Archives mensuelles : février 2012

[Hongrie] Travail obligatoire pour les Roms

ndPN : Nous évoquions il y a deux mois la fascisation de la Hongrie.

Les Roms au chômage sont désormais mis au travail obligatoire !

La « garde hongroise », milice du Jobbik, parti facho allié au gouvernement nationaliste de Viktor Orban.

Le travail obligatoire pour les Roms hongrois est devenu réalité

Depuis le 1er septembre, le gouvernement nationaliste de Viktor Orbán oblige un millier de bénéficiaires d’allocations chômage, en majorité des Roms, à travailler sur des chantiers publics. A terme, ce dispositif est censé toucher 300 000 personnes. Sandor Szöke, à la tête du « Mouvement des droits civiques hongrois », s’est rendu sur le site de Gyönggyöspata: il décrit des conditions de travail indignes, l’absurdité de ces chantiers et l’absence de réaction de la population.

Ils sont désormais une réalité: presque un mois déjà que les travaux forcés pour les chômeurs ont démarré en Hongrie. En avril 2010, la droite nationaliste et son leader, Viktor Orbán, remportaient une large victoire au Parlement en reprenant à leur compte une partie des thèmes de l’extrême-droite. Le 1er septembre 2011, entrait en vigueur un programme obligeant les prestataires de minimas sociaux à travailler sur des chantiers publics.

La Hongrie ne donnera plus d’avantages à ceux qui sont en mesure de travailler, alors qu’il y a tant de travail à accomplir »,

déclarait Viktor Orbán en juin dernier. Il a au moins le mérite de tenir ses promesses.

Mais quelles promesses! Mille chômeurs sont pour l’instant réquisitionnés pour participer à des travaux d’aménagement, sous peine d’être privés de leurs allocations. Ils sont répartis sur six lieux, de véritables « labos-test » avant l’extension du dispositif à des centaines de milliers de personnes dans les prochains mois. La Commission européenne a déclaré le 20 septembre ignorer l’existence de tels travaux.

« Outils du XIXème siècle »

Et pourtant… Sandor Szöke, qui dirige le « Mouvement des droits civiques hongrois », s’est rendu à plusieurs reprises sur le chantier de Gyönggyöspata, au nord-est du pays. Il témoigne:

Avant d’arriver sur le lieu de travail, les personnes doivent parcourir environ 7,5 km. Elles enchaînent dix heures de travail sur la journée. Elles nettoient un terrain boisé en vue de la construction de résidences pour la classe aisée. Les outils semblent tout droit sortis du XIXème siècle: on travaille à la faucille ! Il n’y a rien à disposition : pas d’eau, pas de toilettes, pas d’abri contre le soleil, pas de protection contre les guêpes… C’est humiliant. Le dirigeant du chantier, du parti d’extrême-droite Jobbik, n’a pas hésité à brusquer une dame de 58 ans à demi-paralysée pour qu’elle aille plus vite. La paye est de 180 euros bruts mensuels, pour un travail qui aurait pu être fini en une après-midi par des tracteurs. »

Camps de travail pour Roms?

Si le lieu de travail est à plus de 35 km, les travailleurs pourraient, alors, être obligés de dormir sur place dans des containers transformant alors, bel et bien, les chantiers en camps de travail. 

A l’annonce du programme en juillet, le quotidien allemand Die Tageszeitung estimait:

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre que cette mesure vise principalement les Roms ».

En effet, près de 50 % des Roms, faiblement qualifiés et discriminés à l’embauche, seraient sans emploi. Nombre de familles vivent ainsi de l’aide sociale. Szandor Szöke a pu le vérifier à Gyönggyöspata:

Sur les quarante travailleurs du chantier, 39 sont des Roms. En réalité, les Hongrois ‘de souche’ ont trouvé des justificatifs pour échapper à ce travail forcé. Ce que ne peuvent évidemment pas faire les Roms. »

Ce n’est pas un hasard si le village de Gyönggyöspata est en pointe de la nouvelle politique. En avril dernier, une milice formée par le parti d’extrême-droite Jobbik avait défilé pour intimider les Roms et affirmer sa politique sécuritaire. Une démonstration de force qui a manifestement plu à la population puisque le Jobbik a gagné les élections municipales il y a un mois et demi.

