Archives de catégorie : Répression

Retour sur les évènements survenus lors de la Gay Pride 2011 à Tours

21 mai 2011, Tours :

Samedi 21 Mai avait lieu la Gay Pride. Ce même jour un groupuscule d’extrême-droite appelait à manifester contre la Gay Pride. Sous prétexte que la sexualité relèverait de la vie privée, elle n’aurait pas à s’exhiber dans la rue, et surtout pas celle des homosexuels. Ce discours « soft » ne masque que leur homophobie, en témoignent les slogans scandés au passage du cortège de la Gay Pride.

La préfecture avait d’ailleurs menacé de faire annuler la Gay Pride au motif du risque de troubles à l’ordre public lors de la rencontre avec les fafs, la mairie PS n’a pas bougé alors qu’elle aurait pu faire interdire le rassemblement des fafs pour les mêmes raisons. Finalement, les organisateurs de la Gay Pride ont dû trouver 80 bénévoles pour encadrer le cortège et signer un papier comme quoi ils seraient responsables en cas de troubles à l’ordre public. Les autorités n’ont tout simplement pas voulu interdire le rassemblement haineux et provocateur des fafs pour éviter les-dits « troubles à l’ordre public ».

Parce que l’homophobie et le sexisme sont des plaies bien trop présentes dans notre société. À l’appel du collectif antiraciste 37, des militant.e.s se sont réuni.e.s pour participer à la Gay Pride derrière une banderole qui dénonce ces plaies. L’objectif était de montrer la bêtise et l’absurdité de tous les discours réactionnaires sur la sexualité, et défendre la liberté dans les choix et les pratiques pour chacun.e en matière de sexualité.

La rencontre avec les fafs (environ une trentaine) bien protégés par la police, s’est passée sans incident autre que quelques disputes avec le service d’ordre de la Gay Pride qui était un peu trop pressé de faire avancer le cortège. Des « incidents » sont survenus plus tard, place des Halles au niveau du Cosmic café (bar qui sert de repaire aux militants d’extrême-droite). Un camarade exaspéré par les photos d’un journaliste est allé lui faire remarquer qu’il ne désirait pas apparaître dessus, et a commencé à lui expliquer pourquoi. Le ton est monté, la situation s’est tendue en raison des quelques fachos amassés devant leur bouge. La police et des agents de la BAC (sans brassards) ont utilisé l’altercation comme prétexte pour charger. S’en est suivie une mêlée assez confuse, trois camarades se sont fait embarquer (deux sont poursuivis pour dissimulation du visage, le troisième pour outrage/rébellion). Les keufs en ont profité pour se défouler, de nombreuses personnes ont été mises à terre et/ou ont pris des coups, entre autres une camarade qui après une pluie de coups de matraque s’est vu prescrire 8 jours d’arrêt de travail. La version présentée dans la Nouvelle Répugnante (le torchon local), laisse à croire que nos camarades seraient la cause de cet incident. La vérité est que c’est la police qui a chargé brutalement tout le monde au prétexte de « l’altercation » entre le camarade et le journaliste, altercation qui ne se serait certainement pas soldée par des coups ou de quelconques troubles à l’ordre public autres que quelques cris si la police n’était pas intervenue. Lorsque la Gay Pride est revenue au château de Tours, les militants d’extrême-droite sont allés encercler le château où avait lieu une fête, pour provoquer les gens, obligeant la sécurité à filtrer les accès au château.

Les identitaires de Vox populi, veulent faire croire qu’en tant que catholiques ils ne sont qu’amour, paix et foi. Mais la manif anti-Gay Pride, le harcèlement de la Gay Pride au château de Tours, les propos haineux tenus au passage de la Gay Pride prouvent le contraire. La préfecture et la mairie PS, certainement au courant des agressions perpétrées par les nervis d’extrême-droite ces derniers mois à Tours ; n’ont pas interdit le rassemblement d’extrême-droite. Et ont préféré les laisser déverser leurs propos haineux sur la place publique au nom de la « liberté d’expression ».

