Archives mensuelles : décembre 2011

[Japon] 85% des réacteurs ont été stoppés mais les incidents continuent à Mihama et Genkai

Japon : 85% des réacteurs ont été stoppés

Dans la nuit du 7 au 8 décembre, le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Mihama, au Japon, a été arrêté, suite à des fuites d’eau dans le système de refroidissement. Selon l’opérateur, Kansaï Electric Power, aucune fuite radioactive ne serait à signaler à l’extérieur de la centrale. Ce réacteur devait être arrêté pour maintenance le 18 décembre [1].

Le lendemain, l’Agence de sécurité nucléaire du Japon a annoncé une fuite de 1,8 tonne d’eau radioactive dans le réacteur n°3 de la centrale de Genkai. Celui-ci était à l’arrêt pour maintenance quand le problème, dont les causes sont encore inconnues, a été détecté. Ce réacteur fonctionne à partir de combustible Mox, fourni par Areva. Aucun risque pour la sécurité, affirme l’opérateur, le groupe Kyushu Electric Power, qui a pourtant annoncé un problème de pompe, sans évoquer d’emblée la fuite d’eau. Un défaut d’information qui a pour le moins irrité les autorités locales. Le mois dernier, l’opérateur avait redémarré le réacteur n°4 de cette centrale, qui s’était automatiquement stoppé quelques semaines plus tôt à cause d’une anomalie dans un condenseur de vapeur.

Sur les 54 réacteurs nucléaires du Japon, 46 sont désormais à l’arrêt, soit 85% du parc nucléaire. Depuis le tsunami et la catastrophe de Fukushima, la plupart ont été stoppés pour des tests ou pour maintenance. Face à l’opposition des habitants, aucun gouverneur de région ne veut prendre la responsabilité de redémarrer les réacteurs, malgré les pressions du gouvernement et des opérateurs. Et face à l’accumulation de problèmes, les réacteurs restants pourraient être stoppés prochainement. À ce rythme, le Japon sera sorti du nucléaire avant le printemps. Mais entre gestion des conséquences de la catastrophe de Fukushima et déconstruction des centrales, il faudra encore plusieurs décennies – voire des siècles ou des millénaires – pour que le nucléaire ne soit plus qu’un souvenir du passé.

Notes

[1] En 2004, une fuite de vapeur non radioactive dans un bâtiment du réacteur numéro n°3 de cette centrale a causé la mort de 5 personnes. 885 tonnes d’eau ne sont échappées d’une canalisation rongée par la corrosion, non conforme aux normes de sécurité. Source : Citizen’s Nuclear Information Center, Tokyo (CNIC)

Bastamag, Agnès Rousseaux, 12 décembre 2011

[Paris] Procès d’un militant FA pour avoir chanté Brassens

Si vous passez par Paris

Le procès de Michel du Groupe Kropotkine de la fédération anarchiste, qui a osé chanter  « Hécatombe »de Brassens devant la préfecture de police de Paris le 18 juin dernier, aura lieu le 13 décembre prochain à 9h00 devant la 28ème chambre correctionnelle du Palais de Justice de Paris (voir un petit rappel des faits sur notre site: http://kropotkine.cybertaria.org )

Le report du procès, la vaguelette médiatique autour des chorales brassenssophiles retombée et le climat sécuritaire pré-électoral ambiant nous laisse craindre une condamnation pour l’exemple de notre chanteur engagé. Il est donc important que nous soyons nombreux à venir le soutenir. (Pour celles et ceux qui viennent de l’Aisne, un co-voiturage est organisé.)

Rendez-vous devant les grilles du Palais de Justice à 08h30, munis d’une pièce d’identité et délestés de tout objet contondant, afin de passer le filtrage pour accéder à la 28ème chambre.

Mardi 13 décembre à 9h00, 28ème chambre correctionnelle, Palais de justice de Paris, 4 boulevard du Palais, M° Cité

A bientôt donc, et Vive Brassens!