Le peuple hongrois sans réaction

La dernière fois qu’un programme visait un groupe racial, c’était dans le début des années 1940 ! »,

s’insurge Sandor Szöke. Des propos qui peuvent sembler alarmistes, mais qui trouvent un écho dans certains détails du programme. En effet, le gouvernement  projette à terme d’encadrer les travaux forcés par des anciens de la Police et de l’Armée. A Gyönggyöspata, le parti Jobbik met peu à peu en place une gendarmerie,  un corps disparu en 1945 qui traîne une sinistre réputation… C’est cette gendarmerie qui mettait les juifs dans les wagons en partance pour les camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale ; elle encore qui sévissait lors de la dictature communiste. Mais le plus étonnant de l’affaire reste l’absence de réaction du peuple hongrois. Sandor Szöke explique:

Le populisme du gouvernement se nourrit de l’ignorance de la population, et inversement. La Hongrie n’a pas suffisamment travaillé sur son Histoire, donc celle-ci se répète. De 5 000 à 25 000 militants, tout au plus, s’affichent ouvertement contre ce programme. Le problème principal tient au fait qu’il n’y a pas d’opposition, pas d’alternative politique valable. Le Parti socialiste hongrois, le MSZDP, est vieillissant. Ses membres ne proposent plus rien, ils s’entredéchirent dans des luttes internes. De l’autre côté de l’échiquier, on trouve le Jobbik, crypto-fasciste et antiparlementaire… Enfin, la presse est muselée par les lois récentes instituant une pseudo-déontologie que doivent respecter les médias sous peine d’être sanctionnés financièrement. »

Main d’œuvre bon marché pour les Chinois

Il se pourrait que la persécution d’une minorité ne soit pas la seule motivation du gouvernement. Le Tageszeitung soulignait en juillet que

ce n’est pas un hasard si l’annonce de ces mesures intervient après la visite du Premier ministre chinois Wen Jiabao en Hongrie. La grande puissance asiatique veut racheter la dette hongroise mais aussi investir dans l’industrie et les projets d’infrastructures du pays ».

Les bénéficiaires d’allocations pourraient ainsi constituer une main-d’œuvre bon marché. D’autant que les perspectives économiques sont menaçantes, avec la récente baisse de la monnaie hongroise face à l’euro. D’un côté, Viktor Orbán n’a de cesse de vilipender les banques pour leur rôle dans la crise que traverse le pays. De l’autre, il innove avec une solution que peu d’économistes suggéraient jusque-là: mettre les Roms au travail à plein temps.

Myeurop.info, Baptiste Becquart, 26 février 2012

[Poitiers] Fin de l’Ajudevi, huit salariées licenciées

Tiraillements autour de l’aide aux victimes

L’Association judiciaire d’aide aux victimes a été liquidée, ses huit salariées sont licenciées. Le Prism prend le relais dans un contexte difficile et tendu. Après vingt-six années de présence, l’Association judiciaire d’aide aux justiciables de la Vienne (Ajudevi) stoppe ses activités le 1er mars. Contrainte et forcée.

Le tribunal de grande instance de Tours a prononcé sa liquidation judiciaire le 10 janvier dernier avec une poursuite d’activité jusqu’à ce jeudi. Le temps d’expédier les affaires courantes. L’association n’était pas en cessation des paiements, mais sa situation financière devenait de plus en plus ingérable. Et insoluble. « Des décisions ont été retardées trop longtemps », relèvent des salariées. Un poste de directeur, doté d’un salaire élevé, plombait les finances de l’association. S’en séparer revenait à payer de lourdes indemnités en déstabilisant un budget très contraint. Le garder entraînait à plus ou moins long terme le licenciement de tous les salariés.

 «   Des décisions trop retardées  « 

« Ces décisions-là auraient dû être prises il y a longtemps, ça fait deux ans que ça traînait. Le bureau n’a pas assumé », jugent les salariées licenciées. En plus des problèmes internes à cette petite structure, sont venues se greffer des restrictions budgétaires générales accentuant les difficultés. « Les subventions venues des collectivités, de la CAF, de l’État, du conseil général, allaient en diminuant », note aussi Me Françoise Blet, dernière présidente de l’Ajudevi. « Notre activité connaissait des fluctuations très fortes et on n’avait pas assez de trésorerie pour assumer », complètent les salariées. La voie du redressement judiciaire n’a pas été jugée crédible par le tribunal de grande instance de Tours. « Quand on nous demande d’assurer la permanence d’orientation pénale, il faut mobiliser une personne d’astreinte », expliquent ainsi les salariées de l’Ajudevi. « Ce n’est pas pris en charge financièrement. Des tractations sont en cours pour savoir qui va s’occuper de ça. C’est dévoreur en temps et en argent. » Désormais, ces risques-là, c’est le Pôle de réparation pénale d’investigation de soutien éducatif et de médiation (Prism) qui va devoir les assumer dans un contexte tout aussi difficile. La crise poitevine sur la question de l’aide aux victimes arrive paradoxalement alors que les autorités viennent de communiquer à grand renfort de campagnes publicitaires sur le numéro national d’appel 08VICTIMES.

