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Le coût des élections

NdPN : pour maintenir la dépossession politique, il faut savoir mettre le prix. Pas grave : c’est le contribuable qui paye, qu’il vote ou non.

Les élections municipales coûtent 128 millions d’euros à l’Etat

Très exactement 128,4 millions d’euros devraient être déboursés par l’Etat à l’occasion des élections municipales des 23 et 30 mars prochains.

L’essentiel du budget sera alloué au remboursement d’une partie des frais des candidats. À ce ceci, il faut ajouter 70,4 millions pour les élections européennes de mai prochain, selon un rapport budgétaire parlementaire de novembre 2013. Soit presque 200 millions d’euros au total. Le bon déroulement de la démocratie a un coût.

Pour les municipales, 51 millions d’euros serviront au remboursement forfaitaire des dépenses de campagne des candidats, et 26,5 millions au remboursement de leurs frais de propagande. Tous les candidats peuvent de mander à ce que 47,5% de leurs dépenses de campagne leurs soient remboursés, à condition d’avoir obtenu 5% des suffrages exprimés.

En vertu du code électoral, chaque électeur reçoit à son domicile une enveloppe de propagande contenant les listes des candidats et les bulletins de vote correspondants.

Lors des élections européennes de 2009 (un seul tour de scrutin), cela a représenté 10.000 tonnes de papier au niveau national. C’est plus encore pour les municipales, où l’élection se joue au 2e tour dans beaucoup de communes.

AFP, 21 février 2014

[Notre histoire] A propos des staliniens et de leur répression des anarchistes lors de la révolution espagnole

NdPN : alors que certains historiens « communistes » encensent encore le rôle des staliniens dans la lutte contre Franco lors de la guerre civile espagnole, nous jugeons utile de faire quelques rappels sur le rôle du parti communiste espagnol dans la contre-révolution.

Et notamment sur le rôle de Enrique Líster dans la destruction des collectivités libertaires et la répression brutale de nombreux.euses anarchistes et poumistes.

Rappels importants, à la veille d’une conférence sur l’exil espagnol, qui sera donnée à Poitiers par son fils Enrique Lister Lopez (prof de fac à Poitiers). Or celui-ci considère toujours son père avec admiration, et il a participé avec lui en 1973 à la fondation du PCOE espagnol, prosoviétique, en réaction à un PCE qui prenait ses distances par rapport à l’URSS.

Si nombre de militant.e.s communistes espagnol.e.s (et français) d’hier et d’aujourd’hui sont de sincères militant.e.s, nous ne pouvons éluder une critique sévère de la bureaucratie stalinienne, et jugeons indispensable de leur faire entendre un autre son de cloche !

Pour notre part, nous saluons la mémoire des anarchistes et poumistes espagnol.e.s assassiné.e.s par Franco et les staliniens, comme nous saluons celle des anarchistes de Cronstadt ou d’Ukraine assassiné.e.s par les léninistes.

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LA MONTEE DES COMMUNISTES

A la veille de la guerre civile, le P.C. espagnol est rachitique : il compte moins de 30.000 membres et n’est pas parvenu à contrôler l’U.G :T. que le Parti Socialiste tient sous sa coupe. D’autre part, il ne peut pas toucher le prolétariat révolutionnaire qui suit la C.N.T.-F.A.I. Pour se développer et contrecarrer les succès anarchistes il ne peut que soutenir une politique réactionnaire de défense de la propriété privée et de respect de la légalité bourgeoise.

Le 17 décembre 1936, la « Pravda » écrit : « En Cata­logne, l’élimination des trotskystes et des anarcho-syndi­calistes a déjà commencé ; elle sera conduite avec la même énergie qu’en U.R.S.S. » A la même époque, Uribe prononce un discours où il assure aux petits proprié­taires individualistes que les fusils du P.C. sont à leur disposition. Dans toutes les villes de l’Espagne républi­caine, le P.C. se manifeste comme l’adversaire principal des milices et de l’autogestion. Fort en outre des livrai­sons d’armes russes, il ne tarde pas à cueillir les fruits de sa politique.

