Archives mensuelles : janvier 2012

Anonymous : le site de l’immigration piraté

Anonymous : le site de l’immigration piraté

Le site Internet du Sécrétariat général à l’immigration est piraté. Les Anonymous avaient mis en garde le gouvernement.

L’adresse url http://immigration.gouv.fr/ explique que le service est indisponible «bloqué par un virus». Des membres des Anonymous disent avoir prévenu «le gouvernement d’une faille importante sur son site».

Aussi, le site ne répond pas et met en garde le visiteur du site qu’un « un virus émanant de votre système a été détecté » et invite à contacter « l’administrateur système ».

MCEtv, 29 janvier 2012

Réchauffement climatique : prévisions alarmantes pour la production mondiale de blé

Les effets négatifs du réchauffement sur le blé largement sous-évalués

Les effets néfastes des températures extrêmes sur le vieillissement du blé sont largement sous-évalués, ce qui rend d’autant plus préoccupant le réchauffement climatique prévu dans les décennies à venir, avertit une étude.

Récolté chaque année sur plus de 220 millions d’hectares, le blé est la ressource agricole la plus cultivée dans Le Monde. Mais cette céréale est adaptée aux climats tempérés et les températures élevées peuvent l’affecter à différents stades de son développement, réduisant notamment le nombre de grains portés par un épi et/ou la taille de ces grains.

Au-delà de 30°C, la chaleur peut notamment endommager les feuilles et les mécanismes de la photosynthèse, ce qui accélère le processus de vieillissement du blé (« sénescence »), explique l’étude publiée dimanche dans la revue Nature Climate Change.

Même avec l’utilisation de variétés de blé adaptées, les fluctuations de température peuvent considérablement affecter les rendements d’une année sur l’autre. Selon une simulation récente effectuée en Australie, des températures supérieures de 2°C à la moyenne aboutiraient à un rendement deux fois plus faible que durant les années où les températures sont inférieures de 2°C à la moyenne, à pluviosité constante.

Soupçonnant que les modèles agricoles les plus courants peinaient à prendre correctement en compte ces paramètres, David Lobell, de l’Université américaine de Stanford, et ses collègues ont étudié la situation dans l’une des régions les plus productrices de blé du monde, la Plaine du Gange située dans le Nord de l’Inde.

Grâce à neuf années d’observations satellites de la zone et une modélisation informatique complexe, ils estiment qu’une augmentation de la température de 2°C réduirait en moyenne de neuf jours la saison durant laquelle le blé peut se développer par photosynthèse.

Mais deux modèles de simulation agricole couramment utilisés en agronomie (CERES et APSIM) n’aboutissent, pour les mêmes paramètres, qu’à une saison raccourcie de six à trois jours respectivement. Dans certains cas, l’un de ces modèles annonce même une saison plus longue en cas de réchauffement de 2°C, souligne l’étude, pour qui ce résultat est nécessairement « erroné ».

Selon l’étude, le « rendement médian » du blé dans la Plaine du Gange se trouverait réduit de 20% dans un scénario de réchauffement de 2°C, contre seulement 10% à 14% dans les modèles agricoles APSIM et CERES standards.

« Ces résultats impliquent que le réchauffement climatique représente un défi encore plus important pour la culture du blé que les simulations précédentes ne le suggéraient. L’efficacité des réponses à apporter dépendra de leur capacité à réduire la sensibilité des cultures aux journées très chaudes », concluent les auteurs.

L’objectif officiel que s’est donnée la communauté internationale est de limiter à +2°C la hausse de la température moyenne de la Terre d’ici la fin du 21e siècle par rapport à l’ère pré-industrielle. Mais faute d’un effort accru pour réduire les gaz à effet de serre, Le Monde est pour l’instant engagé sur la voie d’une hausse de 3,5° du thermomètre mondial.

AFP, 29 janvier 2012

[Israël] Soutien international à Igor Bakal !

Face à la répression d’Etat, aidez notre camarade Igor Bakal !

Les anarchistes russophones et israéliens font appel aux anarchistes de tous les pays et tout simplement aux personnes non indifférentes.

 

Chers camarades !

Notre camarade, Igor Bakal (Israël), connu de nombreux militants des mouvements sociaux russophones sous le nom d’Egor Joyeux et aux activistes israéliens – comme Igal Levin, a besoin de votre soutien.

Anarchiste-communiste, suivant la voie de sa conscience et de ses convictions, il a décidé de refuser de servir dans l’armée israélienne et d’être par la suite envoyé dans la bande de Gaza…

Igor est moralement  prêt pour résister à la répression que l’Etat israélien exercera à son égard.

