Archives de catégorie : Ni patrie ni frontière

[Russie] Nouvelle action des « artivistes » de Voïna

[Nique l’art moderne] Performance antiflic à saint Pétersbourg

Posted on 3 janvier 2012 by juralib

 

Des « artivistes » russes brûlent un fourgon de police, en l’honneur des « prisonniers politiques »

Le groupe russe d’art contestataire, Voïna, a affirmé lundi avoir brûlé un camion de police le soir du Nouvel An. « Un tel feu doit brûler en l’honneur de tous les prisonniers politiques », a écrit sur son blog Alexeï Ploutzer-Sarno l’un des militants de Voïna (la Guerre), décrivant l’incendie dans la deuxième ville de Russie comme « une flamme éternelle ».

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1325598010.png

Des photos et une vidéo misent en ligne sur ce blog montrent un des militants de Voïna se rapprocher d’un camion de police, le même type que ceux utilisés pour interpeller les manifestants d’opposition lors des rassemblements, et y mettre le feu.

Contactée, la police a confirmé qu’« un camion de police (…) avait été endommagé par un incendie dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier », ajoutant qu’une enquête était en cours pour « élucider les circonstances de cette affaire ».

Voïna a obtenu en 2011 un prix du ministère de la Culture russe pour son action La bite prisonnière du FSB. Des membres de Voïna avaient dessiné un phallus d’une soixantaine de mètres sur le pont Liteïni de Saint-Pétersbourg, qui se lève la nuit pour laisser passer les navires, en plein centre de l’ex-capitale impériale russe.

Le pont relevé, l’énorme dessin se dressait juste en face du siège local du FSB (service fédéral de sécurité, issu de l’ex-KGB).

Lors d’une autre performance, baptisée Le coup du palais, ces artistes avaient renversé des voitures de la police pour protester contre l’arbitraire et la corruption des forces de l’ordre.

Deux militants du groupe, Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaïev, ont passé trois mois en prison pour cette action.

Leur presse (Agence Faut Payer), 2 janvier 2012.

Un tribunal visé pendant la manifestation de solidarité aux enferméEs à Pittsburgh

Un tribunal visé pendant la manifestation de solidarité aux enferméEs à Pittsburgh

Le 31 décembre à minuit, 30 corps se sont réuniEs à la prison du comté d’Allegheny répondant à un appel international pour des manifestations bruyantes de solidarité aux enferméEs. En ce jour, simultanément et dans de nombreuses villes à travers le monde, les gens se sont rassembléEs devant des prisons pour se connecter et communiquer avec les prisonnierEs détenuEs à l’intérieur. La méthode est de déployer des banderoles, crier des slogans, jouer des percussions, et tirer des feux d’artifices. Le message est clair : les manifestantEs se montrent solidaires de celles et ceux qui transgressent les contraintes de la société. Illes se tiennent du même côté de la ligne que les emprisonnéEs dans la guerre de l’ordre social.

À Pittsburgh, en ce jour, la résistance contre les prisons a pris un tour moins symbolique. Le palais de justice municipal de Pittsburgh, attenant à la prison, a été physiquement attaqué par quelque(s) personne(s), et 5 vitres ont été brisées du rez-de-chaussée au toit. Comme la cour municipale fonctionne 24 heures par jour, 7 jours par semaine, cette attaque s’est produite alors que des greffiers et des juges étaient en plein travail.

La police est arrivée en force avec pistolets et fusils au poing et a arrêté touTEs les participantEs à la manifestation. Apparemment, l’action a été présentée à la police comme des coups de feu tirés sur le palais de justice. La plupart des manifestantEs considèrent cette version des faits incorrecte, mais il a été difficile de le confirmer ou de le nier à cause du black-out médiatique de cet événement. Les manifestantEs ont été détenuEs pendant deux heures, fouilléEs, photographiéEs, interrogéEs, harceléEs et leurs identités contrôlées. Néanmoins, il était impossible pour la police de déterminer qui était responsable de l’attaque et personne n’a été inculpéE à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Nous refusons de tenir l’auteurE (ou les auteurEs) de cette action contre la cour pour responsable(s) des actions de la police. Nous sommes quotidiennement dégoûtéEs par la police, et nous mettre en joue et nous promettre la prison est habituel de leur part. C’est toujours la police qui est notre ennemie et que nous tenons pour responsable.

En tant que personnes vouées à la destruction de toutes les prisons, et à fuir toutes les contraintes externes de la société qui nous empêchent de rendre nos désirs concrets, nous chantons louanges pour toute(s) silhouette(s) qui attaque(nt) les institutions de contrôle.

