{"id":6117,"date":"2012-07-02T09:21:08","date_gmt":"2012-07-02T07:21:08","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6117"},"modified":"2012-07-02T09:21:08","modified_gmt":"2012-07-02T07:21:08","slug":"miguel-amoros-la-decroissance-revisitee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6117","title":{"rendered":"Miguel Amoros &#8211; La d\u00e9croissance revisit\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><strong><a href=\"http:\/\/oclibertaire.free.fr\/spip.php?article1201\" target=\"_blank\">La d\u00e9croissance revisit\u00e9e<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A l\u2019heure o\u00f9 les luttes contre le productivisme connaissent un nouvel essor, certes fragile mais bien r\u00e9el (nucl\u00e9aire, No TAV\/LGV, a\u00e9roport de Nantes-Notre Dame des Landes\u2026), dans le contexte d\u2019une crise capitaliste qui r\u00e9interroge intellectuellement et pratiquement le \u201fmod\u00e8le productif\u201d dominant et semble faire surgir assez logiquement des besoins et envies d\u2019une \u201fautre \u00e9conomie\u201d (autogestion, relocalisation, partage, ruptures plus ou moins prononc\u00e9es avec le processus de la marchandisation, critiques sourdes ou plus virulentes de la production industrielle de masse et du consum\u00e9risme\u2026) sans pour autant remettre en cause v\u00e9ritablement l\u2019ensemble des formes et modalit\u00e9s par lesquelles s\u2019exerce la domination capitaliste, ce texte a le m\u00e9rite de remettre quelques points sur les \u201fi\u201d. Il invite aussi \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au-del\u00e0 des bricolages id\u00e9ologiques ou pratiques auxquels se livrent les promoteurs du changement dans la continuit\u00e9, les partisans d\u2019un \u201fpost-capitalisme\u201d d\u00e9croissant qui adviendrait sans heurts ni combats, par la vertu d\u2019une \u201ftransition douce\u201d et responsable s\u2019appuyant sur une prise de conscience collective, sur la formation d\u2019un mouvement d\u2019opinion et la mobilisation des bonnes volont\u00e9s et sur leur expression dans le cadre \u00e9lectoral de la \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb repr\u00e9sentative et \u00e9tatique. \u00c1 moins qu\u2019il s\u2019agisse surtout d\u2019un \u00e9cran de fum\u00e9e, un nouveau mirage \u201fr\u00e9formiste\u201d derri\u00e8re lequel s\u2019activent les artisans de l\u2019\u00e9conomie sociale, des soci\u00e9t\u00e9s coop\u00e9ratives, des banques \u00e9thiques, des fondations, associations et ONG, ce \u00ab troisi\u00e8me secteur \u00bb cher aux \u00e9conomistes lib\u00e9raux et aux d\u00e9cideurs de la Banque mondiale et dans lequel semble vouloir s\u2019engouffrer une gauche \u201falternative\u201d sans rep\u00e8re et passablement d\u00e9boussol\u00e9e et m\u00eame quelques \u201fanticapitalistes\u201d \u00e0 la vue particuli\u00e8rement basse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p><em>\u201fBien que par modestie tu ne le crois pas, les fleurs sur tes tempes paraissent laides.\u201d<\/em> Ram\u00f3n de Campoamor<\/p>\n<p>Le constat de la crise actuelle comme r\u00e9sultat de la phase finale du capitalisme, la globalisation, a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une r\u00e9action contre les grandes entreprises et la haute finance qui s\u2019est mat\u00e9rialis\u00e9e dans deux types de r\u00e9ponses, l\u2019une politique, l\u2019autre \u00e9conomique. La premi\u00e8re essaie de soustraire l\u2019\u00c9tat des influences du march\u00e9 mondial par une s\u00e9rie de mesures qui lui rendraient son autonomie et lui faciliteraient le contr\u00f4le des mouvements financiers. Dans le m\u00eame temps, gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9forme du parlementarisme, elle vise \u00e0 renforcer le syst\u00e8me des partis. Cela est r\u00e9sum\u00e9 dans le \u201fcitoyennisme\u201d. La deuxi\u00e8me r\u00e9ponse tente de mettre en place un syst\u00e8me alternatif cohabitant avec le capitalisme, fond\u00e9 sur l\u2019expansion de ce que les Am\u00e9ricains appellent le \u201ftroisi\u00e8me secteur\u201d et les Europ\u00e9ens \u201fl\u2019\u00e9conomie sociale.\u201d Le retour donc \u00e0 un Etat-nation revitalis\u00e9 et la promotion de l\u2019\u00e9conomie informelle et solidaire immerg\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 marchandis\u00e9e.