{"id":4924,"date":"2012-03-22T13:18:19","date_gmt":"2012-03-22T12:18:19","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=4924"},"modified":"2012-03-22T13:21:13","modified_gmt":"2012-03-22T12:21:13","slug":"notre-histoire-declaration-de-marius-jacob-a-son-proces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=4924","title":{"rendered":"[Notre histoire] D\u00e9claration de Marius Jacob \u00e0 son proc\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><em><a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/files\/2012\/03\/jacob_marius.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4927\" src=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/files\/2012\/03\/jacob_marius.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"222\" \/><\/a>Le 22 mars 1905, au palais de justice d&rsquo;Amiens, se cl\u00f4t le proc\u00e8s d&rsquo;Alexandre Marius JACOB, cambrioleur anarchiste, et de sa bande \u00ab\u00a0Les travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb qui auront \u00e0 leur actif 150 cambriolages. Marius Jacob et F\u00e9lix Bour sont condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. 14 personnes \u00e9copent de 5 \u00e0 20 ann\u00e9es de r\u00e9clusion et 7 sont acquitt\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em><a href=\"http:\/\/epheman.perso.neuf.fr\/mars22.html\" target=\"_blank\">Eph\u00e9m\u00e9ride Anarchiste<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><em>***<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong><a href=\"http:\/\/voudrais.fr\/je-voudrais-vivre-dans-une-societe-ou-le-vol-serait-banni-je-n%E2%80%99approuve-et-n%E2%80%99ai-use-du-vol-que-comme-moyen-de-r\/\" target=\"_blank\">Pourquoi j&rsquo;ai vol\u00e9<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Messieurs, vous savez maintenant qui je suis : un r\u00e9volt\u00e9 vivant du produit des cambriolages. De plus j\u2019ai incendi\u00e9 plusieurs h\u00f4tels et d\u00e9fendu ma libert\u00e9 contre l\u2019agression d\u2019agents du pouvoir. J\u2019ai mis \u00e0 nu toute mon existence de lutte ; je la soumets comme un probl\u00e8me \u00e0 vos intelligences. Ne reconnaissant \u00e0 personne le droit de me juger, je n\u2019implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et m\u00e9prise. Vous \u00eates les plus forts! Disposez de moi comme vous l\u2019entendrez, envoyez-moi au bagne ou \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud, peu m\u2019importe! Mais avant de nous s\u00e9parer, laissez-moi vous dire un dernier mot. Puisque vous me reprochez surtout d\u2019\u00eatre un voleur, il est utile de d\u00e9finir ce qu\u2019est le vol. \u00c0 mon avis, le vol est un besoin de prendre que ressent tout homme pour satisfaire ses app\u00e9tits. Or ce besoin se manifeste en toute chose : depuis les astres qui naissent et meurent pareils \u00e0 des \u00eatres, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019insecte qui \u00e9volue dans l\u2019espace, si petit, si infime que nos yeux ont de la peine \u00e0 le distinguer. La vie n\u2019est que vols et massacres. Les plantes, les b\u00eates s\u2019entre-d\u00e9vorent pour subsister. L\u2019un ne na\u00eet que pour servir de p\u00e2ture \u00e0 l\u2019autre ; malgr\u00e9 le degr\u00e9 de civilisation, de perfectibilit\u00e9 pour mieux dire, o\u00f9 il est arriv\u00e9, l\u2019homme ne faillit pas \u00e0 cette loi ; il ne peut s\u2019y soustraire sous peine de mort. Il tue et les plantes et les b\u00eates pour s\u2019en nourrir. Roi des animaux, il est insatiable. En outre des objets alimentaires qui lui assurent la vie, l\u2019homme se nourrit aussi d\u2019air, d\u2019eau et de lumi\u00e8re. Or a-t-on jamais vu deux hommes se quereller, s\u2019\u00e9gorger pour le partage de ces aliments? Pas que je sache. Cependant ce sont les plus pr\u00e9cieux sans lesquels un homme ne peut vivre. On peut demeurer plusieurs jours sans absorber de substances pour lesquelles nous nous faisons esclaves. Peut-on en faire autant de l\u2019air? Pas m\u00eame un quart d\u2019heure. L\u2019eau compte pour trois quarts du poids de notre organisme et nous est indispensable pour entretenir l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de nos tissus ; sans la chaleur, sans le soleil, la vie serait tout \u00e0 fait impossible. Or tout homme prend, vole ces aliments. Lui en fait-on un crime, un d\u00e9lit? Non certes! Pourquoi r\u00e9serve-t-on le reste? Parce que ce reste exige une d\u00e9pense d\u2019effort, une somme de travail. Mais le travail est le propre d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019association de tous les individus pour conqu\u00e9rir, avec peu d\u2019efforts, beaucoup de bien-\u00eatre. Est-ce bien l\u00e0 l\u2019image