{"id":7787,"date":"2013-01-18T09:16:05","date_gmt":"2013-01-18T08:16:05","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=7787"},"modified":"2013-01-18T09:16:05","modified_gmt":"2013-01-18T08:16:05","slug":"lasservissement-technologique-une-recension-de-lemprise-numerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=7787","title":{"rendered":"L\u2019asservissement technologique \u2013 Une recension de L\u2019Emprise num\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/groupemartiguesfederationanarchiste.wordpress.com\/2013\/01\/16\/lasservissement-technologique-une-recension-de-lemprise-numerique\/\" target=\"_blank\"><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>L\u2019asservissement technologique \u2013 Une recension de L\u2019Emprise num\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" alt=\"\" src=\"http:\/\/groupemartiguesfederationanarchiste.files.wordpress.com\/2013\/01\/emprisenumeriquecedricbiagini.jpg\" width=\"400\" height=\"628\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les attaques \u00e0 charge contre le num\u00e9rique ne sont pas si courantes a fortiori quand elles se permettent peu de demi-mesures quant aux solutions \u00e0 apporter. De surcro\u00eet, l\u2019optique r\u00e9solument libertaire et d\u00e9croissante de <a href=\"http:\/\/www.lechappee.org\/l-emprise-numerique-0\">l\u2019Emprise num\u00e9rique de C\u00e9dric Biagini<\/a> rend ce livre pr\u00e9cieux pour nos luttes. Cet ouvrage d\u00e9veloppe une critique radicale et document\u00e9e des nouvelles technologies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le terme de technologie, pensait Jacques Ellul, correspond \u00e0 la conjonction de la technique et de l\u2019id\u00e9ologie. Car ces technologies dites nouvelles nous ont bien \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es par ce mouvement perp\u00e9tuel qui est d\u00e9sormais l\u2019esprit du capitalisme. Elles op\u00e8rent ainsi selon le mode id\u00e9ologique des dominants. Car la technique n\u2019est pas neutre. Internet induit un imaginaire et des rapports sociaux sp\u00e9cifiques. Ainsi, \u00e0 l\u2019heure du num\u00e9rique, tout n\u2019est plus que flux de communication et d\u2019informations, transparence, connexion, mobilit\u00e9, r\u00e9seaux et rien ne doit y faire obstacle. Peu importe le contenu de ce qui est transmis. \u00ab <em>Les technologies permettent de faire plus de choses toujours plus vite, mais laissent de moins en moins de temps pour s\u2019adonner \u00e0 une seule activit\u00e9 dans le calme et avec une certaine profondeur, pour fl\u00e2ner, pour r\u00e9fl\u00e9chir et m\u00eame pour dormir<\/em> \u00bb constate l\u2019auteur. C\u2019est en effet au c\u0153ur de nos vies quotidiennes que le num\u00e9rique pose son emprise mais \u00ab <em>bien que l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration technique n\u2019implique pas r\u00e9ellement (\u2026) une augmentation du temps libre, la plupart des individus continuent \u00e0 \u00eatre convaincus que les nouvelles technologies vont leur en donner, alors qu\u2019ils font syst\u00e9matiquement l\u2019exp\u00e9rience du contraire et qu\u2019ils souffrent de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration consid\u00e9rable de leur rythme de vie.<\/em> \u00bb C\u00e9dric Biagini voit dans ce d\u00e9calage entre le point de vue et le v\u00e9cu les marques d\u2019une croyance, d\u2019un mythe, d\u2019une illusion voire d\u2019une religion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y a de fait n\u00e9cessit\u00e9 de questionner d\u2019un point de vue politique l\u2019avanc\u00e9e technique et de critiquer les bouleversements sociaux et culturels qu\u2019elle implique. La solution n\u2019est pas, pour l\u2019auteur, dans de nouvelles innovations techniques. Les mythes fondateurs de l\u2019internet sont n\u00e9s dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines. \u00ab <em>Libert\u00e9, gratuit\u00e9, horizontalit\u00e9, participation, nomadisme, connaissance, partage<\/em> \u00bb le capitalisme s\u2019est modernis\u00e9 en se parant gr\u00e2ce au num\u00e9rique des valeurs issues de la tradition \u00e9mancipatrice. Et d\u2019ailleurs, \u00ab <em>bien que toutes les forces sociales dominantes, de l\u2019\u00c9tat aux multinationales en passant par les industries culturelles participent au d\u00e9ferlement technologique et tentent de mettre l\u2019ensemble de l\u2019humanit\u00e9 face \u00e0 un \u00e9cran, les mouvements dits d\u2019\u00e9mancipation sont soit incapables de formuler un discours un tant soit peu critique quant aux \u00e9volutions r\u00e9centes du capitalisme, soit continuent de penser que seules de nouvelles avanc\u00e9es technologiques pourront permettre de le d\u00e9passer, quand bien m\u00eame la r\u00e9alit\u00e9 invalide chaque jour leurs th\u00e9ories.<\/em> \u00bb Nous sommes donc bien, selon C\u00e9dric Biagini, face \u00e0 des croyances irrationnelles. Les cercles militants qui utilisent de plus en plus internet font l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une agressivit\u00e9 accrue des \u00e9changes. Il devient de plus en plus difficile de se retrouver pour s\u2019organiser et se r\u00e9unir. Le militantisme se d\u00e9sincarne en quelque sorte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Bien s\u00fbr, pour l\u2019auteur, \u00e9viter d\u2019utiliser certaines technologies est une forme de r\u00e9sistance. Seulement cette <em>gr\u00e8ve priv\u00e9e<\/em>, si elle a son importance, semble difficile. D\u2019une part, par ce qu\u2019une r\u00e9sistance strictement individuelle para\u00eet d\u00e9risoire. D\u2019autre part, par ce qu\u2019il est devenu impossible de faire sans ce monde-l\u00e0. Nous n\u2019avons, \u00e0 bien des \u00e9gards, plus le choix sauf \u00e0 rentrer dans une rupture totale et donc au risque d\u2019un isolement social. Nous sommes tous <em>dans le monde de l\u2019ordinateur<\/em>. C\u00e9dric Biagini appelle donc \u00e0 d\u00e9coloniser nos imaginaires et \u00e0 critiquer les nouvelles technologies socialement et politiquement en se pla\u00e7ant dans une contestation plus globale de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle. Les premi\u00e8res critiques du capitalisme remirent directement en cause l\u2019industrie. Le mouvement libertaire fut \u00e0 la pointe de cette r\u00e9volte. Il ne s\u2019agit pas d\u2019id\u00e9aliser un pass\u00e9 pr\u00e9industriel mais de renouer avec cette critique \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les technologies nous menacent d\u2019un asservissement dans lequel nous nous jetons volontairement. Mais refuser la technique n\u2019aurait aucun sens : elle est consubstantielle \u00e0 l\u2019homo-sapiens. Il faut selon l\u2019auteur \u00ab <em>r\u00e9enchasser la technique dans le social et le politique autrement dit resocialiser le rapport \u00e0 la technique.<\/em> \u00bb. Celle-ci se d\u00e9finissant \u00e0 la fois comme un savoir-faire et un ensemble d\u2019outils mobilisant conjointement le corps et l\u2019esprit. La technique nous permet d\u2019avoir une prise sur le r\u00e9el, d\u2019agir sur lui en y \u00e9tant confront\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse la technologie, par une \u00ab <em>rationalisation scientifique<\/em> \u00bb nous \u00ab <em>d\u00e9connecte du monde de l\u2019exp\u00e9rience commune<\/em> \u00bb. Avec la technologie, nous perdons le sens de l\u2019outil et du savoir-faire : nous pensons utiliser alors que nous sommes aussi utilis\u00e9s par des moyens sur lesquels nous avons peu de contr\u00f4le. Il conviendrait de revenir vers \u00ab <em>une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la mesure de l\u2019homme<\/em> \u00bb compos\u00e9e de structures sociales de petites ou moyennes tailles dans lesquelles exercer un m\u00e9tier aurait un sens. Cela n\u00e9cessite aussi pour C\u00e9dric Biagini de sortir des \u00ab <em>ghettos militants<\/em> \u00bb afin d\u2019instaurer un rapport de forces l\u00e0 o\u00f9 les antagonismes avec le syst\u00e8me technicien se cristallisent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>La fin du livre et de l\u2019\u00e9ducation ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais que fait exactement le num\u00e9rique sur notre civilisation ? L\u2019auteur dresse