{"id":6248,"date":"2012-08-11T21:11:38","date_gmt":"2012-08-11T19:11:38","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6248"},"modified":"2012-08-11T21:11:38","modified_gmt":"2012-08-11T19:11:38","slug":"notre-histoire-sur-la-scene-alternative-de-poitiers-1984-1994-interview-de-luc-bonet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6248","title":{"rendered":"[Notre histoire] Sur la sc\u00e8ne alternative de Poitiers : 1984-1994 (interview de Luc Bonet)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.autrefutur.net\/Sur-la-sce%CC%80ne-alternative-de\" target=\"_blank\"><strong>Sur la sce\u0300ne alternative de Poitiers : 1984-1994<\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le militantisme comme moyen de promotion de la musique et des valeurs alternatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin des ann\u00e9es 1980 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 furent marqu\u00e9es par l\u2019\u00e9mergence de plusieurs formations musicales poitevines influentes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale voire nationale, \u00e0 l\u2019instar de Seven Hate ou de Un Dolor. La capitale r\u00e9gionale vit \u00e9galement la naissance de labels musicaux comme \u00ab\u00a0Weird Records\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0On a faim !\u00a0\u00bb<br \/>\nRencontre \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb avec Luc Bonet [<a id=\"nh1\" title=\"Lire \u00e9galement : &quot;Tu seras peut \u00eatre ouvrier comme ton p\u00e8re mais au moins tu (...)\" href=\"#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>], anarcho-syndicaliste, ex-animateur de \u00ab\u00a0On a faim !\u00a0\u00bb<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<div>\n<p><strong>D\u2019o\u00f9 vient le label \u00ab\u00a0On a faim !\u00a0\u00bb ? <\/strong> <strong>Luc Bonet<\/strong> : Alors le label On a faim ! c\u2019est la fin des anne\u0301es 80, et il vient du fanzine On a faim !, qui e\u0301tait donc assez connu dans le milieu rock alternatif, et puis dans le milieu anar. Moi j\u2019e\u0301tais militant anarchiste, j\u2019e\u0301tais en relation avec Jean-Pierre Levaray, qui e\u0301tait donc l\u2019animateur principal du fanzine et l\u2019ide\u0301e a\u0300 cette pe\u0301riode la\u0300, c\u2019est \u00ab tout partait un peu en sucette, donc complique\u0301, donc l\u2019ide\u0301e ge\u0301ne\u0301rale, c\u2019e\u0301tait de dire, a\u0300 la limite comme une maison d\u2019e\u0301dition, \u00ab pourquoi on ne ferait pas un label ? \u00bb Pour pre\u0301server un certain nombre de choses qui nous semblaient importantes dans le rock alternatif, et puis il y avait une opportunite\u0301 a\u0300 Poitiers, c\u2019est qu\u2019on avait des sous, et donc j\u2019ai contacte\u0301 Jean-Pierre pour lui proposer de faire un label. Il y avait une activite\u0301 re\u0301gulie\u0300re du fanzine, des articles sur la production de la sce\u0300ne mais aussi des cassettes et des disques. Je crois que la compilation \u00ab Cette machine sert a\u0300 tuer tous les fascistes \u00bb e\u0301tait de\u0301ja\u0300 sortie. Et puis il y avait des groupes qui e\u0301taient un peu soutenus par le fanzine donc il y avait un vivier. L\u2019ide\u0301e c\u2019e\u0301tait de faire quelque chose de tre\u0300s modeste mais continuer a\u0300 faire des compilations de manie\u0300re un peu re\u0301gulie\u0300re. La compilation sur des sujets politiques avaient deux aspects inte\u0301ressants : c\u2019e\u0301tait que d\u2019un cote\u0301 on parlait politique, donc d\u2019un certain milieu, et d\u2019autre part, une compilation c\u0327a voulait dire qu\u2019on contactait les groupes et donc qu\u2019on mouillait un peu les groupes dans une de\u0301marche politique. Et puis ensuite, il y a des groupes qui font des choses inte\u0301ressantes, qui ne trouvent pas&#8230; donc encore une fois, c\u2019e\u0301tait une pe\u0301riode de crise, donc pourquoi on ne les produirait pas ?