Le Groupe Kropotkine de la FA, 11 décembre 2011

[Poitiers] Les déboulonneurs se remontent

C’est maintenant fixé, la réunion des déboulonneurs de Poitiers aura lieu ce mercredi 14 décembre à 18h30 au Biblio Café (71 bis rue de la Cathédrale – centre-ville).

Pour ceux qui ne connaissent pas ce mouvement voici en résumé son principe : il s’agit de résister de façon non-violente à l’agression publicitaire. Les actions consistent le plus souvent au recouvrement ou au détournement de panneaux publicitaires. Les revendications sont notamment la limitation de l’affichage publicitaire à une taille maximum de 50x70cm (comme pour l’affichage associatif) et la limitation du nombre de panneaux dans chaque ville en fonction du nombre d’habitants.
Pour plus de détails je vous invite à consulter le site internet des déboulonneurs : http://www.deboulonneurs.org
Je précise également que plusieurs collectifs locaux des déboulonneurs choisissent de revendiquer leurs actes et se portent responsables devant les tribunaux. À noter au passage qu’en moyenne les jugements rendus se sont montrés très cléments. Cependant cette démarche n’est à priori pas dans les intentions du collectif de Poitiers, les actions peuvent aussi bien ne comporter qu’un risque légal très faible et chercher plus à s’attirer la sympathie de l’opinion publique et des médias.

Le collectif des déboulonneurs a déjà été actif à Poitiers mais a connu une longue période d’hibernation et cette première réunion sera l’occasion de discuter librement de la lutte contre la pub, des revendications, des actions possibles et éventuellement de commencer à s’organiser pour les actions à venir.
En espérant vous voir nombreux.
A bientôt.

Courriel du 11 décembre 2011

Nous sommes le 1 %

Nous sommes le 1 %

 Nous vous avons vu. Nous vous avons entendu. Vous êtes désormais partout. Nous savons qui vous êtes. Vous êtes ces 99 % qui protestent contre les excès du capitalisme et les abus de l’Etat. Vous êtes les 99 % qui exigent des réformes électorales, des alternatives sociales, des subventions économiques et des mesures politiques. Vous êtes les 99 % angoissés de perdre votre futur, de n’être plus capables de vivre comme vous l’avez fait jusqu’à présent : un boulot, un revenu, un crédit pour la maison, une retraite. Vous laisser vivre, au minimum. Faire carrière, au maximum. Voilà ce que vous demandez. Vous ne voulez pas payer la « crise », vous voulez que tout redevienne comme avant. Que personne n’éteigne les écrans qui ont jour après jour asséché votre vie, la privant de tout sens et de toute émotion, la condamnant à la tristesse de la survie. Et tout cela, vous le demandez aux gouvernements et aux banques, afin que la démocratie soit : des gouvernants qui ne soient pas intéressés au pouvoir mais au bien commun, des banquiers qui ne soient pas intéressés au profit mais au bonheur des populations. Comme dans les contes, comme dans les films.

 En attendant une fin heureuse qui tarde à venir, vous ne tolérez pas que certains ne partagent pas votre résignation hallucinante. De Madrid à Athènes, de Rome à Portland, vous êtes prêts à arrêter, dénoncer et bastonner ces enragés qui ne voient pas dans les institutions les garanties de la liberté mais les causes de la misère et de l’oppression. La vengeance, vous ne l’appréciez que dans les fictions au cinéma, mais une fois que le masque tombe, vous lui préférez la soumission. Face à une société aussi odieuse que putréfiée, vous vous battez pour une protestation civile, mesurée, éduquée. Une protestation qui reste toujours à votre hauteur : à genoux.