<\/p>\n<p>La critique du moment capitaliste actuel a donn\u00e9 lieu \u00e0 diff\u00e9rentes th\u00e9ories, dont l\u2019une est la \u201fd\u00e9croissance\u201d. Dans l\u2019ensemble, elles forment d\u00e9j\u00e0 une sous-culture, du fait que l\u2019avanc\u00e9e de la crise a provoqu\u00e9 la formation d\u2019un vaste ghetto. Elles recueillent toutes des fragments critiques ant\u00e9rieurs qui flottent dispers\u00e9s \u00e0 cause de l\u2019absence d\u2019un mouvement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de protestation sociale qui pourraient les unifier, et qui alimentent de mani\u00e8res diverses et contradictoires l\u2019\u201fimaginaire\u201d des contestataires. En g\u00e9n\u00e9ral, elles partent des limites du processus d\u2019accumulation \u00e9largie (la \u201fcroissance\u201d) et son impact sur l\u2019environnement, comme l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 dans les ann\u00e9es soixante-dix du si\u00e8cle dernier quelques \u00e9conomistes critiques et les premiers \u00e9cologistes. Ensuite, elles ont int\u00e9gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments bas\u00e9s sur le fonctionnement \u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s indig\u00e8nes red\u00e9couvertes par l\u2019anthropologie dans la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, ou dans l\u2019auto-organisation des banlieues p\u00e9riph\u00e9riques des m\u00e9tropoles africaines, ou dans la critique des nouvelles technologies, ou dans certains postulats libertaires, etc.<\/p>\n<p>De toutes les th\u00e9ories, celle de la d\u00e9croissance serait celle qui prendrait en charge les conclusions qui s\u2019imposent, c\u2019est-\u00e0-dire celle qui ne recule pas devant le questionnement du \u201fd\u00e9veloppement\u201d et du \u201fprogr\u00e8s\u201d, poursuivant un \u201fautre\u201d d\u00e9veloppement et un \u201fautre\u201d progr\u00e8s, qu\u2019il s\u2019appelle social, local ou durable. Contrairement \u00e0 ce que son nom semble indiquer, une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9croissance ne signifie pas, pour la plupart des auteurs, une soci\u00e9t\u00e9 en r\u00e9cession ou en croissance n\u00e9gative, mais une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019a pas besoin de cro\u00eetre ou se d\u00e9velopper pour fonctionner, une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle la croissance ou le d\u00e9veloppement ne sont pas une condition n\u00e9cessaire \u00e0 son existence, une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u201fobjecteurs de croissance\u201d. En bref, une soci\u00e9t\u00e9 non-capitaliste.<\/p>\n<p>Jusque-l\u00e0, nous ne devrions rien avoir \u00e0 objecter. Le probl\u00e8me appara\u00eet lorsque la th\u00e9orie essaie de descendre de l\u2019imaginaire susmentionn\u00e9 \u00e0 la pratique quotidienne. Comme ses disciples viennent de secteurs tr\u00e8s divers, naturellement les m\u00e9thodes appliqu\u00e9es diff\u00e8rent, mais tous oscillent entre l\u2019action politique citoyenniste et la construction d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique \u201f\u00e9quitable\u201d et bien s\u00fbr \u201fdurable\u201d fait \u201f\u00e0 la mesure des personnes et des \u00e9cosyst\u00e8mes\u201d. R\u00e9volution et lutte des classes sont exclus du vocabulaire de la d\u00e9croissance \u201freconceptualis\u00e9e\u201d. Rien \u00e0 propos de gr\u00e8ves, d\u2019occupations, de sabotages, d\u2019autod\u00e9fense, de boycotts et autres formes classiques de r\u00e9sistance. Tous les d\u00e9croissants d\u00e9sirent une \u201ftransition\u201d tranquille et \u201fsereine\u201d vers une soci\u00e9t\u00e9 \u201fconviviale\u201d, \u201fde la loi \u00e0 la loi\u201d comme disaient les auteurs de la r\u00e9forme d\u00e9mocratique du franquisme, ou mieux, d\u2019une formule \u00e0 l\u2019autre, par le biais de dispositions administratives progressives.