Archives mensuelles : février 2012

[Poitiers] Répression pour outrage au jet de confetti !

Soutien à J.-C.en procès pour avoir chanté du Brassens et jeté des confettis !

Le 21 juin 2011, jour de Fête de la musique à Poitiers comme ailleurs en France, une chorale Brassens est allée chanter Hécatombe devant le commissariat local. Cette initiative, prise par l’assemblée Démocratie réelle 86, visait de même que dans d’autres villes à manifester une solidarité envers des personnes aux prises en France avec la police et la justice pour avoir interprété cette chanson.

Il y eut d’abord un Rennais, condamné en mai pour avoir chanté Hécatombe à sa fenêtre : 40 heures de travaux d’intérêt général plus 200 euros à verser aux policiers qui se trouvaient alors dans la rue. Puis une trentaine de personnes furent interpellées à Toulouse pour « outrage », ayant chanté le tube du moustachu devant le commissariat de cette ville en solidarité avec le mélomane rennais et afin de défendre la liberté d’expression. Deux personnes passèrent aussi en procès à Paris pour « violence à agent », lors de la dispersion brutale par la police d’un rassemblement de même nature (elles furent relaxées). Au même moment, la Cité de la musique, sous tutelle du ministre de la Culture, fêtait pourtant ce cher Georges et invitait à un « championnat du monde des Brassens »…

A Poitiers ce 21 juin, Cf. compte rendu , la chorale fut bon enfant, mais des policiers ont lancé à fond les sirènes de plusieurs de leurs véhicules pour couvrir la chanson, recourant ainsi à un usage abusif de ces appareils réglementés. D’autres policiers ont filmé le subversif événement. Enfin, les policiers sont venus en nombre signifier à cette chorale que c’était une « provocation », qu’elle était « illégale » (le soir de la Fête de la musique…) et devait se disperser, sous peine d’« usage de la force ». Alors que la chorale s’éloignait, ses membres ont jeté des confettis devant ce commissariat si farceur avec la liberté d’expression. J.-C., 52 ans, a alors été brutalement attrapé par un policier qui l’a emmené au poste. Un rassemblement de soutien s’est vite constitué, et J.-C. a été libéré une heure et demie après, en ayant nié avoir commis le moindre « outrage » et après que les policiers lui ont signifié qu’il devait se tenir tranquille à l’avenir s’il voulait éviter des suites.

Mais voilà, ce 27 janvier 2012, J.-C. était convoqué au commissariat. Les quatre personnes qui l’y ont accompagné ont été surprises de trouver devant un comité d’accueil de cinq policiers. Et plus encore surprises de voir J.-C. en ressortir dix minutes après avec à la main une convocation à un PROCÈS, prévu le 4 mai 2012 ! Les termes de la convocation explosent les dernières barrières du grotesque : J.-C. est en effet poursuivi pour avoir « outragé par parole, gestes, menaces, écrit non rendu public, image non rendue publique, envoi d’objet, de nature à porter atteinte à la dignité ou au respect dus à la fonction de Monsieur M. J.-C., commandant de police, personne dépositaire de l’autorité publique, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, en l’espèce en lui ayant projeté au visage une poignée de confettis ».

L’OPJ, sans doute un peu gêné, a confessé à J.-C. qu’il n’était pour rien dans cette poursuite… J.-C. n’a évidemment insulté ni menacé personne, ni par parole ni par écrit, mais tout est bon hélas, pour la police poitevine, quand il s’agit de harceler des gens qui sont engagés politiquement et qui défendent la liberté d’expression.

Rappelons que récemment six personnes ont été arrêtées pour diffusion d’un journal dont les exemplaires ont été saisis et détruits par la police (sans suite). Que deux personnes sont passées en procès pour avoir récupéré des produits alimentaires périmés dans une poubelle – elles ont expliqué leur geste par un tract  (relaxe). Qu’un ancien président de maison de quartier, connu pour son militantisme, a été convoqué au sujet d’affiches dénonçant les expulsions d’étrangers avec lesquelles il n’avait rien à voir (pas de suite mais on ne sait jamais)…

Il semble qu’une étape de plus ait été franchie par la police poitevine dans le grotesque : l’outrage au jet de confettis ! On hésite entre le rire et la consternation.

Pour la liberté d’expression et contre le harcèlement policier à l’encontre des personnes qui la défendent.