<\/p>\n<p><strong>Et donc justement, au niveau des groupes, comment se faisait la se\u0301lection ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Alors la se\u0301lection, c\u2019e\u0301tait en fait par des cassettes. De fait, le fanzine recevait donc des cassettes de groupes. Il faut rappeler que dans cette pe\u0301riode, il faut se remettre on va dire fin des anne\u0301es 1980, le CD e\u0301merge a\u0300 peine et c\u2019est un proble\u0300me commercial. Et donc ce qui marchait tre\u0300s bien, on est avant internet, c\u2019est la distribution de cassettes et voila\u0300. Donc voila\u0300, le fanzine recevait des choses inte\u0301ressantes dedans, le fanzine en parlait et donc nous on avait des groupes pour les compilations On a faim !. Donc nous, quand on a commence\u0301, alors je vais employer le \u00ab je \u00bb, parce que c\u2019est quand me\u0302me essentiellement moi au de\u0301but du label, ce qui m\u2019a paru important c\u2019est que le label soit de\u0301connecte\u0301 du fanzine. C\u2019est a\u0300 dire qu\u2019on avait le me\u0302me titre, mais chaque structure e\u0301tait autonome. Donc la se\u0301lection c\u2019e\u0301tait ce que j\u2019aimais (rire), donc tre\u0300s subjectif quoi. Donc e\u0301videmment c\u2019e\u0301tait la qualite\u0301 musicale et puis la qualite\u0301 des textes quoi.<\/p>\n<p><strong>Pour partir comple\u0300tement ailleurs, est-ce qu\u2019il y avait a\u0300 Poitiers des rapports entre le structures dites \u00ab alternatives \u00bb ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Non, enfin, nous on ne faisait pas partie du milieu on va dire musical poitevin. Moi je n\u2019y connais rien en musique. Voila\u0300, je ne suis pas musicien, j\u2019ai une oreille disons mais je suis militant politique avant tout. J\u2019allais au Confort Moderne, il y avait la boutique de disques, les concerts et un milieu o les gens se lookaient diffe\u0301remment, etc. Mais non, on ne peut pas parler de liens ayant donne\u0301 lieu des projets etc. C\u2019e\u0301tait vraiment une de\u0301marche comple\u0300tement autonome, a\u0300 cote\u0301.<\/p>\n<p><strong>Peut parler, selon toi, d\u2019un mouvement vraiment politique pour le rock alternatif, a\u0300 l\u2019e\u0301chelle nationale et a\u0300 Poitiers ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Oui, alors c\u2019est un peu, enfin, oui comple\u0300tement politique, on va dire que les groupes qui \u00e9taient e\u0301coute\u0301s a\u0300 ce moment la\u0300 avaient tous une de\u0301marche politique. Mais enfin il y a deux aspects, il y a le message politique, on va dire plus ou moins clair avec, bon on peut le critiquer, ce n\u2019est pas forc\u00e9ment terrible, mais apre\u0300s il y avait une forme de de\u0301marche qui, elle, est politique. Il y avait une de\u0301marche qu e\u0301tait vers quelque chose qui se de\u0301roule en dehors du syste\u0300me, pas force\u0301ment contre le syste\u0300me, mai toujours en dehors. Et donc c\u0327a, moi, comme militant libertaire, c\u2019est ce qui m\u2019inte\u0301resse. Pas que le gens soient tous anars, mais qu\u2019ils construisent des choses sur leurs propres capacite\u0301s. Et c\u0327a c\u2019\u00e9tait quand me\u0302me l\u2019aspect global qui e\u0301tait quand me\u0302me inte\u0301ressant la\u0300-dedans. Et a\u0300 chaque fois qu\u2019il y a e des ruptures, avec le phe\u0301nome\u0300ne des Garc\u0327ons Bouchers, ou Mano Negra, ou d\u2019autres, la rupture, elle se faisait la\u0300-dessus. C\u2019est a\u0300 dire des groupes qui allaient spontane\u0301ment vers le business, et puis les groupes qui restaient sur une volonte\u0301 de construire quelque chose d\u2019autre. Donc c\u0327a, c\u2019e\u0301tait vraiment le point important.