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L’Europe à l’heure des élections

L’Europe à l’heure des élections

Les élections européennes se déroulent dans un contexte d’austérité croissante. Chaque jour nous subissons les effets de la crise provoquée par les transformations du capitalisme global.
Les gouvernements, les États et les structures supranationales, telles que la Communauté européenne, contestent les droits et attaquent les conditions de vie qui ont été acquises par des années de luttes, de façon à promouvoir le capitalisme et à s’assurer que les grandes entreprises et les banques ne paient pas le prix de la situation qu’elles ont elle-même créée. Parmi les problèmes auxquels nous sommes confrontés, il y a :
• Le chômage, lié en particulier aux privatisations et aux délocalisations.
• La privatisation des principaux services publics, avec pour conséquence une offre garantie seulement à ceux qui en ont les moyens et une faible qualité de services.
• L’atomisation sociale, dans laquelle tout le monde est forcé d’être responsable, créant la compétition entre individus et la lutte quotidienne pour l’existence.
• Les emplois et autres aspects de la vie qui deviennent de plus en plus précaires ; les droits sont niés quotidiennement.
• La conséquence de ce modèle social est le retour de la famille patriarcale, qui impose aux femmes un rôle subordonné dans la société.
• L’immigration est utilisée comme un réservoir de travailleurs à exploiter et asservir au bénéfice des patrons.
• Des méthodes impitoyables de production qui provoquent de la dévastation à la fois dans nos vies et dans l’environnement.
• Une société fondée sur la dette, dans laquelle les conditions de notre existence sont la propriété des banques.
• La bureaucratisation de la société qui assure la continuité des institutions politiques et des intérêts économiques des riches aux dépens de la classe ouvrière.
C’est dans ce contexte qu’on nous demande de participer à la mascarade qui se désigne elle-même sous le nom de démocratie. Les seuls choix qui nous sont présentés sont ceux qui vont continuer les politiques qui profitent aux grandes entreprises, aux institutions financières et aux politiciens.
L’un des principaux débats porte sur le rôle de l’Union européenne elle-même. Certains se tournent vers elle comme un moyen pour résoudre la crise et maintenir l’unité entre les peuples. D’autres soutiennent que nous devons nous retirer dans nos propres frontières afin de reprendre le contrôle de nos propres économies et de nos institutions politiques. Mais ces solutions ne feront rien de plus que renforcer le pouvoir de ceux qui nous oppriment.

L’Union européenne
L’Union européenne a signifié la mise en place d’une couche de pouvoir supplémentaire au-dessus des populations. Son principal objectif est de servir les besoins des entreprises et des institutions financières ; elle est donc un obstacle à l’émancipation de la classe ouvrière. La majorité des lois auxquelles les gens sont maintenant soumis est issue du Parlement européen plutôt que des États. L’Union européenne n’a pas besoin de respecter les conditions locales et impose à la place sa propre vision de l’Europe sur la base des besoins du capital. La grande majorité des règlements a visé à renforcer le pouvoir du capital sur le peuple. Très peu de politiques ont été destinées à améliorer les conditions sociales des populations européennes. Nous avons vu la manière dont l’Union européenne a présidé à l’attaque contre le peuple grec et auraid des capitaux occidentaux sur les actifs de l’Europe de l’Est. Toute tentative faite par les gens pour résister à l’envahissement de ce super-État a été fermement combattue par les États membres. Par exemple, l’État peut refuser de permettre aux gens de voter pour savoir s’ils veulent ou non rester dans l’Union européenne ou, s’il leur permet de voter, le résultat est que le pays reste dans l’Union européenne. Ce fut le cas en Irlande, en France et aux Pays-Bas. En outre, l’Union européenne a créé la forteresse Europe, fermant ses frontières au reste du monde tout en essayant d’être l’un des nombreux policiers autoproclamés du monde.

Retrait de l’Union européenne ?
Compte tenu de la façon dont les problèmes sont créés pour nous par l’Union européenne, on pourrait penser que la réponse est de se retirer de cette Union. Cependant, l’idée que la classe ouvrière serait mieux en dehors de l’Union européenne, dirigée par son propre État, est une dangereuse illusion. Elle est particulièrement dangereuse en raison du fait qu’il s’agit là de la position des partis d’extrême droite qui ne sont pas particulièrement intéressés à résister au pouvoir de l’État. Au lieu de cela, leur objectif est d’installer un régime encore plus autoritaire avec encore plus de répression.
Tout d’abord, le capitalisme est mondial. Le pouvoir des entreprises et des banques internationales, la principale cause des problèmes auxquels nous sommes confrontés, ne va pas disparaître si un pays se retire de l’Union européenne. Les processus mondiaux qui sont à l’œuvre, le mouvement de la production et de l’argent à travers les frontières, motivé par la recherche de profits, continuera. Les institutions internationales telles que le FMI et la Banque mondiale auront toujours le pouvoir d’imposer l’austérité et des politiques qui sont contre les intérêts des populations locales. Les besoins humains prendront la deuxième place ; il importe peu que le pays soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Union européenne.
Puis, le retrait derrière les frontières nationales, une tendance conduite par l’idéologie xénophobe de l’extrême droite, aurait de graves conséquences pour l’esprit de coopération et de solidarité entre les travailleurs d’Europe. Les gens ordinaires ont une tradition de soutien mutuel, indépendamment de l’origine nationale. Cette tradition serait compromise si les gens mettent ce qui semble être leur intérêt personnel au-dessus de l’entraide. Cela ne conduirait peut-être pas à une guerre réelle, mais cela a déjà produit une mentalité de compétition et de conflit qui ne fera que miner davantage l’efficacité qui vient d’une classe ouvrière européenne unie. Une classe ouvrière divisée profite en premier lieu à ceux qui ont causé les problèmes auxquels nous sommes confrontés, tels que l’austérité et les mesures répressives.
Beaucoup de ceux qui soutiennent le retrait de l’Union européenne semblent penser que nous pouvons revenir à une sorte d’âge d’or de la prospérité. C’est là une autre illusion ; cet âge d’or n’a jamais existé. Ils oublient que leur État n’a jamais été leur ami ; il a toujours été l’instrument permettant d’imposer les intérêts d’une petite minorité sur la majorité. Tous les États fonctionnent en dépossédant le peuple du pouvoir. Il importe peu que l’État se trouve à quelques kilomètres ou à des milliers de kilomètres de distance ; il sera toujours hors de notre contrôle, agissant pour ses propres intérêts.