un tableau assez pr\u00e9cis de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 ou menace d\u2019arriver sous peu. C\u2019est plut\u00f4t catastrophiste et apocalyptique. Ce n\u2019est pas par hasard d\u2019ailleurs que ce livre commence par parler\u2026 du livre. Car ce dernier reste encore un espace que le num\u00e9rique n\u2019a pas encore totalement colonis\u00e9. \u00c0 tel point que le livre de papier constitue \u00e0 bien des \u00e9gards un lieu de r\u00e9sistance. Le fonctionnement de l\u2019\u00e9dition papier ne peut \u00eatre reproduit dans le domaine du num\u00e9rique. Si dans un premier temps, les nouveaux m\u00e9dia singent leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, par la suite ils d\u00e9veloppent leurs propres formes et asservissent les anciens \u00e0 celles-ci. Or ce qui caract\u00e9rise le num\u00e9rique est l\u2019absence totale d\u2019interm\u00e9diaire et de m\u00e9diation : internet est le m\u00e9dia absolu. Dans ce cadre, pour C\u00e9dric Biagini, tout ce qui constitue la cha\u00eene du livre est appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. Les librairies locales et ind\u00e9pendantes ne pourront pas r\u00e9sister \u00e0 la pression des grandes multinationales (Amazon, Google, la Fnac etc.) qui s\u2019imposent sur le march\u00e9 du livre num\u00e9rique. Les biblioth\u00e9caires, renon\u00e7ant aux principes de l\u2019\u00e9ducation populaire, creusent leur propre tombe en r\u00e9duisant peu \u00e0 peu leur profession \u00e0 la seule sph\u00e8re technologique. \u00c0 quoi bon se d\u00e9placer dans une librairie ou une biblioth\u00e8que puisque tout est disponible sur le net ? Les choix \u00e9ditoriaux seront et sont d\u00e9j\u00e0 \u2013 comme sur <em>Wikipedia<\/em> \u2013 r\u00e9alis\u00e9s par les internautes eux-m\u00eames. \u00c0 quoi bon le travail d\u2019un \u00e9diteur d\u00e8s lors ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La lecture, elle m\u00eame n\u2019en est plus une. Selon les partisans de la lecture num\u00e9rique, les livres sont appel\u00e9s \u00e0 se dissoudre dans le r\u00e9seau lui-m\u00eame \u2013 le t\u00e9l\u00e9chargement de fichiers sur des liseuses n\u2019\u00e9tant qu\u2019une \u00e9tape. \u00c0 terme, la lecture se fera directement par flux depuis des terminaux reli\u00e9s au web. Elle devient navigation donc discontinue. Elle est scrutation, purement utilitariste et informative. Elle incite \u00e0 une consommation instantan\u00e9e du contenu sans appropriation du contenant qui n\u2019existe plus mat\u00e9riellement \u2013 en apparence. Elle se dissout dans la communication. Il devient difficile cognitivement de faire une lecture longue et approfondie. Alors que la lecture sur papier apaise, l\u2019\u00e9cran excite \u2013 ce qui est peut-\u00eatre \u00e0 la source m\u00eame de son effet addictif \u2013 et trouble la concentration. Celle-ci est sans cesse capt\u00e9e par des signaux visant \u00e0 emp\u00eacher la r\u00e9flexion. Dans cette <em>\u00e9conomie de l\u2019attention<\/em>, le contenu n\u2019est que simple distraction et d\u00e9tournement. Le tout est de ramener le lecteur, apr\u00e8s l\u2019avoir balad\u00e9, vers le seul but : s\u2019abandonner \u00e0 l\u2019oubli dans la consommation \u2013 vieux proc\u00e9d\u00e9 de rh\u00e9torique. Pr\u00eat \u00e0 tout accepter du moment que c\u2019est gratuit, le lecteur se verra peut-\u00eatre propos\u00e9 des publicit\u00e9s au milieu de la lecture de son e-book. La lecture num\u00e9rique trouble \u00e9galement les rep\u00e8res et la m\u00e9morisation car celle-ci est assur\u00e9e par la machine elle-m\u00eame : puisque tout est enregistr\u00e9 quelque part, il devient inutile de se souvenir. La m\u00e9moire \u00e9tant au fondement m\u00eame de notre identit\u00e9, on voit \u00e0 quel point le num\u00e9rique et son savoir absolu bouleversent nos fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre. Silence, solitude, lenteur et ennui sont \u00e0 proscrire dans ce nouvel environnement. Le lecteur lit de plus en plus comme une machine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9criture, elle aussi, s\u2019en trouve