{"id":9593,"date":"2013-08-09T11:02:49","date_gmt":"2013-08-09T09:02:49","guid":{"rendered":"http:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=9593"},"modified":"2013-08-09T11:02:49","modified_gmt":"2013-08-09T09:02:49","slug":"pas-demain-aujourdhui-les-exigences-dun-albert-libertad","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fa86.noblogs.org\/?p=9593","title":{"rendered":"Pas demain, aujourd\u2019hui ! &#8211; Les exigences d\u2019un Albert Libertad"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><a href=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/?Pas-demain-aujourd-hui-Les\" target=\"_blank\"><strong>Pas demain, aujourd\u2019hui\u00a0! &#8211; Les exigences d\u2019un Albert Libertad<\/strong><\/a><\/p>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"\" src=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/local\/cache-vignettes\/L168xH250\/arton2881-81dc4.jpg\" width=\"168\" height=\"250\" \/>Pourquoi l\u2019anarchiste Albert Libertad a-t-il toujours \u00e9t\u00e9 tra\u00een\u00e9 dans la boue, de son vivant comme par la suite\u00a0; pourquoi a-t-il attir\u00e9 autant de haine et de m\u00e9pris, y compris de la part de libertaires et d\u2019autres r\u00e9volutionnaires\u00a0? Pourquoi tant d\u2019historiens du mouvement anarchiste ont-ils tent\u00e9 de le virer de leurs r\u00e9cits, de le r\u00e9duire \u00e0 un agitateur pittoresque, voire \u00e0 un provocateur, ne comprenant pas trop de quoi il parlait\u00a0? Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions sont \u00e0 la port\u00e9e de quiconque veut prendre la peine de se plonger un peu dans sa vie, ses activit\u00e9s et ses \u00e9crits.<\/p>\n<p>Libertad \u00e9tait de ces anarchistes qui n\u2019\u00e9conomisaient pas leurs fl\u00e8ches. Il ne visait pas seulement les ma\u00eetres, mais pointait aussi la r\u00e9signation des esclaves, la soumission du prol\u00e9tariat, et les faux critiques qui pr\u00eachent la R\u00e9volution de demain en \u00e9change de l\u2019attente et de l\u2019acceptation de la mis\u00e8re d\u2019aujourd\u2019hui. Il \u00e9tait un caillou dans les chaussures des juges et des riches, contre lesquels il fulminait sans merci, mais aussi des foules qui ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 toujours suivre. Tirer sur les bergers ne l\u2019emp\u00eachait pas de jeter \u00e0 la face du troupeau la responsabilit\u00e9 de l\u2019existence moutonni\u00e8re.<\/p>\n<p>Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que ce miteux vagabond de Libertad, arriv\u00e9 \u00e0 Paris sur ses b\u00e9quilles, se fasse vite une r\u00e9putation de chamailleur et de bagarreur, dont les mots \u00e9taient aussi craints que les cannes. Il saisissait chaque occasion pour affirmer ce qu\u2019il avait \u00e0 dire\u00a0: au milieu d\u2019une messe \u00e0 la cath\u00e9drale, lors d\u2019une r\u00e9union des socialistes, chez le boulanger, face \u00e0 son propri\u00e9taire, dans la rue.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify\">\n<p>Mais ne nous pr\u00e9cipitons pas \u00e0 travers sa vie, et prenons plut\u00f4t le temps d\u2019une rencontre avec notre Libertad, par-del\u00e0 les fronti\u00e8res du temps et de l\u2019espace. Ne f\u00fbt-ce que parce qu\u2019il est des fils parcourant l\u2019histoire qui nous donnent le sentiment de nous y reconna\u00eetre, qui renouent avec le pass\u00e9, avec lesquels on peut dialoguer et, comme c\u2019est sans aucun doute le cas avec Libertad, qui peuvent encore donner un beau coup de pied dans ce qui s\u2019est encro\u00fbt\u00e9 ou p\u00e9trifi\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p><i>\u00ab\u00a0Je ne veux pas \u00e9changer une partie d\u2019aujourd\u2019hui pour une partie fictive de demain, je ne veux rien l\u00e2cher du pr\u00e9sent pour le vent du futur.