Archives mensuelles : janvier 2012

[Civaux] Fuite de tritium : des personnels exposés

Un rapport accablant pour la centrale de Civaux

L’autorité de sûreté nucléaire dénonce les négligences d’EDF dans le stockage des effluents radioactifs et dans la gestion de la contamination au tritium.

Le rapport de l'ASN pointe du doigt les défauts d'étanchéité du bassin de rétention.

 

Le rapport de l’ASN pointe du doigt les défauts d’étanchéité du bassin de rétention

 

La direction de la centrale nucléaire de Civaux n’a pas fini de tirer les leçons de la fuite de tritium qui a pollué la nappe phréatique située sous ses installations. Moins d’une semaine après sa visite d’inspection, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a publié un rapport accablant, hier après-midi. Cette « lettre de suite » met non seulement en évidence une double défaillance du dispositif de stockage des effluents radioactifs (lire ci-dessous) mais aussi les réactions inadaptées d’EDF qui a négligé une première alerte et exposé ses agents à une éventuelle contamination.

« Les inspecteurs ont constaté que, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la capacité de rétention, des fissures sont présentes dans le béton, dont certaines ont manifestement fait l’objet d’une réparation d’étanchéité à l’aide de mastics ou de gels de silicone. Ils ont également relevé que le revêtement armé […] présente de nombreux faïençages, écaillages, cloques », écrit l’ASN en rappelant que « le tritium est un radionucléide de petite taille, extrêmement mobile et capable de traverser des matériaux divers, dont le béton brut ». Le rapport précise qu’un agent avait remarqué une présence anormalement élevée de tritium dans des effluents de la rétention (de l’ordre de 1.500 Bequerel par litre) dès le 3 janvier. Il avait aussi établi l’existence d’une fissure dans le bassin de rétention. « Sachant qu’un prélèvement dans la nappe serait effectué le lendemain, il n’a cependant pas jugé nécessaire de demander une analyse prioritaire de ce dernier, car la charge de travail des équipes du laboratoire de surveillance environnementale lui apparaissait très importante », déplore l’ASN.

«  Aucune alerte interne  »

L’échantillon prélevé le 4 janvier a été analysé le 9. Dès le lendemain, les résultats laissaient apparaître une forte concentration de tritium dans la nappe, de l’ordre de 540 Bq/l contre une valeur de 8 Bq/l attendue. Or, dans l’attente de la confirmation intervenue le 13 janvier, « aucune alerte interne à la centrale ou information à la hiérarchie n’a été effectuée ».
La « lettre de suite » pointe par ailleurs du doigt les négligences des personnels d’EDF à l’intérieur du bassin de rétention. Les agents qui ont été amenés à contrôler cette installation la semaine dernière n’ont pas pris de précaution particulière alors que les flaques d’eau stagnante qui s’y trouvaient « pouvaient avoir une activité de l’ordre de 1.000 Bq/l ». La prise de risque était involontaire : « Les inspecteurs ont mis en évidence que les techniques de mesure utilisées ne permettaient d’identifier que des radionucléides émettant des rayonnements gamma, alors que le tritium émet des rayonnements bêta. » Et pour cause, explique cruellement l’ASN, « plusieurs agents EDF présents (lors de l’inspection), issus de services différents, ne connaissaient pas les principales caractéristiques du tritium ». L’autorité demande donc à EDF de s’assurer que le personnel « n’a pas subi de contamination par le tritium ». Une préconisation parmi beaucoup d’autres. En plein débat sur la sûreté de la filière nucléaire et sur la vétusté de centrales françaises, l’incident est pris très au sérieux.

en savoir plus

 » EDF a négligé la réglementation « 

La responsable de la division de l’ASN de Bordeaux estime qu’EDF « a négligé la réglementation qui fait obligation aux exploitations d’assurer le bon état de ses installations ». « Force a été de constater que la capacité de rétention n’était pas appropriée », ajoute Anne-Cécile Rigail en précisant que l’ASN fournira au procureur de la République des « appréciations » pour lui permettre d’envisager d’éventuelles poursuites pénales : « La non-étanchéité de la rétention constitue une contravention de 5e catégorie. »

la phrase

« Nous sommes particulièrement inquiets pour la qualité des eaux de la Vienne qui alimentent la ville de Châtellerault en eau potable. »

