{"id":3102,"date":"2012-01-24T09:22:35","date_gmt":"2012-01-24T08:22:35","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=3102"},"modified":"2012-01-24T09:23:49","modified_gmt":"2012-01-24T08:23:49","slug":"laccaparement-des-terres-par-lagriculture-industrielle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=3102","title":{"rendered":"L&rsquo;accaparement des terres par l&rsquo;agriculture industrielle"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><em>Un texte instructif de Jean-Pierre Tertrais, introduction \u00e0 la soir\u00e9e-d\u00e9bat du 13 janvier 2012.<\/em><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/anars56.over-blog.org\/article-texte-introductif-a-l-accaparement-des-terres-par-l-agriculture-industrie-97522222.html\" target=\"_blank\">L&rsquo;accaparement des terres par l&rsquo;agriculture industrielle<\/a><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Intervention de Jean-Pierre tertrais, <\/strong>groupe La Sociale (F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste- Rennes)<strong> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xnutlv_l-accaparement-des-terres-par-l-agriculture-industrielle-jean-pierre-tertrais-fsl56_news\" target=\"_blank\">La vid\u00e9o<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Conf\u00e9rence Vannes janvier 2012\u00a0: accaparement des terres<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Selon le dictionnaire, \u00ab<strong>accaparer<\/strong>\u00bb, c&rsquo;est acqu\u00e9rir ou conserver en grande quantit\u00e9 pour faire monter le prix, d\u00e9tenir le monopole, conserver pour son usage exclusif. Ce qui est au c\u0153ur du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accaparement, c&rsquo;est donc bien la <strong>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong>. Cette propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n&rsquo;est pas une loi naturelle comme tentent de nous le faire croire les lib\u00e9raux, mais le produit d&rsquo;une longue \u00e9volution culturelle, et notamment de la division du travail. Elle permet l&rsquo;accumulation de biens et d\u00e9finit des relations sociales en divisant la soci\u00e9t\u00e9 en riches et en pauvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">S&rsquo;agissant de la terre, le communalisme tribal a fonctionn\u00e9 des millions d&rsquo;ann\u00e9es. Pendant longtemps la propri\u00e9t\u00e9 revient aux communes, et les champs sont exploit\u00e9s par les paysans locaux qui profitent ensemble des r\u00e9coltes. <strong>Le capitalisme va favoriser l&rsquo;appropriation des terres en trois \u00e9tapes essentielles.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Premi\u00e8re \u00e9tape\u00a0: les enclosures<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On appelle mouvement des enclosures les changements qui, d\u00e8s le 12e si\u00e8cle mais surtout \u00e0 partir de la fin du 16e et au 17e si\u00e8cle, ont transform\u00e9, dans certaines r\u00e9gions de l&rsquo;Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre d&rsquo;un syst\u00e8me de coop\u00e9ration et communaut\u00e9 d&rsquo;administration des terres en syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des terres (chaque champ \u00e9tant s\u00e9par\u00e9 du champ voisin par une barri\u00e8re, voire un bocage). Les enclosures marquent la fin des droits d&rsquo;usage, en particulier des communaux, dont bon nombre de paysans d\u00e9pendaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plusieurs raisons sont invoqu\u00e9es pour justifier ce qu&rsquo;on peut appeler un vol\u00a0:<br \/>\n\u00b0 l&rsquo;absence de cadastre n\u00e9cessitait, pour les accapareurs, de mat\u00e9rialiser les limites fonci\u00e8res\u00a0;<br \/>\n\u00b0 les haies permettaient de parquer les animaux et de se prot\u00e9ger des b\u00eates errantes\u00a0;<br \/>\n\u00b0 ces haies, les foss\u00e9s, les talus sur lesquels elles sont plant\u00e9es, assurent plusieurs fonctions \u00e9cologiques, et m\u00eame \u00e9conomiques\u00a0: r\u00e9gulation et drainage de l&rsquo;eau, protection contre le vent, production d&rsquo;arbres fruitiers, de bois de chauffage.