Arrêt immédiat des poursuites contre J.-C. !

Démocratie réelle maintenant – Poitiers, Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux

OGM : la guerre reprend

OGM : la guerre reprend 

 Les promoteurs des OGM pourraient planter le maïs transgénique en avril ou en mai. Une jolie chausse-trappe pour le tout nouveau président…

Hervé Kempf – 6 février 2012

Pendant le tohu-bohu de la campagne présidentielle, la vie déroule ses flots imprévisibles. Et si le débat oublie l’environnement, celui-ci n’en continue pas moins de développer problèmes et conflits. Ainsi en va-t-il de la guerre des organismes génétiquement modifiés (OGM). La trêve avait été conclue en janvier 2008 : le gouvernement décidait le moratoire sur la culture du maïs transgénique de Monsanto. La paix revint dans les campagnes. Mais les adversaires ne désarmaient pas. En septembre 2011, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) jugeait mal fondée la décision, qu’annulait, le 28 novembre, le Conseil d’Etat. La culture du maïs transgénique redevenait possible en France.

Ministres et président juraient alors qu’ils ne le permettraient pas. En même temps, le gouvernement demandait au Haut Conseil des biotechnologies (HCB) de lui indiquer comment organiser la coexistence entre cultures transgéniques et normales, de façon que les premières ne nuisent pas aux autres. Au terme de divers épisodes, le HCB rendait des avis contournés. Des virulentes discussions ayant agité cette honorable assemblée, il ressortait que la coexistence était envisageable, à condition de l’encadrer de nombreuses et difficiles précautions.

Sans doute la sophistication de cette position parut-elle excessive au ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire. Il déposait, le 30 janvier, un projet d’arrêté sur la mise en culture des OGM, réduisant au minimum les précautions à prendre et négligeant l’avis du HCB. De son côté, la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, promet que le gouvernement prendra une mesure d’interdiction fin février.

Celle-ci pourrait s’appuyer sur le tort fait par les OGM aux apiculteurs, reconnu par un autre jugement de la CJUE le 6 septembre 2011. A condition que le veuille le ministère de l’agriculture, ce qui pourrait n’être pas le cas. Si bien que la décision, si elle ne se réfère pas aux abeilles, risque d’être annulée par le Conseil d’Etat, saisi en référé par les promoteurs des OGM. Ceux-ci planteraient alors le maïs transgénique en avril ou en mai. Une jolie chausse-trappe pour le tout nouveau président…

Les OGM restent un problème politique. Qui ne pourra pas se résoudre tant qu’on ne formulera pas clairement le choix qu’ils impliquent : une agriculture productiviste et destructrice d’emplois, ou une agriculture écologique et créant du travail.

Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 5-6 février 2012.

Dessin : Neo Amusement

Lire aussi : Le gouvernement prépare-t-il la culture des OGM ?

Reporterre, 6 février 2012

[Le Caire] Les affrontements se poursuivent

Heurts nocturnes entre manifestants et policiers au Caire

Les affrontements se sont poursuivis dans la nuit de dimanche à lundi entre police et manifestants au Caire, avec des appels lancés pour des actions à l’occasion du premier anniversaire de la chute du régime de Hosni Moubarak le 11 février.

Des manifestants égyptiens lancent des pierres sur les policiers, près du ministère de l'Intérieur le 5 février 2012 au Caire

Des manifestants égyptiens lancent des pierres sur les policiers, près du ministère de l’Intérieur le 5 février 2012 au Caire
 

Les affrontements se sont interrompus dans la matinée dans le secteur proche de la place Tahrir, mais l’atmosphère restait tendue avec des groupes de manifestants toujours présents, ont indiqué des témoins.

La police a tiré à la chevrotine contre les manifestants dans les rues menant au ministère de l’Intérieur, où des heurts ont lieu depuis jeudi.

Les forces de sécurité sont accusées d’être restées passives face aux violences qui ont fait 74 morts mercredi soir à l’issue d’un match de football à Port-Saïd (nord).

Ces manifestations ont relancé la contestation contre le pouvoir militaire, à la tête du pays depuis le départ de M. Moubarak sous la pression de la rue.

Douze personnes ont perdu la vie et plus de 2.500 ont été blessées depuis jeudi dans les affrontements survenus avec la police au Caire et à Suez (nord-est).

