A propos du mouvement pour la paix en Israël

NdPN : un texte fort pertinent, paru sur le site de l’ICO.

A propos du mouvement pour la paix en Israël

Depuis le début des bombardements massifs et meurtriers de l’armée israélienne sur la Bande de Gaza, de nombreuses manifestations, rassemblements et initiatives diverses sont organisés dans les principales villes d’Israël contre la guerre et le racisme. A notre sens, ce sont ces initiatives et ces actions qui, dans le contexte de massacres, de destruction et de haines racistes, sont porteuses d’avenir dans cette région du monde.

Dans ce mouvement pour la paix, on trouve des organisations politiques, dont la principale est le Parti Communiste d’Israël, ainsi que l’extrême-gauche anarchiste ou marxiste, des syndicats ouvriers comme le WAC (Workers Advice Center) qui, contrairement à la centrale bureaucratisée et nationaliste Histadrout, organise à la fois des travailleurs juifs et des travailleurs arabes, tant en Israël qu’en Cisjordanie, on peut aussi trouver des initiatives venant d’artistes, de parents ou de voisins sans affiliations politiques définies qui veulent simplement rappeler que Juifs et Arabes refusent d’être ennemis. On peut ainsi citer le Cercle des Parents – Forum des Familles (PCFF), qui est une organisation commune de plus de 600 familles palestiniennes et israéliennes qui toutes ont perdu un proche parent dans le conflit. A Jaffa, Jérusalem ou Wadi Ara, l’association « Hand in Hand » (main dans la main), Centre pour l’éducation judéo-arabe, organise chaque semaine des marches ou rassemblements de familles juives et arabes pour s’opposer au racisme et à la guerre. On peut aussi ajouter de simples liens humains, si importants en temps de guerre, comme entre des familles de Sderot et de Gaza qui s’inquiètent mutuellement de leur santé, s’échangent des nouvelles et des messages de soutien. Sur des réseaux sociaux, des initiatives apparaissent également pour diffuser un message contre la guerre et le racisme. On trouve également des mouvements de réservistes qui annoncent publiquement qu’ils refusent de combattre dans les territoires palestiniens, des objecteurs de conscience, etc.

Dans le contexte actuel de confusion ambiante, un point mérite d’être soulevé et clarifié. Dans le mouvement pour la paix en Israël, on trouve aussi des religieux, rabbins, curés ou imams ou des personnes religieuses qui se basent sur des textes sacrés pour dénoncer la guerre et le racisme. Pour faire vite et être compris des lecteurs français, il s’agit d’un courant comparable à nos « cathos de gauche » ou aux protestants de la Cimade avec qui nous pouvons nous retrouver dans des manifestations et mobilisations pour le droit des sans-papiers par exemple. Ce courant n’a rien à voir avec la secte « Neturei Karta », pourtant régulièrement encensée par certains « progressistes » au nom de « l’antisionisme ». Non seulement Neturei Karta sert de caution juive à des antisémites comme Dieudonné ou Soral et à des dictatures comme le régime iranien, mais il s’agit d’un courant ultra-orthodoxe et ultra-réactionnaire. L’entrée de femmes habillées de « façon non-modestes » est interdite dans la zone de Méa Shéarim (quartier de Jérusalem qu’ils contrôlent), des émeutes et des appels au meurtre y ont déjà eu lieu lors de la Gay Pride, bref il s’agit d’une secte religieuse extrêmement misogyne, homophobe et réactionnaire, plus proche idéologiquement de cercles évangélistes fondamentalistes américaines ou du wahhabisme que de sympathiques croyants pacifistes !