<br \/>\nMais la raison principale est la suppression des droits d&rsquo;usage (vaine p\u00e2ture, communaux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce mouvement s&rsquo;accompagne le plus souvent de l&rsquo;utilisation de nouvelles techniques (rotations), de nouvelles cultures. Il est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme le moyen permettant de passer d&rsquo;une agriculture jug\u00e9e peu productive \u00e0 une agriculture plus intensive. <strong>C&rsquo;est pourquoi il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une premi\u00e8re \u00e9tape dans la construction du capitalisme, du d\u00e9veloppement \u00e9conomique<\/strong>. Les champs ouverts et les p\u00e2turages communs ont en effet \u00e9t\u00e9 convertis par les riches propri\u00e9taires fonciers en p\u00e2turages pour des troupeaux de moutons, pour le commerce de la laine alors en pleine expansion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il n&rsquo;est donc pas surprenant que la naissance du capitalisme engendre aussit\u00f4t des cons\u00e9quences sociales n\u00e9gatives\u00a0: la richesse des uns s&rsquo;\u00e9tablit sur la mis\u00e8re des autres. Dans l&rsquo;imm\u00e9diat, cette appropriation d&rsquo;espaces pr\u00e9alablement d\u00e9volus \u00e0 l&rsquo;usage collectif a supprim\u00e9 les possibilit\u00e9s de pacage et de glane \u00e0 l&rsquo;ensemble des habitants. Beaucoup de paysans seront, par la suite, progressivement priv\u00e9s de leurs terres de toutes sortes de mani\u00e8res\u00a0: non-renouvellement des baux \u00e0 dur\u00e9e limit\u00e9e, reprise des terres au moment des d\u00e9c\u00e8s et des mutations, \u00e9victions abusives&#8230; Ainsi la majorit\u00e9 de la petite paysannerie se trouvera r\u00e9duite au salariat agricole ou industriel, \u00e0 la mendicit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exode vers les villes. <strong>Tr\u00e8s vite, une grande partie de la terre se trouve aux mains d&rsquo;un nombre r\u00e9duit de grands propri\u00e9taires<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne se d\u00e9roulera un peu partout, avec des modalit\u00e9s et des rythmes diff\u00e9rents. La noblesse fran\u00e7aise, contrairement \u00e0 l&rsquo;aristocratie d&rsquo;Outre-Manche, ne s&rsquo;est pas tourn\u00e9e vers l&rsquo;agriculture commerciale, fond\u00e9e sur de grandes fermes employant des salari\u00e9s agricoles. Pour l&rsquo;essentiel, les grands gagnants de la redistribution\u00a0 effectu\u00e9e \u00e0 la suite de la confiscation des biens de l&rsquo;\u00e9glise et d&rsquo;une partie de la noblesse, sont la couche \u00ab\u00a0moyenne\u00a0\u00bb de deux \u00e0 trois millions de personnes\u00a0: paysans ais\u00e9s, bourgeois agraires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En favorisant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 individuelle au d\u00e9triment des solidarit\u00e9s communales ant\u00e9rieures et de la gestion collective des espaces villageois, la r\u00e9forme agraire r\u00e9duit les bases de survie de ceux qu&rsquo;on appellerait aujourd&rsquo;hui les \u00ab\u00a0paysans sans terre\u00a0\u00bb\u00a0: la grande masse des man\u0153uvres, domestiques, saisonniers qui repr\u00e9sentent environ dix millions de personnes, auxquelles il faut ajouter le million de vagabonds et de mendiants parcourant villes et campagnes. Il faudra attendre 1881 pour que soient vot\u00e9s les premiers textes du code rural, et 1946 pour avoir un statut du fermage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le m\u00eame registre, on peut aussi \u00e9voquer la <strong>d\u00e9portation des Indiens d&rsquo;Am\u00e9rique<\/strong> qui r\u00e9sulta d&rsquo;une loi datant du 26 mai 1830, et qui r\u00e9pondait \u00e0 la soif toujours plus grande d&rsquo;espaces de la part des Blancs. Cette loi ordonnait le d\u00e9placement des Indiens vivant dans les territoires compris entre les treize Etats fondateurs et le Mississipi, vers une r\u00e9gion situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ouest du fleuve. Au moins 60 000 Am\u00e9rindiens ont \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s, plusieurs milliers sont morts de faim (h\u00e9catombes de gibier\u00a0: plus de dix millions de bisons abattus entre 1872 et 1874), de maladie (chol\u00e9ra, variole&#8230;), d&rsquo;\u00e9puisement, de froid, ou par les armes \u00e0 feu. Comme disait un chanteur canadien, des Am\u00e9rindiens, de plus en plus amers, de moins en moins indiens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est cette pr\u00e9sence insupportable des Indiens pour les nouveaux arrivants qui engendrera le plus souvent un engrenage infernal pour les Indiens\u00a0: proposition de trait\u00e9s, non-respect de ces trait\u00e9s par les Blancs, col\u00e8re des Indiens, \u00e9crasement militaire et confinement dans des r\u00e9serves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Deuxi\u00e8me \u00e9tape\u00a0: la course \u00e0 l&rsquo;agrandissement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vers le milieu des ann\u00e9es 1950, un ministre am\u00e9ricain de l&rsquo;agriculture lan\u00e7ait cet avertissement aux membres de la profession\u00a0: \u00ab\u00a0Agrandissez-vous ou d\u00e9guerpissez\u00a0\u00bb. Par sa nature m\u00eame, le syst\u00e8me capitaliste ne peut fonctionner qu&rsquo;\u00e0 grande \u00e9chelle. Il fallait donc de grandes, si possible de tr\u00e8s grandes exploitations pour vendre des machines toujours plus puissantes et sophistiqu\u00e9es, et des quantit\u00e9s toujours plus importantes d&rsquo;engrais et de pesticides.