Une fois encore l’opacité est la règle dans la gestion du risque nucléaire, dénonce Hélène Shemwell, au nom d’Europe Ecologie-Les Verts. Le déroulement des événements concernant les fuites radioactives de tritium dans la nappe phréatique à Civaux révèle des dysfonctionnements aussi bien dans la sécurité réelle de la centrale que dans la façon de communiquer l’information à la population […]. La nappe phréatique étant située sous la centrale, à proximité de la Vienne, il est fort improbable que, comme le prétend EDF, l’environnement soit indemne ! Nous sommes particulièrement inquiets pour la qualité des eaux de la Vienne qui alimentent la ville de Châtellerault en eau potable. Les citoyens ont droit à des informations fiables et transparentes en temps et en heure.

SÉCURITÉ La vigilance de la CLI

Dans le cadre de sa mission d’information et de transparence, la commission locale d’information (CLI) de Civaux « suit au plus près l’évolution de la contamination de la nappe phréatique située sous la centrale de Civaux par de l’eau tritiée », a fait savoir son président, Roger Gil, hier, dans un communiqué. « Elle est en lien avec les services de l’Etat, le CNPE de Civaux et l’Autorité de sûreté nucléaire. Un comité de vigilance extraordinaire de la CLI se réunira. »

SANTÉ Les précisions rassurantes d’EDF

Dès la semaine dernière, la direction de la centrale EDF précisait que l’eau de la nappe phréatique contaminée par les écoulements de tritium ne faisait l’objet d’aucun usage direct, ni pour l’eau potable ni pour les besoins agricoles. « Cette concentration en tritium de 540 Bq/l représente l’équivalent de la radioactivité naturelle intégrée par une personne séjournant pendant un mois à 1.500 m d’altitude et est quinze fois inférieure au seuil de potabilité de l’eau fixé à 7.800 Bq/l par l’Organisation mondiale de la santé », précise EDF. Les mesures de contrôle effectuées depuis l’incident dans les puits de contrôle voisins du site ainsi que dans la Vienne en aval de la centrale n’ont relevé aucune augmentation de la présence de tritium. La concentration dans la nappe polluée ne s’élevait plus hier qu’à 420 Bq/l.

Nouvelle République, Baptiste Bize, 24 janvier 2012

Gag : né en 1961, Hervé Morin dit avoir vu les alliés débarquer en Normandie

 « Moi qui ai vu en Normandie le débarquement des alliés, nous avons vécu des épreuves drôlement plus difficiles que celles que nous avons à vivre aujourd’hui »…

… une déclaration « drôlement » ampoulée pour un homme né… en 1961. Un peu plus et Hervé Morin, ex-ministre de l’Attaque la Défense, réputé pour son atlantisme zélé, boutait les Teutons sur le sable d’Utah Beach, aux côtés de ses frères d’armes américains !

A sa décharge, reconnaissons à cet ex-ministre de l’armée française que ce genre de déclaration a plus de « gueule » que de faire valoir sa naissance en 1961. L’année de la fondation de l’organisation de bidasses fachos OAS et ses attentats, l’année du massacre d’Algériens par la police française lors d’une manifestation pacifique à Paris (17 octobre), et aussi une année de poursuite de la répression sanglante en pays bassa au Cameroun… avec le soutien actif de l’armée française.

Fort heureusement, 1961 est aussi l’année qui aura vu naître cet amoureux de l’histoire glorieuse de la France (et futur président, nul n’en doute).

Juanito, Pavillon Noir (Fédération Anarchiste 86), 23 janvier 2012

[Royaume-Uni] Des policiers infiltrés ont eu des enfants avec des militantes

Voir l’article original (The Guardian, 20 janvier 2012) :

http://www.guardian.co.uk/uk/2012/jan/20/undercover-police-children-activists

Traduction chopée sur le forum de La Sulfateuse :

Des policiers infiltrés ont eu des enfants avec des militantes

Cette révélation devrait intensifier la controverse sur les opérations policières de long terme visant à infiltrer et saboter des groupes contestataires.

Deux policiers infiltrés ont secrètement eu des enfants avec des militantes politiques qu’ils avaient été envoyés pour espionner et ont ensuite complètement disparu de leurs vies et de celles de leurs enfants, nous révèle aujourd’hui le Guardian.

