Archives de catégorie : Ni patrie ni frontière

[Irak] Aurevoir les bouchers

L’armée américaine a quitté l’Irak neuf ans après l’avoir envahi

L’armée américaine a quitté dimanche à l’Aube l’Irak, près de neuf ans après l’avoir envahi et renversé le dictateur Saddam Hussein, laissant ce pays riche en pétrole plongé dans une grave crise politique.

Le dernier convoi composé de 110 véhicules transportant environ 500 soldats appartenant en grande majorité à la 3ème brigade de la 1ère division de cavalerie a traversé la frontière à 07H30 (04H30 GMT). Le dernier véhicule est passé huit minutes plus tard.

Il y a huit ans et neuf mois, les forces américaine l’avaient franchie dans l’autre sens lors de l' »Opération Iraqi Freedom » qui devait se révéler être la guerre la plus controversée depuis celle du Vietnam, un demi-siècle plus tôt.

L’armée américaine, qui a compté jusqu’à 170.000 hommes au plus fort de la lutte contre l’insurrection, a abandonné 505 bases. Il ne restera plus que 157 soldats américains chargés d’entraîner les forces irakiennes et un contingent de Marines pour protéger l’ambassade.

Le dernier convoi a quitté la base Imam Ali pour les Irakiens, et Camp Adder pour les Américains, près de Nassiriya vers 2H30 (samedi 23H30 GMT) en empruntant une route déserte de 350 km pour rejoindre le Koweït.

« Nous avons pris en main cette base », a déclaré fièrement à l’AFP, le général irakien Sattar Jabbar al-Ghizi, en charge de la protection du camp.

« Je me sens vraiment bien » lâche le sergent Duane Austin, 27 ans qui a effectué trois rotations en Irak. « Il est temps de rentrer à la maison où m’attendent une femme et deux enfants », confie-t-il. « C’est quand même agréable de savoir que c’est vraiment fini ». Certains soldats applaudissaient visiblement soulagés.

Des soldats se demandent comment les Irakiens réagiront en découvrant le départ des Américains.

Face au refus de l’Irak d’accorder l’immunité à des milliers de soldats américains chargés de poursuivre la formation, le président Obama avait décidé le 21 octobre, le retrait total des troupes.

Les Américains laissent un pays plongé dans une crise politique, avec la décision du bloc laïque Iraqiya de l’ancien Premier ministre Iyad Allaoui, de suspendre à partir de samedi sa participation aux travaux du Parlement.

Second groupe parlementaire avec 82 députés contre 159 à l’Alliance nationale, coalition des partis religieux chiites, il a dressé un réquisitoire contre « l’exercice solitaire du pouvoir » du Premier ministre Nouri al-Maliki.

« Cette manière d’agir pousse les gens à vouloir se débarrasser de la main de fer du pouvoir central d’autant que la Constitution les y autorise », faisant allusion aux récents votes en faveur de l’autonomie des provinces à majorité sunnite d’al-Anbar, Salaheddine et Diyala.

S’estimant lésés par le gouvernement à majorité chiite, les sunnites, jadis partisans d’un Etat centralisé, sont aujourd’hui portés par un mouvement centrifuge à vouloir gérer leurs régions de manière autonome, comme les Kurdes, ce qui comporte un risque d’éclatement du pays.

Si l’Irak exporte environ 2,2 millions de b/j, lui rapportant 7 milliards de dollars par mois, les services de base comme la distribution d’électricité et l’eau potable sont toujours défectueux.

Mais les Irakiens interrogés étaient satisfaits du départ. « Je suis fier comme chaque Irakien doit l’être », déclare Safa, un boulanger de 26 ans à Karrada, dans le centre de Bagdad.

« Les Américains ont renversé Saddam Hussein, mais notre vie depuis s’est dégradée », a-t-il ajouté.

Désormais, les 900.000 éléments des forces irakiennes auront la lourde tâche d’assumer seuls la sécurité alors que les insurgés, notamment Al-Qaïda, bien qu’affaiblis, peuvent encore faire couler le sang. Ils devront aussi empêcher la résurgence des milices et une réédition d’une guerre confessionnelle entre chiites et sunnites qui avait fait des dizaines de milliers de morts en 2006 et 2007.