Désinformation officielle :

Les articles de la Nouvelle Répugnante, laissent à croire que l’incident avec la police serait dû aux tensions entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche, qui était venus pour en découdre. Que la police n’aurait fait que s’interposer, que l’on aurait affaire à deux bandes d’extrémistes incontrôlables aux idées nauséabondes.

Cette stratégie n’est pas une surprise et elle s’insère dans une dynamique nationale. Déjà à Lyon une semaine avant, après les incidents qui avaient eu lieu suite à une manif d’identitaires et de néonazes (agressions racistes, agressions de militants). Ces événements avaient été réduits à une guéguerre entre extrémistes fascistes et antifascistes. Les agressions racistes étant traitées de manière superficielle dans la majorité de la presse officielle. Toutes les violences ont été placées sur le même plan, sans aucune distinction entre les agressions des fascistes et les militants qui se sont défendus lorsque les fafs ont essayé de les agresser.

Le pouvoir en place cherche vraisemblablement à exacerber les rivalités entre la gauche radicale, les libertaires, et l’extrême-droite. Cela pour affaiblir les deux camps et pouvoir réprimer tout ceux qui feront des faux pas d’un côté comme de l’autre. Cela intervient dans un climat social potentiellement tendu, une période de crise qui voit se propager les mouvements sociaux en Europe (dernièrement en Espagne) et autour de la Méditerranée. Ces mouvements sont liés à la dégradation des conditions d’existence imposée par la restructuration du capitalisme néolibéral. En fRance un mouvement important (malheureusement trop bien canalisé par les syndicats) contre la reforme du système de retraites à eu lieu à l’automne dernier. L’approche des élections de 2012 offre un peu de répit dans le train des reformes, mais n’influera pas sur son exécution. Dans ce contexte pré-électoral où l’extrême-gauche et les libertaires se présentent comme une alternative valable quand la gauche comme la droite ont échoué à améliorer le quotidien des gens. La critique radicale de l’État et du capitalisme apparaît comme dangereuse, le gouvernement ne veut pas risquer de la voir s’implanter durablement dans les esprits. Le déclenchement d’un mouvement social d’ici à la Présidentielle pourrait faire perdre le pouvoir à la droite (la gauche ne vaut au final pas mieux). Pour éviter cela, le pouvoir, par le biais de la presse officielle, tente de renvoyer d’une part l’extrême-gauche et les libertaires, et d’autre part l’extrême-droite dos à dos ; comme deux pôles inverses qui s’annuleraient. Le parti au pouvoir qui pourtant fait son beurre sur des thèmes chers à l’extrême-droite, comme l’immigration ou l’insécurité espère même passer pour un parti de modérés et conserver le pouvoir en 2012. Même si quelques « dommages collatéraux » doivent être blessés ou tués lors d’agressions fascistes. Mais cela représente pour nos chers dirigeants un petit prix à payer pour conserver leur royaume.

Il est nécessaire de prendre acte de cette instrumentalisation de l’extrême-droite par le pouvoir, et de ne pas rentrer dans une guéguerre stérile. Nos ennemis ne sont pas des groupuscules marginaux de crânes rasés mais bien l’État, le capitalisme et tous ceux qui nous empêchent de vivre en nous enfermant dans la survie. L’antifascisme en tant que projet politique est absolument stérile, et n’est porteur d’aucune de nos aspirations. Il enferme dans des conflits vains et fait le jeu des pires alliances, il conduit à la reproduction des structures de dominations et de spécialisations que nous combattons. Nous préférons nous concentrer sur nos vrais ennemis, et tenter de nous émanciper plutôt que de nous enfermer dans une guéguerre avec des groupuscules minoritaires.

Il est néanmoins nécessaire de mettre en pratique des stratégies d’autodéfense face, aux possibles attaques des nervis d’extrême-droite ; et de tisser des liens entre nous pour que personne ne se sente isolé et ne cède à la pression et de l’extrême-droite et de la police.