de ce qui existe? Vos institutions sont-elles bas\u00e9es sur un tel mode d\u2019organisation? La v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9montre le contraire. Plus un homme travaille, moins il gagne ; moins il produit, plus il b\u00e9n\u00e9ficie. Le m\u00e9rite n\u2019est donc pas consid\u00e9r\u00e9. Les audacieux seuls s\u2019emparent du pouvoir et s\u2019empressent de l\u00e9galiser leurs rapines. Du haut en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale tout n\u2019est que friponnerie d\u2019une part et idiotie de l\u2019autre. Comment voulez-vous que, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de ces v\u00e9rit\u00e9s, j\u2019aie respect\u00e9 un tel \u00e9tat de choses? Un marchand d\u2019alcool, un patron de bordel s\u2019enrichit, alors qu\u2019un homme de g\u00e9nie va crever de mis\u00e8re sur un grabat d\u2019h\u00f4pital. Le boulanger qui p\u00e9trit le pain en manque ; le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils, le tisserand qui fabrique des stocks de v\u00eatements n\u2019en a pas pour se couvrir ; le ma\u00e7on qui construit des ch\u00e2teaux et des palais manque d\u2019air dans un infect taudis. Ceux qui produisent tout n\u2019ont rien, et ceux qui ne produisent rien ont tout. Un tel \u00e9tat de choses ne peut que produire l\u2019antagonisme entre les classes laborieuses et la classe poss\u00e9dante, c\u2019est-\u00e0-dire fain\u00e9ante. La lutte surgit et la haine porte ses coups. Vous appelez un homme \u00ab voleur et bandit \u00bb, vous appliquez contre lui les rigueurs de la loi sans vous demander s\u2019il pouvait \u00eatre autre chose. A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur? J\u2019avoue ne pas en conna\u00eetre. Mais moi qui ne suis ni rentier ni propri\u00e9taire, qui ne suis qu\u2019un homme ne poss\u00e9dant que ses bras et son cerveau pour assurer sa conservation, il m\u2019a fallu tenir une autre conduite. La soci\u00e9t\u00e9 ne m\u2019accordait que trois moyens d\u2019existence : le travail, la mendicit\u00e9, le vol. Le travail, loin de me r\u00e9pugner, me pla\u00eet, l\u2019homme ne peut m\u00eame pas se passer de travailler ; ses muscles, son cerveau poss\u00e8dent une somme d\u2019\u00e9nergie \u00e0 d\u00e9penser. Ce qui m\u2019a r\u00e9pugn\u00e9, c\u2019est de suer sang et eau pour l\u2019aum\u00f4ne d\u2019un salaire, c\u2019est de cr\u00e9er des richesses dont j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9. En un mot, il m\u2019a r\u00e9pugn\u00e9 de me livrer \u00e0 la prostitution du travail. La mendicit\u00e9 c\u2019est l\u2019avilissement, la n\u00e9gation de toute dignit\u00e9. Tout homme a droit au banquet de la vie. Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. Le vol c\u2019est la restitution, la reprise de possession. Plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre clo\u00eetr\u00e9 dans une usine, comme dans un bagne ; plut\u00f4t que mendier ce \u00e0 quoi j\u2019avais droit, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m\u2019insurger et combattre pied \u00e0 pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je con\u00e7ois que vous auriez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que je me soumette \u00e0 vos lois ; qu\u2019ouvrier docile et avachi j\u2019eusse cr\u00e9\u00e9 des richesses en \u00e9change d\u2019un salaire d\u00e9risoire et, lorsque le corps us\u00e9 et le cerveau ab\u00eati, je m\u2019en fusse crever au coin d\u2019une rue. Alors vous ne m\u2019appelleriez pas \u00ab bandit cynique \u00bb, mais \u00ab honn\u00eate ouvrier \u00bb. Usant de la flatterie, vous m\u2019auriez m\u00eame accord\u00e9 la m\u00e9daille du travail. Les pr\u00eatres promettent un paradis \u00e0 leurs dupes ; vous, vous \u00eates moins abstraits, vous leur offrez un chiffon de papier. Je vous remercie beaucoup de tant de bont\u00e9, de tant de gratitude, messieurs. Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre un cynique conscient de mes droits qu\u2019un automate, qu\u2019une cariatide. D\u00e8s que j\u2019eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre pr\u00e9tendue morale, qui pr\u00f4ne le respect de la propri\u00e9t\u00e9 comme une vertu, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il n\u2019y a de pires voleurs que les propri\u00e9taires. Estimez-vous heureux, messieurs, que ce pr\u00e9jug\u00e9 ait pris racine dans le peuple, car c\u2019est l\u00e0 votre meilleur gendarme. Connaissant l\u2019impuissance de la loi, de la force pour mieux dire, vous en avez fait le plus solide de vos protecteurs. Mais prenez-y garde ; tout n\u2019a qu\u2019un temps. Tout ce qui est construit, \u00e9difi\u00e9 par la ruse et la force, la ruse et la force peuvent