Le P.C. recrute en masse parmi les éléments les plus conservateurs du bloc républicain : personnel militaire et administratif, petits bourgeois et paysans aisés, employés. On voit même, à Valence, adhérer les anciens de la C.E.D.A. (Confédération Espagnole des Droites Autono­mes). Parti de moins de 30.000 membres, le P. C. passe en un an à plus d’un million d’inscrits. Sur ce total, il n’y a que très peu de prolétaires : une statistique montre qu’en 1938, à Madrid, il n’y a que 10.160 syndiqués sur 63.426 inscrits, c’est-à-dire qu’il n’y a que 10.160 per­sonnes pouvant faire partie d’une organisation de classe du prolétariat. Peu à peu, le P.C. s’empare de tous les postes les plus importants de l’Etat républicain. Grâce au commis­saire général Alvarez del Vayo, il parvient à coloniser le Commissariat Politique et, par cet intermédiaire, accroît considérablement son influence dans l’Armée Populaire. Ce sont des communistes qui contrôlent les services de la censure et du chiffre. Déjà ils constituent un Etat dans l’Etat. Et lorsque le S.LM. (Servicio de Investigacion Militar) est créé par un décret du 15 août 1937, les com­munistes, aidés par les « techniciens » de la N.K.V.D.[ancêtre du !KGB, ndCNT-AIT] dépêchés par Staline, n’ont aucune peine à mettre la main dessus. Police politique toute-puissante, disposant de plus de 6.000 agents, de prisons et de camps de concentration, décidant arrestations et exécutions sans enquête ni jugement, le S.LM. rend d’appréciables servi­ces au P, C. en éliminant nombre de ceux qui osent s’opposer à lui.

LES JOURNEES DE MAI

Après la militarisation des milices, après les multiples sabotages dont sont victimes les collectivités autogestion­naires, il est inévitable que monte la tension et que celle-ci dégénère en affrontement armé. De multiples accrochages ont lieu entre communistes et anarchistes. Mais aucun n’atteint la violence que prennent, à Barce­lone, les journées de mai 1937.

Le 3 mai 1937, un commissaire communiste, Rodriguez Salas, se présente au Central Téléphonique de Barcelone avec trois camions chargés de gardes. Il tente d’arrêter les militants anarchistes qui occupent et font fonctionner le Central, mais la colère populaire, une nouvelle fois provoquée, explose : aussitôt la grève générale s’abat sur Barcelone qui se couvre de barricades. On tire de tous côtés. Il faut l’intervention des ministres anarchistes, prisonniers de leur politique, pour que le calme revienne le 6 mai. Les communistes ont pu constater la puissance que conservent les anarchistes, mais ceux-ci ont laissé échapper l’occasion de renverser une situation qui ne cesse d’évoluer à leur désavantage.

Le bilan officiel des combats (certainement très au­ dessous de la vérité) s’élève à 500 tués et 1.000 blessés. Parmi les victimes, on trouve le cadavre de Camillo Berneri : enlevé chez lui par un commando communiste, il a été abattu de sang-froid pour ses idées révolution­naires. Sa mort apparaît comme le symbole de la déroute anarchiste devant le machiavélisme communiste. On se rend compte que la prédiction du 17 décembre de la « Pravda » n’était pas un vain mort.

L’ATTAQUE DES COLLECTIVITES

Mais l’entreprise insensée d’écrasement de la révolu­tion que les communistes ont commencée ne va pas s’arrêter là. En août 1937, une attaque de grande enver­gure est déclenchée contre l’Aragon, région entièrement organisée par les anarchistes.

C’est d’abord un décret gouvernemental qui dissout le Conseil d’Aragon. Immédiatement, la 11e division du com­mandant communiste Enrique Lister (qui s’était déjà signalé par sa hargne contre les collectivités de Castille), appuyée par des tanks, passe à l’action contre les collec­tivités aragonaises : des centaines de militants anar­chistes sont arrêtés, les locaux de la C.N.T : F.A.I. sont détruits et ses journaux locaux interdits, les greniers sont pillés. 30 % des collectivités sont entièrement détruites, bâtiments incendiés, collectivistes en fuite, en prison ou morts. Sous la menace, Lister contraint les paysans à se partager les terres et à signer des actes de propriété. Dans le Levant et en Castille, des attaques similaires sont perpétrées contre les collectivités, quoique sur une moins grande échelle, moins « scientifiquement ».

