{"id":5624,"date":"2012-05-10T11:24:28","date_gmt":"2012-05-10T09:24:28","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=5624"},"modified":"2012-05-10T11:27:33","modified_gmt":"2012-05-10T09:27:33","slug":"la-peste-soit-des-pesticides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=5624","title":{"rendered":"La peste soit des pesticides !"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong><a href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article2293.html\" target=\"_blank\">Pesticides : le changement, c\u2019est pour quand ?<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les effets d\u00e9vastateurs des pesticides pour la sant\u00e9, en particulier chez les enfants, n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Mais peut-on v\u00e9ritablement se passer de ces \u00ab produits phytosanitaires \u00bb cens\u00e9s accro\u00eetre les rendements et faciliter le travail des agriculteurs ? Sortir des pesticides est loin d\u2019\u00eatre impossible, mais implique que les agriculteurs, les chercheurs, et les politiques soient capables de se remettre en cause. Voici comment sortir des pesticides, en sept le\u00e7ons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" src=\"http:\/\/www.bastamag.net\/local\/cache-vignettes\/L520xH351\/arton2293-49d51.jpg\" alt=\"\" width=\"520\" height=\"351\" \/><\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p>Dans le service p\u00e9diatrique qu\u2019il dirige, au CHU de Montpellier, le professeur Charles Sultan constate tous les jours les effets d\u00e9vastateurs des pesticides perturbateurs endocriniens. Ces mol\u00e9cules sont particuli\u00e8rement <a href=\"http:\/\/www.mdrgf.org\/26pesticides.html\" rel=\"external\" target=\"_blank\">redoutables<\/a> pour les f\u0153tus. <em>\u00ab Chez les petits gar\u00e7ons, cela provoque notamment des malformations des organes sexuels. Chez les petites filles, on note une pubert\u00e9 pr\u00e9coce. Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes psychologiques et soci\u00e9taux que cela pose, on sait que c\u2019est un facteur de risque de cancer du sein \u00bb<\/em>, d\u00e9taille le m\u00e9decin. Les enfants d\u2019agriculteurs sont particuli\u00e8rement touch\u00e9s. 28 % des nouveau-n\u00e9s pr\u00e9sentant une malformation g\u00e9nitale sont issus d\u2019une famille d\u2019agriculteurs alors que cette proportion descend \u00e0 14 % chez les autres, r\u00e9v\u00e8le une \u00e9tude que le m\u00e9decin a men\u00e9e en 2002 sur plus de 2000 naissances. Des r\u00e9sultats confirm\u00e9s par une deuxi\u00e8me \u00e9tude en 2011 [<a id=\"nh1\" title=\"Cette seconde \u00e9tude dirig\u00e9e par le Professeur Charles Sultan, publi\u00e9e en (...)\" href=\"#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>], dans un contexte o\u00f9 les agriculteurs commencent \u00e0 se battre pour faire reconna\u00eetre <a href=\"article1499.html\">le caract\u00e8re professionnel de leurs maladies<\/a>, apr\u00e8s <a href=\"article205.html\">une longue omerta<\/a>.<\/p>\n<p>Depuis plus de dix ans, Charles Sultan alerte ses coll\u00e8gues et les responsables politiques sur le danger de ces perturbateurs endocriniens. Les effets sanitaires des pesticides auxquels sont expos\u00e9 les f\u0153tus ne se voient pas n\u00e9cessairement \u00e0 la naissance, ni m\u00eame au cours de l\u2019enfance ou de l\u2019adolescence. Les probl\u00e8mes peuvent surgir 20, 30 ou 40 ans apr\u00e8s l\u2019exposition. <em>\u00ab Des effets transg\u00e9n\u00e9rationnels ont par ailleurs \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment mis en \u00e9vidence \u00bb<\/em>, pr\u00e9cise Charles Sultan. Intervenant dans un <a href=\"http:\/\/www.congrespesticides.org\" rel=\"external\" target=\"_blank\">congr\u00e8s<\/a> organis\u00e9 au S\u00e9nat le 23 mars dernier par l\u2019association G\u00e9n\u00e9rations futures, il a lanc\u00e9 un cri d\u2019alarme et appel\u00e9 la France, premier consommateur europ\u00e9en avec 65 000 tonnes pulv\u00e9ris\u00e9es chaque ann\u00e9e, \u00e0 <em>\u00ab une sortie des pesticides \u00bb<\/em>. Le d\u00e9fi pourrait \u00eatre relev\u00e9, \u00e0 condition que le pays se pr\u00e9pare \u00e0 une r\u00e9volution agricole majeure.<\/p>\n<p><strong>1. Sortir des laboratoires pour s\u00e9lectionner les plantes<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab Il est tr\u00e8s difficile, avec les vari\u00e9t\u00e9s utilis\u00e9es aujourd\u2019hui en agriculture de se passer de pesticides \u00bb<\/em>, d\u00e9polore Marc Dufumier, agronome et professeur \u00e0 l\u2019Institut des sciences et industries du vivant et de l\u2019environnement (<a href=\"http:\/\/www.agroparistech.fr\" rel=\"external\" target=\"_blank\">agroParisTech<\/a>). Les plantes d\u2019aujourd\u2019hui sont s\u00e9lectionn\u00e9es en laboratoire, loin des r\u00e9alit\u00e9s des champs et des agressions du climat. <em>\u00ab Elles ont des hauts potentiels de rendement, mais dans des \u00e9cosyst\u00e8mes tr\u00e8s simplifi\u00e9s, sans chenilles, sans champignons, sans acariens, etc. \u00bb<\/em> La s\u00e9lection g\u00e9n\u00e9tique de ces plantes s\u2019est faite tr\u00e8s rapidement, dans la France d\u2019apr\u00e8s-guerre, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce qui se pratiquait depuis des si\u00e8cles en agriculture : <em>\u00ab Les agriculteurs cherchaient leurs semences dans leurs propres champs. Ils prenaient les meilleures \u00e0 chaque fois. Ils \u00e9taient les ma\u00eetres de leur s\u00e9lection. Et la plante \u00e9tait adapt\u00e9e, au fil des ann\u00e9es et des si\u00e8cles, \u00e0 son environnement. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pour pouvoir cohabiter avec des insectes piqueurs-suceurs, elles s\u2019\u00e9taient, par exemple, par\u00e9es de poils. Tandis que leurs voisines, qui avaient \u00e0 se prot\u00e9ger des chenilles, n\u2019en avaient surtout pas, puisque cela aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019endroit id\u00e9al pour pondre des \u0153ufs. Tout cela parfois au sein d\u2019une m\u00eame parcelle. Avoir des vari\u00e9t\u00e9s paysannes multiples et extr\u00eamement diversifi\u00e9es, sur un m\u00eame terroir, est une \u00e9tape importante pour sortir des pesticides. Qui s\u2019accommode mal avec la loi vot\u00e9e par nos d\u00e9put\u00e9s en novembre dernier sur le <a href=\"article1941.html\">certificat d\u2019obtention v\u00e9g\u00e9tale<\/a>, qui supprime le droit de ressemer librement sa propre r\u00e9colte sans verser de taxe.<\/p>\n<p><strong>2. R\u00e9apprendre \u00e0 travailler la terre<\/strong><\/p>\n<p>Mais, pour apprendre \u00e0 cultiver la terre sans recourir aux produits chimiques, les agriculteurs fran\u00e7ais doivent de toute fa\u00e7on changer compl\u00e8tement leur mani\u00e8re de travailler. Arriv\u00e9s dans les campagnes fran\u00e7aises \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, les pesticides ont enferm\u00e9 nombre de paysans dans un <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=U3Ezfjz0xvA\" rel=\"external\" target=\"_blank\">pi\u00e8ge<\/a> dont ils ont du mal \u00e0 se tirer. <em>\u00ab Quand ils ont supprim\u00e9 