Archives mensuelles : mai 2012

Elections, tonte à moutons

Voter, ce n’est pas seulement donner à un-e professionnel-le du discours politicien et à son parti la « légitimité » de contraindre, sans même avoir à respecter les promesses bidons de leur programme, toutes les populations d’un territoire.

C’est aussi obliger toutes les personnes n’ayant pas donné leur accord pour se faire gouverner par cet-te élu-e (à savoir les gens ayant voté autre chose, mais aussi les abstentionnistes et non-inscrit-e-s), à nourrir cet-te élu-e et son parti. La « liberté d’expression » des partis se présentant aux élections… est financée par l’ensemble des contribuables.

La Nouvelle République rappelle aujourd’hui cet enjeu essentiel des élections législatives : le pognon.

« Des voix qui rapportent gros. Tous les cinq ans c’est la même chose. On s’esbaudit devant le nombre toujours élevé de candidats aux législatives. Il y a pourtant une explication très simple à cet embouteillage. Le financement public des mouvements politiques est basé sur le nombre de voix récoltées au premier tour de cette élection, et au nombre d’élus. Au premier tour, chaque voix rapporte environ 1,70 € au parti qui présente le candidat (à condition de faire plus de 1 % des suffrages dans au moins 50 circonscriptions). On comprend mieux pourquoi tous les partis ont intérêt à présenter un maximum de candidats. On comprend mieux pourquoi, aussi, certains ne font parler d’eux qu’à la veille des élections législatives. Un exemple au hasard : connaissez-vous le Trèfle Nehna (Nouveaux écologistes, hommes, nature et animaux) ? Voilà un mouvement qui a présenté des candidats en 2007 (deux dans la Vienne) et qui, sur cette base, a reçu chaque année un peu plus de 150.000€ (163.339,38 en 2011) dans le cadre du financement de la vie politique. »

Bref, c’est à tout le monde qu’il revient de financer les politicard-e-s,  pour voir s’étaler leurs prétentions grotesques à « représenter » les populations, dans l’espace public et médiatique.

Cette disposition de 2003 (à laquelle il faudrait ajouter que le versement a lieu chaque année, pendant cinq ans) est complétée par une somme de plusieurs dizaines de millions d’euros (40 millions en 2007), répartie proportionnellement entre les député-e-s se déclarant au parti concerné.

Une fois élu-e-s, ces député-e-s vivent grassement aux crochets des populations : 7 100,15 € bruts par mois, dont une indemnité de fonction non imposable (1 420,03 €), soit la bagatelle de 5 189,27 € nets par mois.

A cette somme rondelette s’ajoute une « indemnité représentative de frais de mandat », avec 6 412 € bruts par mois, pour les diverses dépenses « liées au mandat » : bagnole, loyer, frais de réception, d’habillement… il convient en effet, lorsqu’on vit de l’esbroufe consistant à prétendre « incarner la nation toute entière », de ne pas vivre comme de vulgaires prolétaires.

C’est aussi compter sans les avantages : pas moins de 9 138 € bruts par mois pour la rémunération des collaborateurs. Accès gratuit à l’ensemble du réseau SNCF (en première classe), déplacements gratuits à Paris en voiture de l’assemblée ou en taxi (toujours dans le cadre des missions du parlementaire, bien évidemment et nul-le n’en doute), carte de métro gratuite,  remboursement des forfaits de cinq lignes téléphoniques et d’un abonnement internet…

Le président de l’Assemblée nationale perçoit quant à lui une indemnité propre de plus de 14 000 €, et bénéficie d’un luxueux logement de fonction : l’Hôtel de Lassay, avec des domestiques.

On pourrait aussi évoquer le fait qu’un mandat (de cinq ans donc) donne à un parlementaire le droit à une retraite de près de 1200 euros. Soit quasiment la pension médiane de la retraite perçue par les gens ayant bossé 40 ans. Et ce, sans décote.

Un-e député-e peut par ailleurs cumuler son indemnité parlementaire avec celles d’autres mandats électifs, dans la limite d’une fois et demie le montant brut de l’indemnité parlementaire de base, soit 2 757,34 € au titre de ses mandats locaux.

Ajoutons à cela les affaires politico-financières qui continuent de faire florès au sein de la « vie politique », à travers les réseaux d’élu-e-s : emplois fictifs, surfacturations lors de contrats publics, rétrocommissions diverses, dons aussi généreux qu’intéressés de riches ami-e-s…

Le plus sidérant dans tout ce système « démocratique », dont le rôle essentiel et historique est de donner un semblant de légitimité au capitalisme et de garantir sa défense armée, judiciaire et médiatique,

                                          …c’est qu’il y ait encore des gens qui votent.

Jeanine, Pavillon Noir (FA 86), 22 mai 2012

Contre les idées fausses sur les pauvres

Les idées fausses, ça suffit ! [atd-quart-monde]

Nous vous invitons à déconstruire des préjugés et des stéréotypes répandus sur la pauvreté et les pauvres, afin que ceux-ci cessent d’être les boucs émissaires des maux de nos sociétés et qu’ils deviennent au contraire des partenaires à part entière dans la construction d’un monde plus juste.

Voici quelques-unes de ces idées reçues. Diffusez-les autour de vous, réagissez, participez au débat.

En quatre pages

En une page

Indymedia Lille, 20 mai 2012

Livres de l’Altiplano en libre téléchargement !