L’alternative anarchiste
Les anarchistes rejettent les deux options qui se présentent : soutenir l’Union européenne en votant aux élections européennes ou faire campagne pour le retrait. Ceci à cause de notre critique de base de ce que l’État représente. L’Union européenne, comme tous les États petits ou grands, est fondée sur l’abandon du pouvoir à une minorité qui utilise ce pouvoir dans l’intérêt de l’élite patronale et financière. En outre, l’internationalisme que représente l’Union européenne est l’unité de cette élite contre la classe ouvrière européenne. Nous proposons à la fois une méthode alternative d’organisation de la société et un internationalisme alternatif qui s’étend à toute la planète.
Les anarchistes s’opposent à l’approche hiérarchique adoptée par l’État et les partis de gauche. Nous devons promouvoir des formes et des méthodes d’organisation non hiérarchiques. L’organisation future de la société que nous envisageons partira du bas vers le haut avec des groupes qui se fédéreront entre eux et se coordonneront sur le plan international, indépendamment de toute structure étatique actuelle, qu’elle soit nationale ou au niveau européen. Cela comprendra tous les domaines de la vie économique et sociale tels que la production, la distribution et la consommation de biens et la prestation de services tels que la santé et l’éducation. Nous devons prendre le contrôle de notre propre éducation afin qu’elle aide à nous émanciper des idéologies autoritaires telles que la religion, le nationalisme et le culte du chef.
Afin d’atteindre cet objectif de complète transformation politique, économique, sociale et culturelle, nous devons construire et renforcer les réseaux internationaux et de coordination que nous avons déjà. Nous devons prendre des mesures concrètes là où nous vivons et travaillons, mais en contribuant à une stratégie globale. L’élaboration d’une telle stratégie destinée à combattre avec succès les forces mondiales de l’oppression et de l’exploitation n’est pas une tâche facile. Cependant, c’est une nécessité et il y a un certain nombre de mesures que nous pouvons prendre. Ces mesures peuvent être prises par tous ceux qui veulent créer une nouvelle société, quel que soit le pays où ils vivent. Nous sommes tous confrontés à des attaques similaires, aussi pouvons-nous avoir une stratégie commune qui puisse être adaptée aux conditions locales.

• Nous devons nous battre contre les frontières filtrant les hommes mais laissant passer les capitaux. Notre proposition vise à abolir toutes les frontières à l’intérieur des pays et entre les pays qui limitent la libre circulation des personnes.
• Combat uni contre les banques par un refus universel de payer des dettes.
• Désobéissance civile contre toutes les lois répressives qui suppriment nos droits.
• Renforcer et étendre les luttes actuelles contre la précarité croissante des conditions de vie et de travail.
• Résister à toutes les tentatives de nous diviser selon la race, le sexe ou l’âge.
• Coordonner les luttes contre les employeurs communs à travers les frontières.
• Résister à la privatisation des services publics.
• Promouvoir d’autres réseaux de production et de distribution.
• Étendre la solidarité internationale pour ceux qui sont criminalisés en raison des luttes sociales.
La lutte contre l’austérité et les solutions proposées par les politiciens, à la fois pro et anti-Union européenne, ne fonctionneront pas et ne feront qu’empirer les choses. Ils veulent que nous validions leurs actions en mettant un X sur un morceau de papier, leur donnant ainsi le pouvoir d’agir en notre nom. Cependant, nous savons qu’ils ne nous représentent pas et qu’ils continueront de soutenir les riches et les puissantes institutions économiques du capitalisme qui font de nos vies une misère.
La seule façon que nous ayons de résister aux attaques et de commencer à prendre le contrôle de nos vies et de notre société, est de construire des mouvements et réseaux défiant les frontières, que nous contrôlons indépendamment des politiciens et des institutions de l’État.

Internationale des Fédérations anarchistes
Madrid, 29  mars 2014

Publié dans le Monde Libertaire n°1740, actuellement en kiosques.

Transports en commun : arguments contre les opposants à la gratuité

NdPN : ce texte polémique fort intéressant, vu sur le site carfree, mériterait une réflexion politique étendue à bien d’autres types de biens et services.

