Archives mensuelles : janvier 2012

Circulaire Guéant : « une honte, une stupidité, une infamie »

Parrainages d’étudiants étrangers contre « l’infamie » de la circulaire Guéant

Une cérémonie publique de parrainages d’étudiants étrangers, auxquels il a été refusé de travailler en France, a été organisée mardi dans un amphithéâtre bondé de l’université Panthéon-Sorbonne, pour aider des étudiants victimes de la circulaire Guéant, considérée comme « une infamie ».

« Cette circulaire, même ravalée, c’est une honte, une stupidité, une infamie », a déclaré Pierre Rosanvallon, professeur au collège de France, en parrainant le Guinéen Souleymane Salma Diallo dont le refus de permis de travail, contre lequel il a déposé un recours, a été suivi d’un ordre d’expulsion.

« Je trouve cette histoire absolument stupide, c’est contre la raison et inique. Il n’y a pas à hésiter, il faut être absolument contre et engagé », a affirmé l’historienne des femmes Michelle Perrot, en parrainant Zeinab Benslimane, une Marocaine de 24 ans qui a perdu un emploi décroché dans les assurances.

« Tous ces étudiants sont des victimes qui ont besoin d’être aidées dans leurs démarches », a résumé Fatma Chouaieb, porte-parole du collectif du 31 mai, à l’origine de ces parrainages avec des universitaires et chercheurs signataires d’une pétition contre la circulaire.

Les autres parrains sont notamment le prix Nobel de physique Albert Fert, l’actrice et réalisatrice Tonnie Marshall, les présidents d’université Vincent Berger (Paris-7 Diderot), Patrice Brun (Bordeaux-3) et Yves Lecointe Nantes) ou encore l’essayiste Caroline Fourest, très applaudie.

Faute d’emploi, les étudiants étrangers parrainés ont, pour beaucoup, évoqué des problèmes de ressources.

« Je viens de lâcher mon logement fin décembre, je suis hébergé chez mon cousin en attendant… je ne sais pas bien quoi », a témoigné Adama Baba Corera, Mauritanien et consultant en informatique, parrainé par le mathématicien Michel Broué.

Les présidents d’universités présents ont particulièrement relevé « l’incohérence » de la circulaire avec la politique d’enseignement supérieur menée par le gouvernement.

Des étudiants ne peuvent rester travailler en France alors que certains présidents d’universités vont bientôt défendre devant un jury international leur projet d' »initiative d’excellence » (Idex), ces futurs campus de taille mondiale dont un des critères est justement « l’attractivité internationale », a relevé M. Berger.

« On vit une époque schizophrène », a ajouté le président de Paris-7, parrain de la Russe Ekaterina Tyunina qui avait décroché un emploi dans une grande banque.

Les présidents de Bordeaux-3 et Nantes ont eux rappelé que la loi LRU d’autonomie de 2007 avait donné comme nouvelle mission aux universités l’insertion professionnelle.

« Or cette circulaire scélérate interdit désormais aux étudiants étrangers d’avoir cette insertion professionnelle. On est là dans l’incohérence absolue », a commenté M. Brun.

Les ministres concernés ont proposé la semaine dernière un nouveau texte pour « lever les malentendus » de la circulaire Guéant, mais universités, grandes écoles et étudiants n’en sont pas satisfaits.

AFP, 10 janvier 2012

Pôle Emploi : la violence et l’ennui

Pôle Emploi : la violence et l’ennui

En décembre 2008, en pleine crise, l’Assedic et l’ANPE fusionnaient pour devenir Pôle Emploi. Nous prévoyions que les usagers seraient les premiers à pâtir de cette opération bâclée ; ce fut le cas. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est l’ampleur du changement en termes de management pour les 50 000 agents de Pôle Emploi. L’établissement n’a su répondre aux angoisses de ses employés que par un durcissement féroce dans la gestion des ressources humaines [1].

La parole s’est libérée au sein de Pôle Emploi. Personne ne sursaute lorsque la hiérarchie traite les syndicalistes de fainéants, les agents en grève de débiles profonds [2], les seniors de vieux (vieilles) [3]. Cette violence verbale et organisationnelle pose question. Il n’y a plus de barrières, le harcèlement a aujourd’hui droit de cité. Les plus agressifs des cadres se sentent autorisés à renvoyer sur leurs subordonnés la pression qu’ils sont incapables de gérer.

