Archives mensuelles : janvier 2012

L’horreur industrielle : les élevages de poulets

Manger du poulet industriel peut-il provoquer des maladies graves ?

Une étude de l’association environnementale allemande Bund (la branche locale des Amis de la Terre) vient encore de montrer les problèmes sanitaires qui apparaissent dans la filière industrielle de la volaille. L’organisation a fait analyser en laboratoire 20 échantillons de poulet frais achetés en décembre dans cinq supermarchés et discounters (dont Lidl) de Berlin, Hambourg, Cologne, Nuremberg et de la région de Stuttgart. Les pièces de poulets provenaient des plus grands groupes d’élevage industriel du pays. Les résultats sont inquiétants : plus de la moitié des échantillons contiennent de sympathiques germes résistants aux antibiotiques, comme les staphylocoques dorés ou des bactéries intestinales pathogènes (de type E.coli).

En cause : l’emploi massif d’antibiotiques dans l’élevage industriel du pays. En novembre dernier, une étude du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (établie sur 182 exploitations) soulignait que 96 % des élevages industriels de poulet utilisaient des antibiotiques, avec jusqu’à huit molécules différentes. Selon une analyse du ministère de l’agriculture de Basse-Saxe, 83 % des élevages industriels de poulets examinés employaient des antibiotiques, 77 % des élevages de porc. L’association Bund demande au gouvernement allemand une réglementation claire pour réduire l’emploi des antibiotiques dans la filière. Objectif : deux fois moins d’antibiotiques d’ici 2015 dans l’élevage.

- L’étude du Bund
- L’étude du Land de Rhénanie-du-Nord
- L’étude du ministère de l’agriculture de Basse-Saxe

Basta mag, Rachel Knaebel, 10 janvier 2012

ndPN – sur l’horreur des élevages concentrationnaires de poulets, voir aussi cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/kGJYBlaBh50OGJxUm4#from=embed

… ou encore celle-ci (à partir de 3:30′) : http://www.youtube.com/watch?v=TYtvkaNEJ1o&feature=fvwrel

L’ignominieux Guéant toujours plus bas de front

A trois mois de la présidentielle, Guéant durcit le ton sur l’immigration

Claude Guéant, qui s’est flatté mardi d’avoir atteint ses objectifs sur l’immigration, a singulièrement durci le ton, annonçant un record d’expulsions, souhaitant une forte baisse de l’admission régulière et établissant de nouveau un lien avec la délinquance.

En 2011, 32.922 étrangers ont été expulsés contre un objectif de 28.000, résultat « jamais atteint », selon le bilan présenté par le ministre de l’Intérieur, trois mois avant la présidentielle, au moment où il est la cible des attaques sur le sujet de la candidate frontiste Marine Le Pen.

Même si les effets de la révolution du Jasmin se sont fait sentir (5.000 Tunisiens expulsés et 4.000 visés par des procédures), Claude Guéant compte poursuivre cette tendance, se fixant un objectif de 35.000 pour 2012.

« Contrairement à ce qu’affirme un parti politique qui dit se préoccuper beaucoup d’immigration, le nombre de titres de séjour n’est pas supérieur à celui enregistré lorsque la gauche était au pouvoir », a répondu le ministre à la présidente du FN qui l’a accusé de « publicité mensongère ».

M. Guéant a fait état de 182.595 premiers titres de séjour l’an dernier contre 189.455 en 2010, soit une baisse de 3,6%. L’immigration professionnelle a baissé de 26% sur un an, l’immigration familiale de 14%.

« Ce satisfecit a quelque chose de dérangeant », a réagi le député socialiste, François Rebsamen.

L’immigration régulière reste dans son collimateur. Claude Guéant entend revenir au niveau des années 1990, avec 150.000 entrées par an, un chiffre qui sera fixé après un débat annuel au Parlement, a-t-il proposé demandant des « propositions réalistes » à la gauche.

La France compte environ trois millions d’immigrés en situation régulière (2.908.000 personnes avaient un titre de séjour en 2009, dont 2.350.000 venant d’un pays hors UE). 278.000 étudiants étrangers étaient inscrits en 2010/2011.

Pour « renforcer notre régulation de l’immigration », M. Guéant actionnera les leviers de la lutte contre les flux irréguliers, de la naturalisation, du regroupement familial et du droit d’asile, selon lui, « détourné par des demandes formulées à des fins d’immigration économique ».