Pourtant, dès que les tanks communistes repartent, mal­gré les risques qu’ils courent, les paysans aragonais brû­lent les actes signés sous la contrainte et parviennent à reconstituer, avec ce qu’ils peuvent sauver de cette tragédie, 70 % des anciennes collectivités. Cette fidélité à la collectivisation montre à quel point les paysans ont su acquérir une conscience socialiste.

Il n’en reste pas moins que l’économie collectiviste a été rudement touchée. Si les collectivités autogérées continuent à vivoter, surtout dans l’agriculture, la réaction bourgeoise intérieure au camp républicain a cette fois bel et bien triomphé. L’Etat Républicain a recouvré ses anciennes prérogatives. Le Parti Communiste est tout puissant. De nombreux propriétaires, jusqu’alors à l’étran­ger, reviennent récupérer leurs biens. La bureaucratie s’introduit partout. Les anarchistes, égarés dans leur poli­tique ministérialiste, ne peuvent plus renverser la vapeur.

Désormais, il n’est plus question d’une Révolution Sociale en Espagne, mais seulement d’une Guerre Civile. Et ceux qui se sont montrés si efficaces dans l’écrase­ment de la Révolution seront incapables de gagner la Guerre. La Révolution était le nerf de la Guerre, et ils l’ont coupé…

GROUPE EUGENE-VARLIN – O.R.A. – NICE Première édition : Espoir CNT-AIT, Toulouse, sans dates (lire l’article complet ici)

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Fernando Malverde doit savoir que « la guerre civile dans la guerre civile » ne gêna guère les communistes espagnols, largement épaulés par une armada de « conseillers » soviétiques, dans cette tâche immonde que le journal la Pravda, de Moscou, annonçait en ces termes dès le 17 décembre 1936 : « En Catalogne, l’élimination des trotskistes et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé ; elle sera conduite avec la même énergie qu’en URSS. »

Comment qualifier, en effet, la tentative de « coup d’Etat » stalinien qui donna lieu aux sanglantes « journées de mai » 1937 ; les enlèvements et assassinats du militant anarchiste italien Camilo Berneri et des dirigeants du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), entre autres ; l’élimination physique de nombre d’adhérents de cette même organisation ; l’abandon du front de guerre, par les nervis communistes du sinistre Enrique Lister, pour se livrer à la destruction des collectivisations libertaires d’Aragon ?

Tous les Malverde de la terre auront beau continuer à s’abreuver aux sources du mensonge, tous ces faits, désormais connus, ne pourront plus être tus ou trafiqués comme ils le furent durant la période de toute-puissance stalinienne. Et s’il est d’autres vérités à découvrir dans l’histoire de cette révolution trahie, nul doute qu’elles ne seront guère à l’avantage de ces assassins d’hier et de ceux qui les défendent encore aujourd’hui.

Floréal, 5 janvier 2013, sur son blog

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Oubli du rôle du Psuc stalinien en mai 1937 à Barcelone : véritable guerre civile dans la guerre civile pour mettre au pas les anarchistes et leur révolution. L’attaque du central téléphonique n’était qu’une provocation de plus ; à Moscou la Pravda l’avait annoncé sans ambiguïté dès décembre 1936 : « En Catalogne, l’élimination des trotskistes et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé ; elle sera conduite avec la même énergie qu’en URSS. »

Oubliés, aussi, les arrestations et assassinats de militants anarchistes comme Berneri, ou poumistes comme Nin. Quand les révolutionnaires interrogeaient sur les murs de Barcelone « ¿ A donde está Nin ? » (Où est Nin ?), l’agit-prop stalinienne répondait « En Burgos o en Berlín » (à Burgos ou à Berlin), c’est-à-dire chez Franco ou chez Hitler. Le torturer, le tuer ne suffisait pas, il fallait aussi le calomnier.