le d\u00e9molir. Le peuple \u00e9volue tous les jours. Voyez-vous qu\u2019instruits de ces v\u00e9rit\u00e9s, conscients de leurs droits, tous les meurt-de-faim, tous les gueux, en un mot, toutes vos victimes, s\u2019armant d\u2019une pince-monseigneur aillent livrer l\u2019assaut \u00e0 vos demeures pour reprendre leurs richesses, qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9es et que vous leur avez vol\u00e9es. Croyez-vous qu\u2019ils en seraient plus malheureux? J\u2019ai l\u2019id\u00e9e du contraire. S\u2019ils y r\u00e9fl\u00e9chissent bien, ils pr\u00e9f\u00e9reraient courir tous les risques plut\u00f4t que de vous engraisser en g\u00e9missant dans la mis\u00e8re. La prison. Le bagne. L\u2019\u00e9chafaud! Dira-t-on. Mais que sont ces perspectives en comparaison d\u2019une vie d\u2019abruti, faite de toutes les souffrances. Le mineur qui dispute son pain aux entrailles de la terre, ne voyant jamais luire le soleil, peut p\u00e9rir d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre, victime d\u2019une explosion de grisou ; le couvreur qui p\u00e9r\u00e9grine sur les toitures peut faire une chute et se r\u00e9duire en miettes ; le marin conna\u00eet le jour de son d\u00e9part, mais il ignore s\u2019il reviendra au port. Bon nombre d\u2019autres ouvriers contractent des maladies fatales dans l\u2019exercice de leur m\u00e9tier, s\u2019\u00e9puisent, s\u2019empoisonnent, se tuent \u00e0 cr\u00e9er pour vous ; il n\u2019est pas jusqu\u2019aux gendarmes, aux policiers, vos valets qui, pour un os que vous leur donnez \u00e0 ronger, trouvent parfois la mort dans la lutte qu\u2019ils entreprennent contre vos ennemis. Ent\u00eat\u00e9s dans votre \u00e9go\u00efsme \u00e9troit, vous demeurez sceptiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette vision, n\u2019est-ce pas? Le peuple a peur, semblez-vous dire. Nous le gouvernons par la crainte de la r\u00e9pression ; s\u2019il crie, nous le jetterons en prison ; s\u2019il bronche, nous le d\u00e9porterons au bagne ; s\u2019il agit, nous le guillotinerons! Mauvais calcul, messieurs, croyez-m\u2019en. Les peines que vous infligerez ne sont pas un rem\u00e8de contre les actes de r\u00e9volte. La r\u00e9pression, bien loin d\u2019\u00eatre un rem\u00e8de, voire un palliatif n\u2019est qu\u2019une aggravation du mal. Les mesures correctives ne peuvent que semer la haine et la vengeance. C\u2019est un cycle fatal. Du reste, depuis que vous tranchez des t\u00eates, depuis que vous peuplez les prisons et les bagnes, avez-vous emp\u00each\u00e9 la haine de se manifester? Dites! R\u00e9pondez! Les faits d\u00e9montrent votre impuissance. Pour ma part, je savais pertinemment que ma conduite ne pouvait avoir pour moi d\u2019autre issue que le bagne ou l\u2019\u00e9chafaud. Vous devez voir que ce n\u2019est pas ce qui m\u2019a emp\u00each\u00e9 d\u2019agir. Si je me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 une question de gains, de livres, mais une question de principe, de droit j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d\u2019homme, que me faire l\u2019artisan de la fortune d\u2019un ma\u00eetre. En termes plus crus, sans euph\u00e9misme, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9. Certes, moi aussi je r\u00e9prouve le fait par lequel un homme s\u2019empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d\u2019autrui. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que j\u2019ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres. Moi aussi je voudrais vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le vol serait banni. Je n\u2019approuve et n\u2019ai us\u00e9 du vol que comme moyen de r\u00e9volte propre \u00e0 combattre le plus inique de tous les vols : la propri\u00e9t\u00e9 individuelle. Pour d\u00e9truire un effet, il faut au pr\u00e9alable en d\u00e9truire la cause. S\u2019il y a vol, ce n\u2019est que parce qu\u2019il y a abondance d\u2019une part et disette de l\u2019autre ; que parce que tout n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 quelques-uns. La lutte ne dispara\u00eetra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses ; que lorsque tout appartiendra \u00e0 tous. Anarchiste r\u00e9volutionnaire j\u2019ai fait ma r\u00e9volution vienne l\u2019anarchie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Alexandre Marius Jacob<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 22 mars 1905, au palais de justice d&rsquo;Amiens, se cl\u00f4t le proc\u00e8s d&rsquo;Alexandre Marius JACOB, cambrioleur anarchiste, et de sa bande \u00ab\u00a0Les travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb qui auront \u00e0 leur actif 150 cambriolages. 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