Pour un millier d’autres attaques, la destruction de la police, du Tribunal-Usine qui transforme les gens en détenuEs, et de chaque institution et relation qui nous empêche d’atteindre notre potentiel total.

traduction de l’article trouvé ici http://www.anarchistnews.org/node/21294

Actions anticarcérales du nouvel an [Mis à jour]

Actions anticarcérales du nouvel an [Mis à jour]

Une liste non exhaustive de communiqués des diverses actions anticarcérales du dernier réveillon. Elle sera mise à jour au fur et à mesure que de nouveaux communiqués et traductions de communiqués apparaitront. Vous pouvez bien sûr aider en nous envoyant vos liens et vos traductions.

http://non-fides.fr/?Actions-anticarcerales-du-nouvel

Base de données anarchistes, 2 janvier 2012

[Tunisie] Retour des sit-in de chômeurs à Gafsa et Gabès

Des jeunes chômeurs ont repris, depuis samedi soir, à Gabès, un sit-in à l’entrée des usines d’Acide Phosphorique et celle de DAP (Di-ammonium phosphate), relevant du Groupe Chimique Tunisien (GCT).

Ces jeunes chômeurs ont contraint, à une heure tardive de la nuit du samedi, les employés travaillant dans ces deux unités de production industrielle, à quitter leurs postes de travail, ce qui a arrêté net les préparatifs pour relancer le processus de production.

Ils ont expliqué à la TAP, le retour au sit-in par « le durcissement de la position de la direction générale du GCT. Aucune solution qui réponde à nos aspirations en matière d’emploi, n’a été trouvée avec elle. »

Plusieurs sit-inneurs réclament la proclamation des résultats du concours organisé par le GCT pour le recrutement de 650 agents et techniciens, tandis que plusieurs autres demandent une intégration au sein de la société, tout en refusant les critères adoptés pour l’organisation du concours.

Les employés des usines du GCT avaient rejoint leurs postes, le 27 décembre 2010, après la levée du sit-in observé, par un groupe de jeunes chômeurs, depuis plus d’un mois, au niveau des entrées de ces usines.

Le Groupe Chimique qui a subi de grandes pertes à cause de l’interruption, depuis plusieurs mois, de sa production due à la multiplication des mouvements de protestation, a été contraint d’importer, récemment 30 mille tonnes d’engrais azotés (Ammonitrate).

Une source de la direction régionale du GCT à Gabès, avait annoncé que durant les prochains jours, « 20 mille tonnes additionnelles d’ammonitrate seront importées, moyennant une enveloppe de 8 millions de dinars, un montant qui vient s’ajouter aux grandes pertes enregistrées, ces derniers mois, par le Groupe ».

Leur presse (La Pravda de Tunisie, 2 janvier 2012)

Les sit-in à Gafsa et à Gabès ont repris, selon la TAP. La trêve n’a duré que quelques jours.

En effet, un groupe de jeunes sit-inneurs à Menzel Bouzayane dans le gouvernorat de Sidi Bouzid ont installé, dimanche 1er janvier 2012, des tentes à la gare de la région et sur les rails de chemin de fer, bloquant ainsi le passage des trains de transport du phosphate acheminé du bassin minier vers Sfax. Ils ont, également, barré le passage à environ 40 camions de transport du phosphate.

Les jeunes sit-inneurs revendiquent notamment leur droit à l’emploi et l’accélération du dédommagement des martyrs et des blessés de la révolution ainsi que les personnes dont les locaux et les biens ont été gravement affectés pendant les événements du 14 janvier.

Notons que les protestataires ont permis uniquement le passage des trains de voyageurs. (…)

Leur presse (Business News, 2 janvier 2012)

[Russie] A propos du meeting sur la place Bolotnaya

A propos du meeting sur la place Bolotnaya

Organisation du meeting

Il était très impressionnant de voir l’immense foule arrivant à la manifestation depuis les stations du métro. Il était déjà trois heures de l’après-midi, une heure après le début du meeting, mais les gens continuaient à venir. Les organisateurs annoncent le chiffre de 85 mille manifestants, mais, étant donné que les gens partaient et venaient constamment, il y en eu au moins 100 mille. Beaucoup de gens sont partis à cause de la mauvaise qualité du son : ils n’entendaient rien de ce qui était dit sur les tribunes.