Mais… ayant purgé 4 ans en tant qu’officier dans l’armée israélienne, où il a participé à la deuxième guerre du Liban et à l’opération « Plomb Durci », il y a été décoré.  Paradoxalement, ce sont ces faits de sa biographie qui suscitent particulièrement la colère chez les bureaucrates d’Etat, et la décision d’Igor peut être qualifiée non comme un refus d’effectuer son service militaire (ce qui entraînerait la sanction d’emprisonnement de 3 mois à 3 ans), mais comme un acte de trahison, ce qui engendrera une détention beaucoup plus longue.

Il a urgemment besoin d’un avocat, pour lequel ni Igor ni sa famille, ni ses camarades n’ont pas d’argent.

Si vous voulez apporter une aide financière à notre camarade Igor, contactez-nous à cette adresse :
troyes@federation-anarchiste.org

Vous pouvez aider également, en organisant des rassemblements de solidarité devant l’ambassade israélienne de votre pays.

Nous vous prions de diffuser ces informations au niveau international pour organiser une campagne de soutien à Igor.

C’est la seule façon d’aider notre camarade !

______________________________________________
Anarchist Black Cross SRS-U (ABC Union des Socialistes Révolutionnaires, Ukraine),
MSA (Union Internationale des Anarchistes),
Front anarcho-communiste « Edinstvo »
(en français, “Unité”), Israël

Traduction : liaison de Troyes de la Fédération Anarchiste,

source : http://revsoc.org/archives/8343
Contact : troyes@federation-anarchiste.org

A titre d’information, ci-dessous nous présentons le programme du groupe anarcho-communiste israélien Front anarcho-communiste « Edinstvo » dont Igor Bakal est membre actif. 

 Programme du Front
anarho-communiste « Edinstvo »


1. Front anarho-communiste« Edinstvo »
Le Front anarcho-communiste « Edinstvo » (appelé ci-dessous plus simplement « Edinstvo », « Unité » en fr., NdT) est une section de la M.S.A. (Union Internationale des anarchistes) au Proche-Orient. Les activités de ce groupe couvrent l’ensemble du territoire d’Israël et des territoires sous l’autonomie palestinienne (Cisjordanie). La raison principale de la création de notre organisation était la volonté de faire renaître le mouvement anarchiste organisé (éteint dans les lointaines années quatre-vingt du siècle dernier) et mobiliser des anarchistes convaincus (ayant connaissance des idées anarchistes) au Proche-Orient.

2. Principes et objectifs
Notre objectif principal est de construire la société sur les principes de liberté, d’autogestion, d’auto-organisation, de solidarité, et de fédéralisme. Réunir des gens autour de ces principes devrait constituer une base solide pour le libre et complet développement de chaque individu. «Edinstvo» suit et promeut les principes tels que: absence du pouvoir et de la coercition, liberté d’associations, entraide, diversité, égalité, fraternité. L’objectif principal de « Edinstvo » est de consolider nos efforts pour accélérer le développement du mouvement anarchiste et des mouvements sociaux afin de contribuer à la naissance du communisme libertaire (fondé sur des soviets, sans Etat). Celui-ci devrait naître au cours du processus évolutif et révolutionnaire lorsque des associations autogestionnaires et des conseils (unions, communes, coopératives, institutions et entreprises – industrielles, scientifiques, culturelles, etc.) domineront dans la société.

3. Buts prioritaires
1. Association avec des anarchistes convaincus (ayant connaissance des idées anarchistes).
2. Aide aux mouvements sociaux, aux communes, aux associations.
3. Aide humanitaire aux couches nécessiteuses de la population.
4. Action directe : différentes actions, marches, manifestations, grèves, sabotages, etc.
5. Préparation des bases pour la révolution sociale au Proche-Orient.
6. Lutte contre le fascisme sous toutes ses formes et manifestations.
7. Création des coopératives, communes et conseils ouvriers.
8. Diffusion des idées anarchistes par la parole et par les actes.

Courriel de la liaison Troyes de la Fédération Anarchiste, 29 janvier 2012

[Davos] Ion Proton, mascotte nécrotechnologique du bal des vampires

La recherche médicale a bon dos, quand on sait qu’en France 2 millions de personnes (soit 3% de la population) ont déjà leur ADN inscrit dans le fichier policier FNAEG. « L’innocence » importe peu, refuser un prélèvement d’ADN peut coûter cher – même en cas de relaxe pour les faits reprochés.