Dans les deux cas, les enfants ont grandi sans savoir que leurs pères biologiques – qu’ils n’ont pas vus depuis des décennies – étaient des agents de police qui avaient adopté de fausses identités pour infiltrer des groupes militants. Les deux hommes avaient caché leurs vraies identités aux mères des enfants pendant plusieurs années.

Un des espions était Bob Lambert, qui a déjà admis avoir amené par la ruse une deuxième femme à avoir une relation de long terme avec lui, dans le cadre d’une tentative élaborée de renforcer sa crédibilité en tant que militant engagé.

Le second policier espion a suivi la progression de son enfant et de la mère de l’enfant en lisant des rapports de police confidentiels qui traçaient les activités politiques et la vie de la mère.

Cette révélation devrait intensifier la controverse sur les opérations policières de long terme visant à infiltrer et saboter des groupes contestataires.

Les chefs de police prétendent que les agents sous couverture ont la stricte interdiction d’avoir des relations sexuelles avec les activistes qu’ils espionnent et ont qualifié cette situation de : « extrêmement irresponsable » et « moralement répréhensible ».

Mais cette protestation a été étouffée, de nombreux officiers ayant été démasqués ayant admis (ou ayant été accusé d’avoir) couché avec les objets de leur surveillance.

Le mois dernier huit femmes qui disent avoir été amenées par la ruse à avoir une relation intime de long terme ayant duré jusqu’à neuf ans avec cinq policiers infiltrés ont commencé une action légale sans précédent. Elles disent avoir souffert un traumatisme émotionnel et une douleur immense du fait de ces relations, qui s’étendirent sur la période de 1987 à 2010.

Jusqu’à présent, on ignorait que des policiers avaient eu des enfants en secret alors qu’ils étaient infiltrés. L’un d’eux est Lambert, qui avait adopté une fausse identité pour infiltrer des groupes environnementalistes et de défense des droits des animaux dans les années 80.

Après s’est fait démasquer au mois d’octobre, il a admis qu’en tant que « Bob Robinson » il a amené par la ruse une femme à avoir une relation de 18 mois avec lui, apparemment afin de pouvoir convaincre des militants qu’il était une véritable personne. Cette femme est une de celle qui fait un recours en justice contre les chefs de la police.

Le Guardian peut à présent révéler que dans le milieu des années 80, un an après le début sa mission, Lambert est devenu le père d’un petit garçon avec une autre femme, qui était également une des cibles de sa mission.

Son fils a vécu avec sa mère durant son enfance, puisque sa relation avec la mère n’a pas duré très longtemps. Durant cette période, Lambert était en contact régulier avec son enfant, arrangeant des visites avec lui dans le cadre de ses activités clandestines.

Après deux ans, la mère a épousé un autre homme et c’est avec lui qu’elle a élevé son enfant. Lambert a déclaré que la mère a tenu à ce qu’il abandonne son droit de visite à l’enfant et qu’elle l’a coupé de sa nouvelle vie. Il prétend que c’était un arrangement à l’amiable et il n’a plus revu ou entendu parler de la mère de son fils depuis.

Lambert n’a jamais dit à son fils ou à sa mère qu’il était un agent sous couverture, étant donné qu’il lui fallait cacher sa véritable identité aux activistes qu’il espionnait. Le Guardian n’a pas donné le nom de la femme ni de son fils pour protéger leur vie privée.

Lambert était marié durant cette mission, qui s’est poursuivi jusqu’en 1988.

L’opération hautement secrète visant à observer et perturber les activistes politiques, opération qui se poursuit depuis 40 ans, est de plus en plus surveillée depuis l’année dernière, à la suite des révélations concernant les activités de Mark Kennedy, le policier sous couverture qui s’est pris au jeu après avoir passé 7 ans dans le mouvement environnemental.

Les commissaires et procureurs ont ouverts 12 enquêtes au cours de l’année passée pour examiner les allégations concernant les agents sous couverture, mais ces dernières ont été menées dans le secret. Il y a cependant eu de nombreux appels, y compris de l’ancien procureur général Ken Macdonald, pour une enquête publique convenable.

Le deuxième cas concerne un agent sous couverture qui a été envoyé pour espionner des activités il y a quelques années. Il a eu une relation de courte durée avec une activité politique durant laquelle il mit l’activiste enceinte.