 Contrairement à Tahrir au Caire, au mouvement des indignés en Espagne, ou au mouvement d’occupation de Wall Street aux Etats-Unis, où des réunions se transformaient en assemblées indépendantes, où les gens discutaient et prenaient des décisions ensemble, en grandes communes, ayant des repas et points d’aide médicale en commun, ici, la situation est absolument différente. Bien sûr, il n’y a aucun camp permanent, ni assemblée générale, ni commune avec des discussions et décisions politiques collectives. Le mouvement s’est retrouvé contrôlé par un groupe de démocrates lequel, du coup, a géré le rassemblement et déterminé à qui donner la parole, à qui ne pas la donner. En fait, à quelques exceptions près, ce sont ses représentants qui parlent. Le forum libre n’étant pas réussi, les gens n’ont qu’à scander des slogans et écouter ce qu’on leur dit depuis les tribunes.

 La foule, au moins dans les premières heures, est très serrée. Sa densité augmente au fur et à mesure de l’approchement de la tribune, – à un tel degré, que les gens, entassés les uns contre les autres, ont du mal à discuter même entre eux. Les sentiments qui règnent sur place sont l’inconfort et la sensation d’être un troupeau sans défense contrôlé par les dirigeants, principalement par les démocrates. On distingue bien la distance entre les élites gérant le meeting et tout le reste du monde.

Participants

Plus de la moitié des participants sont jeunes (environ 18 à 25 ans), les autres sont des personnes de tous âges. En d’autres termes, la grande majorité des participants sont des étudiants, et, probablement, des jeunes employés de bureau. On sent l’activité politique grandissante d’une nouvelle génération qui a émergé après les années 90 troublées et qui n’a particulièrement pas peur des troubles sociaux. Les étudiants et les jeunes employés sont les groupes sociaux opprimés dont l’activité s’est réveillée aujourd’hui. Cette activité sera, pour le moment, comme dans toutes les révolutions oranges, dirigée à remplacer la dictature par la démocratie représentative.

 Il est clair que la grande majorité participe à un meeting de masse pour la première fois dans leur vie. L’humeur de la foule montre que les gens sont venus non pas tant pour écouter les dirigeants des différents partis, souvent inconnus du peuple, que parce qu’ils en ont marre du régime, des visages irremplaçables, de la corruption et ainsi de suite. Poutine est détesté, Medvedev fait rire tout le monde.

 Sur ce fond, contrastent avec les foules, séparées d’elle, étrangers à elle, de différents groupes politiques – de l’extrême gauche à l’extrême droite. Il y a beaucoup de drapeaux des nationalistes, cependant, prévaut, à mon avis, la couleur orange des démocrates.

 Quant aux groupes politiques, comme justement le notent les orateurs, la politique menée par les autorités a poussé à se réunir, sur la même place, des militants politiques de tout bord. Les orateurs parlent également de la «coopération», mais, il suffit de voir ceux qui ont droit de s’exprimer sur la tribune pour comprendre que ces dires ne valent pas grand chose. En outre, la participation des groupes ayant des idées opposées pourrait, à l’avenir, créer une certaine menace d’affrontements à l’intérieur de la foule. Il est clair que, par exemple, des anarchistes ne sont pas les amis aux démocrates, nationalistes et partisans de Lénine.

 Réactions

Les orateurs n’ont évoqué que peu de sujets et d’exigences :

1) réélections ;

2) contre les « escrocs et voleurs » ;

3) libération des prisonniers politiques.

 A part cela, les démocrates n’ont rien de particulier à dire.

 C’est Yevgenia Chirikova qui a été rencontrée avec plus de bienveillance, et c’est compréhensible : elle est, pour le moment, perçue comme une « personne du peuple », héroïne de la résistance de Khimki, et non comme un membre d’un groupe démocrate qui pilote toute cette action, même si, en réalité, elle est déjà liée à lui.

Le discours du nationaliste radical Konstantin Krylov a eu un accueil plutôt réservé auprès de la foule. En premier lieu, dès le début, il y a eu quelques réactions négatives contre le nationalisme (mais, au contraire, d’autres personnes dans la foule ont applaudi bruyamment). Deuxièmement, Krylov a dit qu’on aurait besoin de la révolution, et les gens ont commencé à scander « Pas de révolution ».

 Parmi les intervenants, c’est Kassianov qui a été mal accueillis (on lui a crié : « 2% » et « Vas-t-en! »). C’est un député de la Douma de la ville de Moscou, membre du KPRF (Parti communiste, NdT) qui a été vraiment très mal accueilli par la foule. Je pense que ce n’est pas à cause de l’affiliation à un parti, mais du fait qu’il appartienne à la classe dirigeante. La foule scandait longuement et violement « Sday mandat » (ce qui signifie « Abandonne ton mandat », NdT), mais le député a poursuivi son discours, en prétendant que rien ne se passait.