Au Caire, les policiers ont érigé des murs dans plusieurs rues menant au ministère de l’Intérieur pour empêcher les manifestants de passer.

Des étudiants de plusieurs universités ainsi que des groupes de militants pro-démocratie ont par ailleurs appelé à des grèves et des actions de « désobéissance civile » pour l’anniversaire du départ de M. Moubarak.

Les manifestants et des commentateurs accusent des partisans de l’ancien président et de son ministre de l’Intérieur Habib el-Adly -aujourd’hui jugé avec M. Moubarak- d’avoir provoqué les violences de Port-Saïd.

Le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’en « réponse aux demandes des manifestants » il allait placer dans cinq établissements pénitentiaires différents les proches de M. Moubarak et anciens membres de son régime actuellement détenus à la prison de Tora, au sud du Caire.

Cette mesure concerne notamment les deux fils de M. Moubarak, Alaa et Gamal, qui resteront toutefois ensemble.

Et une unité médicale est en préparation à Tora afin que M. Moubarak, actuellement en détention dans un hôpital militaire du Caire, puisse y être transféré, a ajouté le ministère.

AFP, 6 février 2012

[Roumanie] Démission du gouvernement sous la pression populaire

Roumanie: démission du gouvernement sur fond de mécontentement social

Applaudi par le FMI et Bruxelles pour ses réformes économiques mais confronté à une vague de ras-le-bol de la population face à l’austérité, le Premier ministre roumain Emil Boc a présenté lundi la démission de son gouvernement de centre-droit.

« J’ai pris la décision de présenter la démission du gouvernement », a annoncé le Premier ministre lors d’un conseil des ministres diffusé en direct sur les télévisions, motivant sa décision par la volonté de « détendre la situation politique et sociale du pays ».

« Je sais que nous avons pris des mesures douloureuses mais déjà nous commençons à en recueillir les fruits », a-t-il ajouté en référence à la cure draconienne d’austérité appliquée depuis 2010.

M. Boc a appelé le Parlement à accorder au plus vite sa confiance à un nouveau gouvernement afin de ne pas mettre en danger la stabilité du pays.

Il appartient désormais au président Traian Basescu de nommer un nouveau Permier ministre.

Des consultations entre le président et les partis politiques parlementaires sont prévues dans l’après-midi.

Selon les analystes, M. Basescu pourrait charger un technocrate de former un nouveau gouvernement qui gère le pays jusqu’à l’organisation d’élections législatives, prévues en novembre.

M. Boc, 45 ans, qui occupait ce poste depuis la fin 2008, était de plus en plus contesté au sein de son Parti démocrate-libéral (PDL, au pouvoir), alors que la cote de confiance du gouvernement s’était effondrée.

Il était également confronté à une vague de contestation croissante dans la rue, avec des manifestations organisées pendant une quinzaine de jours à travers le pays jusqu’à la fin janvier.

Son départ intervient au lendemain de la fin d’un mission du Fonds monétaire international FMI) et de l’Union européenne, qui a donné son satisfécit aux réformes menées par le gouvernement Boc ces derniers mois.

Malgré une révision à la baisse de leur prévision de croissance pour 2012, à 1,5%-2%, en raison des turbulences dans la zone euro, le FMI et l’UE ont estimé que la Roumanie était « mieux munie que d’autres pays de l’UE pour affronter la tempête financière ».

« Les autorités ont fait de bons progrès dans la mise en oeuvre des politiques convenues, dans un climat international très difficile », ont souligné les deux bailleurs de fonds.

La Roumanie avait conclu en mars 2011 un accord de type préventif, portant sur une ligne de crédit de 5 milliards d’euros.

Un premier plan de sauvetage, adopté en 2009 et assorti d’un prêt de 20 milliards d’euros, avait poussé Bucarest à réduire de 25% des salaires du secteur public et à geler les retraites, provoquant une chute dramatique du niveau de vie. Des milliers de postes avaient également été supprimés dans le secteur public. Des mesures similaires sont ajourd’hui suggérées à la Grèce par le FMI et l’UE pour sauver le pays de la faillite.

Après avoir entamé la semaine dernière une grève parlementaire, l’opposition roumaine réunie au sein de l’Union social-démocrate (USL) a indiqué lundi qu’elle continuerait à insister pour l’organisation d’élections anticipées.