L’agent de base est comptable de ses résultats, isolé, surresponsabilisé. Il a son portefeuille de demandeurs d’emploi et d’entreprises, ses dossiers d’indemnisation. C’est sur lui seul que repose la charge, non sur le collectif. Paradoxalement, enfermé dans un planning qui découpe ses actes professionnels en procédures de type industriel, il n’a plus aucune marge de manœuvre. Ses rares moments d’autonomie sont suspects. La demi-journée hebdomadaire de fermeture au public doit être rentabilisée de la première à la dernière minute. Il n’y a plus une miette d’organisation individuelle. L’agent doit s’acquitter de tâches planifiées par l’équipe de direction, et en rendre compte personnellement en fin de journée. La confiance a totalement disparu. L’infantilisation, l’asservissement sont la règle. Il ne s’agit plus de chercher des solutions pour l’usager, mais de réajuster des chiffres de production afin d’atteindre les objectifs fixés aux encadrants.

Bien que tout espace d’initiative ait été supprimé, le contrôle s’est renforcé. Le « reporting », compréhensible lorsque l’individu dispose d’une certaine autonomie, n’est plus que du simple flicage. On demande à l’agent de justifier des écarts de réalisation entre lui et ses collègues. On le renvoie à ses résultats chiffrés, sans référence aux moyens dont il dispose. Or, tous les rapports depuis des mois pointent le manque criant de ressources à Pôle Emploi. Le contrôle s’opère, entre autres, lors d’entretiens de suivi d’activité, inscrits dans le plan de prévention des risques psychosociaux. Présentés par la direction comme des espaces de dialogue, ces entretiens managériaux se révèlent être des huis clos stressants entre le responsable d’équipe et son agent. Sans cadre et sans compte-rendu, ils permettent toutes les outrances. A tour de rôle, chacun se voit comparé aux autres, sans prise en compte du réel travail effectué auprès des usagers, et sans mesure de ses compétences acquises.

Les victimes sont le plus souvent des agents en poste en structure (direction régionale, départementale). Leur force de travail n’étant pas directement liée à la production de chiffres, ils sont plus facilement écartables. Des personnes qui ont des années d’ancienneté, des compétences autrefois reconnues sur des dossiers pointus, se retrouvent devant un téléphone silencieux, une boîte mail déserte. Ce sont souvent des cadres, dont le nombre pose problème. La fusion a mécaniquement généré des doublons en réunissant les agences et les directions. Qu’il s’agisse d’une mesure vexatoire ou que leur poste ait été supprimé, ces cadres se retrouvent privés de leurs tâches, écartés des réunions, sans informations, oubliés. Le placardisé se voit contraint d’aller mendier une occupation quotidienne, pendant que son voisin de bureau croule sous le travail. Personne ne demandera son aide, personne ne partagera rien avec lui, de peur de se retrouver soupçonné de collusion. Très vite, l’agent tourne en rond, se déqualifie et déprime. Ses acquis professionnels deviennent obsolètes, et de placard en placard, il finira par partir, tomber malade ou démissionner, au grand soulagement de ses collègues et de ses supérieurs.

Que faire de ce triste constat ? Une institution qui permet ces pratiques est toxique pour l’ensemble de ses membres, et préjudiciable à ses usagers. Si elle ne génère pas encore des processus assumés de casse du personnel, comme France Telecom, elle prend un chemin qu’il sera très difficile de faire à rebours. Est-ce une politique de fond ou un épiphénomène lié à la fusion ? Qu’importe, les dégâts sont commis, et certains sont irréversibles. Pour les agents de Pôle Emploi, confrontés à une violence institutionnelle sans précédent, mais aussi pour les demandeurs d’emploi.

Un établissement qui ne respecte pas sa propre force de travail a perdu le sens de sa mission. Il n’a aucune raison de respecter ses usagers, placés en position de faiblesse et contraints d’accepter toutes les dérives [4].

Quid des forces de refus en interne ? Si Pôle Emploi travaille à éradiquer la notion même de collectif, ce n’est pas un hasard. La convention collective est un facteur de division supplémentaire entre agents de droit public et agents de droit privé. Les cultures syndicales de l’ANPE et de l’Assedic sont aux antipodes. Seules des actions sporadiques ou individuelles voient le jour. Alors que le chômage atteint un niveau record en 2011, et que les prévisions sont pires pour 2012, la question est pourtant cruciale : quel service public les agents de Pôle Emploi pourront-ils encore offrir aux sans-emploi de demain ?