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Favoris\u00e9e par un potentiel exceptionnel en mati\u00e8re de relief, de climat, de ressources, de sols et par des exploitations de taille moyenne d\u00e9j\u00e0 plus \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;en Europe, l&rsquo;agriculture am\u00e9ricaine passe tr\u00e8s rapidement la vitesse sup\u00e9rieure : grandes monocultures, nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de chefs d&rsquo;entreprises disposant des technologies les plus r\u00e9centes. Dans plusieurs r\u00e9gions, une seule personne peut g\u00e9rer efficacement une exploitation d\u00e9passant 400 ha. Le r\u00e9sultat, c&rsquo;est que le nombre des exploitations agricoles am\u00e9ricaines, qui s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 5 830 000 en 1950 passe \u00e0 3 900 000 en 1960, \u00e0 2 900 000 en 1970, \u00e0 2 400 000 en 1980, \u00e0 2 200 000 en 1990. La superficie moyenne des exploitations est pass\u00e9e de 85 ha en 1950 \u00e0 190 ha en 1990 (en sachant que les plus importantes, sup\u00e9rieures \u00e0 400 ha, occupaient 63,4 % de la superficie agricole utile en 1990).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il faut, bien entendu, rappeler que le terrain avait \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9frich\u00e9 par les cons\u00e9quences de la Grande d\u00e9pression. La terre appartenait alors essentiellement \u00e0 quelques gros propri\u00e9taires et surtout \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s anonymes ou des banques. La s\u00e9cheresse et les temp\u00eates de poussi\u00e8re qui, pendant une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, avaient d\u00e9truit les r\u00e9coltes et \u00e9rod\u00e9 les terres, oblig\u00e8rent pr\u00e8s de trois millions de personnes \u00e0 quitter leurs terres et ne feront qu&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;\u00e9viction programm\u00e9e des fermiers. Le regroupement des terres permettra la m\u00e9canisation et la division du nombre d&rsquo;exploitants par douze \u00e0 quinze.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette course \u00e0 l&rsquo;agrandissement n&rsquo;a \u00e9videmment pas lieu seulement aux Etats-Unis. Au Canada, en Australie, en Argentine, on observe un doublement de la superficie moyenne des exploitations agricoles en un tiers de si\u00e8cle. En France, la taille moyenne passe de 16ha en 1950 \u00e0 34ha en 1990. Mais surtout, la part des tr\u00e8s grandes (plus de 50ha) s&rsquo;accro\u00eet rapidement. La surface totale des terres agricoles \u00e9tant plut\u00f4t en r\u00e9gression (\u00e0 cause de l&rsquo;urbanisation notamment, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un d\u00e9partement, en France, qui dispara\u00eet tous les dix ans), si certaines exploitations s&rsquo;agrandissent, c&rsquo;est que d&rsquo;autres diminuent&#8230;ou disparaissent. Ainsi, la France comptait 2 300 000 exploitations en 1950, 1 600 000 en 1970, 1 200 000 en 1980,\u00a0 960 000 en 1990, 700 000 en 2000, environ 450 000 aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il fallait mettre en place des moyens fiables pour \u00e9liminer r\u00e9guli\u00e8rement une partie des agriculteurs. Lorsque De Gaulle revient au pouvoir en 1958, deux experts, Louis Armand et Jacques Ruef, remettent au chef de l&rsquo;Etat leur rapport pour jeter les bases d&rsquo;une nouvelle expansion \u00e9conomique, et faire de la France une grande puissance industrielle. Heureuse co\u00efncidence\u00a0: l&rsquo;industrie aura besoin de plus en plus de main-d&rsquo;oeuvre, l&rsquo;agriculture&#8230; de moins en moins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le rapport en question exprimait pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le m\u00e9canisme des prix ne remplira son office dans le secteur agricole qu&rsquo;en infligeant aux agriculteurs, presque en permanence, un niveau de vie sensiblement inf\u00e9rieur \u00e0 celui des autres cat\u00e9gories de travailleurs<\/em>\u00a0\u00bb. L&rsquo;objectif \u00e9tait clair\u00a0: favoriser ceux dont le syst\u00e8me