Les opposants à la gratuité

C’est une grande victoire pour la gratuité des transports en commun! En effet, deux associations majeures dans le domaine des transports en commun, à savoir la FNAUT « représentant les voyageurs » et l’UTP « représentant les entreprises de transport« , viennent de se réunir pour dénoncer dans un communiqué commun la gratuité. Si ces deux associations éprouvent le besoin de conjuguer leurs efforts pour attaquer la gratuité, c’est très probablement qu’il y a le feu au lac!

La gratuité des transports en commun en milieu urbain est un phénomène qui, tout en restant encore marginal, tend à se développer sur la période récente. Aujourd’hui, on compte en France une vingtaine de villes ou d’agglomérations qui ont instauré la gratuité totale des transports en commun. Bien mieux, certaines villes où la gratuité existe depuis plus de 20 ans n’ont pas l’intention de changer de modèle. Par ailleurs, lors des dernières élections municipales de 2014 de nombreux candidats, de droite comme de gauche, ont proposé d’instaurer la gratuité des transports en commun.

La gratuité a donc le vent en poupe, elle apparaît comme une solution qui répond à la fois aux enjeux environnementaux, en favorisant les alternatives à l’automobile, et aux enjeux sociaux, en favorisant le droit au transport et le pouvoir d’achat des ménages.

Or, les 9 et 10 janvier derniers, la FNAUT et l’UTP ont voté une « position commune » dont le titre en lui-même est évocateur: « Pour un développement durable du service de transport public, non à la gratuité totale« . Cette position commune se présente comme un argumentaire détaillé contre la gratuité, il permet donc de mieux cerner ce qui soude et réunit les opposants à la gratuité des transports en commun.

Venant de la FNAUT et de l’UTP, deux associations sérieuses et respectées, on s’attend donc à un argumentaire en béton qui va réduire à néant les « illusions de la gratuité ». On va être déçu.

Déjà, le titre du communiqué en dit long, cela pourrait être un jeu de mots, mais il s’agit plus probablement d’une énième utilisation éculée du terme « développement durable ». Car ici, il ne faut pas comprendre que le transport public serait éventuellement un outil du développement durable, mais plutôt que le seul moyen de « développer » le transport public sur le long terme est de le rendre payant pour les usagers.

Cette seule affirmation est déjà un non-sens car dans les faits, les recettes commerciales, c’est-à-dire la vente de titres de transport,  représentent une très faible part du financement des transports en  commun, allant d’en moyenne 15% pour les petites agglomérations à 23%  pour les plus grandes agglomérations de France (1).

Dit autrement, le financement des transports en commun en France est déjà assuré entre 77% et 85% par les contribuables et les entreprises. Bien pire, dans certaines villes, les recettes de billetterie sont inférieures aux frais de perception (2). Ce qui veut dire, tenez-vous bien, que les ventes de tickets et d’abonnements ne couvrent même pas les coûts matériels et humains pour vendre les tickets, composter et contrôler les usagers. En d’autres termes, dans certains cas, on fait payer les usagers pour pouvoir tout simplement vérifier qu’ils payent…

Mais, venons-en au cœur de l’argumentation de la FNAUT et de l’UTP. En fait, ils ont produit un document en 10 points, classés de 1 à 10. Nous allons donc étudier chaque point individuellement.

1. La gratuité n’existe pas

En général, on place le meilleur argument ou du moins l’argument le plus important en première place. Or, avec cet argument, on comprend tout de suite l’idéologie qui sous-tend la prise de position de la FNAUT et de l’UTP. Selon eux, « la gratuité n’existe pas » et « un agent économique assumera quoi qu’il arrive le coût« .

Avec cet argument, la FNAUT et l’UTP dévoilent leurs véritables intentions. En effet, cette affirmation a d’étranges similitudes avec la maxime rendue célèbre par l’économiste ultralibéral Milton Friedman qui disait: « il n’y a pas de repas gratuit » (« There’s no such thing as a free lunch »). Le sous-entendu de cette doctrine, c’est que tout a un prix et que quelqu’un doit le payer. Au-delà du libéralisme économique dont on peut s’étonner qu’il devienne un argument pour des associations comme la FNAUT et l’UTP, il convient de souligner la confusion entretenue par ces deux associations autour de la notion de gratuité.

Car dans les faits, la gratuité existe bel et bien en matière de transports en commun, au moins dans une vingtaine de villes ou agglomérations; on parle en effet ici de gratuité depuis le point de vue de l’usager, qui n’a pas à payer un ticket ou un abonnement. La FNAUT et l’UTP jouent donc sur les mots pour faire croire que « la gratuité n’existe pas », en contradiction flagrante avec les faits.

Par ailleurs, la gratuité ne s’applique pas seulement aux transports en commun. Sauf preuve du contraire, l’ensemble des routes françaises sont « gratuites », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas payées par les automobilistes qui les empruntent. Ces routes sont payées par les contribuables, donc en partie par les automobilistes, mais aussi par tous ceux qui payent des impôts et qui n’ont pas de voiture.

