Archives mensuelles : avril 2012

[Châtellerault] La Bourse du travail a cent ans

NdPN : La Bourse du travail de Châtellerault a cent ans ! Elle fait paraître demain une brochure  sur les luttes ouvrières locales.

A cette occasion, on relira les articles de Normand Baillargeon ou de David Rappe, sur les origines anarchistes et plus spécifiquement anarcho-syndicalistes de ces bourses du travail. Ces travaux nous rappellent que le syndicalisme des origines proposait comme but ultime « la disparition du salariat et du patronat » et considérait que « l’émancipation intégrale des travailleurs ne peut se réaliser que par l ‘expropriation capitaliste ».

A Poitiers, pour toutes celles et tous ceux qui, syndiqué-e-s ou non, veulent réaffirmer ces objectifs, rendez-vous à la manifestation de demain, mardi premier mai, dans le cortège contre l’esclavage salarié.

***

La Bourse du travail compile cent ans de vie ouvrière

Pour ses cent ans, la Bourse du travail fait paraître ce mardi une brochure  retraçant la vie ouvrière du Châtelleraudais. Cent ans de luttes et de conquêtes.

Al’occasion de ses cent ans, la Bourse du travail publie une brochure ce mardi. De la création de la maison des syndicats à la lutte des Fabris ou des fondeurs, en passant par la Manu, le Front populaire ou encore Mai 1968, elle revient sur les événements marquants des luttes dans le Châtelleraudais.

> La bourse ou la vie syndicale. La Bourse du travail de Châtellerault, située rue Cognet, c’est la maison des syndicats. Elle est créée dans l’Hôtel Brochard, ou immeuble Moreau, le 20 décembre 1911 sous la poigne de Clément Krebs, alors adjoint au maire, puis inaugurée le 13 avril 1912. > Première victoire du prolétariat. 65 ouvriers maçons et tailleurs de pierre de Châtellerault font grève contre leur patron et se constituent en association ouvrière en 1906. > La Manu. En 1910, plus de 90 % des syndiqués de Châtellerault et près de la moitié des syndiqués de la Vienne travaillent à la Manufacture. > Boulangers dans le pétrin. En janvier 1920, les ouvriers boulangers (suppression du travail de nuit et un repos hebdomadaire obligatoire) et les ouvriers des usines Roche (Cenon-sur-Vienne) entrent en conflit contre leurs patrons. Ils exigent une revalorisation de leurs salaires. > Perquisition chez les « cocos » châtelleraudais. A la suite de l’arrestation du Polonais, dit « Fantomas », pour espionnage, on recherche en 1932 des documents de la Défense nationale relatifs à la fabrication du nouveau fusil-mitrailleur. > La nuit des ligues fascistes. Coup de force contre le régime parlementaire le 6 février 1934 à Paris. Le journal Le Front populaire de la Vienne s’indigne des « punitions qui pleuvent sur les ouvriers de la Manu », dont un ingénieur, surnommé « Le Négus », brûle le journal CGT à l’atelier central. > Premiers chômeurs. Création d’un comité de chômeurs à la Bourse du travail en 1935. > 1er mai 1936. C’est le Front populaire, les grèves… en France. Dans la Vienne comme à Châtellerault, c’est la droite et l’échec du Front populaire. Aucun candidat de gauche n’est élu. La Vienne a voté à l’inverse de la France. > « Plus vite ! » Note du directeur de la Manu le 31 mars 1941 : « Il faut marcher plus vite, il faut travailler plus vite, il ne faut plus se promener, il ne faut plus faire causette avec ses camarades, il faut du travail et du rendement. » > La rafle du 23 juin 1941. Un instituteur raconte que des communistes sont arrêtés « sur décision de la Gestapo et sur exécution de la Feld-gendarmerie avec appui de la police française ». 24 sont déportés. > La Grande grève à la Manu. En 1942, les listes de départ STO sont « de plus en plus longues ». Les ouvriers décident d’une grève surprise. > L’après-guerre. C’est le temps des grèves avec les postiers, gaziers et électriciens (août 1953), de l’augmentation importante du coût de la vie… > On ferme, on ouvre ! Fermetures programmées de la Manu et de la base américaine de Saint-Ustre à Ingrandes-sur-Vienne. Arrivée de nouvelles entreprises : Jaeger, Sochata, Hutchinson, Sfena… > Mai 1968. 23 usines en grève, 16 occupations. Mouvements à la Sochata, à la Mac, chez Duteil, Blereau, AMS, Mescle, Semis, Hawk… Accords de Grenelle et fin de conflit. Ex : 30 % de hausse de salaire à Hutchinson. > La décennie de la grève (1970-1980). Chez Hutchinson, Jaeger, Rivet, Micromeca… > Châtellerault, ville morte. Une manifestation d’ampleur a lieu le 6 juillet 1978 pour la défense de l’emploi et la revalorisation du pouvoir d’achat. > Cent ans de CGT (1995). Claude Baury réalise une sculpture. > Les années 2000. Liquidation des « Fabris » le 16 juin 2009, reprise des « Fonderie Alu » (ex-Montupet) par Saint-Jean-Industries…