 L’influence nationaliste s’est faiblement sentie (si on ne prend pas en compte les drapeaux apportés par des groupes nationalistes). En pratique, elle s’est exprimée uniquement dans un slogan scandé : « Poutine en Tchétchénie ». Ce sont précisément les mots d’ordre exprimés par les démocrates qui ont absolument prévalu (y compris chez Krylov et un représentant du Parti communiste).

Ce meeting a été sans doute organisé de manière verticale, autoritaire, mais il est intéressant de noter que la plupart des orateurs ont à peu près dit les choses que la foule voulait entendre. De même, les organisateurs ont insisté sur le fait qu’ils sont contre les provocations, actions illégales et révolutions. Mais, de toute façon, la plupart des gens sont venus pour exprimer leurs opinions, plutôt que de se battre avec la police et, en outre, (à en juger par l’humeur de mes nombreux amis n’appartenant à aucun parti), c’est à un meeting légale qu’ils sont venus, s’il était interdit, ils n’y seraient pas allés. Krylov, qui a essayé de dire autre chose, à savoir, de parler de la révolution, a été immédiatement arrêté par la foule.

 Toutefois, c’est tout un abîme qui sépare d’une part ces événements gigantesques (provoqués par les problèmes socio-économiques et structurels) et d’autre part les slogans stériles des démocrates-libéraux (ceux-ci réduisent tout débat au sujet de fraude). Dans la foule, plusieurs fois a été posé la question : «où est l’utilité des meetings légaux : le gouvernement nous ignorera tout simplement, il vaut mieux peut être entreprendre d’autres choses? » Si le mouvement ne s’atténue pas mais continue à s’élargir, il se radicalisera probablement au fil du temps, tant en termes de pratiques qu’en termes des questions discutées. Cela est possible, mais pas nécessairement.

 Considérations générales

En résumé, avec tous les inconvénients évidents et les vices de ce mouvement, il est utile de rappeler que c’est une percée énorme au-delà des limites de la passivité politique et de soumission dominante dans le pays depuis presque 20 ans. 90% des participants à ces événements n’ont aucune expérience de lutte politique et sociale, c’est pourquoi ils sont pour le moment contrôlés par les démocrates.

Mais les problèmes sociaux profonds qui ont causé l’indignation d’une telle grande échelle, ne disparaîtront nulle part. Il est donc important de porter toute attention sur ces problèmes, sur des sujets sur lesquels les démocrates ne discutent pas.

Premièrement, le fait que les gens sont descendus dans la rue pour défendre leurs droits (leur vision des droits), est bien en soi, dans le sens que c’est mieux que de rester chez soi. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut comprendre que l’arbitraire des chefs et/ou de la police règne non seulement dans les bureaux de vote, mais aussi sur les lieux de travail et dans les rues. Par conséquent, cela signifie qu’on peut y résister aussi, par ci et par là, et non seulement au sujet des élections. Cette résistance pourrait prendre diverses formes, par exemple, celle des grèves.

 Deuxièmement, il est nécessaire de discuter sur des questions sociales : l’écart entre riches et pauvres en Russie (un des plus élevés au monde), la terrible pauvreté de la province, misère de beaucoup d’étudiants, introduction d’un enseignement payant, etc. Cet état de chose devrait être critiqué, tout en mettant en avant des exigences d’égalité et de gestion collective des biens communs (les associations des collectives autogérés).

 Troisièmement, il faut souligner que des protestations devraient toucher des personnes de toutes nationalités, ce n’est pas un « mouvement purement russe » car ce n’est pas uniquement des russes ethniques qui protestent.

 Quatrièmement, nous devons donner des exemples d’actions auxquelles ont parfois recours des grévistes et manifestants en France, en Grèce, en Italie, aux Etats-Unis : blocages des rues, des ports, des artères de transport, occupations des entreprises. Parfois, de telles actions permettent d’atteindre les objectifs. Tels sont les faits. A nous tous de décider que faire.

Notes

Au meeting, a participé un bloc d’anarchistes et antifascistes constitué de 400 personnes :

http://ru.indymedia.org/newswire/display/25923/index.php

Certains groupes autonomes d’anarchistes y ont également pris part.

Publié : 10/12/2011,

Traduction : liaison de Troyes FA

 Mikhail Magid, anarcho-communiste de Moscou