Archives mensuelles : septembre 2011

Camp de travail à Poitiers

Poitiers, au mois d’Août 2011.

Il fait chaud. La moitié seulement de la France est en vacances et les chômeurs se rendent tout de même dans les locaux de Pôle Emploi pour répondre aux convocations.

En se dirigeant vers la porte d’entrée de cette agence située à Saint Benoit, rue de la goélette, à deux pas de la salle des fêtes, les demandeurs d’emploi sont accueillis par une abjection, une inscription traçée à la bombe, taguée en pleine nuit.

Le travail rend libre « Arbeit Macht Frei ».

Banalisation de l’horreur

La faculté d’endurcissement de nos contemporains n’a pas de limites.

Preuve s’il en est que ce pays peut absorber n’importe quelle vomissure avec la meilleure conscience.

Dans quel dessein ? Quel sens attribuer à cette horreur ?

Pôle Emploi serait-il considéré comme un camp de travail dans lequel chacun serait obligé de travailler ?

Le travail rend libre, cette devise du NSAPD a fait son apparition dans les années 20. Elle est, à l’origine, le titre d’un roman de l’auteur nationaliste allemand Lorenz Diefenbach paru en 1872.

Ce slogan fut repris dans les années 1930 par le Parti national-socialiste ouvrier allemand (Nationalsozialistische deutsche Arbeiterpartei) qui l’a adopté comme un refrain.

C’est le général SS Theodor Eicke qui ordonna l’apposition de la phrase à l’entrée des camps de concentration et des camps d’extermination.

Les agents (et agentes) de Pôle Emploi passent devant tous les matins et tous les soirs. L’une d’elles est interrogée gentiment par un passant qui lui montre l’inscription et lui fait part de ses interrogations.

Elle répond tout aussi gentiment qu’elle ne comprend pas l’allemand et qu’elle ne sait donc pas ce qu’il y a écrit sur le mur.

Le passant, surpris, se tourne vers sa compagne et dit « Moi non plus, je ne connais pas l’allemand, mais là, tout de même… ».

Aux dernières nouvelles, l’inscription se trouve toujours sur le mur de cette petite construction.

Les « tags » se multiplient en ville, sur les murs des particuliers et même des voitures et l’agglomération de Poitiers mobilise ses équipes pour les effacer.

Celles-ci sont surchargées… Peut-être à la rentrée, quand les effectifs seront à nouveau au complet.

Photo datée du 22 Août 2011, inscription toujours visible le 4 septembre

Paul Lémand, Agoravox, 10/09/2011

[Poitiers] Soutien aux révolté.e.s du bocage

Cliquez sur l'image pour télécharger l'affiche au format pdf.

Ça sera dur ! Après deux ans d’occupation, des squateurs.euses de la ZAD* sont convoqué.e.s, jeudi 15 septembre 2011, au tribunal de Nantes. Depuis fin 2010 et la prise en charge par le groupe Vinci du projet d’aéroport du Grand Ouest, les hostilités ont repris de plus belle. Les procédures d’expulsion se sont accélérées. Et, la contre-insurrection s’est intensifiée. Aux intimidations quotidiennes et au quadrillage militarisé, s’est ajoutée la répression. Lors de l’occupation de l’aéroport Nantes-Atlantique, le 27 juillet 2011, ou plus récemment, lors de celle du square Mercœur, les violences policières ont fait de nombreux.ses blessé.e.s. Des brutalités perpétrées dans une indifférence quasi généralisée et cautionnées par les élu.e.s (a fortiori du PS, évidemment !). De Khimki à Notre-Dame-des-Landes, Vinci avance béton armé.

Au regard de cette situation, le comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux tient à apporter son soutien aux habitant.e.s de la ZAD et à toutes les actions organisées en solidarité avec leur lutte. Bétonneurs.euses, il y a des lendemains qui déchantent …

RASSEMBLEMENT RUE DU MARCHÉ NOTRE-DAME À POITIERS
(devant les Cordeliers)
LE MERCREDI 14 SEPTEMBRE 2011 À 18H00

Vous trouverez ci-après le communiqué de quelques occupant.e.s de la ZAD.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux – antirep86.fr – antirep [arrobase] free [point] fr

* La ZAD correspond à l’espace prévu pour le projet d’aéroport, et signifiait officiellement Zone d’Aménagement Différé. Les opposant.e.s, eux.elles, préfèrent parler de Zone À Défendre.

NI JUGES, NI DÉCIDEURS.
NOS VIES NOUS APPARTIENNENT. NOUS NE PARTIRONS PAS !

Nous sommes convoqué.e.s le 15 septembre au tribunal de Nantes pour des procédures d’expulsion de maisons habitées qui s’inscrivent dans un mouvement d’occupation qui dure depuis deux ans sur la ZAD.

Les raisons de s’opposer à ce projet d’aéroport sont nombreuses, elles sont écologiques, économiques, mais aussi politiques par le refus de se faire aménager, d’être des pions dans la logique délirante de leur mégalopole reliant Nantes à Saint-Nazaire et Rennes.

Nous avons rejoint la lutte en occupant illégalement des terres et des maisons que le Conseil Général et l’État avaient rachetées petit à petit pour en faire cadeau au groupe Vinci, en janvier dernier.

Aujourd’hui, pour mener à bien son projet, Vinci doit faire place nette en expulsant les habitant.e.s de la zone, d’abord les squats, ensuite les locations, les propriétés et les fermes.

Ce passage au tribunal n’est qu’un moment d’une longue lutte qui a commencé il y a quarante ans. Les expulsions qui en découleront n’en seront qu’un autre, auquel nous nous préparons pour poursuivre et en sortir renforcé.e.s.