 Maintenant, nous savons qui est ce 1 % que vous haïssez tant. Avec vos cordons, avec vos services d’ordre, avec vos délations, vous avez fait comprendre à tous qui est votre véritable ennemi. Ce n’est certainement pas la classe dirigeante, à laquelle vous vous adressez avec respect. C’est nous. Nous qui n’avons pas d’Etat à défendre ni à améliorer. Nous qui n’avons pas de marché à protéger ni à exploiter. Nous qui ne voulons exercer ou subir aucune autorité. Nous pour qui la vie n’est pas une carte d’adhésion à tamponner ou un compte courant à sauvegarder. Nous pour qui la crise n’est pas née avec les récentes spéculations boursières, ou suite à l’incapacité de ceux qui siègent actuellement au Parlement, mais en subissant cet ordre social sous tous ses aspects. Nous pour qui tous les jours sont précaires dans ce monde que nous n’avons pas voulu, dans lequel nous ne nous sommes jamais reconnus, et qui nous étouffe.

 Nous ne voulons rien avoir à faire avec votre 99 %. Avec votre revendication d’un capitalisme modéré et d’un Etat correct. Avec votre allure politique majestueuse qui réduit le pouvoir et le privilège aux dimensions d’une carte de crédit. Avec votre camping urbain de boyscouts nostalgiques. Avec votre identification d’un adversaire -l’origine de l’« injustice »- toujours plus évanescent, immatériel et éloigné de nos coups. Avec vos bras toujours plus accueillants pour les politiciens, les industriels et les chiens de garde, et toujours plus vigoureux contre les rebelles. Avec vos actions toujours plus faibles qui ne sont devenues qu’un tiède intervalle entre deux statu quo. Non, nous ne voulons pas de vos réformes, de votre collaborationisme, de votre travail aliénant, de vos revendications sinistres* qui, à force d’être réchauffées, ne sont bonnes qu’à faire vomir.

 Nous connaissons les véritables causes des souffrances que nous subissons : la soif de pouvoir, le culte de l’argent, mais aussi l’obéissance qu’ils exigent et obtiennent. Ces causes se perpétuent dans la vie quotidienne des êtres humains par des actions, des gestes, des rapports qui s’entremêlent à l’intérieur d’une société où nous nous sentons partout étrangers. Et ces causes -qui doivent être refusées, désertées, démolies- ont trouvé leur place au sein de votre mouvement. Nous ne nous sommes jamais sentis à l’aise dans le 99 % de notre vie moderne, passée à faire la queue pour mendier des miettes, et malgré cela vous vous acharnez à défendre ces 99 % du problème. Nous chercherons nos possibilités ailleurs. A travers les espoirs, les rêves et les actions qui ont mérité votre condamnation.

 Quant à vous, continuez donc votre traversée de l’océan de l’indignation universelle. hissez vos voiles en passant les cordes à des bureaucrates et des flics. Partagez l’espace et l’air avec la lie qui a rendu la vie sur cette planète si invivable. Allez droit devant vers de nouvelles terres, les bottes encore pleines de la merde d’hier. Nous ne monterons pas dans votre bateau, au pire nous en descendrons. Nous resterons sur les radeaux que vous méprisez tant, parce que trop petits et trop légers.
Mais faites attention. Un vaisseau qui vogue avec nos ennemis à bord est une occasion trop belle pour la laisser filer. Vous riez ? Vous ne nous craignez pas, parce que nous n’avons pas la force pour vous donner l’abordage ? Vous nous avez mal compris. Votre or ne nous intéresse pas, nous ne voulons pas nous en emparer. Nous voulons vous envoyer par le fond avec toute votre cargaison de mort. Pour y réussir, pas besoin d’une flotte majestueuse, il suffit d’un brûlot**. Petit et léger.

 * NdT : jeu de mot entre « sinistre » et « de gôche ».
** NdT : jeu de mot qui fonctionne aussi dans la langue française. Un brûlot est à la fois un « navire chargé de produits incendiaires destinés à détruire les flottes ennemies » et un synonyme de « pamphlet virulent ».

 Traduit de l’italien par nos soins du texte publié sur finimondo le 11 novembre 2011

Brèves du désordre, 12 décembre 2011