avait besoin, les exploitations performantes, capables financi\u00e8rement de s&rsquo;\u00e9quiper en mat\u00e9riels et produits vecteurs de modernisation\u00a0; rendre les conditions de travail des autres, les futures victimes, de plus en plus difficiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ainsi, divers instruments vont \u00eatre fa\u00e7onn\u00e9s pour op\u00e9rer cette monstrueuse discrimination\u00a0:<br \/>\n\u00b0 Les pr\u00eats accord\u00e9s par le syst\u00e8me bancaire, notamment le Cr\u00e9dit Agricole, ne sont pas identiques pour tous. Ceux qui disposent au d\u00e9part d&rsquo;une situation plus confortable, ceux qui se trouvent bien en cour dans le monde des notables, ceux qui disposent d&rsquo;appuis politiques s\u00fbrs, ceux qui acceptent de s&rsquo;engouffrer dans la voie de la modernisation, de l&rsquo;intensification, de la sp\u00e9cialisation, c&rsquo;est-\u00e0-dire de se plier aux imp\u00e9ratifs des soci\u00e9t\u00e9s multinationales&#8230; ceux-l\u00e0 obtiennent des pr\u00eats avantageux.<br \/>\n\u00b0 L&rsquo;attribution des multiples aides, primes, subventions ouvre la porte \u00e0 toutes les discriminations. Parce que les aides sont li\u00e9es \u00e0 la surface, on conforte ainsi des situations acquises. C&rsquo;est le d\u00e9veloppement in\u00e9gal cumulatif. Les exploitations de grandes cultures, c\u00e9r\u00e9ales et ol\u00e9o-prot\u00e9agineux, se taillent la part du lion. Ainsi, <strong>pr\u00e8s de 80% des aides iront aux 20% des agriculteurs d\u00e9j\u00e0 les plus favoris\u00e9s<\/strong>.<br \/>\n\u00b0 Le remembrement, ou r\u00e9am\u00e9nagement foncier, renforcera cette \u00ab\u00a0\u00e9puration\u00a0\u00bb\u00a0: pratiques de passe-droits qui l\u00e8sent les propri\u00e9taires les moins bien arm\u00e9s, syst\u00e8me de copinage, intimidation, partialit\u00e9 de la commission des litiges&#8230; C&rsquo;est souvent au d\u00e9triment des m\u00eames personnes que les injustices se cumulent\u00a0: terres plus \u00e9loign\u00e9es ou de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure, perte de points d&rsquo;eau, de surfaces bois\u00e9es&#8230;<br \/>\n\u00b0 Le laxisme et m\u00eame la complicit\u00e9 des pouvoirs publics permettent aux moins scrupuleux de conqu\u00e9rir des parts de march\u00e9, p\u00e9nalisant ceux qui respectent la r\u00e9glementation. Ainsi, 40% de la production porcine en Bretagne s&rsquo;est faite au-del\u00e0 des autorisations l\u00e9gales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quand on \u00e9tablit son bilan, la face cach\u00e9e de la modernisation de l&rsquo;agriculture ressemble \u00e0 un cauchemar. En moins d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, l&rsquo;agriculture productiviste a hypoth\u00e9qu\u00e9 les ressources en eau, mis en p\u00e9ril la sant\u00e9 des agriculteurs et des consommateurs, provoqu\u00e9 la disparition de nombreuses petites exploitations, et donc aggrav\u00e9 le ch\u00f4mage, accentu\u00e9 les d\u00e9s\u00e9quilibres entre r\u00e9gions et la d\u00e9sertification rurale, entra\u00een\u00e9 la perte de fertilit\u00e9 des sols, d\u00e9truit des paysages bocagers, caus\u00e9 la diminution de la qualit\u00e9 des produits alimentaires, augment\u00e9 le co\u00fbt du stockage de certains produits, favoris\u00e9 la mainmise de quelques grandes firmes sur les r\u00e9serves g\u00e9n\u00e9tiques, compromis l&rsquo;autosuffisance alimentaire du Sud, le tout en absorbant la moiti\u00e9 du budget europ\u00e9en.<br \/>\nAutrefois, le paysan \u00e9tait asservi au notable, il l&rsquo;est d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;argent.<br \/>\nHier, la fonction de l&rsquo;agriculture \u00e9tait de nourrir les hommes\u00a0; elle est aujourd&rsquo;hui de r\u00e9aliser des profits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/img.over-blog.com\/198x245\/2\/40\/14\/97\/ecologie\/Tiers_monde.jpg\" alt=\"Tiers_monde.jpg\" width=\"198\" height=\"245\" \/> On peut, l\u00e0 aussi, d\u00e9velopper une des cons\u00e9quences annonc\u00e9es\u00a0: la mise \u00e0 mal de l&rsquo;autosuffisance alimentaire du Sud, en ce qu&rsquo;elle concerne un vol de terres qui peut se r\u00e9sumer par la formule\u00a0 \u00ab\u00a0<strong><em>quand la vache du riche affame le monde<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb.<br \/>\n40% des c\u00e9r\u00e9ales cultiv\u00e9es dans le monde sont destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation du b\u00e9tail.<br \/>\nPlus des trois-quarts des terres agricoles sont consacr\u00e9es aux animaux d&rsquo;\u00e9levage.