<\/p>\n<p><strong>Le mouvement alternatif est souvent lie\u0301 au mouvement squat. Est-ce que c\u2019e\u0301tait le cas a\u0300 Poitiers ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Non je n\u2019ai pas connaissance de squats a\u0300 cette pe\u0301riode-la\u0300.<\/p>\n<p><strong>Quelles difficulte\u0301s ont pu se poser a\u0300 la cre\u0301ation et au de\u0301veloppement du label ?<\/strong> <strong>LB<\/strong> : Les difficulte\u0301s, c\u2019est d\u2019abord que moi, je n\u2019y connaissais rien (rires). C\u2019est quand me\u0302me asse gonfle\u0301 de faire venir un groupe du Jura comme De\u0301sert Culturel, leur proposer un studio, etc. e d\u2019ailleurs le studio et le producteur n\u2019e\u0301taient pas adapte\u0301 au son qu\u2019ils voulaient&#8230;. En fait si on sortait d circuit simplement cassettes, donc distribue\u0301 par le fanzine, il fallait une distribution a\u0300 l\u2019exte\u0301rieur, don \u00ab qui contacter pour la distribution ? \u00bb En fait, voila\u0300 c\u2019e\u0301taient des questions comme c\u0327a, donc j\u2019ai eu de contacts avec New Rose et donc New Rose a e\u0301te\u0301 notre distributeur. De\u0301marche super volontariste base\u0301e sur rien. Apre\u0300s les difficulte\u0301s en fait, c\u2019e\u0301taient finalement, les me\u0302mes que pour d\u2019autre structures. C\u2019est-a\u0300-dire a\u0300 quel moment on faisait la part entre de\u0301marche militante et puis un de\u0301marche finalement ou\u0300 les groupes voulaient quand me\u0302me e\u0302tre reconnus. Par exemple pour le discussions avec New Rose, ils s\u2019en foutaient un petit peu de ce qu\u2019on voulait e\u0302tre, par contre ils n voulaient pas passer a\u0300 co\u0302te\u0301 d\u2019une opportunite\u0301. Donc il y avait un travail qui e\u0301tait pas tre\u0300s se\u0301rieux a niveau de la distribution, mais ils le faisaient parce que&#8230;voila\u0300. C\u2019e\u0301tait vraiment une pe\u0301riode charnie\u0300re \u00ab qu\u2019est ce qui allait se passer ? \u00bb etc. Je me rappelle d\u2019une discussion avec les mecs de New Rose. Ils se posaient la question \u00ab est-ce que le rap allait bouffer le rock ? \u00bb, ils naviguaient a\u0300 vue.<\/p>\n<p><strong>Est-ce qu\u2019a\u0300 Poitiers, comme au niveau national, on peut parler d\u2019un re\u0301seau qui se serait tisse\u0301 ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Oui alors, enfin a\u0300 Poitiers encore une fois, moi j\u2019e\u0301tais un peu en dehors. Le re\u0301seau c\u2019e\u0301tait certaines salles, et certains libraires, libraires et disquaires inde\u0301pendants, c\u2019e\u0301taient les radios hein, c qu\u2019on appelait les radios libres, avec la cre\u0301ation de Radio Be\u0301ton a\u0300 Tours. Mais c\u2019est vrai qu\u2019a\u0300 Poitiers moi, les rapports que j\u2019avais, c\u2019e\u0301tait vraiment d\u2019aller voir des choses de moi-me\u0302me au Confort Moderne. Le Confort Moderne e\u0301tait quand me\u0302me important parce que tu te retrouvais dans une ville moyenne, assez peu active enfin voila\u0300, et quelque chose d\u2019assez connu comme le Confort Moderne c\u2019e\u0301tait quand me\u0302me assez extraordinaire.