Oubliée, la destruction, par le stalinien Enrique Lister, des collectivités d’Aragon et l’élimination physique des membres de leur conseil (tous anarchistes).

Oubliée, la fourniture savamment orientée de l’armement livré par les soviétiques : généreusement dirigé vers les bataillons sous commandement communiste, et seulement promis aux milices anarchistes à condition qu’elles acceptent la militarisation.

Oublié… Arrêtons-là cette liste. Côté républicain, tous les combattants de base du Parti communiste n’étaient certes pas des salauds, mais leurs dirigeants si ! Pas vraiment traîtres puisque, dès le départ, ils l’avait annoncé : ils ne voulaient pas d’une révolution, mais simplement d’une république bourgeoise (première étape vers le socialisme suivant le schéma classique marxiste-léniniste). Les exactions contre les autres forces antifascistes ? Ils ne savaient pas ? (L’ouverture des archives à Moscou leur a un peu rafraîchi la mémoire, surtout en ce qui concerne l’assassinat de Nin) C’était la faute aux méchants conseillers du NKVD ? Ah bon ? Mais alors Staline donnait vraiment ses ordres au PCE ? Ben merde alors, c’est pas avec le PCF de Thorez que ça serait arrivé, ça !

Quoi ? Les anarchistes n’oublient pas ? Ce n’est pas être rancuniers, c’est juste avoir de la mémoire.

extrait d’un article de Ramon Pino, dans le Monde Libertaire n°1693 (janvier 2013)

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C’est au nom de la défense de la propriété privée que la 11e division du commandant communiste Enrique Lister, appuyée par des chars, secondée par la 27e division « Karl-Marx », entre en Aragon pendant l’été 1937 et tente de liquider par la terreur les collectivités agricoles libertaires pour les remettre aux anciens propriétaires : 30 % des collectivités furent ainsi détruites. Le coup porté contribua grandement à la rupture du front quelques mois plus tard. Des attaques identiques furent portées contre les collectivités du Levant et de la Castille. Plutôt que de se battre sur le front, les troupes communistes « semèrent la terreur dans l’arrière aragonais, non loin des fronts où les divisions confédérales 25, 26, et 28 contenaient l’ennemi. On procéda à l’occupation militaire des villages et à l’assaut des locaux de la CNT-FAI et des Jeunesses libertaires, ainsi qu’à la destruction des collectivités et à la dissolution des conseils municipaux. » (Félix Carrasquer, Les collectivités d’Aragon, Espagne 36-39, éditions CNT-Région parisienne.)

C’est Lister lui-même qui explique le plus clairement le sens de sa mission : convoqué par Indalecio Prieto, le ministre de la défense, il le rencontre le matin du 5 août 1937 : « Il m’expliqua que le Gouvernement avait décidé de dissoudre le Conseil d’Aragon mais qu’il craignait que les anarchistes refusent d’obéir à cet ordre et comme, en plus des forces de police du Conseil, ils avaient là-bas trois divisions de l’Armée, il avait proposé au Conseil des Ministres et celui-ci l’avait accepté, d’envoyer là-bas une force militaire capable d’assurer l’accomplissement de la décision gouvernementale. […] Il me déclara qu’il n’y aurait aucun ordre écrit pour la mission dont on me chargeait, ni communiqués sur l’accomplissement de celle-ci ; qu’il s’agissait d’un secret entre le Gouvernement et moi, que je devais liquider sans hésitations, ni démarches bureaucratiques ou légalistes, tous ceux que je considérerais utile de liquider, que j’avais derrière moi tout le Gouvernement » (Enrique Lister, Nuestra Guerra, éditions Ebro, Paris, p. 152.)

