Archives mensuelles : avril 2012

[Elections] Et le gagnant est…

Voici le visage du grand gagnant des élections présidentielles :

Sinon, tout près de chez toi,

à deux rues de là,

il y a aussi des personnes qui galèrent comme toi, que tu ne connais pas encore, que tu as déjà croisées peut-être, qui tissent des liens pour changer leurs vies ; à leur échelle certes, mais pour de vrai – pas du haut d’une tribune.

Des gens d’ici et d’ailleurs qui se mobilisent pour le droit d’habiter ici sans se faire contrôler et rafler au coin de la rue.

Des qui s’organisent pour manger, se loger, se chauffer, se soigner.

Des qui bousculent les morales à la con pour avoir le droit de s’aimer.

Des qui relèvent la tête, au taf ou au chômage, pour faire valoir leurs droits, tes droits.

Des qui se retrouvent pour discuter d’égal.e à égal.e, qui s’organisent sans chef, qui agissent et inventent sans attendre le messie ou l’élu.e, qui préfèrent vivre debout plutôt que de dépérir à genoux.

Des qui traduisent leurs désirs en actes ensemble, plutôt qu’isolé.e.s devant le patron, le flic, le prof, la machine et l’écran.

Des qui voudraient bien le faire avec toi, si tu voulais bien sortir un peu de chez toi pour agir avec d’autres, ensemble et sans intermédiaires.

Nos solidarités, nos paroles et nos vies sont trop grandes pour entrer dans un isoloir, trop vivantes pour s’enterrer dans une urne.

A bientôt ?

de futur.e.s ami.e.s

[Poitiers] Un citron pour avocat

Il prend un citron comme avocat !

Un drôle d’avocat…

 Il l’avait dit. Il l’a fait ! Hier matin, Soris, un sans-abri taquin de 20 ans, était convoqué au tribunal pour un vol alimentaire commis au magasin Noz de Châtellerault. C’était en septembre. Le jeune homme n’avait pas d’avocat. Pas les moyens, dit-il. Hier, dans un café proche du palais de justice, un barman lui avait alors donné… un citron vert. Soris est parti avec, maquillant le fruit d’un nez, d’une bouche et de deux yeux. « C’est mon avocat », indique-t-il. A la barre, devant le juge, il pose le fruit à ses côtés. « C’est quoi ? », l’interroge le président. « Mon avocat », rétorque Soris. « Ah non, Monsieur, vous vous êtes trompé de fruit ! » « Je n’avais pas les moyens d’avoir un avocat », répète Soris. Il a été condamné à un mois de prison avec sursis. Le président a gardé le fruit !

Nouvelle République, 21 avril 2012

[La Roche sur Yon] Du bruit devant le meeting ps en Vendée

du bruit devant le meeting ps en vendée

Plus de flics que de manifestants mais y’a eu du bruit quand même

Comme promis, on était présent devant le meeting du ps, le 20 avril, à la roche sur yon. Ce n’a pas été facile d’avancer jusqu’aux portes (15/20 flics en tenue, 9 fourgons de gardes mobiles et quelques baceux). Un clin d’œil aux paysans, qui malgré l’appel très mou et consensuel de leur confédération, ont décidés de forcer le passage pour aller interpeler les militants du ps. Et une bise aux copain/nes de la ZAD qui sont venus gueuler leur rage avec nous.

Dans le 85 et le 79, les réseaux étoffent et on prévient déjà Vinci, Ayrault, le PS et tous leurs copains que partout où ils iront, on y sera avec notre dégout du monde qu’il nous impose, nos bidons, nos pétards, nos fumis et notre rage.

A bientôt

Indymedia Nantes, 21 avril 2012

ndPN : des photos sur Indymedia Nantes

«L’élection, ce n’est pas la démocratie»

Rancière : «L’élection, ce n’est pas la démocratie»

LES ENTRETIENS DE L’OBS. A la veille de l’élection présidentielle, le philosophe s’interroge sur les limites de la démocratie représentative et s’insurge contre la confiscation du pouvoir du peuple.

Le Nouvel Observateur L’élection présidentielle est généralement présentée comme le point culminant de la vie démocratique française. Ce n’est pas votre avis. Pourquoi?