Ainsi s’achève une invasion lancée sans l’aval de l’ONU pour trouver des armes de Destruction massives que Saddam Hussein aurait cachées. Il s’est avéré depuis que celles-ci n’existaient pas.

Cette occupation en 2003, qui deviendra à partir de 2005 une « présence étrangère requise par le gouvernement irakien », aura été fort onéreuse.

Le Pentagone a alloué près de 770 milliards de dollars en neuf ans alors que 4.474 soldats américains sont morts, dont 3.518 tués au combat. Plus de 32.000 militaires américains ont par ailleurs été blessés. Par ailleurs? depuis mars 2003, les pertes civiles s’étaleraient entre 104.035 et 113.680, selon l’organisation britannique IraqBodyCount.org.

AFP, 18 décembre 2011

[Poitiers] Des valises pour défendre le droit d’asile

Des valises pour défendre le droit d’asile

 

Hier après-midi dans le centre-ville de Poitiers, c’est en portant des valises que des militants ont dénoncé la politique du ministère de l’Intérieur.

Des valises porteuses de slogans dénonçant le sort réservé aux étrangers par la politique du ministère de l'Intérieur.

 

Des valises porteuses de slogans dénonçant le sort réservé aux étrangers par la politique du ministère de l’Intérieur. – (dr)

Des valises sur leurs épaules pour dénoncer la stigmatisation grandissante des étrangers vivant en France. C’était hier dans le centre-ville de Poitiers le pacifique mode d’action d’une soixantaine de manifestants ayant répondu à l’appel de la coordination Poitou-Charentes Solidarité Migrants (1). D’abord, sur la place Leclerc, puis sur le parvis de l’église Notre-Dame et enfin devant le palais de justice, les militants aux valises ne sont pas passés inaperçus.

 » Contre la politique du chiffre  »

Au rythme des djembés, ils ont défilé, se couchant régulièrement par terre. Jusqu’à ce que l’un d’entre-eux ne donne l’alerte en criant « police ! » : alerte évidemment fictive, précédant une dispersion des troupes dans une cohue bon-enfant… « Nous dénonçons la politique du chiffre qui caractérise l’action du gouvernement en matière d’immigration mais aussi les dernières déclarations terriblement inquiétantes du ministre de l’Intérieur, expliquait Yves Judde, l’un des porte-parole de la coordination régionale. Claude Guéant veut baisser de 10 % le nombre d’étrangers en situation régulière ! Cela signifie que l’on va retirer des titres de séjours ! » Au plan régional, les associations disent constater des contradictions entre les missions d’accueil et d’orientation de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, et les difficultés croissantes rencontrées par les migrants pour simplement faire valoir leurs droits.

(1) La coordination regroupe une douzaine d’organisations des quatre départements de la région, dont la Cimade 86, RESF Poitiers ou le collectif contre les expulsions.

Nouvelle République, Frédéric Delâge, 18 décembre 2011

ndPN : présence policière bien visible ; à côté de cette manifestation, a aussi été diffusé place d’armes un tract :

http://fa86.noblogs.org/?p=1774

[Le Caire] Malgré la répression brutale la lutte continue

Nouveaux heurts au Caire, le Premier ministre parle de « contre-révolution »

Des manifestants égyptiens, le 16 décembre 2011 devant le Parlement au Caire

Des manifestants égyptiens, le 16 décembre 2011 devant le Parlement au Caire
 

De violents affrontements ont repris samedi entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et forces de l’ordre au Caire au lendemain de heurts sanglants, le Premier ministre Kamal el-Ganzouri évoquant un risque de « contre-révolution ».

Le bilan des accrochages de vendredi qui s’étaient poursuivis jusque tard dans la nuit devant le siège du gouvernement dans le centre du Caire « est passé à huit morts et 299 blessés », a déclaré l’adjoint du ministre de la Santé, Adel Adaoui.