« Nous devons continuer à mieux contrôler l’accès à la nationalité française » et « amplifier nos efforts de réforme de l’immigration familiale », a-t-il préconisé en citant la fraude au mariage.

En revanche, M. Guéant s’est prononcé contre la suppression de la double nationalité souhaitée par le FN et une partie de l’UMP, la droite populaire. Mais, a-t-il insisté, « il faut que les étrangers que nous accueillons s’intégrent ».

Le durcissement des conditions d’accès à la nationalité a produit une baisse de 30% des naturalisations par décision de l’autorité publique, de 94.500 en 2010 à 66.000 en 2011. Le nombre d’acquisitions par le mariage est stable à 22.000.

Le ministre a par ailleurs expliqué sur RMC-BFMTV que le taux de délinquance, chez la population étrangère en France, était « de deux à trois fois supérieur ».

En décembre, Claude Guéant avait appelé de ses voeux des « mesures spécifiques » sur la délinquance commise par des étrangers, avec la possibilité de priver de titre séjour un étranger qui se rendrait coupable d’un délit grave, dès lors qu’il vit en France « depuis peu de temps » et qu’il n’y a « pas d’attache familiale ». Il avait alors réfuté qu’il s’agisse d’un retour à la double peine abolie par Nicolas Sarkozy.

Comme cela avait alors été annoncé par le ministre, une proposition de loi sur la délinquance portée par des députés UMP et incluant des mesures sur les étrangers, devrait être très rapidement déposée, a-t-on appris de source proche du dossier.

Selon les derniers chiffres officiels, 137.098 étrangers ont été mis en cause pour des crimes et délits non routiers hors infractions à la législation sur les étrangers en 2010, soit 13% du gros million de personnes ayant eu maille à partir avec les forces de l’ordre.

AFP, 10 janvier 2012

[Cameroun] Emeute des ouvriers de la société sucrière du Cameroun

[Guerre sociale] Emeute des ouvriers de la Sosucam à Mbandjock (Cameroun)

Saint Sylvestre. Un gendarme tué dans une émeute à Mbandjock

Suite à un mouvement de revendication d’une gratification de fin d’année, des émeutes ont émaillé la ville sucrière du Cameroun. Un gendarme y a trouvé la mort.

La ville de Mbandjock est encore quadrillée par les forces de l’ordre. Des renforts en gendarmes et policiers venus de Yaoundé ont pu ramener le calme dans cette bourgade située à une centaine de kilomètres de la capitale. « Nous avons eu des sueurs froides ici. La ville était sens dessus dessous. Et c’était une espèce de névrose populaire. Grâce à Dieu, le calme est revenu, et nous espérons que la situation va définitivement revenir à la normale à la Sosucam, principal théâtre des émeutes », nous a confié au téléphone un habitant de Mbandjock.

Selon nos informations, il s’est agi d’un mouvement d’humeur spontané initié par certains ouvriers de la Sosucam, principalement les agents d’exécution. Le mouvement d’humeur serait parti d’une revendication d’une habituelle gratification de la direction générale de l’usine de la Société sucrière du Cameroun à ses ouvriers. En effet, chaque fin d’année, la direction générale de la Sosucam donne à chacun de ses ouvriers, notamment ceux des catégories inférieures, un kilogramme de viande de bœuf d’une valeur numéraire de 2500 Fcfa, pour la fête du passage au nouvel an. Cette année encore, le même principe a été retenu. Mais il se trouve que la direction générale de la Sosucam aurait décidé d’octroyer cette gratification non plus en nature comme d’habitude, mais plutôt de mettre la somme de 2500 Fcfa qui correspond à un kilogramme de bœuf dans les salaires du mois de janvier 2012. Informés, les ouvriers des deux usines Sosucam de Mbandjock et Nkoteng ont tout de suite marqué leur désaccord. La plupart des employés auraient voulu que la somme correspondant à la gratification d’un kilogramme de bœuf, à savoir l’équivalent de 2500 Fcfa, leur soit remise directement en espèce avant la date du 30 décembre 2011.