Ce fichier, créé à l’origine pour ficher les criminels sexuels, est désormais incrémenté à quasiment chaque passage en garde à vue. Sauf pour les délits financiers bien sûr : bourgeois dormez tranquilles… Avec cette nouvelle mascotte des saigneurs de ce monde, Big Brother a de beaux jours devant lui.

A Davos, une machine pour décoder le génome individuel en quelques heures

C’est la révélation de Davos, une lueur d’espoir dans un océan de morosité: une machine miracle qui permet de décrypter le génome humain en quelques heures et pourrait révolutionner les soins.

Le Ion Proton, machine permettant de décoder rapidement l'ADN , est présenté le 11 janvier 2012 à Las Vegas, aux Etats-Unis.

Le Ion Proton, machine permettant de décoder rapidement l’ADN , est présenté le 11 janvier 2012 à Las Vegas, aux Etats-Unis.

 

Au Forum économique mondial, le Ion Proton a été présentée pour la première fois en Europe par son créateur l’Américain Jonathan Rothberg, un biotechnicien de 48 ans, directeur général de Ion Torrent Systems, propriété de la société américaine Life Technologies qui produit le Ion Proton.

Grâce à cette machine permettant de décoder rapidement l’ADN d’un individu grâce à des puces à semi-conducteurs, les malades n’auront plus besoin d’attendre des semaines pour savoir s’ils ont un cancer et les médecins sauront immédiatement de quelles maladies ils souffrent, ce qui leur permettra de choisir le type de thérapie adaptée, d’éviter des retards préjudiciables ou, pire, des erreurs, et de sauver des vies.

Plus tard, des chercheurs dans les pays en développement pourront grâce à cette machine identifier de nouveaux virus ou vérifier la qualité de l’eau.

Et la police scientifique pourra rechercher le profil ADN d’un suspect aussi rapidement que dans les séries policières télévisées et les militaires sur le terrain pourront identifier les corps de leurs compagnons d’armes ou de leurs ennemis.

A Davos où la finance internationale fait grise mine, Rothberg a été accueilli comme une rock star de la science.

« C’est un génie. Je veux acheter ses machines », s’enthousiasme Sami Sagol, un neuroscientifique israélien qui soutient la recherche.

« J’étais Assis à côté de lui lors du dîner. Il est époustouflant », dit un jeune banquier qui a trouvé les débats scientifiques du Forum plus attrayants que les sujets économiques.

Rothberg, bonnet de ski sur la tête et chemise rayée aux couleurs vives, explique que sa trouvaille permet de passer de la tâche laborieuse du séquençage du génome humain à l’ère des puces à semi-conducteurs.

Sans fausse modestie, il compare cette révolution à celle qui a permis de passer du gros ordinateur occupant toute une salle au PC à usage domestique. Il prédit qu’un jour, le Ion Proton actuellement de la taille d’une photocopieuse, pourra être réduit et transporté à la main comme les ordinateurs portables.

« C’est la première machine qui permet de séquencer le génome entier d’un individu pour moins de 1.000 dollars et en deux heures », a-t-il dit dans une interview à l’AFP à Davos.

« Auparavant, elles pouvaient coûter plus d’un demi-million de dollars et cela prenait des semaines pour avoir les informations sur votre génome », dit-il. Le génome d’un individu est l’ensemble du matériel génétique codé dans son ADN. Chaque individu a un génome unique.

« Le Ion Proton est destiné à la recherche pour découvrir de nouveaux gènes dans les maladies du cancer, de l’autisme ou des diabètes », explique-t-il encore.

« Mais il est aussi destiné à la médecine clinique pour être certain que l’on donne le bon traitement à la bonne personne et pour aider à diagnostiquer les maladies chez les nouveaux-nés », ajoute Jonathan Rothberg.

Les échantillons d’ADN sont introduits dans une puce de 2,5 cm, puis dans le Ion Proton, à l’instar d’une carte Sim dans un téléphone portable, et deux heures plus tard, le code génétique peut être déchiffré dans sa totalité.

« Quand mon fils Noah est né, il a été immédiatement emmené aux soins intensifs car il avait des difficultés à respirer. J’ai réalisé alors que j’étais moins intéressé par le génome humain en tant que concept abstrait que par celui de mon propre fils », raconte-t-il. « Il me fallait une technologie adaptée. Et pendant qu’il était en soins intensifs, j’ai eu l’idée des puces à semi-conducteurs ».