\u00a0\u00bb<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>La r\u00e9signation va presque toujours de pair avec une sorte de promesse d\u2019avenir. Demain \u00e7a ira mieux, demain quelque chose changera, demain sera diff\u00e9rent. Entre temps, la machine continue de tourner, d\u00e9vore la vie, et demain reste toujours demain. Chaque compromis au quotidien, chaque petite concession, chaque suicide partiel broie, comme le d\u00e9crit Libertad, une partie de notre confiance en nous, de notre individualit\u00e9, de notre volont\u00e9 de vivre en coh\u00e9rence avec nos id\u00e9es. Libertad r\u00e9duit en miettes tous ceux qui s\u2019emploient \u00e0 inventer des raisons pour justifier le sursis de la vie\u00a0; et il s\u2019acharne plus durement encore contre ceux qui enrobent leur retraite de phrases r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi qu\u2019il lance \u00e0 la vie, son exigence, c\u2019est celle de <i>l\u2019imm\u00e9diat<\/i>, du tout ici et maintenant. Et pas juste \u00e0 propos de quelques aspects de la vie, mais bien de chaque exp\u00e9rience, de chaque sentiment, de toute joie et plaisir. Il ne s\u2019agit pas de subsister en attendant le r\u00e8gne de l\u2019abondance, mais de <i>manger<\/i>, ici et maintenant, manger ce qu\u2019il y a de meilleur. Il ne s\u2019agit pas de s\u2019entasser dans un taudis, mais d\u2019<i>habiter<\/i> dans une maison, et dans la plus belle qui soit. Il ne s\u2019agit pas de refr\u00e9ner ses d\u00e9sirs sexuels et de les limiter au mariage ou \u00e0 un seul partenaire pour toujours, mais d\u2019engager, quitte \u00e0 ce qu\u2019elles se rompent, des relations amoureuses de r\u00e9ciprocit\u00e9, non pas pour assouvir quelque besoin naturel, mais pour <i>jouir<\/i> abondamment de tout baiser, de toute caresse, de toute c\u00e2linerie.<\/p>\n<p><i>Irr\u00e9aliste\u00a0! Utopique\u00a0! R\u00eaverie\u00a0!<\/i> crie le troupeau en ch\u0153ur. Certes. Exag\u00e9r\u00e9s, excessifs, exigeants, passionnels, voil\u00e0 les d\u00e9sirs de Libertad. De l\u00e0 part sa r\u00e9volte. Il ne se satisfait d\u2019aucun placebo \u2013 quand la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui repose sur leur distribution \u2013, et se confronte ainsi directement aux murs des institutions, aux cha\u00eenes de l\u2019exploitation, \u00e0 la r\u00e9signation de ses semblables, aux habitudes et aux traditions. L\u2019exigence de l\u2019imm\u00e9diat fait de chaque aspect de la vie un champ de bataille o\u00f9 il faut en d\u00e9coudre\u00a0; o\u00f9 seule la r\u00e9volte permet d\u2019ouvrir une br\u00e8che. Et qu\u2019apporte une telle r\u00e9volte, demanderont de mani\u00e8re accusatoire les r\u00e9alistes\u00a0? <i>\u00ab\u00a0La joie du r\u00e9sultat est d\u00e9j\u00e0 dans la joie de l\u2019effort. Celui qui fait les premiers pas dans un sens qu\u2019il a toute raison de croire bon, arrive d\u00e9j\u00e0 au but, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a la r\u00e9compense imm\u00e9diate de ce labeur.