Patricia Apicella, Porte-parole régionale de Solidaires SUD emploi Midi-Pyrénées


Mémoire : 10 jan­vier 1998 : Les chô­meurs inves­tis­sent l’ancienne ANPE de la presqu’ile qu’ils trans­for­ment en squat social lyon­nais

Tuyaux : Pôle emploi : Convocation pour « entretien téléphonique », pas de sanction possible ; Et quelques conseils pour faire face aux radiations, au suivi…

Notes :

[1] C’est à la remise en cause de ce management productiviste, des deux côtés du guichet, entendent eux aussi s’attaquer que les mouvements de chômeurs voir cette Lettre ouverte de quelques précaires aux conseillers de Pôle Emploi.

[2] À propos des grèves dans les Pôle, voir Grève à Pôle emploi lundi 4 janvier : À La Courneuve, le collectif n’en peut plus ainsi que Pourquoi la grève à Pôle emploi – CFDT, CFTC, CGT, SNU Pôle emploi FSU, Solidaires Sud emploi

[3] Poussés dehors et contraints à chercher un emploi, c’est la retraite des précaires, voir Comme Maryvonne à Brest, va falloir pointer à Pôle emploi à 80 piges et Retraite : à 95 ans, je n’aurai pas mes trimestres

[4] À propos du fonctionnement de Pôle emploi en matière de droits des précaires, Moi, personne quelconque de nationalité de hasard, déclare avoir été témoin des faits suivants, des témoignages produit lors d’un récent procès pour « Outrage à Pôle emploi » (sic).

Les désirs ne chôment pas… mais l’adoption du RSA donne le la, voir Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère.

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence d’accueil et d’information sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap@cip-idf.org

Permanence précarité
Adressez témoignages, analyses, questions à permanenceprecarite@cip-idf.org

Les lundi de 15h à 17h30
à la CIP, 13 bd de Strasbourg, M° Strasbourg Saint-Denis
Tel 01 40 34 59 74

La coordination a dû déménager pour éviter une expulsion et le paiement de 100 000 € d’astreinte. Provisoirement installés dans un local municipal exigu, nous vous demandons de contribuer activement à faire respecter l’engagement de relogement pris par la Ville. Il s’agit dans les temps qui viennent d’imposer un relogement qui permette de maintenir et développer les activités de ce qui fut un centre social parisien, alors que le manque de tels espaces politiques se fait cruellement sentir.

Pour contribuer à la suite :
• faites connaître et signer en ligne Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde.
• indiquez à accueil@cip-idf.org un n° de téléphone afin de recevoir un SMS pour être prévenus lors d’action pour le relogement ou d’autres échéances importantes et urgentes.

CIP-IDF, 10 janvier 2012

[Nancy] Les keufs répriment une performance anti-pub

[Antisoldes] La police travaille à Nancy

Des sucettes à l’eau

Ils n’ont pas réussi leur défi. Des étudiants des Beaux-Arts comptaient coller 48 peintures, dessins et affiches perso sur les abribus et sucettes Decaux de la rue Saint-Jean. Une action antipub et anti-consommation dans le but de se réapproprier l’espace urbain comme lieu d’exposition le premier samedi de soldes.

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Mais, parvenus au Point Central sous une pluie battante, un fourgon, une voiture et deux agents de la brigade anticriminalité (BAC) arrivés à la Starsky et Hutch sur la voie du tram ont stoppé nette la manifestation artistique.

Une interruption musclée qui a fait tomber à l’eau la fête bon enfant. Les forces de l’ordre ont vérifié l‘identité des jeunes artistes alignés contre le mur et traités comme des bandits. Idem pour le photographe du journal sommé de montrer carte de presse et pièce d’identité.

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A la poubelle

Si les étudiants sont restés calmes, la grogne est vite montée chez usagers du tram — bloqué — qui s’impatientaient sous l’abribus. « Vous en avez pour longtemps ? Je prends mon service à 16 h au CHU. Je n’y serai jamais », trépigne une dame. « Dix minutes… ou une heure », réplique l’agent. « Vous pourriez au moins garer vos véhicules ailleurs, c’est incroyable », s’agace un piéton aussitôt remballé par un : « Ne nous empêchez pas de faire notre travail ». Le ton monte. « Vous feriez mieux d’être présents sur les agressions en ville le samedi soir ! »

Après avoir relevé chaque identité, les policiers ont récupéré la trentaine d’affiches non-scotchées et les ont jetées en boule dans une poubelle sous les yeux des étudiants, médusés. « Maintenant, amusez-vous », ont-ils lancé aux jeunes avant de remonter dans les trois véhicules.