« 100 ans de vie ouvrière à Châtellerault, le journal des luttes ». Brochure tirée 300 exemplaires. Prix : 12 €. En vente à partir de ce mardi à la Bourse du travail de 9 h à midi (100ansboursetravail@ voila.fr).

Les syndicats appellent à se rassembler ce mardi à 10 h 30 devant la Bourse du travail. Au programme, remise de médailles à douze récipiendaires et distribution de tracts.

en savoir plus

Un siècle d’histoire, trois mois de travail

« 100 ans de vie ouvrière, le journal des luttes », c’est un ouvrage qui relate, sous forme chronologique, la vie ouvrière du Châtelleraudais à travers ses luttes. Il rassemble et s’appuie sur des archives de la CGT, des documents tirés d’ouvrages d’historiens, ainsi que de témoignages d’ouvriers, acteurs de la vie ouvrière châtelleraudaise. Cet almanach, c’est 116 pages de textes et photos inestimables qui ont réclamé un travail impressionnant de la part de ses auteurs, dont le rédacteur en chef, Joseph Chotard. « On a mis trois mois pour faire ce travail de compilation. On a surtout puisé dans les archives de la CGT, longtemps le seul syndicat, et qui archivait. La CFTC est apparue en 1919, la CFDT en 1964, la CGC en 1944 et FO en 1947. » L’Association pour la célébration des cent ans de la Bourse du travail de Châtellerault, à l’origine de cette brochure, va la mettre en vente ce mardi 1er mai, Fête du travail et des travailleurs. Tout un symbole.

Nouvelle République, Denys Frétier, 30 avril 2012

[Poitiers] Réponse du DAL 86 aux attaques du maire

Communiqué du DAL86 29-04-12

COMMUNIQUE DU DAL 86 SUITE A LA DECLARATION PUBLIQUE DU MAIRE DE POITIERS SUR NOTRE ASSOCIATION ET LES MAL LOGES ET SANS LOGIS EN LUTTE

Question rhétorique rappelons que c’est quand on est à court d’arguments que l’on a recours aux attaques ad hominem. C’est pour cela que le DAL86 restera comme il l’a toujours été dans une critique politique, non pas d’Alain Claeys comme personne mais des agissements du maire de Poitiers. Maire de Poitiers qui engage lorsqu’il s’exprime la « majorité municipale ».

Le maire de Poitiers aime donner des leçons. Des individus sans scrupules instrumentalisent des gens en souffrance, les manipulent… dit–il. Hormis le fait  que toutes les décisions au DAL 86 et dans le collectif des sans-logis et mal-logés de Poitiers soient prises collectivement, qu’il n’y a pas  de responsables et que les porte-paroles occasionnels ne transmettent  que les décisions collectives, cette déclaration relève du mépris à  peine voilé et de la condescendance pour des sans-logis et mal-logés qui ont été tout à fait capables de se prendre en main et de décider les  choses par eux-mêmes.

Pourquoi cette thèse, si ce n’est pour tenter de cibler, intimider, réprimer ?

Par ailleurs, le maire accuse les gens en lutte de « chercher à remettre en cause tout ce qui a été bâti à Poitiers depuis des années en matière sociale et qui constitue, en France, une référence ». Vraiment ?