Jacques Rancière Dans son principe, comme dans son origine historique, la représentation est le contraire de la démocratie. La démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale de tous. Et son mode normal de désignation est le tirage au sort, tel qu’il se pratiquait à Athènes, afin d’empêcher l’accaparement du pouvoir par ceux qui le désirent.

La représentation, elle, est un principe oligarchique: ceux qui sont ainsi associés au pouvoir représentent non pas une population mais le statut ou la compétence qui fondent leur autorité sur cette population: la naissance, la richesse, le savoir ou autres.

Notre système électoral est un compromis historique entre pouvoir oligarchique et pouvoir de tous: les représentants des puissances établies sont devenus les représentants du peuple, mais, inversement, le peuple démocratique délègue son pouvoir à une classe politique créditée d’une connaissance particulière des affaires communes et de l’exercice du pouvoir. Les types d’élection et les circonstances font pencher plus ou moins la balance entre les deux.

L’élection d’un président comme incarnation directe du peuple a été inventée en 1848 contre le peuple des barricades et des clubs populaires et réinventée par de Gaulle pour donner un «guide» à un peuple trop turbulent. Loin d’être le couronnement de la vie démocratique, elle est le point extrême de la dépossession électorale du pouvoir populaire au profit des représentants d’une classe de politiciens dont les fractions opposées partagent tour à tour le pouvoir des «compétents».

Lorsque François Hollande promet d’être un président «normal», lorsque Nicolas Sarkozy se propose de «rendre la parole au peuple», ne prennent-ils pas acte des insuffisances du système représentatif?

Un président «normal» dans la VeRépublique, c’est un président qui concentre un nombre anormal de pouvoirs. Hollande sera peut-être un président modeste. Mais il sera l’incarnation suprême d’un pouvoir du peuple, légitimé pour appliquer les programmes définis par des petits groupes d’experts «compétents» et une Internationale de banquiers et de chefs d’Etat représentant les intérêts et la vision du monde des puissances financières dominantes.

Quant à Nicolas Sarkozy, sa déclaration est franchement comique: par principe, la fonction présidentielle est celle qui rend inutile la parole du peuple, puisque celui-ci n’a qu’à choisir silencieusement, une fois tous les cinq ans, celui qui va parler à sa place.

Mettez-vous la campagne de Jean-Luc Mélenchon dans le même sac?

L’opération Mélenchon consiste à occuper une position marginale qui est liée à la logique du système: celle du parti qui est à la fois dedans et dehors. Cette position a été longtemps celle du Parti communiste. Le Front national s’en était emparé, et Mélenchon essaie de la reprendre à son tour. Mais dans le cas du PCF cette position s’appuyait sur un système effectif de contre-pouvoirs lui permettant d’avoir un agenda distinct des rendez-vous électoraux.

Chez Mélenchon, comme chez Le Pen, il ne s’agit que d’exploiter cette position dans le cadre du jeu électoral de l’opinion. Honnêtement, je ne pense pas qu’il y ait grand-chose à en attendre. Une vraie campagne de gauche serait une dénonciation de la fonction présidentielle elle-même. Et une gauche radicale, cela suppose la création d’un espace autonome, avec des institutions et des formes de discussion et d’action non dépendantes des agendas officiels.

Les commentateurs politiques rapprochent volontiers Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en les accusant de populisme. Le parallélisme est-il fondé?

La notion de populisme est faite pour amalgamer toutes les formes de politique qui s’opposent au pouvoir des compétences autoproclamées et pour ramener ces résistances à une même image: celle du peuple arriéré et ignorant, voire haineux et brutal. On invoque les pogroms, les grandes démonstrations nazies et la psychologie des foules à la Gustave Le Bon pour identifier pouvoir du peuple et déchaînement d’une meute raciste et xénophobe.

Mais où voit-on aujourd’hui des masses en colère détruire des commerces maghrébins ou pourchasser des Noirs? S’il existe une xénophobie en France, elle ne vient pas du peuple, mais bien de l’Etat lorsqu’il s’acharne à mettre les étrangers en situation de précarité. Nous avons affaire à un racisme d’en haut.

Il n’y a donc pas de dimension démocratique dans les élections générales qui scandent la vie des sociétés modernes?