Ces violences sont les plus graves depuis celles qui avaient fait 42 morts, principalement au Caire, entre manifestants anti-armée et forces de l’ordre, fin novembre avant le début le 28 novembre des premières législatives depuis la chute de Hosni Moubarak en février, chassé par une contestation populaire.

Les forces de l’ordre ont repris le contrôle samedi tôt le matin des abords du siège du gouvernement. D’importants effectifs de soldats et de policiers ont barré les accès à ce secteur, en déployant notamment des barbelés, à quelques centaines de mètres de la place Tahrir, épicentre de la contestation.

Mais après quelques heures de calme, des heurts ont repris, avec des groupes de manifestants jetant des pierres et des cocktails Molotov, selon un journaliste de l’AFP sur place. Des hommes en civil leur jetaient des pierres et des bouteilles enflammées depuis des toits d’immeubles.

Des flammes s’échappaient également d’un bâtiment du ministère des Transports situé dans le secteur, ainsi que d’un autre bâtiment public.

Le Premier ministre a fait état de 18 blessés par balles, mais a assuré que « ni l’armée ni la police n’ont ouvert le feu » sur les manifestants.

« Ceux qui sont à Tahrir ne sont pas les jeunes de la révolution », a affirmé M. Ganzouri, en allusion à la révolte qui a débouché sur la chute du régime Moubarak.

« Ce n’est pas une révolution, mais une contre-révolution », a-t-il ajouté en mettant les violences sur le compte d' »éléments infiltrés » qui « ne veulent pas de bien à l’Egypte ».

Les affrontements avaient débuté vendredi matin entre les forces de l’ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l’armée de M. Ganzouri, qui fut déjà chef du gouvernement sous M. Moubarak.

Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire qui s’est mis en place au départ de M. Moubarak, et s’en prennent en particulier au chef de l’armée et chef de l’Etat de fait, le maréchal Hussein Tantaoui.

Le pouvoir militaire a rendu les manifestants responsables de la violence, dans un communiqué publié la veille, les accusant d’avoir lancé des cocktails Molotov et tiré à la chevrotine.

« Même si le sit-in était illégal, doit-il être dispersé d’une manière aussi sauvage et brutale, qui constitue une plus grande violation de la loi et de l’humanité? » s’est indigné Mohamed ElBaradei, candidat potentiel à la présidentielle, sur twitter.

Le parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), issu des Frères musulmans, en tête des élections législatives en cours, a condamné « l’agression contre les manifestants et la tentative de les disperser », appelant l’armée à assurer leur protection.

L’élection de la chambre des députés (Assemble du peuple) qui s’est ouverte le 28 novembre et doit encore se poursuivre jusqu’en janvier s’est traduite par une large domination des formations islamistes au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolution.

Une première phase du scrutin, dans un tiers du pays, avait donné 65% des voix aux partis islamistes dans leur ensemble, dont 36% pour les Frères musulmans et 24% pour les fondamentalistes salafistes.

Les indications préliminaires sur le vote dans un deuxième tiers de l’Egypte donnent également ces deux courants largement en tête.

AFP, 17 décembre 2011

Émeute d’ouvriers au Kazakhstan

Émeute d’ouvriers au Kazakhstan

Dans la ville kazakhe, Janaozen a lieu la révolte des ouvriers [travaillant dans le secteur pétrolier, NdT]. Il est rapporté que la cause de l’agitation est le licenciement de plus de 1000 travailleurs. Au milieu d’un rassemblement, la foule a été délibérément percutée par un véhicule de police. En réponse, la foule a renversé le véhicule de police, après quoi les manifestants ont mis le feu à un bus policier. Après un certain temps, l’armée intérieure se concentre sur la place où a lieu la manifestation. 70 personnes sont tuées, dont trois policiers, plus de 500 personnes sont blessées. Selon certaines sources, la population locale rejoint les ouvriers rebelles.