<\/p>\n<p>Le changement vers un \u201fpost-d\u00e9veloppement\u201d serait donc \u00e9volutif, non traumatique et en rien rupturiste. Par une action combin\u00e9e entre les institutions d\u00e9mocratis\u00e9es et la \u201fcitoyennet\u00e9\u201d [l\u2019ensemble des citoyen\/es] organis\u00e9e en r\u00e9seaux de production et de consommation, s\u2019\u00e9tabliraient des r\u00e8gles de frugalit\u00e9 et de simplicit\u00e9 pour que tout le monde vive mieux avec moins, en pratiquant volontairement les \u201fhuit R\u201d vertueux : r\u00e9\u00e9valuer, reconceptualiser, restructurer, relocaliser, redistribuer, r\u00e9duire, r\u00e9utiliser et recycler. Gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9mocratie participative, au revenu de base garanti, au microcr\u00e9dit, au coop\u00e9rativisme, aux banques de temps et \u00e0 l\u2019agro-\u00e9cologie, la sortie du capitalisme serait garantie sans conflits ou r\u00e9voltes, sans avoir recours ni \u00e0 l\u2019expropriation des moyens de production et de distribution ni \u00e0 la socialisation des transports, de la culture et de la sant\u00e9, ni \u00e9videmment \u00e0 l\u2019abolition de l\u2019argent, du salariat et du march\u00e9. Au bout du compte, selon les mots de son principal th\u00e9oricien, Serge Latouche, la d\u00e9croissance est \u00ab un mouvement politique de gauche \u00bb soutenu par un \u00ab programme de transition r\u00e9formiste \u00bb, et, en tant que telle, elle s\u2019inscrit dans les param\u00e8tres de l\u2019action politique classique, qui en la circonstance ne va pas au-del\u00e0 \u00ab d\u2019imprimer un changement de direction aux \u00c9tats. \u00bb Au moyen de manifestations r\u00e9guli\u00e8res, de multiples <em>caceroladas<\/em> [concerts de casseroles] et de l\u2019exercice du vote, les gouvernements int\u00e9greront dans leurs agendas les questions li\u00e9es aux droits humains, \u00e0 l\u2019environnement et \u00e0 la r\u00e9partition des richesses : alors, la croissance s\u2019arr\u00eatera, la d\u00e9globalisation deviendra r\u00e9alit\u00e9 et avec elle la \u00ab d\u00e9construction du pouvoir transnational. \u00bb<\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019alternative \u00e9conomique, avant de nous demander si des alternatives au capitalisme au sein du capitalisme sont possibles, et donc, si un mod\u00e8le de transition est r\u00e9alisable entour\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 industrielle de masse, il convient d\u2019apporter quelques pr\u00e9cisions au sujet de l\u2019\u00e9conomie sociale. Bien que soient recherch\u00e9s de nobles pr\u00e9c\u00e9dents dans le XIX\u00e8me si\u00e8cle, le fait est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent. L\u2019effondrement du mod\u00e8le fordiste dans les ann\u00e9es soixante-dix et quatre-vingt, \u00e0 cause du ch\u00f4mage structurel provoqu\u00e9 par les innovations technologiques et les restructurations dans les processus de production et dans les services, a laiss\u00e9 tout un espace aux coop\u00e9ratives, aux <em>sociedades laborales<\/em> [entreprises non coop\u00e9ratives mais o\u00f9 la majorit\u00e9 ou totalit\u00e9 du capital est d\u00e9tenu par les travailleurs] et aux fondations que le march\u00e9 ne pouvait pas remplir parce que non rentables, ni l\u2019Etat s\u2019en charger car trop ch\u00e8res.<\/p>\n<p>Ce troisi\u00e8me secteur, ni priv\u00e9, ni public, objet de l\u00e9gislation comme \u201fr\u00e9gime sp\u00e9cial de propri\u00e9t\u00e9 et de r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices\u201d ne vise pas \u00e0 \u00eatre une alternative totale, mais un compl\u00e9ment de l\u2019existant. Sa n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9tait ind\u00e9niable : elle g\u00e9rait l\u2019exclusion de mani\u00e8re collective, l\u2019\u00ab arm\u00e9e de r\u00e9serve \u00bb de la force de travail inutile, et cr\u00e9ait de nouveaux emplois. L\u2019id\u00e9e d\u2019un revenu de base ou \u00ab salaire social \u00bb, loin de venir de la subversion, appartient aux \u00e9conomistes n\u00e9o-lib\u00e9raux, qui voyaient en lui la r\u00e9cup\u00e9ration pour la consommation de la masse expuls\u00e9e du march\u00e9 et proposaient de le financer par la liquidation de l\u2019assistance publique. Comme le poids de l\u2019\u00e9conomie sociale a augment\u00e9, des conseillers des gouvernants comme J. Rifkin l\u2019ont imagin\u00e9 comme une arme contre le \u00ab ch\u00f4mage technologique \u00bb, car elle pouvait devenir un formidable m\u00e9canisme de contention de l\u2019exclusion, \u00e0 condition que l\u2019Etat transf\u00e8re par des taxes une partie des b\u00e9n\u00e9fices des entreprises priv\u00e9es. Plus qu\u2019une sortie du capitalisme, c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on de le r\u00e9alimenter. Toutefois, dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, alors que la globalisation progressait, la relation de l\u2019\u00e9conomie sociale avec les contractions du march\u00e9 du travail va se tendre, en assumant certaines de ses stimulantes mesures anti-march\u00e9 et un engagement dans la d\u00e9fense du territoire. C\u2019est alors seulement que ce secteur a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une pratique de dissidence et une exp\u00e9rience d\u2019autogestion, pourtant fortement limit\u00e9es.