Lorsque, dans la presse, ce mouvement pour la paix en Israël est mentionné, c’est généralement pour dire tout de suite après que c’est un mouvement minoritaire. On trouve bien souvent aussi le même type de commentaires dans les publications de l’extrême-gauche occidentale. Et finalement, pour une partie de l’extrême-gauche occidentale, ce mouvement est mis en avant comme une « exception » dans la société israélienne. Or, si ce mouvement est effectivement aujourd’hui minoritaire, il ne s’agit là en rien d’une spécificité israélienne. Sauf dans les périodes de crise révolutionnaire, l’idéologie dominante est toujours celle de la classe dominante, et cela est vrai pour Israël comme pour la France. Rappelons qu’Israël est un petit pays de 7 millions d’habitants, bref on trouve moins d’habitants dans tout Israël que dans la seule Région Parisienne. Le 26 juillet par exemple, ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont manifesté contre la guerre à Tel Aviv. Entre 3.000 personnes selon la presse et 7.000 personnes selon le Parti Communiste d’Israël. Bref, si on voulait comparer la manifestation à Tel Aviv avec des manifestations en France, il faudrait multiplier le nombre de manifestants par dix. Et précisons que ces manifestations ont lieu dans un contexte bien différent : des roquettes du Hamas tombent effectivement sur le sol israélien. La manifestation du 26 juillet avait même d’abord été annulée pour cette raison puis confirmée une heure seulement avant son commencement. De plus, des commandos de l’organisation terroriste d’extrême-droite Kach menacent physiquement les partisans de la paix. Comparons malgré le contexte différent : en prenant le chiffre le plus bas, celui de la presse, 3.000 personnes, ce serait l’équivalent de 30.000 manifestants en France. Or, à quand remonte la dernière manifestation de 30.000 manifestants à Paris contre une intervention militaire lancée par l’Etat français ? Il n’y a eu, à notre connaissance, aucune manifestation contre les interventions françaises au Mali ou en Centrafrique. Notons qu’en Russie et Ukraine, nous n’avons pas constaté non plus de mobilisation de masse contre l’escalade militaire et le nationalisme… et, malheureusement, encore moins de mobilisation permettant d’empêcher les bombardements sur Donetsk et la fin du conflit.

Tout cela pour dire que les mobilisations du mouvement pour la paix en Israël, même minoritaires, sont loin d’être ridicules. Comme dans tous les pays du monde, Israël est un pays divisé en classes, entre exploités et exploiteurs, et comme partout dans le monde si on y trouve une extrême-droite raciste et fascisante, on y trouve aussi des antiracistes, des militants ouvriers et même des révolutionnaires et des internationalistes. En ce sens s’il est nécessaire de dénoncer le militarisme du gouvernement Netanyahou-Libermann, les bombardements et les massacres commis dans la Bande de Gaza, on ne peut en aucun cas accuser l’ensemble de la population israélienne.

C’est bien parce que nous solidaires de nos sœurs et frères de classe de Tel Aviv et de Haïfa que nous sommes opposés au militarisme israélien de même que c’est parce que nous sommes solidaires de nos sœurs et frères de classe de Gaza ou de Ramallah que nous sommes contre le Hamas. Pour maintenir leur domination, pour empêcher les mobilisations ouvrières et les luttes contre la misère et l’austérité, dirigeants nationalistes israéliens et islamistes du Hamas ont tout intérêt à maintenir un conflit permanent. En ce sens, les bombardements de Tsahal sur la Bande de Gaza sont un véritable cadeau fait au Hamas, parti de plus en plus discrédité dans les territoires palestiniens. De même, les tirs de roquettes du Hamas renforcent le gouvernement de Netayahou tant dans sa politique militariste que dans ses attaques contre la classe ouvrière israélienne.

Dans ce contexte de barbarie militariste, alors que les extrémistes religieux et/ou nationalistes multiplient les appels à la haine raciste y compris à des milliers de kilomètres de Gaza ou de Tel Aviv, l’espoir est justement dans l’existence d’un mouvement pour la paix, dans le fait que des militants ouvriers israéliens, comme ceux du WAC, interviennent pour soutenir des luttes ouvrières en Cisjordanie, dans les manifestations pour la paix, mais aussi dans les cris du cœur de toutes celles et de tous ceux qui refusent l’engrenage sanglant dans lequel les entraînent les fauteurs de guerre. Pour des « bolcheviks de fer » occidentaux, certains appels et slogans venant du cœur d’êtres humains de Sderot ou de Gaza, de Tel Aviv ou de Ramallah, de Haïfa ou d’Hébron, pourront toujours paraître « pas assez politiques ». Mais qu’importe ! C’est le mouvement réel qui abolit l’ordre des choses existants, et non des déclarations rédigées pour le seul mouvement gauchiste.

Camille Boudjak

Vu sur le site d’Initiative communiste ouvrière, 27 juillet 2014