À l’occasion de ces procès demandant l’expulsion des maisons occupées sur la commune de Vigneux de Bretagne, on vous invite :

JEUDI 15 SEPTEMBRE
9h PLACE DU COMMERCE À NANTES

Pour se rencontrer, discuter, faire connaître la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et son monde, sentir notre énergie collective et notre détermination. On prévoit le café et le petit déjeuner, puis un départ en déambulation festive et carnavalesque pour reprendre les espaces publics face à l’aménagement de nos territoires et de nos vies, et rendre visite à ceux qui profitent de ces projets. Le tout suivi d’un pique-nique.

PS : Toute action de solidarité ce jour-là, même (et surtout) là où elle n’est pas attendue est la bienvenue !

Des occupant-e-s de la ZAD

Plus d’infos sur la lutte : zad.nadir.org

[Nantes] Violences policières parc Mercœur – Appel à témoignages

Vendredi 2 septembre, square Mercœur (en face du Bouffay à Nantes), une dizaine de personnes se sont perché-e-s dans les arbres, soutenu-e-s par d’autres militant-e-s resté-e-s au sol ; pour protester contre les projets d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et de destruction du parc Mercœur, et contre le bétonnage d’espaces de vie et de partage en général (voir ici pour plus d’infos sur cette action).

Alors que les opposant-e-s préparaient un pique-nique, chantaient des chansons ou des slogans ou diffusaient des tracts, les policiers ont procédé à des arrestations particulièrement violentes, sous prétexte de contrôle d’identité : coups de matraque, strangulation, usage de lacrymogènes à bout portant, tazer, insultes, menaces de coups et de viol, coups divers et torsion des membres, menottage trop serré, etc.

Parmi la vingtaine emmenée au commissariat, plusieurs personnes sont accusé-e-s de “rebellion” (c’est à dire d’avoir “résisté avec violence” lors de leur arrestation) et passeront en procès (risque d’amende et de peine de prison). Certain-e-s portent plainte contre la police pour coups et blessures.

Pour préparer leur défense, nous avons besoin d’un maximum de témoignages au plus vite. Si vous avez des photos, des vidéos, ou si vous pouvez témoigner par écrit de ce que vous avez vu, contactez-nous.

Par mail : zad [arrobase] riseup [point] net Par courrier : Les planchettes, 44130 Notre-Dame-des-Landes (laissez-nous vos coordonnées pour que nous puissions voir ensemble comment témoigner)

Merci pour elles/eux

L’État indigné par les prix P.A.P.O.N.

L’attribution des « prix P.A.P.O.N » à des préfets et des fonctionnaires qui se seraient signalés par le nombre d’expulsions d’étrangers a provoqué aujourd’hui l’indignation des services de l’Etat. Ceux-ci ont très mal pris qu’on associe le nom de l’ancien haut fonctionnaire condamné pour son rôle dans la déportation des Juifs sous l’Occupation et celui de préfets actuels, et le ministère de l’Intérieur a prévenu qu’il soutiendrait toute action pénale qu’intenteraient des fonctionnaires ainsi défavorablement distingués.

Des « prix P.A.P.O.N » (pour « prix attribués pour obéissance notoire ») ont été décernés jeudi à Toulouse par diverses associations à trois préfets et à une fonctionnaire de la préfecture de Toulouse, responsable du bureau de l’asile et du contentieux des étrangers, pour leur « zèle » dans la lutte contre l’immigration irrégulière.

La place Beauvau « condamne avec la plus grande vigueur la comparaison ainsi faite entre l’action menée aujourd’hui par des préfets représentants de l’Etat et des actions commises pendant la Seconde Guerre mondiale qui ont valu à leur auteur une condamnation pour complicité de crimes contre l’humanité ». « Cette assimilation grossière et injurieuse et le recours à certains mots ainsi qu’à certains sous-entendus sont particulièrement choquants et le ministère soutiendra les actions pénales qui seront engagées par les préfets et les agents de l’Etat concernés », dit l’Intérieur.

Pour sa part, le préfet de la Haute-Garonne, Henri-Michel Comet, « s’indigne des propos tenus. Ils portent atteinte tant aux personnes qui travaillent à la préfecture qu’à la mémoire des victimes de la déportation ». En 2010, la préfecture a délivré 40.000 titres de séjour, dont près de la moitié (19.000) pour une première demande, a-t-il souligné dans un communiqué.

Sur 1.875 mesures de refus d’un titre de séjour, 700 seulement ont abouti à une décision d’éloignement, et la moitié des personnes concernées ont quitté la France « volontairement », a-t-il dit. Par ailleurs, 1.400 des refus ont été soumis au juge (soit 16,5% de plus qu’en 2009), qui a confirmé la décision du préfet dans 80% des cas, a-t-il dit.

« Les fonctionnaires de la préfecture assument leur tâche avec humanité et dans le respect de la dignité des personnes », a-t-il assuré. Les « prix P.A.P.O.N » ont été créés par l’Association pour l’art et l’expression libres (AAEL), avec le soutien d’un collectif réunissant entre autres la Cimade ou le Réseau Education sans frontières 31.

Maurice Papon, ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l’Occupation, a été condamné pour complicité de crimes contre l’humanité en 1998. Il a également été mis en cause dans la répression de la manifestation pro-FLN du 17 octobre 1961 à Paris qui, selon les estimations d’historiens, a fait plusieurs dizaines de morts alors qu’il était préfet de police.

lefigaro.fr (avec la complicité bienveillante de l’AFP) – 09/09/2011