Extrait de Mai-juin 1937 : Contre-révolution stalinienne en Espagne, de René Berthier (lire le texte intégral sur Monde Nouveau)

[Châtellerault] Grève des salarié.e.s de Fenwick pour l’augmentation des salaires

Châtellerault : grève chez Fenwick

Un mouvement de grève est en cours à l’usine Fenwick (560 salariés) à Cenon-sur-Vienne, à côté de Châtellerault. Le mouvement a été lancé lundi à l’appel des syndicats CGT et Sud. Le conflit porte sur les négociations salariales annuelles. Les syndicats réclament une revalorisation des bas salaires avec une augmentation minimum de 40 euros. La direction proposerait selon eux 25 euros. Le conflit est appelé à se poursuivre demain si syndicats et direction ne se mettent pas d’accord. Entre 160 et 200 salariés prendraient part au mouvement, selon la CGT.

Nouvelle République, 12 février 2014

Mise à jour :

Cenon: la grève continue chez Fenwick

En grève depuis mardi, 70 salariés de Fenwick ont mis en place aujourd’hui un barrage filtrant à l’entrée de l’entreprise. Ceux-ci réclament, à l’appel des syndicats Sud et CGT, une revalorisation des bas salaires.

Nouvelle République, 13 février 2014

Mais qui était Léon Blum ?

Le personnage de Léon Blum est aujourd’hui célébré sans réserve, comme une grande figure du « socialisme ». Le député-maire « socialiste » de Poitiers, Alain Claeys, a donné son nom en 2013 à la passerelle commandée à Vinci et inaugurée le 6 février à Poitiers.

Et pourtant à son époque, Blum passait chez bien des ouvriers pour un véritable spécialiste des trahisons sociales. Blum a certes subi des attaques antisémites particulièrement ignobles durant toute sa carrière politique, notamment de la part de l’extrême-droite. Il a été retenu prisonnier par les nazis durant la guerre, tout près du camp de Buchenwald. Il a participé à la fondation de l’UNESCO. Mais cela ne doit pas faire oublier que son action politique au sein de la gauche n’a cessé de consister à enterrer les luttes sociales.

Issue d’une famille bourgeoise, il admire le nationaliste d’extrême-droite Barrès, originaire d’Alsace comme sa famille, mais celui-ci le lâche lors de l’affaire Dreyfus. Il rencontre Jaurès, avec qui il cofonde l’Humanité. Il adhère à la SFIO mais n’y milite guère. De 1912 à 1914, il livre de régulières chroniques littéraires et dramaturges dans les colonnes du journal conservateur Le Matin, qui dénigre régulièrement le mouvement ouvrier. Il est auditeur au Conseil d’Etat. Il ne devient réellement actif à la SFIO qu’en tant que chef de cabinet de Marcel Sembat de 1914 à 1916, ministre des travaux publics lors de la première guerre mondiale. Il prône avec acharnement « l’union sacrée » durant toute la grande guerre. Même en 1917, alors que l’opposition à la guerre s’étend, il combat les pacifistes de son parti.

Après la guerre, il s’oppose aux tendances révolutionnaires dans son parti, et oeuvre à développer les tendances « progressistes ». En 1920 au congrès de Tours, il refuse de se rallier à la majorité ayant adopté la IIIème Internationale. Il ne réprouve pas le bolchevisme pour son autoritarisme, mais ses velléités révolutionnaires : il condamne ainsi « la sorte de passion instinctive et de violence grégaire des grandes masses inorganisées ». A la tête du parti socialiste, il prêche la synthèse et la conciliation, et tente un rapprochement avec le parti dit radical, alors au centre de l’échiquier politique.

En 1925-26, Blum est l’un des principaux chantres de la guerre colonialiste au Maroc et en Syrie. Il réclame un jugement impitoyable contre les députés hostiles à la guerre. En 1926, il soutient de fait la réforme économique de Poincaré, dont il vante les mérites dans son discours de Bordeaux (1927).

Peu populaire auprès des ouvriers, il perd en 1928 son siège de député dans le 20ème arrondissement de Paris, qui va au communiste Jacques Duclos. Blum soutient aussi, contre son propre parti, la candidature de Pierre Forgeot, fondateur d’Hispano-Suiza… qui a donné un poste important dans sa société à son fils Robert. Blum sera tout de même réélu député de 1929 jusqu’en 1936, et se consacrera à des activités d’avocat, conseillant plusieurs magnats capitalistes.