l\u2019atrazine<\/em> (un herbicide, ndlr), se souvient l\u2019un d\u2019eux, <em>je me suis demand\u00e9 comment j\u2019allais faire. Je ne savais pas, je ne savais plus que l\u2019on pouvait d\u00e9sherber autrement qu\u2019avec un pulv\u00e9risateur. \u00bb<\/em> Ailleurs en Europe, et notamment en Allemagne et en Autriche, d\u2019importants progr\u00e8s techniques ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en mati\u00e8re de d\u00e9sherbage m\u00e9canique. Mais ces techniques ne sont, curieusement, que rarement enseign\u00e9es dans les \u00e9coles fran\u00e7aises.<\/p>\n<p><em>\u00ab Pour \u00e9viter le d\u00e9sherbage chimique, on peut aussi simplement d\u00e9caler les dates de semis \u00bb<\/em>, \u00e9claire Laurence Guichard, agronome \u00e0 l\u2019Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019expertise <a href=\"http:\/\/www.inra.fr\/content\/download\/...\/EcophytoRD-8pages-VF-web2.pdf\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Ecophyto R&amp;D<\/a>. Les mauvaises herbes poussent les premi\u00e8res, et on peut alors les retirer facilement. Les auteurs de l\u2019expertise \u00ab Eco-phyto R&amp;D \u00bb, qui ont recens\u00e9 cette technique dite du \u00ab faux-semis \u00bb,\u00a0 \u00e9tudient la faisabilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9duction de 30 % de l\u2019usage des pesticides. <em>\u00ab Cette r\u00e9duction est possible sans gros bouleversements du paysage agricole fran\u00e7ais<\/em>, poursuit Laurence Guichard. <em>C\u2019est-\u00e0-dire avec les m\u00eames cultures et les m\u00eames assolements. Mais avec, par contre, une petite baisse des volumes, sans incidences \u00e9conomiques pour les agriculteurs puisque le manque \u00e0 gagner est compens\u00e9 par les moindres d\u00e9penses en intrants. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Mais ce premier palier de r\u00e9duction pose quand m\u00eame probl\u00e8me\u2026 Aux vendeurs de pesticides, bien s\u00fbr, mais aussi aux coop\u00e9ratives, qui ne voient pas n\u00e9cessairement d\u2019un bon \u0153il la baisse des volumes r\u00e9colt\u00e9s. <em>\u00ab Dans le syst\u00e8me \u00e9conomique actuel, les coop\u00e9ratives n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 encourager ce genre de pratiques \u00bb<\/em>, tranche Laurence Guichard. Que dire, alors, d\u2019une suppression totale ?<\/p>\n<p><strong>3. Red\u00e9couvrir les \u00e9cosyst\u00e8mes<\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab Le vrai probl\u00e8me est que les agriculteurs vont y \u00eatre oblig\u00e9s \u00bb<\/em>, souligne Marc Dufumier. Il propose que <em>\u00ab l\u2019on n\u2019attende pas des dizaines d\u2019ann\u00e9es, et les r\u00e9sultats des \u00e9tudes \u00e9pid\u00e9miologiques sur les effets sanitaires de ces produits pour apprendre \u00e0 s\u2019en passer \u00bb<\/em>. Selon l\u2019agronome, certains agriculteurs anticipent ce changement. Il cite l\u2019exemple d\u2019agriculteurs picards qui s\u2019exercent \u00e0 se passer de labours, pour laisser travailler les vers de terre. Et qui ont d\u00e9couvert que la luzerne, qui pi\u00e8ge les nitrates, permet de neutraliser les mauvaises herbes, en m\u00eame temps qu\u2019elle prot\u00e8ge le sol de l\u2019\u00e9rosion. <em>\u00ab Mais pour que ce genre d\u2019exp\u00e9riences se multiplient, il faudrait qu\u2019il y ait un d\u00e9bouch\u00e9 local pour la luzerne<\/em>, poursuit Marc Dufumier. <em>Il faudrait imaginer de remettre en place l\u2019\u00e9levage dans cette r\u00e9gion. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le bouleversement que suppose la sortie des pesticides <em>\u00ab ne rime pas avec un retour \u00e0 l\u2019agriculture de nos grands-parents \u00bb<\/em>, pr\u00e9vient Marc Dufumier. <em>\u00ab En Charente-Maritime, par exemple, on fait des l\u00e2chers de micro-organismes parfaitement \u00e9prouv\u00e9s contre la pyrale du ma\u00efs. C\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019une recherche tr\u00e8s pouss\u00e9e en agro\u00e9cologie. Mais l\u2019objet de la recherche, c\u2019est l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, et non la plante hors sol. \u00bb<\/em> Ces techniques de \u00ab lutte int\u00e9gr\u00e9e \u00bb sont tr\u00e8s utilis\u00e9es par les agriculteurs qui choisissent de se passer peu \u00e0 peu de pesticides. <em>\u00ab \u00c7a marche vraiment tr\u00e8s bien. C\u2019est presque miraculeux<\/em>, dit l\u2019un d\u2019eux. <em>Passer en bio, bien s\u00fbr, ce serait l\u2019\u00e9tape suivante, la plus logique. Mais attention, \u00e7a devient tr\u00e8s technique ! S\u2019habituer \u00e0 travailler sans les produits auxquels on est habitu\u00e9 depuis des ann\u00e9es, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment simple non plus. Il faut passer beaucoup de temps \u00e0 observer. Avoir une connaissance pointue de son \u00e9cosyst\u00e8me et de son sol. On a perdu tout \u00e7a, pour beaucoup d\u2019entre nous. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>4. R\u00e9orienter les aides publiques \u00e0 l\u2019agriculture<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la F\u00e9d\u00e9ration nationale de l\u2019agriculture biologique (<a href=\"http:\/\/www.fnab.org\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Fnab<\/a>), on estime que le d\u00e9fi, majeur, est possible \u00e0 relever. Un <a href=\"http:\/\/www.fnab.org\/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=270:24-novembre-2011-journee-nationale\" rel=\"external\" target=\"_blank\">plan de travail<\/a> pr\u00e9voyant 20 % de la surface agricole utile (SAU) en bio en 2020 a m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 (la France plafonne aujourd\u2019hui \u00e0 2,5 % de la SAU en agriculture biologique). Ce plan propose notamment la mise en place d\u2019un <em>\u00ab nouveau mode de calcul des aides, bas\u00e9 sur le principe des \u201cco\u00fbts de pollution \u00e9vit\u00e9s\u201d, ou des \u201cservices environnementaux\u201d en tenant compte des emplois plus que de la taille de l\u2019exploitation \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Comment financer ces changements structurels ? Et notamment la formation et l\u2019accompagnement technique des milliers d\u2019agriculteurs fran\u00e7ais qui ne savent plus se passer des produits phytosanitaires ? <em>\u00ab Pourquoi ne pas piocher dans les 9,5 milliards d\u2019euros du premier pilier de la Politique agricole commune ? \u00bb<\/em>, interroge Marc Dufumier. <em>\u00ab D\u2019ici un an et demi, on va devoir tout reformuler<\/em>, insiste-il. <em>On devrait avoir le courage de conditionner toutes les aides publiques \u00e0 un cahier des charges qui respecterait une sortie des pesticides. Cela exigera beaucoup de travail, qui devra \u00eatre bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Il est \u00e9vident que si l\u2019on poursuit dans cette m\u00eame course aux co\u00fbts les plus bas, on est s\u00fbr d\u2019\u00e9chouer. \u00bb<\/em> Pour l\u2019agronome, qui se dit\u00a0 <em>\u00ab techniquement optimiste \u00bb<\/em>, les difficult\u00e9s pourraient \u00eatre plut\u00f4t politiques.