Il a caché sa véritable identité à l’activiste et à l’enfant, car il avait pour ordre de maintenir secret son travail sous couverture, vis-à-vis d’elle et des autres activistes du groupe qu’il avait infiltré. Il a ensuite disparu, apparemment quand ses supérieurs ont mis fin à sa mission. Suite à cela, la mère de son enfant est restée sous surveillance, car elle est restée active politiquement, tandis qu’il a continué sa carrière policière.

Il semblerait qu’il avait accès aux rapports de surveillance la concernant et qu’il lisait régulièrement les détails de sa vie avec intérêt. Il l’a observée, vieillissant et élevant seule leur enfant, selon un individu qui était au courant des détails de l’affaire.

Le policier a été « hanté » par cette période durant laquelle il n’avait plus de contact avec l’enfant, auquel il pensait régulièrement selon notre source.

[Poitiers] Relaxe pour les 2 personnes en procès pour une récup’

Deux personnes passaient aujourd’hui à 14H en procès pour de la récup dans la poubelle d’un spar de Saint-Benoît (sans plainte du proprio). Pour l’occasion et en solidarité, un rassemblement-tractage d’une trentaine de personnes devant le palais d’injustice. Ainsi qu’un marché gratuit sur un étal, toujours bien en face du TGI, avec des fruits et légumes récupérés au marché des Couronneries la veille.

On aura rarement vu spectacle aussi grotesque au tribunal – et pourtant fichtre, on a l’habitude. Pas moins d’une heure et quart à discuter autour du fait que deux personnes se soient servies dans une poubelle, pour récupérer des produits alimentaires périmés ! Le tout transformé en « vol en réunion avec effraction et ruse » – prière de ne pas rire (ça ne plaît pas trop au juge).

On comprend mieux le pourquoi d’un tel acharnement, à l’écoute du réquisitoire de la proc’ : n’ayant aucune preuve sous la main, puisqu’il n’y a rien dans ce dossier, les trois quarts de ses propos ont tourné autour du fait que ces deux personnes soient « militantes ». La proc’ a ainsi parlé un bon moment du tract rédigé pour l’occasion par les deux inculpé-e. A aucun moment la preuve d’un vol n’est établi, on fait donc avec ce qu’on peut : la proc parle du casier militant des deux personnes, leur reproche de n’avoir rien dit en gardav’… 

On culmine dans le cocasse, à l’écoute de la peine finalement requise : huit mois de prison, dont deux fermes, pour chaque prévenu-e ! Prière de ne pas s’esclaffer ni d’applaudir cette prestation : le juge rouspète ce qu’il nomme une manifestation d’un « fan-club », et menace d’interrompre la séance si ça se reproduit encore.

L’avocate des deux personnes inculpées prend la parole. Elle trouve « extraordinaire » le fait qu’on leur reproche d’exercer leur droit au silence en garde à vue. Qu’on parle de militantisme pour cet acte si cruellement banal, pour ces deux personnes qui survivent avec peu de ressources comme pour tant d’autres. Elle démontre ensuite que le « vol » n’est constitué ni matériellement ni moralement, et encore moins « l’effraction » dont on ne trouve aucune trace. Que même s’il y avait eu entrée dans le local, cela ne pourrait constituer une infraction puisque la jurisprudence considère que la nourriture périmée abandonnée dans une poubelle n’est ni une « propriété » ni une « marchandise », et cite à l’appui une décision de justice de 2002, où quelqu’un avait été relaxé pour les mêmes faits ( commis qui plus est à l’intérieur d’un magasin). Qu’il n’y a d’ailleurs même pas d’effraction du local, mais que la nourriture récupérée l’a été dans les poubelles… sorties du local pour l’occasion et déposées sur le parking public, à destination des éboueurs sur le bord de la rocade.  Elle raille ensuite l’accusation de vol « avec ruse », vocable juridique complètement inadéquat puisqu’aucun « subterfuge » n’a été utilisé.

Après un quart d’heure de délibération, le tribunal rend un verdict d’évidence : RELAXE.

Néanmoins, chaque inculpé-e devra tout de même s’acquiter d’une amende de 100 euros pour refus de prélèvement ADN ; alors même que le délit n’a pas été constitué.

Mais de ça aussi, hélas, on a l’habitude.

Juanito, groupe Pavillon Noir (Fédération Anarchiste 86) 23 janvier 2012

mise à jour : un article de la presse locale

Mise à jour 2 : un autre compte-rendu

Mise à jour 3 : un article sur l’action de solidarité à Rennes