2. La gratuité totale n’est pas compatible avec l’évolution contrainte des finances publiques

Le second argument paraît étonnant. On vient de nous expliquer que « la gratuité n’existe pas » et on nous affirme maintenant qu’il peut exister une « gratuité totale »… Passons sur les incohérences pour nous concentrer sur la notion essentielle au cœur de cet argument. Selon eux, les finances publiques sont « inéluctablement » condamnées à se raréfier, les impôts à baisser, l’état et les collectivités à se désengager (au profit du privé bien sûr), il faut donc maintenir un transport public payant pour financer son développement et son fonctionnement. Comme nous l’avons vu précédemment, la réalité actuelle est tout autre, les usagers payent une infime partie du fonctionnement et du développement des transports en commun.

Mais surtout, cette affirmation apparaît comme un véritable programme économique que ne renieraient sans doute pas un Alain Madelin ou une Margaret Thatcher qui disait, rappelons-le, « There is no alternative » (« Il n’y a pas d’alternative« ). Sous-entendu, il n’y a pas d’alternative au système libéral, au marché et au capitalisme. Dans la poursuite du premier argument, on voit là encore l’idéologie néo-libérale à l’œuvre chez les opposants à la gratuité. Allons au bout de la logique, l’Etat est condamné à disparaître, les collectivités locales aussi, tout le monde doit payer et chacun pour soi?

Également, essayons d’appliquer par exemple cet argument à l’école publique qui est, malgré ce que dit l’argument 1, encore gratuite. Selon eux, la gratuité totale de l’école publique ne serait donc pas compatible avec « l’évolution contrainte des finances publiques« ?

Avec les problèmes budgétaires récurrents (vous me direz, aidez les entreprises à coups de 50 milliards, cela contraint un peu les budgets…), on doit donc s’attendre à ce que l’école publique ne soit plus gratuite? Pourquoi ce qui s’appliquerait pour les transports en commun ne s’appliquerait-il pas à l’école? Il y aurait une bonne et une mauvaise gratuité? Certains services pourraient avoir une gratuité acceptable et d’autres pas, du moins tant que « l’évolution contrainte des finances publiques » ne nous a pas encore amené au point inéluctable où tout sera payant (l’école, la police, la justice, etc.)?

3. La gratuité totale n’est pas favorable au développement de l’offre de transport public

Dans la suite de l’argument précédent, la FNAUT et l’UTP tiennent à nous alerter ensuite sur le risque de dépérissement du transport public. Ici, on agite la peur et on attise les inquiétudes en sous-entendant que la gratuité va aboutir à des transports en commun vieux et mal entretenus. C’est normal, puisque dans leur logique de « désengagement » des pouvoirs publics, si les usagers arrêtent de payer, les bus vont devenir sales et puants et les tramways vont peut-être même sortir de leurs rails? Là encore, c’est en contradiction même avec la réalité actuelle, sans même parler d’une généralisation de la gratuité. Les transports en commun actuels (i.e payants) sont ce qu’ils sont avec un financement public à plus de 80%!

Par ailleurs, il faudrait alors expliquer pourquoi une ville comme Aubagne (45.800 habitants) a réussi à la fois à passer à la gratuité tout en lançant une ligne de tramway (gratuite)? Dans le même temps, une ville comme Toulon (164.000 habitants) où les transports en commun sont payants n’a toujours pas une seule ligne de tramway… C’est bizarre, cela ne colle pas vraiment avec l’idée selon laquelle la gratuité provoquerait la fin du développement de l’offre de transport public.

La réalité, c’est que Aubagne a augmenté le Versement transport, c’est-à-dire la taxe à laquelle les entreprises sont assujetties dès lors qu’elles ont plus de neuf salariés. Ce ne sont même pas les contribuables qui ont été sollicités pour payer le « tramway gratuit », ce sont les entreprises. Et quand bien même les contribuables paieraient, cela serait tout simplement l’exercice de la solidarité et de la redistribution.

4. La gratuité totale singularise les transports par rapport aux autres services publics

Avec cet argument, on reste dans la même logique, à savoir pour eux l’idée selon laquelle un service public doit être payant. Et l’UTP et la FNAUT nous sortent l’exemple de l’électricité et du gaz… Où l’on découvre ainsi que le marché de l’électricité et du gaz sont des services publics… Là encore, il y a une confusion volontaire qui est faite entre service public et « mission de service public ». Quand on achète son gaz à GDF-SUEZ, on traite avec une société privée qui exerce pour partie une mission de service public. Mais, il ne s’agit pas vraiment d’un service public. Le but de GDF-SUEZ n’est pas d’améliorer la société ou de répondre à des besoins de service public, mais de faire des profits pour rémunérer ses actionnaires.

Et si on reste par contre sur l’exemple de l’école, on voit par ailleurs que la gratuité totale des transports en commun ne se singularise pas vraiment de ce qu’il est possible de faire en matière de service public. En fait, il s’agit là, malgré ce que veulent nous faire croire l’UTP et la FNAUT, de choix de société. Quels types de services publics une société souhaite-t-elle pour ses membres. Quels types de services doivent être exercés par le biais de la solidarité nationale ou locale? Il s’agit de choix politiques et il n’y a aucune raison objective inéluctable qui rendrait la création d’un nouveau service public impossible. Sinon, nous n’aurions jamais eu l’école publique gratuite…

5. La gratuité totale n’est pas la meilleure forme d’équité sociale

Ici, on veut nous mettre la larme à l’œil. La gratuité serait mauvaise pour l’équité sociale car, dans leur logique à eux, l’équité sociale consiste à faire des tarifs réduits ou gratuits pour les pauvres, en bref une sorte d’aumône accordée aux pauvres. Cela démontre au passage leur vision étriquée du transport public, à savoir un transport essentiellement destiné aux pauvres, aux chômeurs, etc. Comme le disait Margaret Thatcher, une source très sûre pour l’UTP et la FNAUT, « un homme qui prend encore les transports en commun à 40 ans est un homme qui a raté sa vie« .