<\/p>\n<p>La fa\u00e7on dont le plan <a href=\"agriculture.gouv.fr\/ecophyto\">Ecophyto 2018<\/a> a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 semble donner raison \u00e0 ses doutes. Promulgu\u00e9 dans la foul\u00e9e du Grenelle de l\u2019environnement, ce plan ambitieux promettait de r\u00e9duire l\u2019usage de pesticides de 50 % en dix ans. Trois ans apr\u00e8s son lancement, aucun progr\u00e8s. En 2011, le volume de pesticides consomm\u00e9s a m\u00eame augment\u00e9 ! L\u2019absence de contr\u00f4les s\u00e9rieux et de moyens de coercition font que les 41 millions d\u2019euros d\u00e9pens\u00e9s pour ce plan fant\u00f4me ont surtout servi\u2026 \u00e0 de la communication, pour faire croire au changement. Et continuer d\u2019encourager les autres modes de culture. Comme les agrocarburants, par exemple. Tr\u00e8s consommateurs de pesticides, et qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019<a href=\"article2098.html\">avantages fiscaux<\/a> \u00e9valu\u00e9s en janvier dernier \u00e0 1,8 milliard d\u2019euros par la <a href=\"http:\/\/www.ccomptes.fr\/fr\/CC\/Theme-294.html\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Cour des comptes<\/a> !<\/p>\n<p><strong>5. Soutenir les pr\u00e9parations naturelles<\/strong><\/p>\n<p>Faciliter le passage \u00e0 une agriculture sans pesticides se traduirait aussi par la libert\u00e9 d\u2019utiliser, de produire, d\u2019\u00e9changer et de commercialiser des pr\u00e9parations naturelles dites \u00ab peu pr\u00e9occupantes \u00bb (<a href=\"article1534.html\">PNPP<\/a>), qui prot\u00e8gent notamment les plantes des maladies et peuvent donc remplacer les produits phytosanitaires. Si l\u2019ortie est devenue l\u2019embl\u00e8me de ces pr\u00e9parations, les PNPP peuvent \u00e9galement \u00eatre \u00e0 base de pr\u00eale ou de foug\u00e8re, sous forme d\u2019extrait ferment\u00e9 (purin), de d\u00e9coction, d\u2019infusion ou de mac\u00e9ration. <em>\u00ab Ce sont aussi l\u2019argile, le vinaigre blanc, le petit lait ou l\u2019huile de Neem<\/em>, souligne Jean-Fran\u00e7ois Lyphout, \u00ab ortieculteur \u00bb et membre d\u2019une association qui promeut ces pr\u00e9parations (<a href=\"http:\/\/www.aspro-pnpp.org\/\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Aspro-PNPP<\/a>). <em>Mais en France, les PNPP se heurtent \u00e0 des impasses r\u00e9glementaires. \u00bb<\/em> Leur commercialisation requiert en effet l\u2019inscription de leurs substances actives sur une liste communautaire, au m\u00eame titre que les produits chimiques. 40 000 euros, c\u2019est le co\u00fbt moyen des taxes pour le d\u00e9p\u00f4t d\u2019un dossier en vue de l\u2019inscription de la mati\u00e8re active. Pas simple \u00e0 r\u00e9aliser [<a id=\"nh2\" title=\"Issues de savoirs populaires, les PNPP sont r\u00e9alisables par tous et non (...)\" href=\"#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>], pour des demandeurs qui sont pour l\u2019essentiel des agriculteurs, des jardiniers ou des associations.<\/p>\n<p>En avril 2011, le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture annonce l\u2019autorisation de vente du purin d\u2019ortie et en \u00e9tablit la \u00ab recette de fabrication \u00bb. Probl\u00e8me : cette recette ne correspond pas aux pratiques des fabricants ! De fait, cet <a href=\"article1534.html\">arr\u00eat\u00e9<\/a> recr\u00e9e l\u2019interdit. Alors que Jean-Fran\u00e7ois Lyphout s\u2019\u00e9tonne toujours de <em>\u00ab l\u2019acharnement du ministre \u00e0 bloquer les alternatives aux pesticides \u00bb<\/em>, de plus en plus de communes et d\u2019\u00e9lus