Syrie: des milliers de manifestants pour armer l’opposition
L’armée a tiré sur des milliers de manifestants descendus vendredi dans la rue en Syrie à l’appel de l’opposition pour réclamer que l’Armée syrienne libre (ASL) reçoive des armes de l’étranger après la chute du quartier rebelle de Baba Amr à Homs.
Photo diffusée par l’opposition syrienne (LCC) d’une manifestation contre le régime de Bachar al-Assad, le 2 mars 2012 dans la ville de Binnish
Dans le même temps, un convoi d’aide d’urgence du Comité international de la Croix Rouge (CICR) et du Croissant Rouge syrien a été empêché d’entrer à Baba Amr, assiégé et bombardé pendant des semaines, ce que le président du CICR, Jakob Kellenberger, a qualifié d' »inacceptable ».
Les sept camions chargés de nourriture, de médicaments, de couvertures et de lait pour bébés vont rester à Homs « dans l’espoir de pouvoir entrer très prochainement à Baba Amr », a-t-il précisé.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé Damas à laisser entrer l’aide humanitaire « sans condition » et le Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme s’est inquiété d’éventuelles « représailles » à Baba Amr, après avoir reçu des informations non confirmées de 17 exécutions sommaires.
Homs (centre) est à la pointe de la contestation en Syrie où depuis bientôt un an les violences ont fait plus de 7.500 morts selon l’ONU.
Mais selon des analystes, la victoire militaire à Baba Amr, avec l’appui d’une artillerie lourde qui fait défaut à l’ASL, ne résout pas l’impasse politique du régime, confronté à une révolte tenace.
Le photographe britannique Paul Conroy, évacué cette semaine de Baba Amr, a dénoncé sur Sky News « un massacre aveugle ».
« C’était presque une attaque psychologique. J’ai travaillé dans plusieurs zones de guerre. Je n’ai jamais vu ou vécu des bombardements comme ceux-là. C’était systématique », a-t-il dit, évoquant « des munitions utilisées sur les champs de bataille ».
Signe de l’intensité de ce pilonnage, l’organisation Human Rights Watch a annoncé vendredi avoir analysé une photo satellite de Baba Amr prise le 25 février et avoir dénombré au moins 950 cratères dans les rues et les champs, ainsi que 640 bâtiments dont les dommages étaient visibles d’au-dessus.
La Maison Blanche a qualifié les violences à Homs de « scandaleuses » et « horribles », estimant que « quiconque a vu une seule minute de vidéo de l’attaque brutale perpétrée par le régime Assad comprend qu’il n’y a que d’un côté que l’on a la gâchette facile ».
Vendredi, 10 personnes ont encore été tuées à Baba Amr et 37 autres dans le reste du pays, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Une roquette tirée par l’armée sur une manifestation à Rastane, dans la province de Homs, a ainsi fait au moins 12 morts, dont cinq enfants, selon l’OSDH. Dans une vidéo diffusée par des militants, on entend une forte explosion, puis on voit les manifestants se précipiter vers des corps déchiquetés en criant « Venez voir les crimes de Bachar al-Assad ».
Dans le même temps, les Journalistes français Edith Bouvier et William Daniels, bloqués à Baba Amr depuis un bombardement qui a tué deux de leurs confrères le 22 février, sont arrivés en France après avoir été exfiltrés par l’ASL, et ont été accueillis par le président Nicolas Sarkozy.
Dans la soirée, les dépouilles de l’Américaine Marie Colvin et du Français Rémi Ochlick ont été identifiées à Damas. Elles doivent désormais être remises à leurs pays, a constaté l’AFP.
Réunis à Bruxelles, les dirigeants européens ont haussé le ton, souhaitant « que les responsables des atrocités syriennes répondent de leurs actes » devant la justice internationale. Cela nécessite cependant un feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, où Damas bénéficie du soutien de la Russie et de la Chine.
Moscou a toutefois pris ses distances vendredi, les Etats-Unis saluant un « mieux ». « Les réformes proposées (par le régime) auraient évidemment dû être menées depuis longtemps », a estimé le Premier ministre Vladimir Poutine.
La France a fermé son ambassade à Damas pour dénoncer le « scandale » de la répression, a annoncé M. Sarkozy, condamnant l’attitude « particulièrement inadmissible » de Damas dans les tentatives d’évacuation des journalistes.
Les manifestants, descendus dans les rues comme chaque vendredi depuis la mi-mars 2011, ont réclamé des armes pour l’ASL, qui dit compter quelque 20.000 déserteurs.
Les manifestations pacifiques n’ont pas réussi à faire tomber le régime, ce qui a favorisé la militarisation d’une partie de la contestation.
Le Conseil national syrien (CNS), principale instance de l’opposition, a créé un « bureau militaire » qui a appelé hommes d’affaires syriens et arabes à financer les opérations rebelles face à la paralysie de la communauté internationale.
Des pays, comme le Qatar, se sont dit prêts à fournir des armes. D’autres, comme les Etats-Unis, sont réticents, craignant que les armes ne parviennent à Al-Qaïda ou au Hamas, qui soutiennent la révolte. Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a assuré qu’Al-Qaïda se déplaçait d’Irak vers la Syrie.
AFP, 2 mars 2012
Les insurgés syriens se sont mis « en danger pour nous » affirment Edith Bouvier et William Daniels
Les Journalistes français Edith Daniels et William Bouvier, évacués jeudi de la ville syrienne de Homs et rentrés vendredi en France, ont rendu hommage aux insurgés syriens qui « se sont vraiment mis en danger » pour les aider à sortir du pays, dans Le Figaro de samedi.
Capture d’écran de France 24 montrant Williams Daniel et Edith Bouvier lors de leur évacuation le 1er mars de Homs vers le Liban
Sans divulguer les détails de l’itinéraire qui leur a permis de quitter Homs (centre de la Syrie) bombardée, les deux reporters du Figaro ont raconté leur périple de quatre jours pour parcourir les quarante kilomètres qui les séparent de la frontière libanaise.
Après une première tentative avortée de quitter Homs par un tunnel, les insurgés de l’Armée syrienne libre ont décidé de sortir les deux Journalistes « par un véhicule, le long d’un itinéraire secret. On a accepté. On était à bout, psychologiquement et physiquement. Il fallait qu’on sorte », relatent-ils.
Edith Bouvier, grièvement blessée à la jambe depuis un bombardement le 22 février, et William Daniels sont allés de cachette en cachette, « accueillis, malgré les risques, dans des maisons par des habitants qui les saluent par leurs prénoms », raconte Le Figaro.
Dans la neige et la pluie, leur itinéraire était « ouvert par des éclaireurs qui reconnaissent les routes et les chemins détournés ». « Ils se sont vraiment mis en danger pour nous, ils ont tout fait pour nous », a confié Edith Bouvier. En changeant plusieurs fois de véhicule (pick-up, camion), sur des chemins de montagne, les deux Journalistes ont atteint la frontière libanaise jeudi soir avant d’être rapatriés par avion vendredi en France.
AFP, 3 mars 2012