\u00a0\u00bb<\/i> Le but de la r\u00e9volte n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 des moyens qu\u2019elle se donne, ils sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors, quoi de surprenant \u00e0 ce que la r\u00e9volte de Libertad se serve de toutes les armes et jette par-dessus bord tout l\u00e9galisme\u00a0? Quoi d\u2019\u00e9tonnant si ceux qui veulent manger ici et maintenant \u00e0 leur go\u00fbt, l\u2019arrachent au commer\u00e7ant qui en a fait une marchandise\u00a0? De m\u00eame, la diffusion du journal <i>l\u2019anarchie<\/i>, dont Libertad \u00e9tait une des forces motrices, allait de pair avec la diffusion de diff\u00e9rents ill\u00e9galismes (du vol \u00e0 l\u2019escroquerie en passant par le faux-monnayage) chez les anarchistes\u00a0; tandis que s\u2019op\u00e9rait d\u2019autre part un rapprochement entre la <i>canaille<\/i> dont grouillait Paris et des cercles anarchistes. Apr\u00e8s la mort de Libertad, ce sont de cercles autour de <i>l\u2019anarchie<\/i> que surgiront \u00ab\u00a0les ill\u00e9galistes\u00a0\u00bb, qui se consacreront \u00e0 aller piller, les armes \u00e0 la main, les coffres-forts des banques.<\/p>\n<blockquote><p><i>\u00ab\u00a0Qu\u2019importent les gestes mauvais, les gestes inutiles, les gestes empoisonneurs\u00a0? Il faut vivre. Or travailler, c\u2019est empoisonner, piller, voler, mentir aux autres hommes. Travailler, c\u2019est m\u00e9langer de la fuscine aux boissons, fabriquer des canons, abattre et d\u00e9biter en tranches de la viande empoisonn\u00e9e. Travailler, c\u2019est cela pour la viande veule qui nous entoure, cette viande qu\u2019il faudrait abattre et pousser \u00e0 l\u2019\u00e9gout.\u00a0\u00bb<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>Combien de r\u00e9volutionnaires n\u2019ont-ils pas oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019exploitation une exaltation du travail, dessinant un avenir qui ressemblait plut\u00f4t \u00e0 un grand camp de travail volontaire\u00a0? Pas surprenant alors que le mouvement ouvrier -socialistes et syndicalistes inclus- en soit g\u00e9n\u00e9ralement rest\u00e9 \u00e0 une remise en cause partielle de l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 une critique de ses formes (les conditions de travail, le rapport entre travail et capital) plut\u00f4t que de son essence m\u00eame. La critique du capitalisme doit s\u2019accompagner de celle du travail, si elle veut toucher les fondations de cette soci\u00e9t\u00e9. Libertad ne fustige pas uniquement la propri\u00e9t\u00e9, mais aussi le travail en tant qu\u2019activit\u00e9 nocive, non seulement pour soi, sa sant\u00e9 et son esprit, mais aussi pour les autres et l\u2019environnement. Or de nos jours, sans doute encore plus qu\u2019hier, l\u2019\u00e9conomie produit surtout des objets inutiles et toxiques (des appareils canc\u00e9rig\u00e8nes \u00e0 la nourriture industrielle,&#8230;).<\/p>\n<p>Evidemment, le refus du travail ne signifie pas le refus de toute activit\u00e9, comme ont essay\u00e9 de nous le faire croire les marxistes et leurs cousins pendant plus de 150 ans. Ce refus signifie par contre le choix de l\u2019activit\u00e9 qui a du sens, de l\u2019activit\u00e9 qui satisfait, aussi bien nos besoins mat\u00e9riels que nos passions et d\u00e9sirs les plus fous. Voil\u00e0 pourquoi Libertad parle tellement de joie et de plaisir. Face aux fun\u00e8bres sir\u00e8nes de l\u2019usine, il joue la m\u00e9lodie de la vie.<\/p>\n<blockquote><p><i>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas avec la quantit\u00e9 de la foule qu\u2019on fait un mouvement, c\u2019est avec sa qualit\u00e9. Et si c\u2019est presque impossible d\u2019avoir cette qualit\u00e9 de la foule, disons que ce sera avec la qualit\u00e9 de ceux qui jetteront les foules sur les voies de la r\u00e9volte.