s\u2019engagent \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 promouvoir les PNPP. Deux r\u00e9gions, un conseil g\u00e9n\u00e9ral, douze villes, cinq communes, deux parcs naturels r\u00e9gionaux, un lyc\u00e9e agricole sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 partenaires de la d\u00e9marche de l\u2019Aspro-PNPP. Ces derniers mois, des agriculteurs, des jardiniers, des \u00e9lus et des consommateurs ont multipli\u00e9 les actions civiques en \u00e9pandant symboliquement sur les places publiques du purin d\u2019ortie sur les plantes (<a href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/article987.html\" target=\"_blank\">voir notre vid\u00e9o<\/a>). <em>\u00ab Tant que le gouvernement respectera pas l\u2019amendement \u00e0 la loi sur l\u2019eau de d\u00e9cembre 2006, adopt\u00e9 par les deux assembl\u00e9es, affirmant que les PNPP ne sont pas des pesticides, et ne permettra pas leur commercialisation et leur utilisation effectives, nous appellerons tous les citoyens et les \u00e9lus \u00e0 soutenir nos actions civiques \u00bb<\/em>, affirme Jean-Fran\u00e7ois Lyphout.<\/p>\n<p><strong>6. Sortir du d\u00e9ni<\/strong><\/p>\n<p>Pour des agriculteurs comme Paul Fran\u00e7ois, <a href=\"article1499.html\">victime de pesticides<\/a> pr\u00e9sident de l\u2019association <a href=\"http:\/\/www.phyto-victimes.fr\/\" rel=\"external\" target=\"_blank\">Phytovictimes<\/a>, la diminution des pesticides doit passer par une reconnaissance du mal que ces produits font. <em>\u00ab Il y a un d\u00e9ni terrible dans la profession \u00bb<\/em>, affirme-t-il. Ce tabou fait d\u2019ailleurs craindre aux plus pessimistes un nombre alarmant de victimes dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Si le silence commence \u00e0 \u00eatre rompu dans certains coins de campagne, il reste quand m\u00eame tr\u00e8s pesant. <em>\u00ab Le fait que ces produits soient en libre service n\u2019aide pas \u00e0 prendre conscience du danger. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les vendeurs de pesticides s\u2019appliquent avec z\u00e8le \u00e0 masquer les dangers mortels de ces produits. L\u2019appellation qu\u2019ils se donnent \u2013 <em>\u00ab Syndicat professionnel des industriels de la protection des cultures \u00bb<\/em> \u2013 annonce, \u00e0 elle seule, tout leur programme de communication. Dans le <a href=\"http:\/\/www.generations-futures.fr\/pdf\/doleances_190312.pdf Format de fichier: PDF\/Adobe Acrobat - Afficher\" rel=\"external\" target=\"_blank\">cahier de dol\u00e9ances<\/a> formul\u00e9 lors du congr\u00e8s de G\u00e9n\u00e9rations futures le 23 mars dernier, figure une demande d\u2019\u00e9tiquetage tr\u00e8s claire sur les risques pour la sant\u00e9 et l\u2019environnement, un peu comme pour les paquets de cigarettes.<\/p>\n<p><strong>7. Combattre les lobbies<\/strong><\/p>\n<p>Une France sans pesticides ne ressemblerait pas tout \u00e0 fait \u00e0 celle dans laquelle on vit. C\u2019est sans doute l\u00e0 le probl\u00e8me\u2026 pour ceux qui ont le pouvoir en tout cas. Alors que le professeur Sultan appelait \u00e0 la sortie des pesticides, Xavier Beulin, pr\u00e9sident de la toute-puissante F\u00e9d\u00e9ration nationale des exploitants agricoles (FNSEA), se trouvait dans les Pyr\u00e9n\u00e9es, \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une section d\u00e9partementale du syndicat. Il s\u2019y est illustr\u00e9 par un brillant <em>\u00ab les grenouilles ou les libellules, \u00e7a commence \u00e0 bien faire \u00bb<\/em>, \u00e9voquant aussi <em>\u00ab cette \u00e9cologie punitive et dogmatique \u00bb<\/em>. Il y a un an, il avait affirm\u00e9 que le cas de Yannick Chenet, un agriculteur mort quelques jours avant d\u2019une leuc\u00e9mie due aux pesticides, \u00e9tait un cas isol\u00e9.