Dans la ville d’Aktau, sur la place centrale, des centaines de personnes se sont rassemblées pour soutenir les habitants de Janaozen. Toutes les villes voisines, elles aussi, commencent à bouger. Les protestations ont lieu dans toute la région de Manguistaou. En Janaozen, la production de pétrole est complètement arrêtée : ainsi, les travailleurs qui n’ont pas participé à la grève, expriment leur solidarité aux grévistes. Toutes les entreprises du secteur d’exploitation et de raffinage du pétrole de la région Manguistaou entament leur grève. Par solidarité, les travailleurs d’autres entreprises, non liées à la production de pétrole, arrêtent de travailler. La grève générale commence.

Nouvelles mises à jour  sont ici [en russe] : http://www.guljan.org/

 Janaozen c’est la région d’Uzen Nouvelle, dans laquelle,  du 17 au 28 juin 1989, des affrontements interethniques ont éclatés, c’était l’un des précurseurs  de désintégration de l’URSS. La majorité de la population de la ville appartient au groupe ethnique d’Adaytsy, un des groupes ethniques les plus rebelles au sein du peuple kazakh. A l’époque, en 1989, ont eu lieu des affrontements entre les Adaytsy et les Caucasiens, et, selon certaines estimations, 25 000 Caucasiens ont fuit la ville.

Heureusement, maintenant, il n’y a pas de traces d’un conflit ethnique, le conflit actuel a le caractère social et de classe. Mais le fait que les émeutes d’ouvriers ont commencé dans la ville peuplée majoritairement par Adaytsy ce n’est le hasard. D’autre part, parmi les travailleurs, il y a certainement des ressortissants de différentes régions du Kazakhstan.

Sources d’information :

http://shraibman.livejournal.com/

http://grani.ru/Politics/World/m.194138.html

Publié sur http://mpst.anho.org/novosti/rabochiy-bunt-v-kazahstane/

Le 17/12/2012

 Vidéo (début des protestations) : http://www.youtube.com/watch?v=y4De4CSEvAU&feature=youtu.be

[Égypte] Heurts entre soldats et manifestants devant le siège du gouvernement

[Égypte] Heurts entre soldats et manifestants devant le siège du gouvernement

Des heurts se sont produits vendredi dans la matinée entre manifestants et soldats devant le siège du gouvernement au Caire, où des militants hostiles au pouvoir militaire campent depuis fin novembre, ont selon journalistes de l’AFP sur place.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1324035379.jpg

Les forces de l’ordre ont chargé en fin de matinée quelques centaines de manifestants dont certains lançaient des cocktails molotov et jetaient des pierres. Les affrontements se sont poursuivis dans les rues alentours.

Des témoins avaient indiqué plus tôt que les accrochages avaient commencé en début de matinée, après qu’un manifestant en sang eut raconté avoir été arrêté et battu par des soldats, provoquant la colère de ses camarades qui ont commencé à jeter des pierres vers les militaires.

Les soldats ont alors répondu par des tirs en l’air et en utilisant des canons à eau, et en renvoyant les pierres vers les manifestants. Selon Mona Seif, une militante pour les droits civiques, les militaires ont également lancé des chaises depuis le toit du Parlement, situé à proximité.

Mme Seif a assuré que des blessés avaient été transportés dans un hôpital voisin, l’un d’eux au moins pour des blessures dues à un tir de chevrotines.

Les manifestants campent depuis le 25 novembre devant le siège du gouvernement, à quelques centaines de mètres de la place Tahrir dans le centre-ville, pour protester contre la nomination par l’armée de Kamal el-Ganzouri, un ancien Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak, pour diriger le gouvernement.

Les manifestants réclament également le transfert sans délai du pouvoir du Conseil suprême des forces armées (CSFA), aux commandes du pays depuis la chute de M. Moubarak en février, à une autorité civile.

La manifestation devant le siège du gouvernement s’est poursuivie malgré l’arrêt d’un mouvement d’occupation de la place Tahrir, rouverte au trafic dimanche.

L’Égypte est engagée depuis la fin novembre dans des élections législatives qui se déroulent sur plusieurs mois et ont été marquées jusqu’à présent par la domination des formations islamistes.

Leur presse (Agence Faut Payer), 16 décembre 2011.