\u00a0\u00bb<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>Libertad ne s\u2019est jamais efforc\u00e9 de s\u00e9duire ou de charmer les masses. Au contraire, il maniait le fouet pour fustiger leur r\u00e9signation, leur collaboration avec la domination. On ne trouvera chez Libertad pas un mot en faveur de ce qui est ou veut faire \u00ab\u00a0masse\u00a0\u00bb\u00a0: du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb, des partis aux syndicats. Il fulmine contre les foules qui vont \u00e0 la caserne pour accomplir le service militaire, qui se tra\u00eenent vers les usines pour aller se crever au travail, qui sont pr\u00eates \u00e0 lyncher quiconque offense leur morale (\u00e0 base de monogamie, d\u2019honneur, de patrie et de religion). Mais il ne voulait rien avoir \u00e0 faire non plus avec les tours d\u2019ivoire, ce m\u00e9pris bourgeois pour la pl\u00e8be qui n\u2019est pas aliment\u00e9 par l\u2019orgueil individuel, mais par le d\u00e9go\u00fbt. Il savait saisir chaque occasion pour discuter et aussi \u00e9liminer les obstacles qui pars\u00e8ment le chemin vers le libre d\u00e9veloppement de l\u2019individualit\u00e9. Quant \u00e0 ceux qui n\u2019en voulaient rien savoir, ils ont t\u00e2t\u00e9 de ses b\u00e9quilles.<\/p>\n<p>Le parcours de sa vie est travers\u00e9 par le fil du quantitatif et du qualitatif. Loin de pousser des cris d\u2019all\u00e9gresse quand des milliers de gens descendent dans la rue, il dirige imm\u00e9diatement son regard vers le <i>contenu<\/i> de cette protestation, vers les <i>moyens<\/i> dont elle ose se doter, au-del\u00e0 de la l\u00e9galit\u00e9, vers les obstacles qu\u2019une r\u00e9volte arrive \u00e0 d\u00e9truire d\u2019embl\u00e9e. A plusieurs reprises, il sugg\u00e9rera qu\u2019une \u0153uvre de chirurgien est indispensable, affirmant en m\u00eame temps la force \u00ab\u00a0purificatrice\u00a0\u00bb du feu anonyme qui consume les usines et les institutions. Selon Libertad, il ne faut pas chercher la qualit\u00e9 chez la masse amorphe, elle suivra toujours les bergers de service. La diffusion d\u2019id\u00e9es anarchistes ne sert pas \u00e0 entra\u00eener les gens dans un \u00e9ternel combat pour quelque Paradis, mais doit les encourager \u00e0 vivre ici et maintenant en hommes libres, d\u00e9barrass\u00e9s de tout pr\u00e9jug\u00e9 moral et religieux. Libertad tenait beaucoup \u00e0 cette diffusion, \u00e0 cette propagande comme on l\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il avait presque toujours des brochures et des journaux anarchistes dans sa poche\u00a0; il organisa inlassablement avec d\u2019autres compagnons les fameuses <i>Causeries Populaires<\/i>, des soir\u00e9es o\u00f9 \u00e9taient discut\u00e9s tous les th\u00e8mes imaginables. Ces causeries avaient lieu toutes les semaine en divers endroits, dans les faubourgs de Paris comme dans d\u2019autres villes, et connaissaient un grand succ\u00e8s. Elles attiraient tant de personnes et \u00e9taient si passionn\u00e9es qu\u2019elles se terminaient souvent en bagarre \u2013 contre les flics\u2026 ou entre soi.<\/p>\n<blockquote><p><i>\u00ab\u00a0Pour entretenir le culte des morts, la somme d\u2019efforts, la somme de mati\u00e8re que d\u00e9pense l\u2019humanit\u00e9 est inconcevable. Si l\u2019on employait toutes ces forces \u00e0 recevoir les enfants, on en pr\u00e9serverait de la maladie et de la mort des milliers et des milliers. Si cet imb\u00e9cile respect des morts disparaissait pour faire place au respect des vivants, on augmenterait la vie humaine de bonheur et de sant\u00e9 dans des proportions inimaginables.