<br \/>\nPour r\u00e9cup\u00e9rer une calorie d&rsquo;origine animale, il faut en moyenne sept calories d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale.<br \/>\nIl y a bien concurrence entre l&rsquo;alimentation animale et l&rsquo;alimentation humaine. Il a \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9 que l&rsquo;Europe utilise sept fois sa superficie agricole en terres du \u00ab\u00a0tiers monde\u00a0\u00bb pour la production d&rsquo;aliments destin\u00e9s au b\u00e9tail. On peut consid\u00e9rer que (presque) chaque habitant des pays industrialis\u00e9s est \u00ab\u00a0possesseur\u00a0\u00bb d&rsquo;un morceau de terre dans les pays pauvres. Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un vol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Troisi\u00e8me \u00e9tape\u00a0: la terre, mati\u00e8re premi\u00e8re capitale, objet de sp\u00e9culation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La crise alimentaire est sans doute la principale cause d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re depuis plusieurs ann\u00e9es, l&rsquo;accaparement des terres \u2013 achats ou locations \u2013 notamment agricoles, en Afrique, en Asie, en Am\u00e9rique latine, en Ukraine, par des gouvernements ou des entreprises priv\u00e9es (agroalimentaire ou secteur financier), soit pour assurer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, soit en tant qu&rsquo;investissement. Dans de nombreux cas, ces terres sont pr\u00e9sent\u00e9es, bien entendu, comme \u00ab\u00a0inutilis\u00e9es\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9grad\u00e9es\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sous-exploit\u00e9es\u00a0\u00bb, alors qu&rsquo;elles sont, au moment de leur acquisition, utilis\u00e9es par des familles pauvres qui y cultivent les produits dont elles se nourrissent. La r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est que ces accapareurs cherchent plut\u00f4t des terres fertiles avec une certaine disponibilit\u00e9 en eau, la proximit\u00e9 des infrastructures, un potentiel de croissance de la production agricole, une politique fonci\u00e8re favorable, et si possible une main-d&rsquo;oeuvre bon march\u00e9 et peu au fait de ses droits. La \u00ab\u00a0r\u00e9alisation d&rsquo;infrastructures\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation d&#8217;emplois et de richesses\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0transfert de technologie\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0pr\u00e9servation de zones d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique\u00a0\u00bb ne sont que des pr\u00e9textes. Le r\u00e9sultat, c&rsquo;est que les Etats les plus pauvres finissent par brader leurs ressources fonci\u00e8res. La terre devient donc une valeur refuge sans risques excessifs. Les principaux acheteurs actuels sont les Etats du Golfe (qui importent de 69 \u00e0 90% de leur nourriture), la Chine (qui doit nourrir 1,4 milliard de bouches, soit pr\u00e8s du quart de la population mondiale, avec seulement 7% des terres arables), l&rsquo;Inde, la Cor\u00e9e du Sud, l&rsquo;Afrique du Sud&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien que, par manque de transparence, la quantit\u00e9 disponible de donn\u00e9es fiables et d\u00e9taill\u00e9es dans ce domaine soit faible, on estime qu&rsquo;au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es, plus de 200 millions d&rsquo;hectares de terres agricoles dans les pays dits en d\u00e9veloppement ont fait l&rsquo;objet de n\u00e9gociations avec les investisseurs internationaux (une superficie \u00e9quivalente \u00e0 huit fois la taille du Royaume-Uni), les deux tiers se situant en Afrique subsaharienne. Le manque de devises et d&rsquo;infrastructures agricoles modernes favorise ces transactions, lesquelles sont g\u00e9n\u00e9ralement arrang\u00e9es par des interm\u00e9diaires locaux qui empochent \u00e9videmment de substantielles commissions. Alors que dans ces pays, pr\u00e8s d&rsquo;un milliard de personnes manquent de nourriture et un autre milliard souffre de formes diverses de malnutrition\u00a0; la hausse des prix alimentaires, depuis 2008 puis \u00e0 nouveau fin 2010, venant aggraver la crise, notamment dans la Corne de l&rsquo;Afrique. Et rappelant combien l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la terre est essentiel pour des centaines de millions de m\u00e9nages vivant en situation d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Non seulement l&rsquo;accaparement des terres aggrave le probl\u00e8me de la faim, mais il condamne souvent au ch\u00f4mage et \u00e0 l&rsquo;exode, d\u00e9vitalisant le tissu \u00e9conomique des zones rurales, exacerbe la pauvret\u00e9 et les conflits, perturbe la vie sociale et culturelle des populations, contribue \u00e0 la perte des connaissances et savoir-faire agricoles, accro\u00eet l&rsquo;impact \u00e9cologique. Il devient de plus en plus difficile et dangereux de vivre de la terre. Or les agricultures paysannes et familiales sont les mieux plac\u00e9es pour r\u00e9pondre aux besoins alimentaires des populations, pour assurer une production vivri\u00e8re agro-\u00e9cologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La production alimentaire et fourrag\u00e8re n&rsquo;est pas le seul moteur de ces transactions fonci\u00e8res. Ces terres sont \u00e9galement achet\u00e9es pour la production d&rsquo;agrocarburants, galvanis\u00e9e par les politiques de soutien \u00e0 ces agrocarburants aux Etats-Unis et dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Ou pour effectuer des plantations dont l&rsquo;objectif est de b\u00e9n\u00e9ficier de cr\u00e9dits carbone. Ou encore pour viser le contr\u00f4le de ressources strat\u00e9giques en anticipant les p\u00e9nuries ou les tensions \u00e0 venir (c&rsquo;est-\u00e0-dire des immobilisations fonci\u00e8res avec l&rsquo;id\u00e9e de s&rsquo;approprier les richesses du sous-sol).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/img.over-blog.com\/300x241\/2\/40\/14\/97\/ecologie\/accaparement-des-terres-helico.jpg\" alt=\"accaparement des terres helico\" width=\"300\" height=\"241\" \/>La ru\u00e9e vers les terres n&rsquo;est pas un fait vraiment nouveau\u00a0: d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1980, la lib\u00e9ralisation croissante des mouvements de capitaux et des l\u00e9gislations nationales incite les grandes entreprises \u00e0 acheter des terres. Mais c&rsquo;est la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire que le ph\u00e9nom\u00e8ne est compl\u00e8tement mondialis\u00e9. Et ce ph\u00e9nom\u00e8ne, qui commence \u00e0 ressembler \u00e0 un Monopoly plan\u00e9taire, voire \u00e0 un n\u00e9ocolonialisme agraire, ne peut que s&rsquo;amplifier dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, plusieurs processus conjuguant leurs effets\u00a0: la demande grandissante de denr\u00e9es alimentaires due surtout \u00e0 la croissance \u00e9conomique des pays \u00e9mergents (et notamment l&rsquo;\u00e9volution des r\u00e9gimes carn\u00e9s) et aussi \u00e0 l&rsquo;accroissement de la population mondiale \u2013 plus de 70 millions d&rsquo;individus nouveaux chaque ann\u00e9e)\u00a0; l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration du changement climatique (avec des incidences plut\u00f4t n\u00e9gatives sur la production alimentaire)\u00a0; la rar\u00e9faction de la ressource en eau (l&rsquo;agriculture consomme 70% de cette ressource)\u00a0; le d\u00e9veloppement, on l&rsquo;a vu, des agrocarburants\u00a0; la sp\u00e9culation sur le foncier. Autant de facteurs qui risquent de rendre, dans un avenir proche, les conditions de vie tr\u00e8s inconfortables, voire intol\u00e9rables, pour une grande partie de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Que faire face \u00e0 cette privatisation de l&rsquo;espace,\u00a0 \u00e0 cette marchandisation du vivant\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">D&rsquo;abord, l&rsquo;histoire montre que des luttes ont toujours \u00e9t\u00e9 men\u00e9es contre l&rsquo;exploitation et la domination. Un peu partout, de nombreuses jacqueries porteront des revendications vers plus de dignit\u00e9 (r\u00e9duction des charges, abolition du servage&#8230;). Mais parce que les participants \u00e9taient toujours mal organis\u00e9s, mal \u00e9quip\u00e9s, ces soul\u00e8vements ont toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9s par la force, comme dans les Midlands en 1607 suite \u00e0 la cl\u00f4ture des communaux, o\u00f9 une cinquantaine de paysans ont \u00e9t\u00e9 pendus. Il reste que ces r\u00e9voltes ont marqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence du peuple en tant que force politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour la suite de l&rsquo;histoire, il faut rappeler que si la nuit du 4 ao\u00fbt (1789) lib\u00e8re les paysans de servitudes intol\u00e9rables, elle \u00f4te \u00e9galement toute limitation \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Le 26 ao\u00fbt, l&rsquo;article 17 de la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;homme consacrera la propri\u00e9t\u00e9 comme un \u00ab\u00a0<em>droit inviolable et sacr\u00e9 dont nul ne peut \u00eatre priv\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec la reconnaissance du droit d&rsquo;association, et gr\u00e2ce aux luttes ouvri\u00e8res, que se d\u00e9veloppent \u00e0 partir de la fin du 19e si\u00e8cle de nouvelles formes de solidarit\u00e9\u00a0: syndicats, coop\u00e9ratives, mutuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le syndicalisme agricole, toutefois, est largement dessin\u00e9, en France, par la toute-puissante FNSEA dont les racines plongent dans l&rsquo;extr\u00eame-droite et le r\u00e9gime de Vichy, et qui s&rsquo;est toujours compromise dans la cogestion avec le pouvoir en place. A partir des ann\u00e9es 1965-1967, certains syndicalistes vont analyser les conflits de la France rurale en termes de lutte des classes \u2013 les travailleurs-paysans. Estimant que les industries agroalimentaires et les \u00ab\u00a0coop\u00e9ratives\u00a0\u00bb contribuent \u00e0 l&rsquo;exploitation et \u00e0 la prol\u00e9tarisation des paysans qui doivent augmenter constamment le volume de leur production afin de pr\u00e9server leurs revenus, ils pr\u00f4nent une alliance avec les ouvriers (ils lutteront d&rsquo;ailleurs aux c\u00f4t\u00e9s des salari\u00e9s dans les conflits de Lip et du Joint fran\u00e7ais).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au niveau international, <a href=\"http:\/\/www.viacampesina.org\/fr\/\"><strong>Via Campesina<\/strong><\/a> coordonne les luttes de plus de 70 organisations de paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales, de communaut\u00e9s indig\u00e8nes provenant des cinq continents avec des objectifs tels que l&rsquo;am\u00e9lioration des conditions de vie, la participation des femmes \u00e0 la vie politique, sociale, \u00e9conomique, la souverainet\u00e9 alimentaire, la propri\u00e9t\u00e9 collective de semences, la protection de l&rsquo;environnement&#8230;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/img.over-blog.com\/300x199\/2\/40\/14\/97\/ecologie\/accaparement-des-terres-resistance.jpg\" alt=\"accaparement-des-terres-resistance.jpg\" width=\"300\" height=\"199\" \/><br \/>\nAujourd&rsquo;hui, les luttes n&rsquo;ont pas n\u00e9cessairement faibli\u00a0: au Mexique, au Br\u00e9sil, au Chili, au Honduras, des populations se battent pour r\u00e9cup\u00e9rer et occuper de bonnes terres cultivables, \u00eatre reconnus en tant que peuples, disposer d&rsquo;un territoire autonome. Mais les moyens dont dispose l&rsquo;adversaire sont devenus consid\u00e9rables\u00a0: ressources financi\u00e8res, pouvoir m\u00e9diatique, renforcement de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, protection juridique, brevets sur les logiciels ou sur les inventions, recours \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e. Le capitalisme investit tous les domaines. L&rsquo;aspect le plus grave est sans doute le fait que les firmes biotechnologiques visent le monopole de la production de semences en lan\u00e7ant sur le march\u00e9 des esp\u00e8ces dont elles d\u00e9tiennent les brevets. Or cette course aux brevets est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un processus qui a d\u00e9but\u00e9, on l&rsquo;a vu, il y a cinq si\u00e8cles, celui de l&rsquo;appropriation et de la privatisation des \u00e9cosyst\u00e8mes, de la biosph\u00e8re. <strong>De la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production \u00e0 celle des moyens de reproduction,\u00a0 la boucle est boucl\u00e9e\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Concernant la terre, qui forme le bien le plus ancr\u00e9 dans la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, tous ces combats buttent sur le foncier. Si les populations paysannes ont su arracher des r\u00e9formes agraires, c&rsquo;est parce que le souci des dirigeants \u00e9tait le maintien de la paix sociale. Mais chaque fois, les gouvernements ont \u00e9t\u00e9 contraints d&rsquo;enclencher des contre-r\u00e9formes agraires sous la pression des gros propri\u00e9taires, du n\u00e9olib\u00e9ralisme, du capitalisme financier. Dans les pays pauvres, les programmes d&rsquo;ajustement structurel ont signifi\u00e9 la fin du soutien des Etats au secteur agricole vivrier au profit du secteur agro-exportateur. Cette situation se prolonge aujourd&rsquo;hui avec l&rsquo;appropriation massive des terres agricoles \u00e0 des prix d\u00e9risoires. La collusion entre les Etats et le capitalisme doit appara\u00eetre clairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tant que les mouvements de lutte se limiteront \u00e0 exiger des n\u00e9gociations sur la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, des m\u00e9canismes d&rsquo;intervention sur les march\u00e9s, un moratoire sur les investissements \u00e0 grande \u00e9chelle dans le foncier ou sur les OGM, les paysans continueront \u00e0 mourir sous les balles ou \u00e0 se suicider, accul\u00e9s \u00e0 la faillite et \u00e0 la mis\u00e8re. Les peuples n&rsquo;auront que ce qu&rsquo;ils prendront.