Or, la gratuité des transports en commun a justement en projet un bouleversement complet du rapport au transport. Avec la gratuité pour tous, il n’y a plus de barrière sociale, tout le monde a accès de la même manière au transport public, c’est-à-dire de manière facile et pratique, sans devoir acheter un ticket ou payer un abonnement. Les transports en commun ne doivent pas être réservés aux pauvres titulaires d’un abonnement gratuit tandis que les autres auraient les moyens de s’acheter une voiture…

Enfin, on peut assurer ici qu’il n’y a pas plus équitable que la gratuité. Car, si les transports en commun sont payés en partie par les entreprises, la part relevant de l’impôt garantit que les personnes non imposables n’auront pas à payer au bout du compte le transport public. Bien mieux, avec l’impôt progressif, chaque contribuable finance proportionnellement à ses revenus le transport public.

6. La gratuité totale n’est pas favorable au développement durable

On revient ici à la problématique du « développement durable ». Selon la FNAUT et l’UTP, « aucune étude n’a, à ce jour, démontré que la gratuité totale du transport urbain encourageait un report modal massif et durable de la voiture particulière vers les transports publics« . Déjà, on leur conseille de lire l’étude de référence en France sur le sujet, financée par l’ADEME dans le cadre du PREDIT 3 (Programme de Recherche et d’Innovation dans les Transports Terrestres), étude qui reconnaît que la gratuité permet un report modal de l’automobile vers les transports en commun. Bien sûr, il est difficile de parler de « report modal massif et durable », tout simplement car très peu de villes encore sont passées à la gratuité, encore moins ont été étudiées, et le recul historique reste somme toute mesuré. Mais, on ne peut pas utiliser comme argument la non-généralisation de la gratuité pour justifier qu’il ne faut pas généraliser la gratuité!

Par ailleurs, toutes les études, je dis bien toutes y compris celles défavorables à la gratuité, ont reconnu que la gratuité provoquait une augmentation importante de la fréquentation des transports en commun. Dans le même ordre d’idées, des bus gratuits pleins d’usagers semblent a priori plus favorables au développement durable que des bus payants quasi-vides qui tournent en ville…

Dans cette même partie, un autre vieil argument éculé fait son apparition, à savoir l’idée selon laquelle les piétons vont se mettre au bus du fait de la gratuité. Selon la FNAUT et l’UTP, la gratuité est mauvaise car elle va pousser des piétons à prendre le bus alors que si c’était payant, ils auraient marché. Quel mépris! Pour eux, les gens vont se jeter sur la gratuité, voire même, pourquoi pas, passer leur journée dans le bus à faire des tours en ville?

En fait, dans leur esprit un piéton, c’est fait pour marcher, point barre. Il ne leur viendrait pas à l’idée que les usagers des transports en commun sont déjà de fait des piétons, qui marchent parfois longtemps jusqu’à un arrêt de bus, ou entre deux correspondances. Alors, si une partie des déplacements faits à pied utilisent le transport public gratuit, où est le mal? Cela peut éventuellement soulager certains, et pour ce qui concerne les déplacements courts, les piétons auront vite compris qu’il vaut peut-être mieux faire les 400 ou 500 mètres à pied plutôt que d’attendre 10 minutes ou un quart d’heure un bus même gratuit…

Enfin, la FNAUT veut à tout prix associer gratuité des transports en commun et étalement urbain, comme si l’étendue actuelle de l’étalement urbain en France était liée à la scandaleuse gratuité des transports en commun en vigueur dans l’ensemble des villes françaises depuis des décennies… Nous en avions déjà parlé ici même, l’étalement urbain est étroitement lié à la massification de l’automobile individuelle, pas aux transports en commun et encore moins à la gratuité de ces transports en commun.

7. La gratuité totale peut altérer la perception de la valeur du service

Disons-le tout de suite, on revient ici aux arguments néo-libéraux déjà servis précédemment, mais on nous les ressert pour être bien sûr que le message entre dans notre petite tête. Et il y a même un slogan qui va avec: « Ce qui est gratuit n’a pas de valeur ». On est toujours dans la contradiction la plus totale, car après avoir appris que la gratuité n’existait pas, qu’il y avait quand même une « gratuité totale », on apprend désormais que cette même gratuité va « altérer notre perception« .

