[Prison de Vivonne] Menaces sur l’atelier de socio-esthétique

La socio-esthéticienne aux petits soins pour les détenues

Malgré son attrait, l’atelier de socio-esthétique du centre pénitentiaire de Vivonne pourrait être remis en cause en raison d’un problème de financement.

Centre pénitentiaire de Vivonne. Avec 35 détenues, le quartier réservé aux femmes dépasse sa capacité d’accueil théorique (1). Ce mardi, le passage pour certaines d’entre elles dans l’atelier de socio-esthétique représente une véritable bouffée d’oxygène.

«  Le fait de prendre soin de soi est essentiel quand on est privé de liberté  »

Animés par « la volonté de proposer des choses différentes sur le plan culturel et social », Virginie Maurane, de la direction du SPIP (2), chargée de mettre en place des activités socio-éducatives au sein de l’établissement carcéral, et Patrick Genty, directeur du pôle insertion de l’UDAF (3), constate le succès de cette action confiée à Marie (4), « une professionnelle formée à l’approche psychologique des personnes en souffrance et qui utilise l’outil esthétique pour entrer en relation avec ce public fragilisé. » Pour les volontaires, la matinée est rythmée par des séances individuelles (soin du visage, beauté des mains et des pieds, maquillage, conseils personnalisés) et l’après-midi par des ateliers collectifs. « Les détenues s’entraînent à se faire des soins entre elles afin de pouvoir reproduire ce geste en détention, continue Mme Maurane. Pour chacune d’elle, l’objectif est de revaloriser son image et préparer sa sortie. Le fait de prendre soin de soi est essentiel quand on est privé de liberté. Pour les femmes, la relation au corps est difficile en détention. » « L’effet est sur le physique mais également sur le moral », assure Patrick Genty. Le responsable du quartier des femmes ajoute : « Quand on va voir ses enfants au parloir, on a envie de montrer qu’on est bien ».

Un budget de 5.000 €

Mais ces deux journées mensuelles ont un coût (5.000 € sur l’année selon Virginie Maurane) supporté par l’administration pénitentiaire et le SGAR (5). « Là, nous n’avons pas pu obtenir la subvention du SGAR qui a décidé de valoriser les projets en relation avec les formations professionnelles, regrette Patrick Genty. Il faut trouver d’autres possibilités de financement pour maintenir l’activité sinon ce sera son arrêt. » Préjudiciable aux détenues, forcément.

(1) 20 en maison d’arrêt et 15 en centre de détention. (2) Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation. (3) Union Départementales des Associations Familiales. (4) Le prénom a été modifié. (5) Secrétaire Général pour l’Administration Générale.

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 » Ici, elles se retrouvent en tant que femmes « 

Depuis janvier 2011, Marie (1) s’installe deux journées par mois avec son matériel dans la salle de coiffure transformée en atelier de socioesthétique. « Vous voyez, l’endroit a été aménagé et décoré pour être suffisamment accueillant pour les détenues. Et je mets un fond musical assez relaxant. Le but, c’est de retrouver l’estime de soi avec l’ambition de faciliter une meilleure insertion sociale des détenues à leur sortie. Cet atelier représente aussi un moyen de renouer avec leurs corps meurtris par l’enfermement. En fait, je suis surprise par les ressources intérieures dont elles disposent. Je m’attendais à rencontrer des femmes dépressives. Or, quand elles viennent, l’échange s’instaure, elles arrivent à rire entre elles. Ici, elles se retrouvent en tant que femmes, c’est très important ».

(1) Le prénom a été changé.

Nouvelle République, Jean-François Rullier, 12 septembre 2012