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Chacun sait pertinemment qu&rsquo;aucun gouvernement ne mettra en \u0153uvre une r\u00e9elle r\u00e9forme agraire dans l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Et de toutes fa\u00e7ons, l&rsquo;\u00e9galisation d&rsquo;un jour ne serait que le point de d\u00e9part d&rsquo;une nouvelle course \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des fortunes. M\u00eame \u00e0 dose hom\u00e9opathique, le capitalisme est mortel. C&rsquo;est la raison pour laquelle Gracchus Babeuf, partisan de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale et de la propri\u00e9t\u00e9 collective, s&rsquo;\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 la r\u00e9forme agraire apr\u00e8s la r\u00e9volution\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La loi agraire, ou le partage des campagnes, fut le v\u0153u instantan\u00e9 de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plut\u00f4t que par la raison. Nous tenons \u00e0 quelque chose de plus sublime et de plus \u00e9quitable, le Bien Commun ou la communaut\u00e9 des biens\u00a0! Plus de propri\u00e9t\u00e9 individuelle des terres\u00a0: la terre n&rsquo;est \u00e0 personne. Nous r\u00e9clamons, nous voulons la jouissance communale des fruits\u00a0: les fruits sont \u00e0 tout le monde.<\/em>\u00a0\u00bb (<strong>Manifeste des Egaux<\/strong>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme le soulignait Proudhon, la propri\u00e9t\u00e9 est le probl\u00e8me \u00ab<em>\u00a0le plus grand que puisse se proposer la raison, le dernier qu&rsquo;elle parviendra \u00e0 r\u00e9soudre<\/em>.\u00a0\u00bb Pour y parvenir, non seulement les populations ne pourront compter que sur leurs propres forces, mais il faudra que ces forces soient d\u00e9cupl\u00e9es : courage, volont\u00e9, d\u00e9termination pour privil\u00e9gier la coop\u00e9ration par rapport \u00e0 l&rsquo;individualisme. Rien moins que d&rsquo;inverser le cours de l&rsquo;histoire. La mise en commun des terres et leur gestion collective, c&rsquo;est ce qu&rsquo;une partie du peuple espagnol avait os\u00e9 faire pendant la R\u00e9volution de 1936. Alors pourquoi ne pas suivre cet exemple\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Jean-Pierre Tertrais<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Blog des groupes Lochu et Ferrer de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste, 20 janvier 2012<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/files\/2012\/01\/J.-P.-Tertrais-du-d\u00e9veloppement-\u00e0-la-d\u00e9croissance.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3103\" src=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/files\/2012\/01\/J.-P.-Tertrais-du-d\u00e9veloppement-\u00e0-la-d\u00e9croissance.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"275\" \/><\/a>ndPN : pour plus d&rsquo;infos sur la d\u00e9croissance libertaire, lire \u00ab\u00a0Du d\u00e9veloppement \u00e0 la d\u00e9croissance\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte instructif de Jean-Pierre Tertrais, introduction \u00e0 la soir\u00e9e-d\u00e9bat du 13 janvier 2012. L&rsquo;accaparement des terres par l&rsquo;agriculture industrielle Intervention de Jean-Pierre tertrais, groupe La Sociale (F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste- Rennes) &#8211; La vid\u00e9o Conf\u00e9rence Vannes janvier 2012\u00a0: accaparement des terres Selon le dictionnaire, \u00abaccaparer\u00bb, c&rsquo;est acqu\u00e9rir ou conserver en grande quantit\u00e9 pour faire monter le &hellip; <a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=3102\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L&rsquo;accaparement des terres par l&rsquo;agriculture industrielle<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2691,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,17],"tags":[],"class_list":["post-3102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-decroissance-libertaire","category-education-populaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2691"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3102"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3106,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3102\/revisions\/3106"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}