Qui plus est, on est là encore dans le grand mépris des gens. En gros, la gratuité va nous laver le cerveau et nous transformer en bêtes redoutables assoiffées de destruction et de vandalisme. Selon eux, si c’est gratuit, on ne va pas le respecter et on va donc laisser ses déchets dans les bus et cracher au visage des conducteurs. Et tant pis si la réalité de la gratuité dit tout autre chose. Selon le maire d’Aubagne qui l’a mise en place en 2010, un avantage de la gratuité réside « dans la baisse  drastique de la délinquance dans les transports de l’agglomération, et  l’absence quasi totale des grèves de conducteurs, cauchemar des élus » (3). Bien mieux, sans rapports monétaires entre usagers et conducteurs, il semble bien que cela apaise les tensions, le conducteur est là pour conduire et non pas pour encaisser ou fliquer les gens.

Pire, si on prend l’argument de la FNAUT et de l’UTP au pied de la lettre, seul est respectable ce qui a un coût. Dit autrement, l’amour, l’amitié, la générosité, etc. autant de valeurs indignes de respect puisque ne possédant pas de coût. Les sentiments les plus généreux reposant justement sur la gratuité n’ont donc pas de valeur. En fait, on a un peu l’impression de marcher sur la tête et on pense alors aux célèbres phrases tirées du livre 1984 de George Orwell: « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance est une force« .

Plus simplement, dans leur logique à eux, il faut tout monétariser, libéraliser, privatiser.

Ce qui est foncièrement bizarre, c’est que ces tenants du néo-libéralisme le plus sauvage, auto-proclamés défenseurs des transports publics, n’ont strictement rien à dire sur la « gratuité totale » des routes de France. Alors les gars, les routes n’ont pas de valeur? Quel plus beau service public que celui des routes! Des centaines de milliers de routes gratuites nationales, départementales et communales, payées par le contribuable, mais dans quel système bolchévique vivons-nous?

8. La gratuité totale n’est pas compatible avec le modèle économique de notre secteur

Attention, ce sont désormais les « pros » qui parlent. Déjà, on parle ici de « leur » secteur, autrement dit, vous êtes chez eux! Simple usager, payant ou gratuit, des transports en commun, vous pensiez utiliser un mode de déplacement collectif appartenant à la collectivité. Vous vous trompiez! Derrière tout ça, il y a un système économique avec des gens dont le but est de… faire de l’argent?

Tenez-vous bien, les deux compères nous sortent alors un couplet proprement hallucinant dans lequel ils nous expliquent que la publicité (sur les bus ou sur les abri-bus) ne pourra pas payer la gratuité du transport en commun! En fait, personne ne demande cela, mais la FNAUT et l’UTP nous menacent à la fois d’une extension démesurée de la pub tout en affirmant que cela ne suffira pas. Comment appeler cela? De la publicité mensongère?

En effet, dans les faits, et on l’a dit, la gratuité est financée essentiellement par les impôts locaux et surtout par le Versement transport des entreprises. Là encore, il s’agit d’une volonté manifeste d’effrayer les gens tout en refusant de poser les véritables questions, à savoir la redistribution par le biais de l’impôt ou la participation accrue des entreprises au financement des transports en commun dont elles sont les premières à profiter.

9. La gratuité totale n’est pas une demande des utilisateurs des transports publics

Alors là, on atteint le sommet du grand n’importe quoi et de la désinformation! Quand on voit cet argument, on s’attend aux résultats précis et définitifs d’une enquête d’opinion ou du moins d’un sondage quelconque; et non, rien de cela. On nous apprend que les usagers ne veulent pas de la gratuité parce que… leurs représentants n’en veulent pas! En fait, le passage est tellement ridicule qu’il faut le citer in extenso:

« Contrairement à un discours souvent repris, les attentes des voyageurs concernent avant tout des transports publics sûrs, de qualité, pérennes et fiables. D’ailleurs, ces exigences légitimes, qui répondent à un besoin quotidien de déplacement, sont souvent énoncées par les représentants des voyageurs. À ce titre, ces derniers ne sont pas favorables à la gratuité. La Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT) qualifie elle-même la gratuité de « fausse bonne idée ».

La FNAUT affirme donc que les utilisateurs ne veulent pas de la gratuité en se citant elle-même, en tant que représentante des utilisateurs! C’est assez pratique comme procédé, vous dites que vous être contre quelque chose et pour prouver ce que vous annoncez, vous vous citez vous-même…

10. La gratuité est difficilement réversible

C’est le dernier argument, on arrive en bout de course et l’argumentation s’essouffle manifestement. Pour terminer en beauté cet argumentaire peu consistant, la FNAUT et l’UTP essayent une fois de plus d’effrayer les gens sous l’angle: « attention, vous allez commettre l’irréparable! » Selon eux, une fois la gratuité mise en place, il serait très difficile politiquement de revenir en arrière.

C’est déjà une approximation car, dans certains cas isolés, des villes sont revenues sur la gratuité, et on pense ainsi à Hasselt en Belgique qui a mis fin à la gratuité des transports en commun en 2013.

Mais surtout, c’est un argument qui se retourne d’une certaine manière contre les opposants à la gratuité. Car, si c’est si difficile de revenir en arrière une fois la gratuité mise en place, c’est peut-être lié au fait que les gens l’apprécient et que cela leur donne satisfaction? C’est donc une inquiétude majeure pour la FNAUT et l’UTP, il ne faut surtout pas passer à la gratuité, car les gens pourraient y prendre goût!

Notes

(1) L’année 2009 des transports urbains, Gart, 2010.