Noah s’est rétabli. Il n’avait pas une maladie génétique en fin de compte. Mais une fois que le Ion Proton sera utilisé communément dans les hôpitaux, d’autres parents attendront moins longtemps d’être fixés sur le sort de leur enfant.

AFP, 29 janvier 2012

[Grèce] Où, quand et comment naît la rupture ?

[Chroniques grecques] N° 3 : Où, quand et comment naît la rupture ?

Athènes.

En parcourant les rues de la capitale athénienne, nous n’avons pas retrouvé cette perception maintenant courante de la situation grecque : pas d’explosions de bombes par attentats à tous les coins de rue, pas d’émeutes omniprésentes anarchistes et/ou populaires, pas de siège policier de l’école polytechnique, bastion historique des anarchistes révolutionnaires.

Mais un innommable chaos. Le chaos capitaliste établie en norme, en loi, en ordre. Une jungle éclatée où des centaines de groupes de migrants et chômeurs, munis de caddies, dépècent avec méthode chaque poubelle afin de trouver de quoi survivre. Une salariée d’un petit hôtel à proximité de la gare confirme ce que beaucoup de camarades nous avaient déjà signalé : la fuite, le chacun-pour-soi, la débandade chaotique. Tandis que 170’000 industries, usines et lieux de travail dans tout le pays ne paient déjà plus leurs salariés, ouvriers et employés, soit plus de 1’200’000 travailleurs concernés, que 1’000’000 de chômeurs parcourent sans repères des rues hostiles où se déchaînent de nouvelles formes de violences sociales, d’agressions, de dépouillages, voire de lynchages, plus de 5000 jeunes grecs d’environ 25 ans ont déjà fuit le pays en désintégration, vers l’Allemagne, l’Angleterre, ou les États-Unis. Alors que le gouvernement parle officiellement de 20% de chômage, beaucoup nous confirment qu’il y a en réalité entre 45 et 55% de chômage. Des familles déchirées par la misère, des individus broyés et abandonnés à l’épuration sociale, des jeunes déracinés et envoyés sur les routes des pays « encore riches », voilà la nouvelle norme du régime capitaliste en « restructuration » : une bourgeoisie qui se cache avec insolence derrière les patrouilles permanentes de brigades Delta dans les grandes avenues, une middle-class qui s’acharne à donner le change, à faire comme-si, à ne pas voir l’évidence de sa prolétarisation et de sa situation commune avec les couches déjà officiellement et publiquement laissées à la stricte extermination sociale.

Où, quand et comment naît le point de rupture ? Jusqu’à quand la population va-t-elle subir, encaisser, recycler la violence sociale extrême qui la pousse dans les caniveaux de la rue ? D’un pays déjà au bord du gouffre, l’angoisse du « on ne sait pas ce qui va se passer », « quelle sera la suite », les autres peuples européens restent incapables d’anticiper l’irrémédiable rouleau compresseur qui va également et inexorablement s’abattre sur eux. La logique capitaliste du « lui mais pas moi » pousse à la folie, au désespoir qui cherche un bord solide où s’accrocher, sans voir que ce bord lui-même est en pleine chute libre.

Un camarade nous raconte qu’il est ouvrier dans une usine de papiers, une grande industrie de production. Il y a encore deux ans, son lieu de travail comptait 40 ouvriers. Aujourd’hui ils ne sont plus que sept et cette semaine, par défaut de paiement de la part du patron, la banque a saisi les machines et fait fermer l’usine. Le patron a fui en Bulgarie pour relancer son business, quant aux sept ouvriers restants, ils se retrouvent à leur tour à la rue, comme les 36 autres licenciés un par un depuis deux ans. Les sept ouvriers se sont réunis et ont décidé d’empêcher la saisie des machines par les « vautours » de la banque et vont tenter dans les prochains jours de se les réapproprier pour continuer la production et redistribuer directement les profits entre eux. Cette tentative de réappropriation autogestionnaire, avant d’être celle-ci, est une tentative de survie qui cherche une solution dans une perspective collective : voilà une des formes de fracture « dans les consciences » dont beaucoup parlent, où face à l’abandon du peuple à lui-même et condamné à la mort sociale, il n’y a plus rien à attendre ni espérer d’autre que de soi-même. Et recréer une force à partir de soi-même, une autonomie collective, est un défi bien plus terrible que de fuir tout bonnement le pays à la recherche d’un travail en Allemagne ou aux États-Unis.  Durant les derniers mois, on compte encore 50’000 personnes qui ont migré des centres urbains vers les campagnes et les villages, où des Coopératives tentent de se créer pour une production et redistribution agricole locale et directe, avec un partage des profits et richesses. Ébauche encore une fois qui tente de faire ses preuves face à la désintégration totale.