Sentant monter la tension, les responsables de l’usine Sosucam de Nkoteng ont tout de suite ouvert un dialogue avec les ouvriers en répondant à leur exigence. Mais ce ne fut malheureusement pas le cas pour l’usine Sosucam de Mbandjock où les responsables auraient minimisé la revendication et le mouvement d’humeur né de cette situation qui a gagné en intensité le 30 décembre 2011 en journée.

Face à la détermination des responsables de l’usine qui semblaient sourds aux revendications, des ouvriers déchaînés auxquels se seraient mêlés des vandales ont alors pris d’assaut le foyer de l’entreprise, où ils auraient tout pillé avant d’y mettre le feu. Les délégués du personnel et les responsables syndicaux qui ont essayé d’appeler au calme auraient risqué le lynchage. C’est le cas notamment du nommé Alouna Mveh Théophile. Ce responsable syndical venu calmer ses camarades et collègues déchaînés, n’a eu la vie sauve que grâce à des servantes du foyer qui l’auraient caché sous des casiers de bière. Et très vite son évacuation ainsi que celle des membres de sa famille.

Après le foyer, nos sources indiquent que les émeutiers se sont rendus à la cité des cadres où ils auraient tout pillé avant d’aller vider le domicile de Foayen Foayen Dieudonné, directeur des plantations. Ce haut dirigeant de la Société sucrière du Cameroun n’aurait eu la vie sauve que parce que les émeutiers ne l’ont pas trouvé à son domicile. En tout cas après avoir bloqué l’usine, les émeutiers ont organisé la chasse aux cadres et autres agents de maîtrise à travers la ville. Du coup, une situation de grave tension généralisée pendant tout le week-end de la fête du nouvel an s’est installée.

Au moment où nous mettions sous presses, on signalait la mort d’un gendarme noyé dans la piscine de la cité des cadres dans des conditions encore mal élucidées. Affaire à suivre.

Leur presse (Le Messager), 3 janvier 2012.

[Poitiers] 160 intermittents menacés par la préfecture de se retrouver sans structure

Les Dix Doigts serrent les poings

Deux producteurs de spectacles du Poitou-Charentes sont en passe de perdre leur licence, sans comprendre pourquoi après 16 ans, ils sont ainsi menacés.

A la compagnie des Dix Doigts, on réfléchit à la suite.

 

A la compagnie des Dix Doigts, on réfléchit à la suite. – (Photo Patrick Lavaud)

Comme nous l’indiquions ces derniers jours, la compagnie poitevine les Dix Doigts a reçu une lettre du Préfet lui indiquant qu’il avait « décidé de suivre l’avis formulé à l’unanimité » par la commission consultative de la licence d’entrepreneur du spectacle. Un avis défavorable pour le renouvellement d’une licence reconduite tous les 3 ans depuis 16 ans, pour, indique la lettre « graves manquements aux obligations d’employeur (travail dissimulé, employeur de substitution) ». Il lui reste quelques jours pour « présenter ses observations » avant de recevoir l’avis définitif.

«  Il n’y a pas eu de fraude  »

Les Dix Doigts ont fait appel à une avocate parisienne qui « conteste le fait qu’on parle de graves manquements », rapporte Jean-Paul Colombo, le fondateur des Dix Doigts. « On est un peu désemparé. Nous pensons être de bonne foi, il n’y a pas eu de fraude [] Les 160 intermittents n’ont plus de structure. Qu’est-ce qu’on leur propose ? «  C’est pas mon problème  », m’a répondu ce haut responsable de Pôle Emploi lors de la commission. Ils veulent notre disparition sans se soucier des conséquences. Mais derrière ces artistes, il y a des familles. Nous sommes pris de vitesse, il faut que nous mettions rapidement en place une structure de remplacement. »
De son côté, Anne Guiriec, déléguée régionale du syndicat Sydcar-Synavi, « trouve scandaleux que le préfet indique «  avis formulé à l’unanimité  ». Notre représentant s’y était opposé et a proposé qu’on laisse six mois aux Dix Doigts pour se retourner. Ce qui a été refusé. Il y a eu un débat et, après coup, d’autres personnes ont indiqué qu’elles retiraient leur vote [] Nous vivons une grande contradiction : d’un côté, les tutelles nous demandent de mutualiser nos moyens, d’un autre, quand il y a un vrai collectif, comme Les Dix Doigts, où les artistes s’entraident, partagent un lieu de répétition, etc., on tape dessus ! »