boulevers\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, certains articles de journaux en ligne \u2013 cf. la revue financi\u00e8re <em>Forbes<\/em> \u2013 sont \u00e9crits automatiquement. Il faut \u00e9crire court pour capter l\u2019attention. La collecte des informations personnelles sur les fa\u00e7ons de lire permet d\u2019ajuster l\u2019offre \u00e0 la demande : l\u2019uniformisation sur mesure de la culture. Le langage lui-m\u00eame devient un march\u00e9 \u2013 cf. <em>Google AdWords<\/em> \u2013, les mots se transformant en marchandises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La num\u00e9risation transforme \u00e9galement l\u2019\u00e9ducation. Un enseignement se r\u00e9sumant \u00e0 donner acc\u00e8s, \u00e0 transformer les enseignants en simple accompagnateurs du monde num\u00e9rique voire \u00e0 les faire dispara\u00eetre. Avec la d\u00e9mat\u00e9rialisation, on voit advenir une \u00e9cole sans \u00e9cole. La saturation en informations emp\u00eache la connaissance et on ne peut r\u00e9duire l\u2019enseignement \u00e0 la simple capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9brouiller dans cette jungle de donn\u00e9es. Les cadres d\u2019Amazon, Apple, Google ou Ebay trop conscients des nuisances qu\u2019ils cr\u00e9ent envoient leurs enfants <a href=\"http:\/\/www.vousnousils.fr\/2012\/02\/28\/pas-dordi-a-lecole-pour-les-enfants-des-cadres-de-google-ou-debay-522349\">dans des \u00e9coles<\/a> tr\u00e8s co\u00fbteuses\u2026 d\u00e9pourvues d\u2019\u00e9cran et de connexion internet. Le num\u00e9rique : c\u2019est pour le bas-peuple !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>R\u00e9seaux, flux, informations, communication<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les r\u00e9seaux sociaux contribuent au \u00ab<em> contr\u00f4le de tous par tous<\/em> \u00bb. L\u2019int\u00e9riorit\u00e9 dispara\u00eet au profit d\u2019une \u00ab <em>intimit\u00e9 surexpos\u00e9e, creuse et uniformis\u00e9e<\/em> \u00bb et d\u2019un \u00eatre qui \u00ab <em>fabrique en permanence des images de lui-m\u00eame, auxquelles d\u2019autres images r\u00e9pondent<\/em> \u00bb. Aussi \u00ab <em>le v\u00e9cu ne prend r\u00e9ellement de sens que lorsqu\u2019il est enregistr\u00e9<\/em> \u00bb puis communiqu\u00e9. Ainsi, \u00ab <em>le pr\u00e9sent se vit comme un souvenir<\/em> \u00bb. Si r\u00e9el et virtuel interagissent encore, c\u2019est ce dernier qui semble de plus en plus prendre le dessus. Chaque individu est encourag\u00e9 \u00e0 devenir sa propre entreprise, sa propre marque. L\u2019amiti\u00e9 devient une affaire comptable, une simple technique de relations humaines, une imitation. Les r\u00e9seaux sociaux se d\u00e9veloppent sur la disparition des liens de solidarit\u00e9s ou de sociabilit\u00e9s anciens ; chacun n\u2019\u00e9tant plus qu\u2019un atome, un simple n\u0153ud reli\u00e9 \u00e0 d\u2019autres \u00e0 travers le r\u00e9seau. Le lien social est en quelque sorte recr\u00e9\u00e9 artificiellement et industriellement apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit ou alt\u00e9r\u00e9 dans sa forme traditionnelle. Il se r\u00e9duit d\u00e9sormais \u00e0 sa dimension informationnelle et communicationnelle. L\u2019individu se r\u00e9sume de plus en plus \u00e0 \u00eatre un simple \u00e9metteur-r\u00e9cepteur d\u2019informations. Ces technologies de la communication qu\u2019il s\u2019agisse des r\u00e9seaux sociaux, des ordinateurs, des mobiles, des tablettes ou des <em>smartphones<\/em> cr\u00e9ent une addiction. Nous sommes de plus en plus d\u00e9pendants d\u2019objets de communication que l\u2019on touche pour se rassurer comme des doudous et nous sommes de moins en moins autonomes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les m\u00e9dia occidentaux suivant en cela leur propre fantasme de connexion permanente ont surestim\u00e9 l\u2019importance des r\u00e9seaux sociaux dans les printemps arabes. M\u00eame si, selon l\u2019auteur, ces r\u00e9seaux ont jou\u00e9 un r\u00f4le dans ces mouvements, les r\u00e9volutions n\u2019ont pas attendu <em>Twitter<\/em> pour exister. Et le nombre de foyers connect\u00e9s \u00e0 internet dans le monde