Simultanément, une nouvelle forme de colonialisme capitaliste se concrétise : les moyens de communications ont été rachetés par une industrie allemande, le célèbre Pirée (port d’Athènes) a été racheté par des industries et actionnaires chinois, l’Acropole et autres sites sacrés et antiques sont aux enchères et la proie des actionnaires mondiaux. Même au sein des grands sièges de banques et ministères nationaux grecs, ce sont encore des actionnaires et conseillers allemands qui décident et imposent leur diktat pour tirer des profits pour le compte de l’Allemagne. Toutes les grandes industries de production et de distribution sont strictement mises en faillite, seules les industries pour l’exportation sont encore soutenues financièrement par l’État. Les écoles n’ont plus ni professeurs ni bouquins d’étude pour les enfants, les universités sont en phase d’application d’une loi de privatisation drastique, les hôpitaux n’ont plus de médicaments ni d’effectifs faute de moyens : c’est le retour à un régime féodal esclavagiste où une grande majorité de la population n’a plus accès ni à l’éducation ni à la santé, où il faut batailler pour avoir un toit et de l’électricité, et s’entre-déchirer pour avoir quelques nourritures dont les denrées les plus vitales sont tout bonnement inaccessibles.

Seul l’État anticipe avec méthode la nécessité de contenir les possibles troubles à venir, qui peuvent survenir par la moindre étincelle, car autant l’apathie et la résignation forcée accable le peuple grec que la moindre mèche allumée peut entraîner le brasier le plus incontrôlable. Les institutions sont toujours plus autoritaires et militarisées, fermées et cloisonnées, la police devient une force quasi autonome pour le maintien de l’ordre, cet ordre qui n’est autre que le Chaos érigé en Norme de sur-vie.

Seul le quartier d’Exarchia semble préserver et même développer une certaine solidarité collective, une force particulière où se mêlent migrants, sans-papiers, chômeurs et familles, avec les milliers de camarades qui sécurisent autant que possible la zone des raids policiers. Assemblées et réunions sont régulières pour libérer une parole populaire et horizontale en vue d’échafauder des perspectives collectives de renversement.

L’ordre des marchands se recycle sur la destruction de vies humaines, et avec une insistance acharnée se répète sans écho la terrible interrogation : où, quand et comment naît le point de rupture ? Comment changer la peur de camp ? Comment délimiter notre propre camp et lui donner une force offensive afin de créer des structures autogestionnaires et horizontales pour remplacer les organes de santé et d’éducation détruits et anéantis par le broyeur du Capital ? Comment créer des outils collectifs à échelle locale afin de renverser l’ordre des marchands qui appelle au travail en le détruisant, à substituer nos propres critères de vie aux leurs de survie ?

Certaines places et parcs sont occupés par des centaines de chômeurs et migrants à la rue, anéantis par la drogue et le marché noir, qui se développe comme en temps d’occupation et par lequel quelques commerçants malins développent un capitalisme de rue, un business de  mort où les exclus deviennent des « zombies » comme on se l’entend dire, des silhouettes silencieuses défigurées par la misère et qui survivent au jour le jour, sortant le couteau pour quelques pièces ou une cigarette.

Le chaos social érigé en ordre civilisateur par le capitalisme ne peut que pousser à une situation de guerre, et nombreux sont ceux qui pensent que les prochains mois, avec le déclassement généralisé et l’esclavagisme officialisé, le peuple manifestera dans la rue armes à la main. Beaucoup craignent ou attendent simplement avec une froide logique ce type d’affrontements sanglants, comme élément intégré dans ce chaos social érigé en Norme ou bien comme élément déclencheur du renversement des peurs. Beaucoup de travailleurs ont également l’œil tourné vers ces courageux ouvriers des grandes industries d’aciérie en grève sauvage illimitée depuis plusieurs semaines, qui ont le soutien officiel des syndicats et groupes de gauche mais ne doivent compter que sur eux-mêmes pour tenir et développer des caisses de grève, comme pour voir « si c’est possible », possible de tenir, possible de se serrer les coudes, possible de vaincre le diktat de la bourgeoisie et du Capital assassins.

Où, quand et comment naît la rupture ?

28 janvier 2012.

Vu sur le Jura Libertaire