Ce n’est pourtant pas le Dal86 qui a inventé le harcèlement au quotidien de personnes sans domicile, par la police nationale et de la police  municipale, cette véritable politique de purification sociale du centre ville dénoncée à la fin de l’année dernière par Démocratie réelle maintenant Poitiers VOIR

Allons plus loin. Comment le maire de Poitiers peut-il accepter que la maraude ait encore “perdu” son laissez -passer pour venir distribuer la soupe chaude aux sans logis place du marché ?

Comment peut-il accepter  que le 115 soit complet tous les soirs, que les gens qui nécessitent un hébergement soient contraints de téléphoner plusieurs fois dès le matin pour s’entendre dire tard dans la soirée qu’il n’y a pas de place ?

Comment peut-il accepter que l’on y parque les gens dans des dortoirs, que les chiens ne  soient pas admis avec leurs maîtres, que les sans logis doivent quitter les lieux dès 7h30 le matin ?

Comment peut-il accepter qu’il y ait une liste d’attente de plusieurs jours dans les CHRS, que l’accompagnement social y soit rendu obligatoire – au mépris de la loi – et que cela  serve, comme le traitement réservé aux chiens, les règlements absurdes et les punitions arbitraires, de moyen de dissuasion ?

Comment peut-il accepter qu’il y ait encore des personnes à la rue ou si mal logées ? Des personnes qui sont forcées de réquisitionner des immeubles, d’y vivre en s’éclairant à la bougie au risque de mettre le feu et de mourir  brûlées vives ? Pourquoi notre maire ne s’est-il pas déplacé au 11 rue Jean Jaurès pas plus qu’au campement devant Notre Dame,  pour discuter avec les sans logis et mal logés de leurs besoins ?  Pourquoi même ne leur a-t-il pas proposé de leur faire ouvrir l’électricité et l’eau ?

Comment a-t-il pu accepter les destructions répétées du campement place du marché et la répression féroce qui a suivi durant 3 semaines ? Rappelons que ces exactions ont été perpétrées envers « des gens en souffrance, au parcours de vie difficile »… dans les mots du maire lui-même.

Comment peut-il accepter  que les bailleurs sociaux aient deux files d’attente, l’une pour ceux qui ont les moyens et qui sont servis rapidement et l’autre pour ceux  qui ne les ont pas et qui peuvent attendre longtemps ?

Comment a-t-il pu accepter qu’un sans logis soit mort dans le parking souterrain de la place du marché en janvier dernier ? Il est vrai que “ouf”, il n’était pas mort de froid… Rappelons que 400 personnes par an meurent en France dans la rue, autant l’été que l’hiver.

Comment peut-il accepter que la propriété privée et la spéculation immobilière priment sur le droit au logement ? Au 11 rue Jean Jaurès, les habitations ont été laissées à l’abandon et à la dégradation pendant 14 années par la propriétaire ! Rappelons qu’il y avait 4122 logements vacants à Poitiers en 2008. Combien y en a-t-il aujourd’hui ?

Comment notre bon  maire, lui qui était présent sur place avec Michel Berthier à 4h du matin, si attentif au confort de ces « gens dans la souffrance » peut-il accepter que les victimes de l’incendie aient fait 13 longues heures de garde à vue, et soient convoquées au tribunal correctionnel pour le 12 juillet prochain pour entre autres, dégradation involontaire par utilisation de bougie sans surveillance? Pourquoi n’a-t-il pas proposé comme le maire de Toulouse l’a fait en mars 2010, de reloger les sans abris et mal logés VOIR ?

Enfin, comment peut-il se  focaliser, lors de ce moment si grave, non sur les victimes, mais sur un tag, dont rien ne prouve qu’il ait été commis par les occupants ?

C’est l’entêtement du  maire à dénier l’existence de problèmes de logement à Poitiers qui le conduit dans cette impasse : s’attaquer aux  personnes en lutte pour le droit fondamental d’un logement décent pour tous, afin de les faire taire.

Mais le DAL86 ne se laissera pas intimider, défend et continuera à défendre ses militants contre les attaques présentes et à venir. Et tant que le droit à un logement décent ne sera pas effectif pour tous, les militants du DAL86 continueront à lutter aux côtés des personnes mal logées et sans logement.