<\/p>\n<p><strong>Tu en as de\u0301ja\u0300 un peu parle\u0301, mais que penses-tu de la pe\u0301riode ou\u0300 s\u2019est cre\u0301e\u0301 le label ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : C\u2019e\u0301tait une pe\u0301riode de crise. Je ne me souviens pas tre\u0300s bien si les Be\u0301rurier Noir e\u0301taient de\u0301ja\u0300 e proce\u0300s avec Bondage, etc. Il y avait le phe\u0301nome\u0300ne aussi de la sce\u0300ne alternative plus ou moins re\u0301cupe\u0301re\u0301e, on en a parle\u0301 : Garc\u0327ons Bouchers, Mano Negra&#8230; Donc c\u2019e\u0301tait une pe\u0301riode de crise a sens ou quelque chose e\u0301tait monte\u0301 et puis la\u0300, visiblement redescendait, sur des proble\u0300mes que l mouvement, je parle de manie\u0300re tre\u0300s tre\u0300s ge\u0301ne\u0301rale, mais que le mouvement n\u2019e\u0301tait pas capable d re\u0301soudre. Proble\u0300mes essentiellement e\u0301conomiques, c\u2019est parce qu\u2019il y avait crise qu\u2019il y a eu l\u2019ide\u0301e d cre\u0301er le label. Voila\u0300 on ne voulait pas bouleverser la donne, mais on se disait : \u00ab quelque chose es monte\u0301, qui concerne beaucoup de gens, donc ce serait trop be\u0302te que tout retombe \u00bb. Parc qu\u2019effectivement, on savait bien ce que c\u0327a voulait dire que tout retombait : c\u2019est que tout retombait au mains du business. Donc apre\u0300s tout, comme souvent dans le milieu libertaire, cre\u0301er un peu d\u2019ilots d re\u0301sistance et d\u2019autonomie, c\u2019e\u0301tait un minimum. Donc c\u2019e\u0301tait vraiment une pe\u0301riode de crise.<\/p>\n<p><strong>Quel regard portiez-vous sur les subventions publiques ou prive\u0301es ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : A\u0300 ce moment la\u0300, on ne se posait me\u0302me pas la question. On ne se posait me\u0302me pas la question parce qu\u2019on avait cette autonomie financie\u0300re de de\u0301part. Apre\u0300s voila\u0300, il y a vingt ans, je sais tre\u0300s bien dans quel e\u0301tat d\u2019esprit j\u2019e\u0301tais a\u0300 ce moment la\u0300, l\u2019e\u0301tat d\u2019esprit aujourd\u2019hui, ce serait \u00ab on peut y mettre u peu les doigts, il faut garantir notre autonomie \u00bb. Aujourd\u2019hui j\u2019ai un certain nombre d\u2019expe\u0301riences qu font que je pense que man\u0153uvrer avec ces choses la\u0300, en e\u0301tant prudent, on peut man\u0153uvrer. On n s\u2019est pas pose\u0301 la question vraiment, la question qui taraudait a\u0300 ce moment la\u0300 tout ce milieu, c\u2019e\u0301tait l question du business pur quoi, c\u2019est-a\u0300-dire : il y avait des groupes qui avaient de l\u2019audience, cette audience c\u0327a voulait dire des gens qui viennent aux concerts, des gens qui ache\u0300tent des disques derrie\u0300re des radios qui diffusaient des morceaux. Toute cette audience, elle a force\u0301ment un caract\u00e8re e\u0301conomique, et, a\u0300 partir de cette audience, est ce qu\u2019on peut faire vivre une sce\u0300ne de mani\u00e8re autonome ? Donc voila\u0300, on n\u2019e\u0301tait pas dans le cadre de subventions quoi. Il est e\u0301vident que par exemple, le Confort Moderne, quand il s\u2019est cre\u0301e\u0301, nous on e\u0301tait tre\u0300s critiques, parce qu\u2019il y avait un arme\u0301e de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui des contrats aide\u0301s (c\u2019e\u0301taient des TUC a\u0300 l\u2019e\u0301poque il me semble) et donc nous on e\u0301tait tre\u0300s critiques la\u0300-dessus. Objectivement, le Confort Moderne n\u2019aurait certainement pas pu se monter sans c\u0327a, et c\u2019est quand me\u0302me bien que le Confort existe&#8230; Mais nous, ce n\u2019e\u0301tait pas notre pre\u0301occupation. Notre pre\u0301occupation c\u2019e\u0301tait comment faire par rapport au business, vraiment le subventions, c\u2019est quelque chose qui est quand me\u0302me tre\u0300s lie\u0301 a\u0300 toute production