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« De l’art éphémère »

L’action avait pourtant démarré dans le calme et la bonne humeur pour la vingtaine d’étudiants.

Ils s’étaient donné rendez-vous à 14h15 en haut de la rue Saint-Jean avec leur gros scotch et affiches roulées sous le bras. Fiers et heureux. Certains avaient travaillé dessus pendant trois semaines.

Organisés, ils devaient couvrir les 48 sucettes de l’artère jusqu’à la cathédrale, filmés par Malik. « C’est la première fois qu’on expose au grand jour », se réjouissait Simon, en 3e année. « Avant, on collait la nuit mais au petit matin, nos œuvres avaient disparu avant d’être vues. »

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Un premier groupe de quatre avait ouvert sans forcer l’abribus de la place Maginot, pour y scotcher « Vous entrez en zone de réaction » peint en lettres noires, refermé la vitre et descendu l’artère noire de monde. Incognito.

Direction la sucette à l’angle de la rue Notre-Dame. De nombreux passants s’arrêtaient, regardaient s’afficher une magnifique peinture avec des oiseaux, félicitaient les jeunes artistes. Une maman expliquait à sa fille : « Tu vois, ils cachent la pub, c’est pour lutter contre la société de consommation. C’est de l’art éphémère ».

Beaucoup trop éphémère.

Leur presse (Corinne Baret-Idatte, EstRepublicain.fr), 8 janvier 2012.

[Lausanne] Les keufs saccagent le squat La Montgolfière

Lausanne : les flics foutent un gros merdier au squat de la montgolfière

A 8h30, ce matin, les flics sont entrés de force dans le squat de la Montgolfière, situé à l’avenue Louis Ruchonnet depuis le 20 novembre 2011 face au refus des habitants de leur ouvrir la porte. Le prétexte : un mandat de condamnation, et un autre, de perquisition/identification suite à une plainte de la propriétaire. 5 personnes ont été arrêtées.

Quatre habitants sont montés sur le toit et ne sont redescendus qu’aux alentours de midi. Entre temps, des amis sont venus apporter leur soutien, en gambadant autour de la dite « maison aux volets bleus » (c.f médias bourgeois).

Les flics se sont surpassés dans la destruction de ce lieu de vie et d’activités en arrachant notamment les portes d’entrée, en défonçant/retournant/jetant des canapés, des bancs, etc.., ou encore en déracinant des plantes. Des mezzanines des chambres à coucher ont été abattues, des liquides douteux maculent les matelas et finalement le sol de chaque étage est encombré de débris.

Au sous-sol, les flics ont sorti deux guitares de leur housse pour les briser, de la peinture et d’autres liquides sucrés ont été déversés sur du matériel audio. En bref, il ne s’agissait pas pour les flics de perquisitionner des objets potentiellement illégaux, mais bel et bien de détruire l’intérieur de la maison.

A l’heure actuelle, 5 personnes sont au poste de flics de Saint-Martin, à Lausanne, depuis environ 9h00 du matin. Elles sont retenues en garde-à-vue.

Solidarité avec le squat de la Montgolfière !

Le Réveil – Lausanne, 10 janvier 2012

ENS – Elite de la Nation Sexiste

Sexisme, homophobie, racisme… ou paillardise à Normale Sup ?

Pacôme et Rachel – les prénoms ont été modifiés – sont deux étudiantes de l’Ecole normale supérieure (ENS) de la rue d’Ulm, dans le Ve arrondissement de Paris.

Elles ont envoyé une lettre ouverte à Rue89 et à d’autres médias pour dénoncer les violences verbales et physiques, sexistes, homophobes et racistes que plusieurs normalien(ne)s auraient subies au cours de soirées organisées par leurs camarades.

Rien de bien nouveau au royaume des grandes écoles (dont certaines de journalisme). Mais l’ENS… précurseur et moteur dans les études féministes, de genre, sur l’homosexualité…

[lire la suite ici]

Rue 89, Renaud Février, 10 janvier 2012