Quelques éclaircissements :

Pour finir, quelques mises au point, rapport aux mensonges colportés par la presse officielle.

Nous défendons le droit de chacun à disposer de son corps, et à construire ou déconstruire son genre comme il l’entend. On ne répétera jamais assez que les pratiques dites « LGBT », font partie intégrante de la sexualité au même titre que les pratiques dites « hétérosexuelles » et ne sont ni plus ni moins naturelles les unes que les autres. Et que le sexisme et l’homophobie ne sont que l’héritage de près de 2000 ans de religions réactionnaires et phallocentrées.

Nous nous sommes vus traiter d’extrémistes en vue de nous discréditer. La seule chose qui peut paraître extrême aux bourgeois c’est notre radicalité. Par cela nous entendons notre capacité à identifier et attaquer les causes de nos maux à la racine : entre autres l’État, le capitalisme, et toutes les structures de dominations. Nous entendons vivre comme nous le désirons, seul.e.s ou ensemble. Pour cela nous refusons tout compromis avec ceux qui voudraient nous représenter en détournant le pouvoir qui réside en chacun de nous à leur seul profit. Pas de compromis non plus avec ceux pour qui tout a un prix et qui entendent bien nous faire trimer pour se remplir les poches, pendant ce que l’on ne peut décemment appeler vie lorsque l’on est soumis au travail salarié.

Nous sommes rassemblés sur une base au minimum anti-autoritataire, nous refusons la domination entre les personnes sous toutes ses formes. Le racisme, l’homophobie, le sexisme, et la reproduction de toute forme de structure de domination, passent par chacun.e de nous. C’est à chacun.e d’essayer de s’en affranchir soi-même et de lutter contre au quotidien. Il ne tient qu’à chacun.e d’essayer de construire des situations où chacun.e sera maître de lui/elle-même et où l’aliénation disparaîtra.

Nos idées sont dans toutes les têtes, c’est à chacun.e de les trouver et de les mettre en œuvre pour libérer les territoires de sa vie quotidienne.

La volonté de chaque individu contient plus de puissance qu’une bombe H.

Ensemble nous ferons trembler leur monde, puis nous danserons sur ses ruines encore fumantes.

Des Anarchistes – 29 mai 2011.

Marseille : le scandaleux internement d’un enfant de neuf ans

Il est enfermé depuis une semaine dans un service psychiatrique pour adultes

4 murs, un lit scellé ou un simple matelas, dans une cellule verrouillée, sans angle mort: c'est dans une chambre d'isolement de ce type qu'a été placé Pierre, 9 ans. Photo f. speich

« Inadmissible ! », disent les psychiatres. « Inhumain ! », disent les soignants. « Scandaleux! », dit la direction de l’AP-HM, qui a saisi l’Agence régionale de santé (ARS) d’une alerte sanitaire à propos de Pierre*. Pourtant, depuis une semaine, rien ne bouge pour cet enfant de 9 ans qui tourne en rond entre quatre murs, dans une cellule de quelques mètres carrés entièrement vide et fermée à clé.

Une prison ? Non, une des « chambres d’isolement » du service psychiatrique pour adultes de la Conception. Des locaux sécurisés, verrouillés, meublés d’un lit scellé qui, d’ordinaire, ne sont utilisés qu’en dernier recours, pour contenir des malades jugés dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres patients.

« Des conditions proches de la maltraitance »

Alors comment cet enfant se retrouve-t-il bouclé, seul, sans aucune action éducative ni affective, dans des conditions « proches de la maltraitance » qui révoltent les soignants du service ? Aussi inouï que cela paraisse, c’est officiellement pour sa « protection » que ce gamin se voit imposer cette « incarcération » dont on ignore quand et comment elle prendra fin. « Depuis plusieurs années, Pierre, qui souffre de lourds troubles psychiatriques, est déplacé d’une institution à l’autre », explique l’un des nombreux pédopsychiatres qui l’ont suivi. Diagnostiqué dépressif à 5 ans, puis hyperactif, l’enfant peut se montrer violent et a déjà fait plusieurs fugues.