<\/p>\n<p>Le m\u00eame Xavier Beulin s\u2019\u00e9tait insurg\u00e9 contre les termes de l\u2019accord sign\u00e9 entre le Parti socialiste et Europe \u00c9cologie les verts, dans lequel \u00e9tait mentionn\u00e9 le n\u00e9cessaire <em>\u00ab soutien \u00e0 l\u2019agriculture paysanne et biologique pour atteindre les 20 % de la SAU en bio \u00bb<\/em>. Esp\u00e9rons que le d\u00e9bat national sur l\u2019agriculture, la p\u00eache et l\u2019alimentation promis aura bien lieu. Et qu\u2019il tiendra compte de la sant\u00e9 des agriculteurs, et de celle de leurs enfants.<\/p>\n<p>Sophie Chapelle et Nolwenn Weiler<\/p>\n<p>Photo : CC USDA, Wikimedia<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<h4>Notes<\/h4>\n<p>[<a id=\"nb1\" title=\"Notes 1\" href=\"#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Cette seconde <a href=\"http:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pubmed\/21458804\" rel=\"external\">\u00e9tude<\/a> dirig\u00e9e par le Professeur Charles Sultan, publi\u00e9e en 2011, montre que la fr\u00e9quence des hypospadias (malformation de l\u2019ur\u00e8tre) passe de 0,2 % \u00e0 8,2 % chez les gar\u00e7ons issus de \u00ab grands-m\u00e8res distilb\u00e8ne \u00bb, un m\u00e9dicament x\u00e9no-oestrog\u00e8ne consid\u00e9r\u00e9 comme un mod\u00e8le de l\u2019action des pesticides perturbateurs endocriniens.<\/p>\n<p>[<a id=\"nb2\" title=\"Notes 2\" href=\"#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>] Issues de savoirs populaires, les PNPP sont r\u00e9alisables par tous et non brevetables : le co\u00fbt des proc\u00e9dures n\u2019est donc pas amorti par le monopole accord\u00e9 par un brevet.<\/p>\n<p><em>Basta mag, 10 mai 2012<\/em><\/p>\n<p><em><strong>NdPN<\/strong> : voir aussi <strong><a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xdicte_claude-lydia-bourguignon-mort-des-s_tech?start=3\" target=\"_blank\">une vid\u00e9o du couple Bourguignon<\/a><\/strong><\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pesticides : le changement, c\u2019est pour quand ? Les effets d\u00e9vastateurs des pesticides pour la sant\u00e9, en particulier chez les enfants, n\u2019est plus \u00e0 d\u00e9montrer. Mais peut-on v\u00e9ritablement se passer de ces \u00ab produits phytosanitaires \u00bb cens\u00e9s accro\u00eetre les rendements et faciliter le travail des agriculteurs ? Sortir des pesticides est loin d\u2019\u00eatre impossible, mais &hellip; <a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=5624\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La peste soit des pesticides !<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2691,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-5624","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-decroissance-libertaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5624","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2691"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5624"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5624\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5626,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5624\/revisions\/5626"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5624"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5624"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5624"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}