\u00a0\u00bb<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>Libertad n\u2019\u00e9tait pas le premier \u00e0 le dire, ni le dernier\u00a0: cette soci\u00e9t\u00e9 aime la mort et refoule la vie. Partout, ses habitudes et ses coutumes, son travail et ses structures, sa morale et ses valeurs s\u00e8ment la mort, empoisonnent et \u00e9crasent. Et quand la mort n\u2019est pas au rendez-vous, la vie elle-m\u00eame est d\u00e9nu\u00e9e de sa pl\u00e9nitude, de sa multiplicit\u00e9 infinie d\u2019exp\u00e9riences et de sentiments, pour se voir r\u00e9duite \u00e0 une esp\u00e8ce d\u2019ersatz qui suffit pour tenir le coup, qui nous fait <i>survivre<\/i>. Et tandis qu\u2019on rend hommage aux morts, tout en m\u00e9prisant les vivants, on se suicide \u00e0 petit feu, et jour apr\u00e8s jour nous d\u00e9truisons une partie de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Le <i>mis\u00e9rabilisme<\/i> r\u00e9gnant dans les cercles r\u00e9volutionnaires est une vraie plaie. Non seulement l\u2019attitude qui consiste \u00e0 attendre tel ou tel moment conduit souvent \u00e0 l\u2019abandon et \u00e0 la d\u00e9pression, mais elle nous bouffe aussi peu \u00e0 peu la vie. En attendant des temps meilleurs, on se contente de nourriture insipide, de logements insalubres, on se perd en petits compromis avec des propri\u00e9taires, des fonctionnaires, des patrons. Et au fur et \u00e0 mesure, ces petits compromis en deviennent des grands, une esp\u00e8ce d\u2019attitude face \u00e0 la vie. On s\u2019efforce de se convaincre que les \u00ab\u00a0ann\u00e9es folles de notre jeunesse\u00a0\u00bb \u00e9taient une r\u00e9bellion sans contenu\u00a0; on s\u2019adapte\u00a0; la pression du milieu est trop grande et la r\u00e9volte para\u00eet trop exigeante. Les d\u00e9sirs indomptables, la joie de la r\u00e9volte laisse la place \u00e0 la logique de gains et de pertes, de r\u00e9sultats et de rapports de force r\u00e9alistes, de calculs. Les id\u00e9es se transforment en politique\u00a0; les d\u00e9sirs deviennent des analyses et, pas \u00e0 pas, on oublie que <i>la joie est dans l\u2019agir m\u00eame<\/i>, dans le fait m\u00eame de parcourir notre propre chemin. Que la subversion commence dans nos propres vies, en ce moment m\u00eame \u2013 et qu\u2019aucun mirage, pas plus qu\u2019un quelconque r\u00e9alisme, ne nous fera renoncer \u00e0 la joie que nous procure notre \u0153uvre destructive.<\/p>\n<p>Libertad aspire sans tr\u00eave \u00e0 la vie pleine, il refuse toute s\u00e9paration entre ses diff\u00e9rents aspects. Sa r\u00e9volte est indivisible, ne supporte pas d\u2019ajournement et s\u2019exprime \u00e0 tous les moments \u2013 opportuns ou pas, souhait\u00e9s ou pas, petits ou grands. Pour lui, pas de foss\u00e9 entre les grandes batailles et les petits combats, il entrem\u00eale tout \u00e0 tort et \u00e0 travers, parce que partout c\u2019est son individualit\u00e9, c\u2019est <i>lui<\/i> qui est en jeu et se met en jeu.<\/p>\n<p>[Traduit du n\u00e9erlandais. Paru comme introduction dans Albert Libertad, <i>Niet morgen, vandaag\u00a0!<\/i>, Tumult Editions, Bruxelles, avril 2011.]<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.non-fides.fr\/?_Albert-Libertad_\">Des textes de Libertad<\/a>.<\/p>\n<p><em>Vu sur Non Fides, 8 ao\u00fbt 2013<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas demain, aujourd\u2019hui\u00a0! &#8211; Les exigences d\u2019un Albert Libertad Pourquoi l\u2019anarchiste Albert Libertad a-t-il toujours \u00e9t\u00e9 tra\u00een\u00e9 dans la boue, de son vivant comme par la suite\u00a0; pourquoi a-t-il attir\u00e9 autant de haine et de m\u00e9pris, y compris de la part de libertaires et d\u2019autres r\u00e9volutionnaires\u00a0? 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