qui demande pas ma de capital. Le Confort Moderne c\u2019est quand me\u0302me une salle, c\u2019est e\u0301norme hein, donc on ba\u0302tit, il y\u2019 des personnes derrie\u0300re. C\u2019est un lieu artistique et pas commercial, comme peut l\u2019e\u0302tre un distributeur de disques, ou un organisateur de concerts, donc force\u0301ment la gestion e\u0301conomique et l\u2019autonomie financie\u0300re va e\u0302tre complique\u0301e, il faut des recettes exte\u0301rieures au lieu lui-me\u0302me, apre\u0300s on n\u2019e\u0301tait pae dupe sur l\u2019avenir mais on n\u2019avait pas de re\u0301ponse par rapport a\u0300 c\u0327a. On n\u2019e\u0301tait pas dupe des efforts de Jack Lang pour organiser, pour cre\u0301er des festivals a\u0300 droite a\u0300 gauche, c\u2019e\u0301tait une manie\u0300re de s positionner positivement par rapport a\u0300 la jeunesse. C\u2019est comme ce que tu disais par rapport au squats : en quoi ils e\u0301taient importants ? C\u2019e\u0301taient des lieux ou\u0300 il se passait des choses, et sans qu personne ne puisse avoir un regard dessus. Apre\u0300s les squats avaient leurs propres limites, y compris financie\u0300res&#8230; Pour le label, les proble\u0300mes qui e\u0301taient importants, c\u2019e\u0301tait l\u2019organisation de concerts, l tournage, la distribution des skeuds [disques, nda] ce qui pouvait se faire autour de la publicite\u0301 au bo sens du terme, de rendre public, de faire connaitre, tout cela e\u0301tait hors du champ des subventions.<\/p>\n<p><strong>De manie\u0300re pragmatique, comment c\u0327a se passe a\u0300 Poitiers en 1989 pour produire un disque, du de\u0301but a\u0300 la fin ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Euh, le proble\u0300me, c\u2019est l\u2019enregistrement, c\u2019est-a\u0300-dire la production de manie\u0300re ge\u0301ne\u0301rale. Et ensuite c\u2019e\u0301taient les circuits qui e\u0301taient assez connus de\u0301ja\u0300, puisque, le fanzine avait lui me\u0302me produit de\u0301ja\u0300 de disques. On travaillait avec New Rose, donc les skeuds e\u0301taient un petit peu dans le bac des disquaires. On e\u0301tait de\u0301ja\u0300 dans le re\u0301seau fanzine, on se posait des questions par rapport au radios (comment les contacter, se faire connaitre). Toutes ces questions la\u0300, on e\u0301tait quand me\u0302me tre\u0300s novices la\u0300-dedans quoi.<\/p>\n<p><strong>La finalite\u0301 du label, n\u2019e\u0301tait pas comme celle d\u2019un label traditionnel, de promouvoir des groupe et de les amener jusqu\u2019a\u0300&#8230; <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Non ce n\u2019e\u0301tait pas c\u0327a, c\u2019e\u0301tait vraiment e\u0301tablir une espe\u0300ce de, comment dire, encore une fois u peu de re\u0301sistance, permettre a\u0300 des groupes qui, quand la machine business se met en place, n\u2019auront pas leur place. Et ensuite voila\u0300, le contrat moral entre guillemet, e\u0301tait : on vous permet de faire u album, on essaie de le faire un peu connaitre, et apre\u0300s pour les concerts on avait quelques contacts on pouvait e\u0301videmment filer quelques tuyaux, mais le groupe se de\u0301brouillait, et puis on n\u2019e\u0301tait pas dupe, si les groupes marchent et ont une certaines audience, ils auraient continue\u0301 sans nous. Don c\u2019e\u0301tait plus vraiment parce qu\u2019on sentait que la sce\u0300ne e\u0301tait coupe\u0301e entre les gens, on va dire a\u0300 la bas qui jouaient dans leur garage, qui faisaient leur truc, et puis l\u2019audience qu\u2019avait permis le rock alternatif et entrainait vers du formatage.