DAL 86, 29 avril 2012

John Holloway – Nous sommes la crise du Capital et nous en sommes fiers !

« Nous sommes la crise du capital et nous en sommes fiers ! »

Intervention de John Holloway (New York le 18 mars 2012).

C’est pour moi une vraie joie d’être ici, mais cela me fait peur, parce que, en réalité, c’est la première fois que je prends la parole dans le cœur de l’Empire du mal. Je tiens également à remercier expressément les gardes de l’aéroport pour m’avoir laissé entrer dans le pays et vous rendre visite, dans cette terre de la « liberté », pour m’avoir permis de venir vous voir, ici, dans votre prison. Peut-être qu’ils m’ont laissé entrer parce qu’ils n’ont pas réalisé l’existence d’une mutinerie dans la prison, une rébellion dans le cœur de l’Empire.

Nous sommes ici pour célébrer 2011, qui inonde la nouvelle année, 2012. Une année pleine de révoltes glorieuses dans le monde entier, parce que grâce à notre désobéissance, il est clair que nous sommes, nous, la crise du capital. Nous sommes la crise du capital et nous en sommes fiers. Assez, assez de dire que ce sont les capitalistes les coupables et la faute des banquiers. Le sens même de ces mots est non seulement absurde mais aussi dangereux, car elle nous constitue en victimes. Le capital est une relation de domination. La crise du capital est une crise de la domination : les dominants ne sont plus en mesure de nous dominer de manière efficace. Alors, nous sommes allés dans les rues pour manifester en déclarant que c’était de leur faute. Mais que disons-nous exactement ? Qu’ils devraient nous dominer de manière plus efficace ? Il est préférable de prendre l’explication la plus simple et dire ceci : si la relation de domination est en crise c’est parce que les dominés ne sont pas assez dociles, parce qu’ils ne se prosternent pas suffisamment. L’insuffisance de notre soumission est la cause de la crise.

Le capital n’est pas seulement un système d’injustice, c’est un système qui accélère l’exploitation, qui intensifie la destruction. Cela peut être théorisé de multiples manières, à travers la loi de la valeur, la formation de la valeur et son temps nécessaire, selon les sociétés, ou les théories de la baisse tendancielle des profits. Cependant, ce qui importe c’est que le capital est dans une dynamique d’attaque. Il y a un mouvement sans fin d’accélération, une éternelle transformation de ce qu’est le travail capitaliste. Cela ne signifie pas seulement une intensification du travail dans les usines, mais aussi une soumission croissante, tous les jours, de tous les aspects de la vie à la logique du capital.

L’existence même du capital consiste à serrer constamment la vis et la crise est tout simplement la manifestation de ce que la vis n’est pas serrée aussi vite qu’elle le devrait, qu’il y a une résistance quelque part. Résistance à travers les rues et les places, peut-être, résistance organisée, bien sûr, mais aussi peut-être la résistance des parents qui veulent jouer avec leurs enfants, des amoureux qui veulent rester une heure supplémentaire dans leur lit, des étudiants qui pensent qu’ils ont besoin de plus de temps pour la réflexion critique, des humains qui rêvent encore d’être humains. Nous sommes la crise du capital, nous qui ne nous soumettons pas assez, nous qui ne courons pas assez vite.

En réalité, la crise a deux issues. La première consiste à nous excuser, à demander pardon pour notre manque de soumission, et ensuite à demander plus de travail. « S’il vous plaît, exploitez-nous plus et nous travaillerons plus dur et plus rapidement, nous allons soumettre tous les aspects de nos vies au capital, nous allons oublier toutes les bêtises infantiles du jeu, de l’amour et de la pensée. » C’est là la logique du travail aliéné, la logique inefficace de la lutte à travers le travail, ce qui se conçoit comme la lutte du travail aliéné contre le capital. Le problème de cette issue est que non seulement nous perdons notre humanité, mais aussi nous reproduisons le système qui nous détruit. Si, au final, nous parvenons, chose très improbable, à contribuer à surmonter la crise du capital, alors le capital continuera plus vite, plus vite, plus vite à soumettre chaque forme de vie. Et puis viendra une autre crise, et puis une autre, et encore une autre, et ainsi de suite, mais pas ainsi pour toujours, car il se peut que nous ne soyons pas loin de l’extinction de l’humanité.