(2) Et si les transports devenaient gratuits? France Info, 26 janvier 2014

(3) MARIANNE N°825 du 9 au 15 février 2013: QUESTIONS D’ETHIQUE L’ARGENT FOU

Marcel Robert, Carfree, 11 avril 2014

[86] Ici comme ailleurs, les gestionnaires du désastre travaillent

Divers articles de la Nouvelle République d’aujourd’hui illustrent, chacun à leur manière, la façon dont les décideurs politiques et économiques gèrent le modèle de dévastation sociale et écologique qui les nourrit grassement : il leur suffit de se faire passer pour des philanthropes soucieux de notre bonheur, en arrondissant les angles ici et là, quand l’inquiétude légitime des populations, voire la contestation contre leur domination cynique, prennent de l’ampleur. Du palliatif et du rideau de fumée comme spectacles de la dépossession…

lune

Ainsi des maires. L’humble maire de Poitiers, pour exemple, touche 2000 euros par mois pour sa fonction (en plus des indemnités de député, pour rappel notre article à ce sujet), et ses adjoints touchent 1315 euros nets avant impôt. Réunis dans la même personne, on a d’une part un député qui n’hésite pas à donner son accord, avec son parti « socialiste », à la baisse des dotations globales de fonctionnement des communes au niveau national (moins un million pour Poitiers), et un maire qui affirme que la mairie « joue un rôle d’amortisseur social » (la belle formule, tout un programme en soi !) en distribuant les subsides aux structures d’encadrement de la misère (quartiers, écoles, CCAS, culture…)… tout en poursuivant les investissements dans des chantiers juteux pour les entreprises privées du coin. Le tout résumé en préservation du « pouvoir d’achat », qui n’est somme toute que la permission de survie que, dans son immense mansuétude, nous accorde le pouvoir, sous son apparence bonhomme en écharpe tricolore.

Ainsi de cet Auchan de Chasseneuil-du-Poitou. Un hypermarché comme les autres, maillon fondamental de la chaîne de reproduction du capital par la consommation de masse de produits et gadgets socialement et écologiquement destructeurs. Le directeur se flatte, comme tant d’autres, de participer à une politique de « profitdéveloppement durable ». Ici, en perchant cinq pauvres ruches sur le toit de son usine à consommer l’aliénation. Ainsi, les abeilles seront un peu moins ravagées par les flux automobiles, ces engins qui sont justement indispensables au fonctionnement du système de production et de consommation, les hypermarchés étant indissociables de l’horreur automobile. Elles seront peut-être aussi un peu moins ravagées par ces pesticides qui déciment les abeilles afin de produire la bouffe cancérigène qui s’étale dans les mêmes supermarchés… Le responsable d’exploitation technique du site, quant à lui, n’hésite pas à se targuer d’une « démarche sociétale », puisque des enfants vont mettre le miel en pots et y coller les étiquettes, pots qui seront ensuite étalés dans les rayons de la ruche hypermarchesque. C’est trognon !

Ainsi de cet inspecteur d’académie. Face à la colère des parents d’élèves concerné.e.s par des fermetures de classe dans des zones rurales et urbaines déjà durement frappées par la pauvreté, il lève six fermetures de classes histoire de faire son « je vous ai compris », tout en maintenant la fermeture de quinze autres classes. Une représentante du SNUIPP-FSU, qui déplore que le monde rural ait été si touché par les fermetures de classe, affirme malgré tout que « le climat est satisfaisant », et qu’il y a eu « une vraie attention de la part de l’inspecteur d’académie ». Bravo, monsieur le gestionnaire !

Ainsi, enfin, de cet exercice de banalisation du terrorisme industriel. Sous forme d’un exercice de confinement de toute la population d’un lycée châtellraudais, dans le cadre d’un Plan particulier de mise en sûreté (PPMS). Le système étatique et capitaliste produit du risque chimique et nucléaire constant, mais ne paniquons pas, il nous prodigue aussi les gestes qui sauvent (ici, dans le cas d’un nuage toxique, qui s’arrêtera bien entendu aux frontières du calfeutrage improvisé) : rester calme et bien discipliné.e.s, pour survivre.

Mais que ferions-nous sans tous ces sauveurs et autres bienfaiteurs, veillant généreusement sur notre misère ! Se poser la question, c’est peut-être déjà commencer à y répondre…

Juanito, Pavillon Noir, 15 avril 2014

[Civaux] Quand l’ASN nous fait du Georges Marchais

NdPN : suite aux manquements plus qu’inquiétants constatés lors d’inspections à la centrale de Civaux, l’ASN a prononcé ce lundi une « appréciation contrastée », évoquant une gestion « particulièrement en retrait concernant le respect et la mise en oeuvre des principes fondamentaux de la sûreté ». Cette réitération de jugements pour le moins alarmants sur la gestion de la centrale nucléaire a de quoi donner froid dans le dos, en particulier de la part d’une institution nucléocrate. Cela dit, l’ASN se rattrape bien, en nous faisant ici le coup du « bilan globalement positif »… On croirait entendre Georges Marchais (le nucléophile qui voulait coûte que coûte une centrale à Plogoff) lorsqu’en 1979, il faisait l’éloge des Etats staliniens.