Le Prism se prépare à prendre le relais

Pour le moment, rien n’est prêt. Pas de plaquettes à distribuer dans les gendarmeries et les commissariats, pas de convention définitivement signée avec les autorités judiciaires, pas de local installé et pas de téléphone. « Tout est en cours », tempère Nadine Delcoustal, directrice du Prism, l’organisme désormais désigné par la justice pour assurer à la fois l’aide aux victimes et les mandats judiciaires. « La signature de la convention par tous les intervenants, c’est une question de jours. On a trouvé un local, juste à côté de nos bureaux actuels, au n° 16 de la rue de la Demi-Lune. » Ils devraient être prêts pour l’accueil du public le 12 mars. En attendant que le téléphone soit installé, le Prism conseille d’appeler le 08 VICTIMES, soit le 08.842.846.37. Lorsque l’on cherche le nom de l’association d’aide agréée le site internet du ministère de la Justice renvoie toujours vers.. l’Ajudevi !

Une double mission

L’Ajudevi, et désormais le Prism, assument une double mission : l’aide aux victimes, c’est-à-dire un accompa- gnement psychologique et juridique gratuit pour expliquer aux victimes d’un crime ou d’un délit, quels sont leurs droits et quelles démarches elles peuvent entreprendre ; les mandats judiciaires, qui consistent en des missions confiées par la justice à l’association qui est alors rémunérée à l’acte, cela va du stage de citoyenneté, à la médiation pénale en passant par le contrôle judiciaire…

2.200

C’est le nombre de victimes qui prenaient contact annuellement avec l’Ajudevi. Sur ce nombre de démarches, environ 300 débouchaient sur une prise en charge nouvelle par les intervenants de l’association. Elles venaient s’ajouter aux 300 à 400 personnes qui faisaient toujours l’objet d’un suivi. Le deuxième volet de l’activité de l’Ajudevi était constitué par les mandats judiciaires : 50 enquêtes, 60 contrôles judiciaires, 80 médiations pénales, une quinzaine de stages consacrés à la citoyenneté, aux stups ou à la violence conjugale. Le Prism assure déjà certaines de ces missions comme les enquêtes pour les juges aux affaires familiales (120), les médiations familiales ordonnées par le parquet (120), les missions spécifiques de protection des mineurs (20)…

Nouvelle République, Emmanuel Coupaye, 28 février 2012

L’amertume des salariées licenciées

Les milliers de dossiers montés par l'Ajudevi sont prêts à partir à la poubelle. 

Les milliers de dossiers montés par l’Ajudevi sont prêts à partir à la poubelle.

Le plus dur, c’est le téléphone qui continue à sonner. Au bout du fil, des victimes auxquelles il est difficile de faire comprendre la situation actuelle. Un entre-deux mouvant où l’Ajudevi n’est plus aux affaires et la structure qui prend la suite pas encore à l’œuvre. La situation se profilait depuis de long mois mais elle laisse aux salariées licenciées économiques un sentiment de gâchis et d’amertume. La faute à qui ? A des financeurs qui n’ont pas toujours joué le jeu. A des atermoiements dans la prise de décisions en interne. A des choix de gestion mal négociés. « On nous a demandé comment on faisait notre travail. Mais, c’est tout. Pour le reste, si on doit être reprises, on a bien compris que ça serait par défaut », témoignent plusieurs salariées du site (1). « Les 8.000 fiches rédigées sur les victimes qui sont venues nous voir, on les a gardées jusqu’au dernier moment. Personne n’en veut. Maintenant, on jette ! » La salle de réunion sert à entasser les sacs poubelles lestés de vingt-six années de travail. « C’est un vrai gâchis, c’était notre expérience du terrain qui était là. Notre double activité, l’aide aux victimes et les mandats judiciaires c’était pour nous un gage de complémentarité. Les deux services peuvent cohabiter. Il faut juste l’organiser en matière de locaux pour assurer la confidentialité. »

Nouvelle République, 28 février 2012

[Florange] Blocage des locaux administratifs par les métallos

ArcelorMittal: des métallurgisent [sic] bloquent les locaux administratifs de Florange

Une trentaine de métallurgistes de l’usine ArcelorMittal de Florange (Moselle) bloquent depuis 05H30 les entrées aux locaux administratifs du site. Des pneus, des ballots de paille et des palettes de bois amenés sur place sont brûlés devant les grilles par les ouvriers, qui craignent une fermeture prochaine de l’aciérie employant quelque 5.000 personnes, dont 2.500 en CDI.