En mai 1936, le Front populaire remporte un succès électoral. Chef du parti socialiste, Blum devient président du Conseil. Une vague de grandes grèves commence, avec des mots d’ordre révolutionnaires. Paniqué, Blum exhorte les travailleurs en grève à reprendre le travail. Il doit finalement concéder des mesures (40 heures, congés payés, conventions collectives) qui n’ont jamais été à son programme, mais exige en échange l’évacuation des usines occupées par les grévistes.

Dès le début du mois d’août 1936, il prend le parti de la « non-intervention » en Espagne, trahissant les espoirs des résistants anarchistes et communistes en lutte contre Franco, quant à lui soutenu par Hitler et Mussolini. Il oeuvre à une stratégie de compromis avec Franco auprès de ses collègues socialistes du gouvernement espagnol.

Dès février 1937, alors que le mouvement social retombe, il décrète la « pause » : il faudrait « souffler » et « digérer » les réformes. Le 17 mars 1937 à Clichy, malgré les protestations de la population ouvrière de cette ville dirigée par des socialistes, Léon Blum et son ministre socialiste de l’Intérieur Dormoy autorisent une réunion des Croix de Feu dans une salle jouxtant la mairie. Les travailleurs manifestent pacifiquement contre l’extrême-droite mais les gendarmes, sur l’ordre d’un commissaire divisionnaire socialiste, tirent sur la foule. Huit morts et de nombreux blessés.

En 1937, le sénat lui ayant refusé les pleins pouvoirs financiers, Blum abandonne son poste, ouvrant la porte aux radicaux plus modérés encore que son parti. Il répond à Pivert, qui lui demande de résister à l’opposition du Sénat et de tenir son poste : « Mais ce serait la guerre civile, comme en Espagne. (…) Ne me demandez pas cela ». Sur le mouvement social qu’il a eu à gérer, il dit qu’une telle lutte « se serait étendue à travers tout le pays et se serait traduite par de sérieux mouvements populaires dont l’ampleur et l’énergie se seraient accrues sans cesse » (Le Populaire, 5 juillet 1937).

En septembre 1938, bien qu’il ait auparavant mis en oeuvre une politique d’armement, accordant de gros budgets à l’industrie militaire, Léon Blum approuve les accords de Münich, poussant son parti à ne pas s’opposer à Daladier. Les populations de Tchécoslovaquie et de Pologne sont livrées aux nazis.

Fin novembre 1938, des grévistes manifestent contre la suppression des mesures du front populaire. Blum et Jouhaux les lâchent, alors que la répression du gouvernement radical s’abat : 280 personnes sont arrêtées et envoyées en prison, des dizaines de milliers d’ouvriers sont licenciés.

Conséquences de ces reculades, la législation sociale imposée par les grèves de 1936 fut annulée, et les premiers camps de concentration furent construits pour parquer comme des parias les résistants à Franco, anarchistes, communistes, trotskystes… Malgré la catastrophe en marche, Blum continue d’afficher son camp : « Je n’hésite pas à déclarer que l’opinion publique ne tolèrerait pas le relèvement incessant des salaires » (Le Populaire, 6 janvier 1940).

Pendant la guerre, il se défendra d’avoir mené une politique sociale (voir cette magnifique compilation de propos hallucinants de la part de Blum) et fut emmené comme prisonnier en Allemagne. Après la guerre ce farouche partisan du sionisme contribue à l’établissement d’une étroite collaboration militaire, diplomatique et économique de la France avec Israël… à rebours de nombreux juifs de gauche (comme ceux du Bund), qui condamnaient le sionisme comme d’ailleurs toute autre forme de nationalisme. Blum oeuvra aussi à établir des accords économiques entre la France et les Etats-Unis.

On comprend que la figure de Blum soit érigée en exemple par le parti « socialiste ». Le maire PS de Poitiers, Alain Claeys, devait bien lui rendre hommage.

J., Pavillon Noir