Apprécions les beaux contrastes lumineux sur cette image d’une installation nucléaire (Fukushima, Japon)

Civaux : nouvel avis  » contrasté  » sur la sécurité nucléaire

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a diffusé lundi une « appréciation contrastée » sur « la rigueur d’exploitation générale » de la centrale nucléaire de Civaux, à la suite d’une inspection menée en octobre. Début février, le directeur du site avait annoncé la mise en [oe]uvre d’un « plan d’action sûreté renforcé ». L’ASN a mené un nouveau contrôle fin février dont « la conclusion générale a été globalement positive ».

Dépêche Nouvelle République, 15 avril 2014

Rappel à l’ordre pour la centrale nucléaire de Civaux

La centrale nucléaire de Civaux, dans la Vienne, est « particulièrement en retrait concernant le respect et la mise en oeuvre des principes fondamentaux de la sûreté » dans la conduite des réacteurs, a annoncé ce lundi l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Dans une note d’information mise en ligne ce lundi sur son site, l’ASN dit porter « une appréciation contrastée » sur la situation de la centrale nucléaire de Civaux, appelant en particulier à « la reconquête de la rigueur d’exploitation » au sein du service conduite.

L’ASN a mené du 7 au 11 octobre 2013 une « inspection de revue » à la centrale de Civaux « afin d’examiner la rigueur d’exploitation générale du site », précise-t-elle.

A l’issue de l’inspection, l’ASN « porte une appréciation mitigée sur la situation du site ». Les inspecteurs ont constaté que le site « était particulièrement performant sur certains sujets ».

En revanche, ils ont estimé qu’il « était particulièrement en retrait concernant le respect et la mise en oeuvre des principes fondamentaux de la sûreté au sein du service conduite », dont les agents sont chargés de piloter les réacteurs.

Dans sa lettre de suite d’inspection adressée à EDF, l’ASN lui demande « d’établir un plan d’action visant à la reconquête de la rigueur d’exploitation » au sein de ce service.

Située à 30 km au sud de Poitiers, la centrale nucléaire de Civaux est constituée de 2 réacteurs à eau sous pression d’une puissance de 1.450 mégawatts chacun, mis en service en 1997 et 1999.

Charente libre, 14 avril 2014

Sur « l’aide » de la France au Mali

Le CADTM et Survie exigent du nouveau gouvernement français d’arrêter d’instrumentaliser l’ « aide » au Mali

Lors de la Conférence « Ensemble pour le Renouveau du Mali », réunie à Bruxelles le 15 mai 2013, la France s’était engagée officiellement à aider le Mali à relancer son économie et favoriser l’emploi des jeunes. Or, la réalité est bien différente. Le gouvernement français sert, avant tout, les intérêts privés des multinationales françaises.

La diplomatie française a, en effet, obtenu la signature de cinq contrats au profit des entreprises privées françaises opérant au Mali dans le cadre de la Mission des Nations Unies (MINUSMA).

Dans une brève datée du 13 mars 2014, le Ministère français des affaires étrangères déclarait sur son site France-Diplomatie : «  Le secrétariat des Nations unies a attribué hier cinq contrats de gré à gré à des entreprises françaises, afin de construire dans le nord du Mali des infrastructures au profit de la mission des Nations unies (MINUSMA). Le montant total de ces contrats s’élève à 34,7 millions d’euros. Ce succès remporté par nos entreprises et l’opérateur public du ministère des Affaires étrangères, France Expertise Internationale, s’inscrit dans le cadre de nos efforts en matière de diplomatie économique et des partenariats entre entreprises et pouvoirs publics. Dans le cadre de cette procédure, les Nations unies négocient exclusivement avec les États, qui ensuite peuvent recourir à des prestataires privés. C’est la première fois qu’une telle procédure est mise en œuvre par la France. »

Selon le quotidien français, Les Echos (13 mars 2014), « d’autres contrats pourraient suivre dans la logistique, l’approvisionnement en nourriture, l’alimentaire ou encore dans les carburants » car « la France cherche en toile de fond à optimiser « le taux de retour », explique le Quai d’Orsay. Elle veut retrouver, en contrats, les montants versés au titre de la contribution multilatérale » (contribution qui s’élève à 48 millions de dollars sur un budget annuel onusien de 260 millions). Un nouvel exemple de « l’aide » française, conçue comme une subvention déguisée à ses entreprises.

Le réseau international CADTM et Survie dénoncent les politiques néolibérales de la diplomatie française qui permettent à la France d’obtenir une contrepartie pour son effort militaire au Mali, via ces contrats conclus le 12 mars 2014, dans le seul intérêt du capital français.

Ces contrats prouvent une fois de plus que l’aide promise au Mali, en mai 2013, par les « donateurs », dont la France, est une imposture.

Rappelons, par ailleurs, que pas moins de 36% de l’ « aide » promise par la France est en réalité composée de prêts qui maintiennent le peuple malien dans le piège de la dette.

Le réseau CADTM et Survie exigent l’annulation de toutes les dettes illégitimes du Mali à l’égard de la France, mais aussi envers d’autres créanciers comme la Banque mondiale et le FMI qui utilisent l’arme de la dette pour imposer leurs politiques néolibérales.

A cette fin, le CADTM et Survie apportent leur soutien à la démarche d’audit citoyen de la dette, initiée par la CAD Mali, coalition représentant 103 organisations de la société civile malienne.

Communiqué CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) et Survie, 8 avril 2014