mois avant d\u2019installer l\u2019eau courante, on trouve des appartements neufs et de qualit\u00e9, mais sans meubles. Certains ont d\u00e9got\u00e9 un four pour cuisiner. Pour les autres, les indign\u00e9s qui s\u2019occupent de l\u2019organisation de l\u2019immeuble font tourner une cantine communautaire au rez-de-chauss\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Quand les collectifs de squatteurs remplacent les services sociaux<\/strong><\/p>\n<p>Adri\u00e1n passe la plupart de ses journ\u00e9es \u00e0 chercher du travail et ne profite de la cantine que le soir. Ce jeune roumain vit au premier \u00e9tage avec sa femme. Ils sont un des seuls couples sans enfant de l\u2019immeuble\u00a0: leur fils de 11 mois a \u00e9t\u00e9 prise en charge par les services sociaux \u00e0 Cadix. Ils font tout pour le r\u00e9cup\u00e9rer. Une s\u00e9paration douloureuse pour tous ceux qui, parmi les 150 000 familles espagnoles menac\u00e9es d\u2019expulsion, ne sauront pas trouver un toit pour leurs enfants.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar des autres familles, ils n\u2019ont ni le temps ni la t\u00eate aux t\u00e2ches quotidiennes de l\u2019immeuble. <em>\u00ab\u00a0Au d\u00e9but il y avait beaucoup d\u2019\u00e9changes, mais \u00e0 pr\u00e9sent seules quelques familles viennent manger et cuisiner de temps en temps avec nous\u00a0\u00bb<\/em>, souligne Natacha. La jeune femme fait partie de ceux qui se sont port\u00e9s volontaires pour organiser la vie quotidienne. Cette photographe dort depuis le 15 octobre dans l\u2019immeuble, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 ses nuits avec les Indign\u00e9s de la Plaza Catalunya. Une suite logique, pour elle. Et un quotidien \u00e9reintant, entre nettoyage et assembl\u00e9es \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, o\u00f9 se d\u00e9cident les questions internes \u00e0 l\u2019immeuble, les f\u00eates de quartier ou les relations avec la presse. Pour beaucoup de ces jeunes issus du mouvement <em>okupa<\/em>, c\u2019est une nouveaut\u00e9 de vivre avec des habitants qui ne suivent pas leur mode de vie communautaire. <em>\u00ab\u00a0On n\u2019est pas une secte\u00a0! Nous sommes ici pour les soutenir et leur permettre de vivre le mieux possible\u00a0\u00bb<\/em>, pr\u00e9cise Natacha. Balai en main, elle nettoie une salle destin\u00e9e \u00e0 accueillir des jeux d\u2019enfants.<\/p>\n<p><strong>Sp\u00e9culation priv\u00e9e ou logements sociaux\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Soutenir les familles expuls\u00e9es\u00a0: une mission des services sociaux de la ville. Mais leurs efforts ne suffisent plus face \u00e0 la vague quotidienne de gens jet\u00e9s \u00e0 la rue. <em>\u00ab\u00a0Les services sociaux construisent un h\u00f4tel d\u2019urgence pour accueillir les familles dans le besoin. Mais celles-ci doivent quitter les lieux au bout de trois jours&#8230; C\u2019est la seule solution qu\u2019ils ont trouv\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9l\u00e8ve Antonio, membre de \u00ab\u00a0500&#215;20\u00a0\u00bb. 500 logements avec un loyer \u00e0 moins de 20% du revenu de ses habitants\u00a0: telle est la revendication de ce collectif de quartier n\u00e9 \u00e0 Nou Barris en 2006, qui d\u00e9nonce la p\u00e9nurie de logements publics \u00e0 Barcelone. Chaque semaine, ils re\u00e7oivent plusieurs cas de familles sur le point d\u2019\u00eatre expuls\u00e9es\u00a0: <em>\u00ab\u00a0On les dirige vers un avocat et, pour les cas sans solution l\u00e9gale, on se charge de les \u00ab\u00a0reloger\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/em>. Avec un occupation de de logements vides. <em>\u00ab\u00a0Nous devons agir de mani\u00e8re subtile pour ne pas \u00eatre accus\u00e9s d\u2019incitation au d\u00e9lit\u00a0\u00bb<\/em>, souligne-t-il.