<\/p>\n<p><strong>Tu l\u2019as dit tout a\u0300 l\u2019heure, quand tu as de\u0301bute\u0301 dans le label, tu e\u0301tais comple\u0300tement novice. On voit au niveau du fanzine que, tant au niveau du contenu que de la forme, qu\u2019au fil du temps et des nume\u0301ros, on a une production quasi-professionnelle. Est-ce qu\u2019on a retrouve\u0301 c\u0327a au niveau du label ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Euh, enfin moi, je n\u2019ai pas eu le temps de voir cette progression, parce que j\u2019ai quitte\u0301 le label assez vite. Mais le label On A Faim ! a continue\u0301 apre\u0300s avec une nouvelle e\u0301quipe mais il y avait cette volonte\u0301 la\u0300. C\u2019est-a\u0300-dire qu\u2019en fait, par exemple dans la nouvelle e\u0301quipe, est arrive\u0301 un couple parisien Gil e\u0301tait un dessinateur, donc il avait certaines exigences esthe\u0301tiques, Martine e\u0301tait plus au fait de choses administratives, donc quelque chose d\u2019un peu plus pro qui se mettait en place. Donc apre\u0300s, il faudrait voir la suite du label lui-me\u0302me quoi. Mais, enfin, il n\u2019y avait pas de raison pour qu\u2019on ne fasse pas quelque chose qui ne soit pas agre\u0301able ou un peu pro. C\u0327a veut pas dire grand-chose agre\u0301able e un peu pro, mais tu peux avoir des choses qui soient faites de manie\u0300re foutraque, parce que c\u2019est comme c\u0327a et il y a des choses qui sont faites de manie\u0300res foutraque parce que c\u2019est une esthe\u0301tique voulue. Nous on a fait un petit fanzine, il y avait un cote\u0301 foutraque, mais il e\u0301tait voulu, donc voila\u0300, c\u2019est une question esthe\u0301tique. Je pense que la de\u0301marche du zine (au de\u0301part je rappelle que c\u2019est avant le ordinateurs etc,) donc on tape a\u0300 la machine, on fait des de\u0301coupages aux ciseaux, on colle, donc voila\u0300 il faut imaginer l\u2019esthe\u0301tique punk, elle correspond aussi a\u0300 certains e\u0301tat d\u2019esprit imaginatif. Entre le zine de Poitiers, vu par 30 personnes et le zine national vu par 500 ou 1000, il y a une diffe\u0301rence ! Il y a un logique interne et donc encore une fois, me\u0302me chose pour le rock alternatif. Industriel au bon sens d terme, c\u2019est-a\u0300-dire qu\u2019 il y a des me\u0301tiers qui se mettent en place.<\/p>\n<p><strong>Et toi quand tu fondes le label, est ce que tu as dans l\u2019optique d\u2019en faire ton me\u0301tier, en quelque sorte de travailler pour c\u0327a ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Pas du tout, c\u2019est-a\u0300-dire pour moi c\u2019est un acte politique. \u00c0 ce moment la\u0300, Je militais a\u0300 la Fe\u0301de\u0301ration Anarchiste. Donc c\u2019est du militantisme avec un cote\u0301 un peu artistique, voila\u0300, parce qu j\u2019aimais la musique que j\u2019e\u0301coutais, quelque chose qui n\u2019e\u0301tait pas strictement militant. Alors plus tard dans le label, je ne sais pas tre\u0300s bien, ce n\u2019est pas toujours tre\u0300s clair comme c\u0327a, mais bon je pense que les copains qui apre\u0300s ont repris le label n\u2019e\u0301taient quand me\u0302me pas dans cette de\u0301marche la\u0300, mai ils y pensaient peut-e\u0302tre en se rasant le matin&#8230;.