«  Que veulent-ils ?  »

Par ailleurs, la société Sonotek, basée en Charente-Maritime a subi le même sort, suite à cette même commission du 15 décembre. Sonotek est une SARL depuis sa création il y a 16 ans, avec deux permanents, dont le gérant, Cyril Renard, et 800 contrats d’intermittents chaque année. « On me parle de code du travail. Je le respecte à 100 %, mais c’est Pôle Emploi qui change tout le temps les règles. C’est tordu ! Que veulent-ils ? Arrêter tous les producteurs ? N’importe quelle autre entreprise aurait la possibilité de se défendre, du temps pour se retourner. Nous, on nous empêche de travailler du jour au lendemain. Nous faisons 2,5 millions de chiffre d’affaires, dont la moitié revient à l’État. Si je me bats, c’est pour leur montrer tout l’argent que je ne leur donnerai plus ! Je ne sais pas s’ils font un bon calcul. »
Claudine Trougnou, directrice (par intérim) des Affaires culturelles (Drac) indique : « Ils ont huit jours pour utiliser leur droit de réponse. Qu’ils saisissent les instances qui les ont interpellés et qu’ils montrent les démarches qu’ils ont entreprises depuis huit jours, argumentent, corrigent leurs erreurs. La situation peut évoluer. Les membres de la commission sont prêts à les accompagner à se remettre d’aplomb, pour qu’ils reprennent une compagnie en état de marche. Nous sommes un service public et pouvons leur donner conseils. Ils peuvent aussi aller à la rencontre de la direction du travail… »

Nouvelle République, Marion Valière Loudiyi, 10 janvier 2012

OGM : un procès symbolique à Poitiers

OGM : un procès symbolique à Poitiers

Le 15 août 2008, des « faucheurs » étaient intervenus à Civaux et Valdivienne dans des champs de maïs OGM.

 

Le 15 août 2008, des « faucheurs » étaient intervenus à Civaux et Valdivienne dans des champs de maïs OGM. – (Photo archives)

Le nouveau procès, en appel, de huit faucheurs volontaires à Poitiers ce vendredi, donne l’occasion aux militants anti-OGM d’organiser manifestations et débats. Ce d’autant plus que les trois témoins cités par la défense de José Bové et de ses sept co-prévenus sont trois « vedettes » des médias, qu’il s’agisse de l’essayiste Stéphane Hessel, auteur du best-seller « Indignez vous ! », du biologiste Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, ou du professeur Jacques Testart, « père » scientifique du premier bébé-éprouvette français.

Aux militants du Collectif Vigilance OGM de Poitou-Charentes, organisateur de cette conférence et des manifestations et débats du lendemain, se sont joints plusieurs organisations plus ou moins proches de la mouvance écologiste, de l’UFC Que Choisir aux Amis de la Terre, en passant par la Confédération paysanne, la Biocoop, Vienne Agrobio et Greenpeace.
« Ce procès, explique Jacques Pasquier, l’un des leaders nationaux de la Confédération paysanne, intervient dans un contexte nouveau. Le 8 décembre a été votée une loi sur les semences qui instaure une contribution volontaire obligatoire à tous les utilisateurs de semences. » Aux termes de cette loi, tout jardinier et a fortiori tout agriculteur va devoir verser au créateur de la semence des royalties, même s’il sème des graines qu’il a produites lui-même.
Autre thème d’une actualité brûlante : le débat en cours sur les « plantes mutées » : il s’agit de plantes dont le patrimoine génétique a été modifié par des moyens chimiques ou physiques sans transfert de gènes extérieurs, comme dans le cas des OGM. Ces plantes mutées (actuellement certains tournesols et prochainement des colzas) ne font l’objet d’aucun encadrement légal.
Enfin, les anti-OGM se montrent très inquiets des conséquences d’un arrêt pris par le Conseil d’État en novembre et qui annule le moratoire des cultures et essais d’OGM décidé précédemment par la France. En théorie, rien n’empêche plus aujourd’hui des producteurs de se ruer dans la brèche et commencer à cultiver des plantes génétiquement modifiées. Le gouvernement a certes promis une riposte rapide à cette décision mais dans l’attente, l’inquiétude s’installe.
Tous ces sujets devraient alimenter les débats de ce jeudi.

Nouvelle République, Vincent Buche, 10 janvier 2012