Bonne nouvelle, il est désormais possible de télécharger les bouquins des éditions de l’Altiplano sous format pdf gratuitement via ce site : http://www.laltiplano.fr/

On conseille notamment « Mort à la démocratie » de Léon de Mattis, un ouvrage abordable, agréable et clair. Relatant d’abord l’expérience et les désillusions de jeunesse de l’auteur dans une section d’un parti aujourd’hui au pouvoir, puis exposant ses arguments contre les élections, suivis d’arguments contre l’Etat.

Bonnes lectures !

[La Rochelle] Suicide d’un chômeur suite à un recommandé de Pôle Emploi

[Mort aux pauvres !] In memoriam Marcel Dumas

Posted on 19 mai 2012 by juralib

La Rochelle : « On l’a poussé au suicide »

Accusé de fraude, Marcel Dumas, un chômeur de 56 ans, s’était donné la mort. Sa sœur dénonce.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337439632.jpgDepuis le début des années 1990, Marcel Dumas vivait d’emplois aidés et de petits boulots.

C’était le 30 décembre 2010. Marcel Dumas avait punaisé un petit mot sur la porte de sa maison de Saint-Xandre, en Charente-Maritime : « Je suis mort », puis il était allé se pendre.

Un passant intrigué avait alerté les secours. Les gendarmes ont découvert le corps un peu plus tard, trop tard.

De l’avis de ses proches, Marcel n’était pas dépressif, encore moins suicidaire. Il était juste au bout du rouleau. À 56 ans, chômeur, avec 600 euros par mois pour survivre, il venait de recevoir un recommandé du Pôle emploi lui enjoignant de rembourser un trop-perçu de 8944,76 €. Aucun justificatif n’accompagnait ce courrier type à la sécheresse tout administrative. Pas de décompte des sommes dues non plus, mais un échéancier à respecter : 1789 euros par mois pendant cinq mois. « D’être considéré comme un fraudeur, il ne l’a pas supporté », résume Marie-Lise Deschamps.

Vingt ans de chômage

Marie-Lise, c’est la grande sœur de Marcel. Elle dit n’avoir découvert la détresse de son frère qu’après sa mort, en épluchant ses maigres papiers. « Il ne parlait jamais de ses problèmes. J’ai appris plus tard qu’il était obnubilé par cette affaire. Sa hantise, c’était qu’on lui prenne sa maison, qu’il se retrouve à la rue. Pour moi, il est clair qu’on l’a poussé au suicide. »

Marie-Lise décrit son cadet comme un vieux garçon « renfermé » mais « qui n’aurait jamais fait de mal à personne ». Quelqu’un de « démuni », « sans défense », avec son certificat d’études pour seul bagage. Électricien de marine, il avait été mis au chômage par la fermeture du chantier Gib Sea de Marans, au début des années 1990. « Il n’avait pas retrouvé de vrai travail depuis. Il vivait d’emplois aidés, de petits boulots à droite à gauche. »

En 2007, Marcel Dumas est recruté par la Maison des chômeurs de La Rochelle. 26 heures par mois payées 200 euros. Qu’il porte consciencieusement sur sa déclaration de revenus. Son « conseiller référent » de l’ANPE est au courant, comme en témoignent les fiches de liaison de 2008 que Marie-Lise a retrouvées.

Pourtant, à l’automne 2010, le Pôle emploi l’accuse de ne pas avoir déclaré cette activité. Le radie provisoirement, suspend ses droits et lui notifie le trop-perçu. Puis, s’agissant de l’ASS, une allocation d’État, le dossier est transmis à la préfecture. La machine est en marche.

Le 28 décembre 2010, le Pôle emploi convoque Marcel Dumas à un entretien pour le 5 janvier. Puis lui signifie sa radiation le 10 pour cause d’absence au rendez-vous. Il était mort depuis onze jours.

Pas de faute

Une bavure dans la chasse aux petits fraudeurs ? Marie-Lise Deschamps en est convaincue. Elle en veut à ce conseiller référent qui savait et n’a rien dit, qui n’a pas voulu voir la bonne foi de Marcel et sa détresse. « Curieusement, il a été remplacé juste après la mort de mon frère. »

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337441395.jpgDominique Morin, directeur régional de Pôle emploi (à droite)

Si elle s’est décidée à parler, c’est « pour que cela ne se reproduise pas ». C’est aussi pour combattre ce sentiment d’impuissance qui la hante depuis un an. Le procureur de la République de La Rochelle a classé sa plainte sans suite pour « absence d’infraction ». La Direction du travail et de l’emploi a reconnu, tardivement, qu’il n’y avait pas eu fraude, les bénéficiaires de l’ASS pouvant sous conditions cumuler salaire et allocation. Mais personne, sinon lui-même, ne peut être tenu pour responsable de la mort de son frère.

Au Pôle emploi, le directeur régional de Poitou-Charentes, Dominique Morin, rejette tout lien de cause à effet entre la procédure engagée contre le chômeur et son suicide. Il exclut de la même façon tout dysfonctionnement de ses services : « Le fait déclencheur, c’est la non-déclaration des salaires. Marcel Dumas l’avait reconnu. Il nous avait contactés pour demander un échelonnement. Nous ne faisons qu’appliquer par délégation de l’État la réglementation que la loi nous impose. »

Pas de faute, pas de dysfonctionnement, les procédures ont été respectées. Mais si elles aboutissent à ce résultat, c’est qu’il faut peut-être les changer.

Presse (Pierre-Marie Lemaire, SudOuest.fr, 12 mai 2012)