<\/p>\n<p>Indign\u00e9s, 500&#215;20, Miles de Viviendas&#8230; Si ces collectifs en viennent \u00e0 outrepasser la loi, c\u2019est, soutiennent-ils, parce que la politique du logement \u00e0 Barcelone privil\u00e9gie la sp\u00e9culation priv\u00e9e au d\u00e9triment de l\u2019offre publique. R\u00e9cemment, 500&#215;20 a envahi le si\u00e8ge de l\u2019Agence du logement de Catalogne pour d\u00e9noncer la sp\u00e9culation immobili\u00e8re. En r\u00e9ponse, l\u2019agence publique s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 consacrer 3 000 logements vides \u00e0 la location publique, \u00e0 des prix accessibles. Preuve pour Antonio que la municipalit\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9server ses immeubles vides au march\u00e9 priv\u00e9 plut\u00f4t qu\u2019aux familles d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Des centaines de maisons mur\u00e9es par la municipalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Une critique dure \u00e0 avaler pour Gerard Cap\u00f3, directeur technique au Consortium du logement de Barcelone. Depuis 2009, le programme pour lequel il travaille a permis de reloger 337 familles modestes, avec un loyer \u00e0 20% de leurs revenus. <em>\u00ab\u00a0La situation actuelle \u00e0 Barcelone nous d\u00e9passe tous, on ne peut financer des logements que selon nos capacit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>, reconna\u00eet Gerard. Le programme se charge de trouver des logements, mais aussi de financer 80% du loyer.<\/p>\n<p>Beaucoup de militants du droit au logement n\u00e9gligent de souligner les efforts de l\u2019administration publique, regrette Gerard. Des efforts r\u00e9els, souligne-t-il, dans la m\u00eame veine que le programme \u00ab\u00a0location accessible\u00a0\u00bb lanc\u00e9 le 10 novembre par la Fondation sociale de la Caixa. La fondation de cette banque va permettre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 3 000 logements pour des familles pr\u00e9caires, \u00e0 des loyers accessibles. <em>\u00ab\u00a0Ils nettoient leur image. C\u2019est un bon d\u00e9but, mais il faudrait qu\u2019il n\u2019y ait plus aucun logement vide \u00e0 Barcelone\u00a0\u00bb<\/em>, consid\u00e8re Antonio, de 500&#215;20. <em>\u00ab\u00a0Dans le quartier de Bon Pastor, il y a des centaines de maisons mur\u00e9es, aux toits d\u00e9truits par la propre municipalit\u00e9 de Barcelone\u00a0!,<\/em> t\u00e9moigne Manuel Delgado. <em>Pourquoi ne les utilise-t-on pas\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/em> En attendant, les indign\u00e9s continuent de \u00ab\u00a0lib\u00e9rer\u00a0\u00bb des logements vides. Suivant l\u2019exemple de l\u2019\u00ab\u00a0edificio 15 O\u00a0\u00bb, cinq nouveaux b\u00e2timents ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s en novembre.<\/p>\n<p>Emmanuel Haddad<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<h4 style=\"text-align: justify\">Notes<\/h4>\n<p style=\"text-align: justify\">[<a id=\"nb1\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article1958.html#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Dans <em>D\u00e9sob\u00e9issance civile et d\u00e9mocratie<\/em>, l\u2019historien \u00e9tats-unien Howard Zinn d\u00e9finit la d\u00e9sob\u00e9issance civile comme une \u00ab\u00a0violation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la loi dans un objectif social\u00a0\u00bb. L\u2019auteur am\u00e9ricain \u00e9voque des actions, comme celle de <em>\u00ab\u00a0voisins qui emp\u00eacheraient l\u2019expulsion d\u2019une famille incapable de payer son loyer\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0:<em>\u00ab\u00a0M\u00eame s\u2019ils ne concernent qu\u2019un individu ou une famille, [ces actes] adressent un message plus g\u00e9n\u00e9ral sur les d\u00e9faillances de la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Basta Mag, Emmanuel Haddad, 3 janvier 2012<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Espagne, les Indign\u00e9s \u00ab\u00a0lib\u00e8rent\u00a0\u00bb des immeubles pour les familles \u00e0 la rue Chaque jour, en Espagne, 300 familles sont expuls\u00e9es de leur maison ou de leur appartement. 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