L’alternative, parce que je pense que c’est la seule alternative, consiste à déclarer ouvertement que non, désolés, nous sommes la crise du capital et nous n’allons pas nous mettre à genoux, nous n’allons pas accepter ce que nous fait le capital, nous sommes fiers de notre manque d’obéissance et de notre refus de nous soumettre à la force désastreuse du capital. Nous sommes fiers d’être la crise du système qui nous détruit.

Regardez la Grèce, l’épicentre de la crise économique et du crédit aujourd’hui. Là-bas, la crise est tout à fait une crise de la désobéissance. Les capitalistes et les politiciens disent que les Grecs ne se soumettent pas beaucoup, qu’ils ne travaillent pas assez dur, qu’ils aiment bien faire la sieste et sortir le soir et qu’ils doivent maintenant apprendre ce que signifie d’être un vrai travailleur capitaliste. Et en donnant une leçon aux Grecs, ils ont aussi l’intention d’en donner une aux Portugais, aux Espagnols, aux Italiens, aux Irlandais et à tous les désobéissants du monde.

Et dans une telle situation, il y a deux options. La première, c’est de dire non, non, nous sommes des bons travailleurs, nous voulons juste plus d’emplois et nous allons prouver combien nous pouvons bien travailler, nous allons reconstruire le capitalisme en Grèce. Et l’autre consiste à dire, oui, vous avez raison, nous sommes paresseux et nous allons nous battre pour notre droit à la paresse. Nous allons nous battre pour pouvoir faire les choses à notre rythme, de la manière que nous pensons correcte, nous allons nous battre pour notre sieste, pour sortir le soir. Alors, nous disons non au capital et au travail capitaliste, parce que nous savons tous que le travail capitaliste a littéralement détruit la terre, qu’il détruira les conditions de l’existence humaine. Nous devons construire une nouvelle forme de vie sociale.

La première solution, dire que nous sommes de bons travailleurs, semble plus simple, plus évidente, mais peut-être ne sera-t-elle qu’une illusion, car la plupart des commentateurs disent que la récession en Grèce durera de nombreuses années, quel que soit le niveau de la conformité des Grecs.

Si vous voulez savoir à quoi ressemble la prorogation de l’échec du capital, sans aucun espoir de changement radical, regardez au-delà de la frontière de votre pays, la tragédie au Mexique, ou plus près, regardez, regardez vos centres-villes… L’autre option, celle qui consiste à dire non au capital et établir une relation sociale différente, c’est ce que beaucoup de Grecs essaient maintenant, par choix ou par nécessité. Si le capital ne peut pas fournir la base matérielle de la vie, alors nous devons la créer d’une autre manière, en créant des réseaux de solidarité, en proclamant « aucune maison sans électricité » et en formant des équipes d’électriciens pour reconnecter le courant aussitôt qu’il a été coupé, à travers le mouvement « Je ne paie pas » les hausses d’impôts ou les péages, à travers le « mouvement des patates », par lequel les agriculteurs distribuent directement leurs pommes de terre et légumes en ville à des prix très bas, à travers des marchés d’échanges, par la création de jardins communautaires et le retour à la campagne. Et en outre, par la récupération des entreprises, d’un hôpital et d’un journal. Il s’agit d’une manière complexe et très expérimentale d’aller de l’avant, où il n’y a pas de ligne politique juste ni aucune pureté révolutionnaire. Très probablement, ces formes préfigurant une nouvelle vie sociale ne sont pas encore assez fortes pour assurer notre survie et des engagements sont encore nécessaires. Mais c’est clairement la direction dans laquelle nous devons pousser — clairement la direction dans laquelle nous poussons et sommes poussés nous-mêmes.

Le monde que nous essayons de créer est un monde sans réponses, un monde où nous marchons en interrogeant, le monde d’une expérimentation. Mais nous sommes guidés par notre « non » à l’inhumanité, à l’obscénité et au caractère destructeur du système capitaliste. Guidés aussi par une étoile utopique distillée à partir des espoirs et des rêves de siècles de lutte.