Dans la région, aucune structure ne peut (ou ne souhaite) l’accueillir. Aussi, en mars 2010, après une nouvelle crise, un premier internement a été ordonné par le juge. Pierre, alors âgé de 8 ans, est placé à l’hôpital Valvert, pourtant dénué d’unité d’hospitalisation complète pour enfants. « La nuit, Pierre tournait dans le secteur adulte au milieu des malades psychiatriques. Parmi les agents de l’hôpital, de bonnes âmes se sont mobilisées pour qu’il y ait toujours un adulte à ses côtés », racontait alors un infirmier de Valvert à La Provence. Pierre finit par sortir de cet hôpital où il n’avait pas sa place.

À nouveau, il est baladé d’institution en institution. Jusqu’au 20 mai dernier où, en pleine crise, il est transporté, sanglé sur un brancard, aux urgences pédiatriques de la Conception.

Alerte sanitaire

Par mesure de protection, à nouveau, le juge ordonne son internement dans le service. Mais où, mais comment ? À la Conception, et plus largement à Marseille, il n’existe aucune structure pour l’hospitalisation psychiatrique des moins de 12 ans. L’Agence régionale de santé ne veut rien savoir : « Il s’agit d’une décision de justice. Il appartient à l’établissement de prendre les meilleures dispositions. »

C’est ainsi que, faute de mieux, Pierre est transféré au pôle psychiatrique adultes de la Conception. Pour le protéger des autres malades, l’AP-HM a dû se résoudre à ce placement en cellule. L’alerte sanitaire envoyée à l’ARS semblant devoir rester lette morte, la direction de l’AP-HM a convoqué aujourd’hui « une réunion de toutes les parties prenantes médicales et institutionnelles afin de trouver une solution pérenne pour cet enfant », indique Christian Rossi, secrétaire général de l’AP-HM.

Le juge qui a ordonné le placement pourrait participer aux échanges. L’ARS en revanche a fait savoir qu’elle ne serait pas représentée : « Il s’agit d’un problème d’ordre médical qui doit être réglé au sein de l’assistance publique. »

* Le prénom a été changé

Pas de places pour les patients difficiles

À plusieurs reprise déjà, le syndicat Sud Santé s’est insurgé contre la présence de mineurs dans des services pour adultes. « Sur la région marseillaise, il n’existe aucune structure d’hospitalisation complète pour les enfants*. Quant aux ados, l’Espace Arthur de La Timone et la futur maison de l’adolescent de l’hôpital Salvator ont bouffé tous les crédits ! » proteste Gérard Avena, délégué Sud.

Or, à en croire Pierre Tribouillard, secrétaire fédéral FO Santé, « l’Espace Arthur sélectionne les patients. les cas les plus difficiles sont refusés. On ne sait pas que faire de ces jeunes patients ». Dans les années 80 pourtant, l’hôpital Édouard-Toulouse (15e) disposait de 80 lits pour des mineurs. Ces structures ont toutes été fermées car on a estimé, à juste titre, que la place des adolescents n’était pas à l’hôpital psychiatrique.

Reste que les jeunes patients, désormais suivis en ambulatoire, ne sont pas à l’abri d’une crise, nécessitant une hospitalisation temporaire. Pour répondre à ce besoin, un projet d’une unité de 15 lits, avait été lancé par l’hôpital Édouard-Toulouse. L’établissement avait même acquis un terrain. Mais, au final, les autorités sanitaires ont préféré confier l’autorisation à une clinique privée. Là encore, d’après Pierre Tribouillard, « cet établissement sélectionne les patients en laissant sur le carreau les cas les plus difficiles ».

* Seules structures pour enfants en Paca : l’hôpital Lanval à Nice (9 places), centre de Pierrefeu dans le Var (10 places) et 7 places rattachées à l’hôpital Montfavet dans le Vaucluse.

Sophie Manelli, La Provence, 27/05/2011