<\/p>\n<p><strong>Penses-tu que ce qui s\u2019est passe\u0301 en termes de mouvement alternatif aux E\u0301tats-Unis puisse e\u0302tre mis en lien avec ce que vous avez fait chez On a faim ! , y a-t-il eu des passerelles ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Des passerelles non. Je ne pense pas qu\u2019il y ait eu des passerelles. D\u2019abord avec les E\u0301tats-Uni c\u2019est complique\u0301, c\u2019est-a\u0300-dire que, dans un milieu militant, les passerelles, elles se font par de connaissances un peu plus pre\u0301cises. Donc notre contexte, il restait europe\u0301en, alors c\u2019est vrai que l\u2019Europe c\u2019e\u0301tait quand me\u0302me l\u2019exemple italien, avec les centres sociaux qui commenc\u0327aient a\u0300 e\u0301merger s\u2019organiser. Je me souviens avoir visite\u0301 des squats berlinois tre\u0300s organise\u0301s, c\u0327a, c\u0327a nous inspirait Mais les E\u0301tats-Unis, pas directement, je crois qu\u2019il y a des diffe\u0301rences de culture, et puis de taille. U groupe connu aux States c\u2019est en nombre de \u00ab fans \u00bb quelque chose d\u2019e\u0301norme par rapport a\u0300 l\u2019Europe Ce qu\u2019on voyait c\u2019e\u0301tait que ce milieu persistait, et ne se trouvait pas prisonnier du business apparemment comme chez nous. Une vraie sce\u0300ne alternative, c\u2019est quand me\u0302me ce qui manquai particulie\u0300rement en France. Et c\u2019est ce que des groupes comme les Be\u0301rurier Noir n\u2019ont pas re\u0301ussi faire, ce n\u2019est pas une critique, mais on peut voir que ce n\u2019est pas une fatalite\u0301. Des groupes comme The Ex, NoMeansNo, existent encore dans une de\u0301marche alternative.<\/p>\n<p><strong>Alors justement, en terme de vente, est-ce que les productions On a faim ! ont trouve\u0301 un e\u0301chO aupre\u0300s du public ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Les compilations se vendaient relativement bien, alors moi les chiffres&#8230; je te disais, je ne saiS pas, alors relativement bien c\u0327a va e\u0302tre autour des 1000, quoi. En fait, de mon temps, on a fait assez peu de choses a\u0300 part les compilations, donc c\u2019e\u0301tait De\u0301sert Culturel, des choses comme c\u0327a, et la\u0300 c\u2019e\u0301tait quand me\u0302me beaucoup plus modeste, quoi, c\u2019e\u0301tait quelques centaines.<\/p>\n<p><strong>La politique de prix des disques, j\u2019imagine qu\u2019elle e\u0301tait en ade\u0301quation avec vos ide\u0301e politiques ?<\/strong> <strong>LB<\/strong> : Oui, on essayait de faire les choses le moins cher possible. Alors apre\u0300s c\u2019est toute la difficult\u00e9 d\u2019e\u0301dition. La distribution prend sa marge, etc. Et puis on devait e\u0301diter sur plusieurs support (cassettes, vinyles, CD), c\u2019e\u0301tait quand me\u0302me complique\u0301&#8230;<\/p>\n<p><strong>Et dans le cadre de cette crise, est-ce qu\u2019il a pu exister des coope\u0301rations entre le label On faim ! et d\u2019autres labels ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Des coope\u0301rations, ce serait un grand mot, disons qu\u2019il y avait deux types de re\u0301seaux : il y avait le re\u0301seau lui-me\u0302me, qui lui e\u0301tait donc en crise forte et puis apre\u0300s, il y avait le re\u0301seau anar. Dans le re\u0301seau anar, y avait un autre label qui est arrive\u0301 a\u0300 survivre, qui e\u0301tait un label historique qui s\u2019appelait VISA Donc la coope\u0301ration, c\u0327a passait surtout par Jean-Pierre et par le fanzine, et c\u0327a se situait pluto\u0302t e termes de publicite\u0301 encore une fois au bon sens du terme. C\u2019est-a\u0300-dire, on croisait entre le productions VISA et les productions On a faim !, et puis quelques plans on va dire techniques etc.<\/p>\n<p><strong>Et donc ce re\u0301seau de publicite\u0301 (fanzines, radios libres etc.), est ce qu\u2019il a e\u0301te\u0301 efficace pou l\u2019activite\u0301 d\u2019On a faim ! ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Hum, oui&#8230; oui et non. Enfin, parce que ce re\u0301seau la\u0300, si tu veux, il y avait la partie tre\u0300s pratique donc lui e\u0301tait efficace. Mais en termes de pub, c\u2019e\u0301tait quand me\u0302me tre\u0300s limite\u0301. C\u2019e\u0301tait une pe\u0301riode u peu charnie\u0300re, on sentait bien qu\u2019on e\u0301tait a\u0300 la queue de la come\u0300te. C\u2019e\u0301tait moins le proble\u0300me de notre re\u0301seau qu\u2019en fait, derrie\u0300re, un re\u0301seau qui e\u0301tait de\u0301ja\u0300 oriente\u0301 vers quelque chose qui e\u0301tait beaucoup plu commercial. La nouvelle e\u0301quipe du label, a choisi un positionnement moins militant, qui e\u0301tait aussi u positionnement musical spe\u0301cifique (plus dub\/reggae que rock).<\/p>\n<p><strong>Le label e\u0301tait un outil de propagande : donc a-t-il r\u00e9ussi a rallier des gens a\u0300 la cause libertaire ? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Ce n\u2019e\u0301tait pas le but, on voulait participer a\u0300 maintenir une sce\u0300ne alternative, et a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur de cette sce\u0300ne une re\u0301fe\u0301rence anar. On a e\u0301choue\u0301 me semble-t-il mais parce que la sce\u0300ne alternative, du moins telle qu\u2019on l\u2019imaginait alors, a e\u0301choue\u0301.<\/p>\n<p><strong>Quel bilan tires-tu de ton action au sein de On a faim !? <\/strong> <strong>LB<\/strong> : Je me suis bien amuse\u0301 et j\u2019ai ve\u0301cu beaucoup d\u2019angoisse, voila\u0300. Non c\u2019est vrai que le label su cette pe\u0301riode la\u0300 (encore une fois, le label a continue\u0301 apre\u0300s moi, c\u2019est quand me\u0302me en grande partie o va dire une aventure personnelle, beaucoup d\u2019angoisse). Je pense qu\u2019apre\u0300s, j\u2019ai aussi eu un ouverture sur du re\u0301el, c\u2019est-a\u0300-dire pas seulement e\u0302tre dans la propagande anar par exemple, participe a des manifs, faire des communique\u0301s de presse, ces choses quoi, le go\u00fbt de construire on dira&#8230;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p>[<a id=\"nb1\" title=\"Notes 1\" href=\"#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>] Lire \u00e9galement : <a href=\"Tu-seras-peut-etre-ouvrier-comme\">\u00ab\u00a0Tu seras peut \u00eatre ouvrier comme ton p\u00e8re mais au moins tu sauras t\u2019exprimer face au patron\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n<p><em>Vu sur <a href=\"http:\/\/www.autrefutur.net\/Sur-la-sce%CC%80ne-alternative-de\" target=\"_blank\">Autrefutur.net<\/a>, 11 ao\u00fbt 2012<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur la sce\u0300ne alternative de Poitiers : 1984-1994 Le militantisme comme moyen de promotion de la musique et des valeurs alternatives. La fin des ann\u00e9es 1980 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 furent marqu\u00e9es par l\u2019\u00e9mergence de plusieurs formations musicales poitevines influentes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale voire nationale, \u00e0 l\u2019instar de Seven Hate ou de Un &hellip; <a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=6248\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">[Notre histoire] Sur la sc\u00e8ne alternative de Poitiers : 1984-1994 (interview de Luc Bonet)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2691,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-6248","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-education-populaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2691"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6248"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6250,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions\/6250"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6248"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6248"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6248"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}