« Nous sommes ouverts à toute formule responsable pour aboutir à des élections anticipées, sans toutefois entraîner une détérioration encore plus grave de la situation », a déclaré l’un des vice-présidents de l’USL, Victor Ponta, aussitôt après l’annonce de la démission du gouvernement.

AFP, 6 février 2012

Front syndical inédit contre la répression du droit de grève

Aérien: retards et annulations « à chaud » au 1er jour du conflit sur le droit de grève

Retards et annulations « à chaud » étaient enregistrés lundi dans les aéroports français, mais sans engorgement, au premier jour d’un conflit inédit rassemblant tous les syndicats de l’aérien déterminés à s’opposer à un texte encadrant davantage le droit de grève.

Le ministre des Transports Thierry Mariani a réaffirmé lundi sa « volonté d’aller jusqu’au bout » de la proposition de loi votée fin janvier en première lecture par les députés.

A Roissy, outre les vols déjà annulés préventivement par Air France, quelques annulations « à chaud » étaient enregistrées notamment vers Genève, Naples, Istanbul ou Rio, a constaté une journaliste de l’AFP. EasyJet a également annulé cinq départs ce matin au départ de Charles-de-Gaulle.

Selon une source aéroportuaire, « 126 annulations ont été programmées dès dimanche soir sur 1.190 mouvements (décollages et atterrissages) prévus lundi » à Roissy et Orly, mais « il va falloir tenir compte des annulations à chaud ».

Air France, qui attend 120.000 passagers à Roissy ce lundi, a annoncé pouvoir assurer 80% de ses vols court et moyen courrier et 85% des vols long courrier. Des prévisions jugées optimistes par certains responsables syndicaux de la compagnie.

A Toulouse, on notait beaucoup de retards supérieurs à une heure, mais « il y a peu de monde à l’aéroport, ce n’est pas la cohue », a indiqué un porte-parole de la plateforme. Du fait de la grève et aussi de la neige, on comptait avant midi 15 vols annulés au départ (sur Air France et six autres compagnies) et six à l’arrivée.

A Nantes, 11 vols ont été annulés à l’arrivée et 10 au départ, mais la plupart des voyageurs, informés à l’avance par leur compagnie, ne se sont pas déplacés.

Idem à Marseille, Montpellier ou Nice, où malgré des annulations, il n’y a avait pas de file d’attente.

A Lyon, sur 13 annulations, 4 étaient imputables aux mauvaises conditions météorologiques.

Les compagnies ont informé leurs clients, via internet ou SMS, d’annulations préventives. Elles ont aussi prévu davantage de personnel navigant « en réserve » pour pallier des absences imprévues, mobilisent leurs cadres et essaient de basculer des passagers sur des vols assurés parfois par d’autres compagnies (sur les long-courriers notamment).

Air France invite aussi ses passagers à différer leur voyage, la modification des billets étant facilitée.

La quasi-totalité des syndicats de pilotes – le très majoritaire SNPL, ainsi que le Spaf, l’UNPL et Alter – ont appelé à cesser le travail de lundi à jeudi soir, ainsi que les hôtesses et stewards et les personnels au sol, dont les prestataires des compagnies (bagagistes, avitailleurs, agents de piste, mécaniciens, etc.).

Une source aéroportuaire a indiqué à l’AFP que « le mouvement est peu suivi au sol chez Air France, mais la mobilisation plus forte chez les navigants ».

Ce front syndical inédit s’est construit contre le projet du gouvernement, via une proposition de loi, d’encadrer le droit de grève dans l’aérien, sur le modèle du dispositif introduit en 2007 dans les transports terrestres, à la SNCF et à la RATP notamment.

Le texte du député UMP Eric Diard impose notamment aux grévistes, sous peine de sanction, de se déclarer individuellement 48 heures à l’avance. Chaque gréviste devra aussi dire sa volonté de reprendre le travail 24 heures à l’avance. Le texte impose aux compagnies de communiquer des prévisions de trafic 24 heures en amont.

Pour les syndicats, ce texte vise « à limiter le droit de grève » et ils dénoncent, à l’instar du principal syndicat d’hôtesses et de stewards Unac, « l’absence de concertation préalable pourtant prévue par le Code du travail ».

AFP, 6 février 2012