arabe est encore relativement restreint. Ceci \u00e9tant, si les r\u00e9gimes autoritaires arabes ont \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9s si facilement par les \u00c9tats-Unis, c\u2019est aussi probablement que leur oligarchie monopolistique entravait la fluidit\u00e9 du vaste r\u00e9seau que doit \u00eatre le capitalisme aujourd\u2019hui. De toute fa\u00e7on, internet facilite aussi la collecte d\u2019informations sur les groupes militants par des dictatures ou des d\u00e9mocraties. La technologie est ambivalente, elle lib\u00e8re d\u2019un c\u00f4t\u00e9 quand elle ali\u00e8ne de l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Une utopie libertarienne ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le fait de rendre public des documents secrets sans aucun traitement intellectuel comme le fait <em>Wikileaks<\/em> ne change pas grand chose puisque ces informations viennent pour la plupart confirmer ce que l\u2019on savait d\u00e9j\u00e0. Surtout ce n\u2019est pas par ce qu\u2019on est inform\u00e9 que n\u00e9cessairement on agit. Il faut que cette information entre en r\u00e9sonance avec nos exp\u00e9riences sensibles et nos conditions d\u2019existence. Saturer le peuple d\u2019informations lui donne l\u2019impression d\u2019un mouvement permanent mais en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019anesth\u00e9sie et l\u2019immobilise. C\u00e9dric Biagini pointe \u00e9galement les ambigu\u00eft\u00e9s du mouvement <em>Anonymous<\/em> dont les militants, gav\u00e9s de produits de l\u2019industrie culturelle, pr\u00e9tendent lutter contre ces entreprises qui les nourrissent et qui pour des raisons juridiques essaient de limiter les potentialit\u00e9s techniques de copies permises par la technologie. L\u2019anticapitalisme de fa\u00e7ade des <em>Anonymous<\/em> n\u2019est pas coh\u00e9rent : la financiarisation accrue du monde est en grande partie le fait des nouvelles technologies. Les d\u00e9cisions sur les march\u00e9s qui gouvernent nos vies sont partiellement g\u00e9r\u00e9es par des machines. La d\u00e9mocratie participative qu\u2019on nous vend avec internet est celle de l\u2019id\u00e9al libertarien. Elle ne remet pas en cause l\u2019ordre social et \u00e9conomique \u00e9tabli. Au contraire, elle le sophistique. Jimmy Wales cofondateur de <em>Wikipedia<\/em> se revendique d\u2019Ayn Rand, papesse du libertarianisme. \u00ab <em>L\u2019utopie aurait-elle chang\u00e9 de camp ?<\/em> \u00bb s\u2019interroge l\u2019auteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La gratuit\u00e9, un des mythes fondateur d\u2019internet est toute relative : abonnements et \u00e9quipements ont, sur un plan individuel, un co\u00fbt. De plus, cette gratuit\u00e9 est autoris\u00e9e par la publicit\u00e9 qui est le moteur du web au point que l\u2019on assiste \u00e0 une fusion entre marketing et culture. L\u2019internaute participe volontairement ou non \u00e0 la promotion et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de tel ou tel produit. La publicit\u00e9 conduit \u00e0 une infantilisation croissante des individus. Alors que l\u2019innovation est sans cesse c\u00e9l\u00e9br\u00e9e, l\u2019exc\u00e8s documentaire contribue \u00e0 paralyser la cr\u00e9ation et l\u2019imagination. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 un oc\u00e9an d\u2019informations sans limite g\u00e9n\u00e8re une insatiabilit\u00e9, une frustration : nous ne pouvons plus nous contenter de peu, il nous en faut toujours plus sans pouvoir appr\u00e9cier. L\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 des nouvelles technologies est aussi une grande illusion : des biens mat\u00e9riels sont produits \u2013 dans des conditions de travail honteuses faut-il ajouter \u2013 dont les nuisances en termes \u00e9nerg\u00e9tiques, d\u2019extraction de minerais et de recyclage des d\u00e9chets sont bien r\u00e9els. Sans compter l\u2019obsolescence programm\u00e9e de ces gadgets qui pousse \u00e0 la surconsommation et au gaspillage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En derni\u00e8re analyse, c\u2019est le corps lui m\u00eame qui se trouve