<\/p>\n<p>La plupart des groupes coop\u00e9ratifs, qu\u2019ils soient ou non partisans de la d\u00e9croissance, ne d\u00e9daignent pas la commercialisation, en reproduisant les m\u00e9thodes mercantiles que les crit\u00e8res \u00e9thiques et environnementaux n\u2019arr\u00eatent pas de justifier. Certains se financent gr\u00e2ce \u00e0 des dons et des subventions et se servent de l\u2019argent pour acheter des propri\u00e9t\u00e9s, embaucher des travailleurs et payer des salaires. Mais par contre, d\u2019autres pratiquent le troc et le recyclage, mettent en place la rotation des t\u00e2ches, recourent \u00e0 des monnaies sociales et diversifient leurs activit\u00e9s afin d\u2019atteindre une certaine autosuffisance, ce qui ne les lib\u00e8re pas des contradictions que provoquent le degr\u00e9 d\u2019implication in\u00e9gal de leurs membres ou les difficult\u00e9s de type \u00e9conomique et organisationnel, que ce soit pour ce qui se rapporte \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, aux relations avec l\u2019administration ou dans la mise en place de r\u00e9seaux de distribution. Est-il donc correct de parler de transition vers la soci\u00e9t\u00e9 autog\u00e9r\u00e9e comme le font par exemple les coop\u00e9ratives \u201fint\u00e9grales\u201d catalanes ?<\/p>\n<p>Encore une fois, la question devrait \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e, en se rappelant qu\u2019il s\u2019agit de pratiques tr\u00e8s minoritaires, souvent pr\u00e9caires et instables, presque toujours circonscrites au milieu rural, dont la port\u00e9e est minime, et qui ne d\u00e9passent jamais les niveaux de la simple survie alimentaire. Ce sont des formules de cohabitation ; elles fonctionnent parce qu\u2019elles existent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me omnipr\u00e9sent, avec son offre d\u2019emploi et de cr\u00e9dit, ses loisirs et sa culture, son appareil de sant\u00e9 et de recyclage des d\u00e9chets, avec lequel elles interagissent plus ou moins. Elles ne peuvent pas \u00eatre des solutions imm\u00e9diates pour la majorit\u00e9 de la population qui sont pris au pi\u00e8ge dans les espaces urbains. Les autorit\u00e9s administratives ne sont pas g\u00ean\u00e9es si ces pratiques se limitent \u00e0 \u201frefonder la d\u00e9mocratie\u201d, \u00e0 organiser des petits march\u00e9s ou \u00e0 distribuer le \u00ab panier \u00bb et n\u2019incitent pas au sabotage antid\u00e9veloppementiste. Les autorit\u00e9s \u00e9conomiques sont encore moins g\u00ean\u00e9es parce que ces pratiques ne sont pas en concurrence avec elles et sont, de plus, des sources d\u2019inspiration : les entreprises font aussi des \u00e9changes directs sans argent et tous les supermarch\u00e9s ont leur section de produits agro\u00e9cologiques correctement labellis\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces pratiques ont une grande valeur de d\u00e9monstration de la s\u00e9gr\u00e9gation volontaire du capitalisme, parce qu\u2019elles questionnent ses valeurs et ses r\u00e8gles, elles sont des laboratoires p\u00e9dagogiques, des \u00e9coles d\u2019autogestion. Mais elles ne sont pas des alternatives anticapitalistes, m\u00eames dans leurs formes les plus radicales ; la plupart sont des \u00eelots inoffensifs et, pour cela m\u00eame, des enclaves tol\u00e9r\u00e9es. Il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre clair sur le fait que l\u2019on ne peut pas abandonner le capitalisme sans l\u2019abolir dans tous ses aspects, en visant \u00e0 la fois ses formations \u00e9conomiques, les march\u00e9s, et politiques, les \u00c9tats. On ne peut pas ruraliser une soci\u00e9t\u00e9 sans la d\u00e9surbaniser pr\u00e9alablement, ni la d\u00e9marchandiser sans \u00e9liminer les relations de