Le suffrage universel est un compromis entre les principes oligarchique et démocratique. Nos régimes oligarchiques ont malgré tout besoin d’une justification égalitaire. Fût-elle minimale, cette reconnaissance du pouvoir de tous fait que, parfois, le suffrage aboutit à des décisions qui vont à l’encontre de la logique des compétents.

En 2005, le Traité constitutionnel européen fut lu, commenté, analysé; une culture juridique partagée s’est déployée sur internet, les incompétents ont affirmé une certaine compétence et le texte a été rejeté. Mais on sait ce qu’il advint! Finalement, le traité a été ratifié sans être soumis au peuple, au nom de l’argument: l’Europe est une affaire pour les gens compétents dont on ne saurait confer la destinée aux aléas du suffrage universel.

Où se situe alors l’espace possible d’une «politique» au sens où vous l’entendez?

L’acte politique fondamental, c’est la manifestation du pouvoir de ceux qui n’ont aucun titre à exercer le pouvoir. Ces derniers temps, le mouvement des «indignés» et l’occupation de Wall Street en ont été, après le «printemps arabe», les exemples les plus intéressants.

Ces mouvements ont rappelé que la démocratie est vivante lorsqu’elle invente ses propres formes d’expression et qu’elle rassemble matériellement un peuple qui n’est plus découpé en opinions, groupes sociaux ou corporations, mais qui est le peuple de tout le monde et de n’importe qui. Là se trouve la différence entre la gestion – qui organise des rapports sociaux où chacun est à sa place – et la politique – qui reconfigure la distribution des places.

C’est pourquoi l’acte politique s’accompagne toujours de l’occupation d’un espace que l’on détourne de sa fonction sociale pour en faire un lieu politique: hier l’université ou l’usine, aujourd’hui la rue, la place ou le parvis. Bien sûr ces mouvements n’ont pas été jusqu’à donner à cette autonomie populaire des formes politiques capables de durer: des formes de vie, d’organisation et de pensée en rupture avec l’ordre dominant. Retrouver la confiance en une telle capacité est une oeuvre de longue haleine.

Irez-vous voter?

Je ne suis pas de ceux qui disent que l’élection n’est qu’un simulacre et qu’il ne faut jamais voter. Il y a des circonstances où cela a un sens de réaffirmer ce pouvoir «formel». Mais l’élection présidentielle est la forme extrême de la confiscation du pouvoir du peuple en son propre nom. Et j’appartiens à une génération née à la politique au temps de Guy Mollet et pour qui l’histoire de la gauche est celle d’une trahison perpétuelle. Alors non, je ne crois pas que j’irai voter.

Nouvel Obs, Propos recueillis par Eric Aeschimann, 20 avril 2012

Bulletin noir

ndPN : on a reçu ce mail fort sympathique, qui peut donner des idées !

Promeneurs du dimanche ou militants anti-élections non démocratique ?

Le non- vote,

Il y a des tas de gens qui analysent le non vote, le vote blanc , le vote gribouillé…

On explique à notre place, ce que l’on a voulu exprimer à travers un papier blanc, un non papier ou un non vote.

J’en ai marre qu’on me dise d’aller voter blanc si je veux pas qu’on me compte parmi les gens qui ont juste préféré aller se promener ce dimanche parce que j’en aurais soit disant « rien à faire » et que je porte un désintérêt à ce qui se décide dans le pays où je vis aujourd’hui.

Non j’en ai pas rien à faire, j’ai envie que des choses changent, j’ai envie d’une vrai égalité, j’ai envie de pouvoir m’exprimer !

Alors ce dimanche, mon vote sera présent mais je ne voterai pas blanc parce que c’est, à mes yeux exprimer un désaccord uniquement avec les partis représentés et non un désaccord avec le système d’élections en lui-même.

Je veux que les gens qui passeront et qui voteront voient ce papier différent, qu’ils se demandent pourquoi il y a ce papier noir dans l’urne.

Si on parvient à glisser un papier derrière son enveloppe, s’il passe dans l’urne, il ne pourront pas l’enlever, si on passe tous un papier noir dans l’urne alors peut-être ça posera une question différente, les gens verront qu’on peut aussi s’exprimer autrement.

On sera plus des promeneurs du dimanche mais des papiers noirs parmi des papiers blanc…

Soledad