transform\u00e9. <em>L\u2019obsolescence de l\u2019homme<\/em> de Gunther Anders n\u2019est pas loin lorsque les \u00eatres humains, affubl\u00e9s de leurs proth\u00e8ses num\u00e9riques, ressemblent de plus en plus \u00e0 des cyborgs. Nous faisons de moins en moins confiance \u00e0 nos sens et aux modes de sociabilit\u00e9s traditionnels. La combinaison des nanotechnologies, des biotechnologies, de l\u2019informatique et des sciences cognitives am\u00e8ne l\u2019esp\u00e8ce humaine \u00e0 vouloir ressembler de plus en plus \u00e0 ce qu\u2019elle produit. La cybern\u00e9tique, id\u00e9ologie du Bien, visant \u00e0 faire dispara\u00eetre tout risque de totalitarisme par la communication et l\u2019effacement du secret est en train de triompher. De l\u00e0, soit nous restons simplement (trop) humains avec nos faiblesses et nos limites mais aussi avec nos capacit\u00e9s de r\u00e9sister, de r\u00e9fl\u00e9chir, d\u2019agir et de socialiser, soit nous consentons \u00e0 devenir des machines\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Sur la forme de ce livre, il est assez surprenant de trouver en en t\u00eate de chaque chapitre une suite de mots-cl\u00e9s faisant penser assez ironiquement aux <em>tags<\/em> que l\u2019on trouve sur les blogs. Sur le fond, rallier la pens\u00e9e situationniste derri\u00e8re la banni\u00e8re de l\u2019anti-progressisme, via les \u00e9ditions de <em>l\u2019Encyclop\u00e9die des Nuisances<\/em> \u2013 qui ne pr\u00e9sentent qu\u2019une interpr\u00e9tation parmi d\u2019autres des situationnistes \u2013 est peut-\u00eatre discutable. Surtout, si on comprend fort ais\u00e9ment que l\u2019auteur n\u2019assume pas le qualificatif de r\u00e9actionnaire ou de technophobe, il est plus difficile de saisir sa r\u00e9futation du conservatisme. Sa critique du progr\u00e8s implique peut-\u00eatre d\u2019assumer que l\u2019on veut conserver anthropologiquement un certain nombre de choses contre ce que le Capital d\u00e9truit. Cela n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la port\u00e9e r\u00e9volutionnaire et radicale de son analyse, bien au contraire. La conclusion est habile. Le pi\u00e8ge est en effet de s\u2019enfermer dans une r\u00e9futation obscurantiste de toute technique. Si celle-ci est le produit des rapports sociaux, c\u2019est d\u2019abord ceux-ci qu\u2019il faut changer radicalement. Mais dans cette perspective, pourrait-on encore utiliser l\u2019informatique en r\u00e9seau, en tant que simple outil avec le savoir-faire qu\u2019elle requiert et toute la distanciation critique n\u00e9cessaire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>En attendant une hypoth\u00e9tique publication papier dans le Monde Libertaire ou ailleurs, cet article est publi\u00e9\u2026 en num\u00e9rique.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Groupe Orwell de Martigues (F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste), 16 janvier 2013<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019asservissement technologique \u2013 Une recension de L\u2019Emprise num\u00e9rique Les attaques \u00e0 charge contre le num\u00e9rique ne sont pas si courantes a fortiori quand elles se permettent peu de demi-mesures quant aux solutions \u00e0 apporter. 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Cet &hellip; <a href=\"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=7787\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L\u2019asservissement technologique \u2013 Une recension de L\u2019Emprise num\u00e9rique<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2691,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,17,7],"tags":[],"class_list":["post-7787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-decroissance-libertaire","category-education-populaire","category-propagande-marchande"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2691"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7787"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7787\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7789,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7787\/revisions\/7789"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}