march\u00e9 dans l\u2019ensemble de l\u2019espace social. Mais cela ne peut pas commencer \u00e0 se r\u00e9aliser autrement qu\u2019en partant d\u2019une s\u00e9rie d\u2019actes de souverainet\u00e9 populaire, et une soci\u00e9t\u00e9 civile souveraine ne parviendra pas \u00e0 se constituer sans abolir pr\u00e9alablement l\u2019Etat. Il convient de se demander : comment se forme ce peuple souverain, en renfor\u00e7ant les institutions ou en les liquidant ? Pour fonder une collectivit\u00e9, il suffit de quelques personnes, mais pour construire une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9quilibr\u00e9e avec son environnement, le grand nombre est n\u00e9cessaire, et ce grand nombre est incapable de se former autrement que dans la lutte pour survivre dans les conditions extr\u00eames impos\u00e9es par un r\u00e9gime en faillite. Au cours de la lutte, les institutions s\u2019\u00e9croulent, bris\u00e9es en mille morceaux. L\u2019\u00e9conomie sociale comme d\u2019autres peut jouer un r\u00f4le logistique, d\u2019arri\u00e8re-garde, mais la soci\u00e9t\u00e9 libre et autog\u00e9r\u00e9e sera le r\u00e9sultat d\u2019un combat social violent, et non pas d\u2019exp\u00e9rimentations conviviales plus ou moins r\u00e9p\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est la lutte intense entre les deux camps antagonistes qui changera les mentalit\u00e9s de la partie opprim\u00e9e et pas le contraire : la d\u00e9colonisation de l\u2019\u201fimaginaire\u201d ou pour le dire cr\u00fbment, la conscience de classe, ne sera pas le fruit d\u2019une pr\u00e9paration sereine men\u00e9e dans des cercles pacifiques d\u2019initi\u00e9s, mais le r\u00e9sultat d\u2019innombrables turbulences. Le retour de la lutte des classes \u2013 \u00e9minemment nouvelle car les adversaires, le contexte et les armes ne sont pas les m\u00eames qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des pactes sociaux \u2013 rencontrera l\u2019alternative. Les objectifs \u00e0 court terme seraient de viser le d\u00e9pe\u00e7age du syst\u00e8me productif et consum\u00e9riste, sans oublier sa couverture politique, juridique et r\u00e9pressive, mais il faut encore une fois dire clairement que ce qui doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 est une \u0153uvre collective de grande magnitude par un essaim majoritaire de marginalis\u00e9s sociaux ou, en d\u2019autres termes, d\u2019objecteurs du capitalisme et de la partitocratie.<\/p>\n<p>Miguel Amor\u00f3s<\/p>\n<p>Journ\u00e9es Anticapitalistes, Castell\u00f3n, le 31 mai 2012.<\/p>\n<p>[ Traduction : XYZ\/OCLibertaire ]<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify\"><!-- finde_surligneconditionnel --><em>Publi\u00e9 sur le site de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/oclibertaire.free.fr\/spip.php?article1201\" target=\"_blank\">OCL<\/a>, 1er juillet 2012<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9croissance revisit\u00e9e A l\u2019heure o\u00f9 les luttes contre le productivisme connaissent un nouvel essor, certes fragile mais bien r\u00e9el (nucl\u00e9aire, No TAV\/LGV, a\u00e9roport de Nantes-Notre Dame des Landes\u2026), dans le contexte d\u2019une crise capitaliste qui r\u00e9interroge intellectuellement et pratiquement le \u201fmod\u00e8le productif\u201d dominant et semble faire surgir assez logiquement des besoins et envies d\u2019une &hellip; <a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6117\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Miguel Amoros &#8211; La d\u00e9croissance revisit\u00e9e<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2691,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-6117","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-decroissance-libertaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6117","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2691"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6117"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6117\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6119,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6117\/revisions\/6119"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6117"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6117"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6117"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}