Manifestation le 27 février 2012 devant l'usine  ArcelorMittal  à Florange

Manifestation le 27 février 2012 devant l’usine ArcelorMittal à Florange

« Plus personne ne sort, plus personne ne rentre, au moins jusqu’à ce soir », a déclaré le responsable de la CFDT, Edouard Martin. Les premiers cadres embauchant vers 06H00 ont été contraints à faire demi-tour par les protestataires.

Il s’agit de la quatrième opération « coup de poing » des ArcelorMittal en une semaine. Lundi, ils avaient vidé le bureau du responsable de la sécurité après avoir bloqué vendredi pendant 24 heures les expéditions du site. La semaine dernière, entre 200 et 300 d’entre eux avaient occupé, aux cris de « Mittal, on veut du travail », l’étage de la direction des « grands bureaux ». 

Le blocage des locaux administratifs vise à « perturber la production du site » qui est en partie pilotée depuis les « grands bureaux » de l’aciérie, a expliqué un syndicaliste.

D’autres « actions » ont été annoncées par l’intersyndicale CFDT-CGT-FO-CFE/CGC, notamment pour mercredi, journée de mobilisation nationale pour l’emploi et « la justice sociale » dans le cadre d’un appel de la Confédération européenne des syndicats contre les mesures d’austérité face à la crise.

L’intersyndicale avait promis récemment de faire de Florange « le cauchemar du gouvernement » si les deux hauts-fourneaux de l’aciérie, en sommeil depuis plusieurs mois, n’étaient pas remis rapidement en route.

ArcelorMittal, qui a décidé récemment la fermeture définitive de hauts fourneaux à Liège (Belgique) et Madrid, assure qu’en Lorraine, il ne s’agit que d’une mise en veille temporaire rendue nécessaire par une demande insuffisante.

AFP, 28 février 2012

[Londres] Le campement anticapitaliste démantelé par la police, 20 arrestations

Le campement anticapitaliste à Londres démantelé, 20 personnes arrêtées

La police a démantelé dans la nuit de lundi à mardi le campement anticapitaliste installé depuis plus de quatre mois devant la cathédrale Saint-Paul à Londres, et arrêté 20 personnes lors d’une opération qui s’est déroulée calmement dans l’ensemble.

« Une petite minorité de protestataires ont tenté de faire obstacle au travail des huissiers. La police a procédé à 20 arrestations », ont indiqué les forces de l’ordre, qui ont jugé que le démantèlement avait eu lieu « largement dans le calme ».

La police et des huissiers de justice étaient arrivés sur place peu après minuit pour retirer les tentes et les équipements installés depuis la mi-octobre 2011 dans ce quartier des affaires de Londres, à la suite d’une décision de justice donnant le feu vert à cette éviction.

 

« C’est vraiment triste ce qui se passe aujourd’hui mais je pense que nous pouvons être fiers de ce que nous avons fait », a déclaré l’une des occupantes du camp, Kai Wargalla, une étudiante de 27 ans, ajoutant que certains militants comptaient aller s’installer sur un autre site non loin, à Finsbury Square.

La cour d’appel d’Angleterre avait approuvé le 22 février l’éviction du campement exigée par la municipalité de Londres. En première instance en janvier, la Haute Cour de Londres avait donné raison à la municipalité qui avait demandé l’évacuation du camp, arguant notamment que des dizaines de tentes situées devant la cathédrale constituaient une « obstruction illégale de la voie publique ».

Organisé comme un village alternatif, le camp était installé depuis le 15 octobre devant Saint-Paul, un des hauts lieux du tourisme dans la capitale britannique, en plein coeur de la City, le quartier des affaires de Londres.

Le campement a accueilli jusqu’à 200 tentes dans la foulée du mouvement « Occupy Wall Street » lancé aux Etats-Unis contre les dérives du système financier. Il faisait figure de bastion des « indignés » après le démantèlement du camp de New York en novembre.

L’attitude à adopter à l’égard des protestataires avait profondément divisé les responsables religieux de Saint-Paul au point que plusieurs d’entre eux, dont le doyen, avaient remis leur démission.

Fin octobre, la cathédrale avait dû fermer ses portes aux visiteurs quelques jours pour des raisons de sécurité et d’hygiène, une première depuis la Seconde Guerre mondiale.

AFP, 28 février 2012