La crise, donc, nous confronte à ces deux options. Soit nous prenons la grande route de la subordination à la logique du capital, avec la pleine connaissance que cela mène directement à l’auto-extinction de l’humanité. Soit nous empruntons les chemins hasardeux — de nombreux chemins — de l’invention de mondes différents ici et maintenant, à travers les fissures que nous créons dans la domination capitaliste. Et à mesure que nous inventons de nouveaux mondes, nous chantons haut et fort que nous sommes la crise du capital. Nous sommes la crise de la ruée vers la destruction de l’humanité… et nous en sommes fiers. Nous sommes le monde nouveau en train de surgir et qui dit : « Capital, dégage ! »

John Holloway New York, 18 mars 2012

ndPN : rendez-vous à Poitiers pour un cortège contre l’esclavage salarié, le 1er mai à 11H, au Clos-Gaultier (Trois Cités).

[Poitiers] Suite à un départ d’incendie au squat, le maire attaque

ndPN : en attendant un communiqué du collectif des sans-logis et mal-logés de Poitiers et du DAL 86, on trouvera là la déclaration hallucinante d’Alain Claeys, député-maire de Poitiers, suite au départ d’incendie ayant touché le squat Le Dédale, ayant permis à la police de fermer le squat et de procéder à trois arrestations.

Rien n’y manque : attaques nominales contre deux personnes et accusations à leur encontre de « lâcheté », d’ « instrumentalisation » et de « manipulation » alors que ces collectifs sont autogérés et que les décisions sont toutes discutées et prises collectivement, y compris par les premier-e-s concernée-e-s en manque de logement décent. Infantilisation, avec tout le vocabulaire charitable du pouvoir, des personnes sans-logis et mal-logées, en « grande souffrance » et en « perte de repères » auxquelles la bonne mairie, véritable « référence » en la matière, apporterait de « l’aide » ; pas des logements individuels décents, ainsi que le demandent les sans-logis, comprendre : 115 (complet mais rappelez demain), interdiction des chiens, flicage médico-social… une aide si merveilleuse qu’il arrive aux concerné-e-s de la refuser… et de lutter pour un vrai toit. Tentative de marginalisation du DAL 86 alors que l’action de ce collectif est soutenue par la fédération DAL. Et appel à la répression, notamment pour des « menaces » taguées sur le mur… d’un lieu d’habitation !

Si vous avez un départ de feu dans votre piaule vieillotte ou votre squat parce que vous n’avez pas d’électricité, il est à espérer que vous n’ayiez pas d’affiches, tracts et dessins rageurs contre les responsables politiques qui refusent de réquisitionner les millions de logements vides et préfèrent les laisser pourrir aux mains de spéculateurs. C’est qu’au lieu de vous soutenir dans ce moment difficile, il pourrait leur passer par la tête de poster plainte contre vous… La « perte de repères » ça se résout peut-être, pour ces bonnes âmes, par la taule ?

En attendant les suites, on se réécoutera les propos de l’abbé

Pavillon Noir

L’incendie du squat met un terme à son occupation

Poitiers.  Le squat de la rue Jean-Jaurès a été évacué après un début d’incendie nocturne. Trois personnes ont été arrêtées. Le site a été refermé.

La police est restée sur place le temps que les ouvriers referment le site. Une société de gardiennage le surveille.

Un petit incendie vaut mieux qu’une longue et incertaine procédure judiciaire ! Le sinistre survenu dans la nuit de jeudi à vendredi au premier étage d’une vaste maison bourgeoise du n° 11 de la rue Jean-Jaurès transformée en squat a provoqué la libération inattendue des lieux. Ce sont des bougies servant d’éclairage qui auraient provoqué le départ de feu.

Le site était occupé depuis une semaine par un groupe de personnes se réclamant du Droit au logement. Ils voulaient d’ailleurs organiser une journée portes ouvertes sur place demain. Des ouvriers ont procédé à la fermeture de la demeure. Portes et fenêtres sont de nouveau bouclées. « Ils avaient enlevé la serrure pour mettre la leur, on a tout enlevé. Ils avaient leur clé, comme si c’était leur maison », remarque un ouvrier. Une société de gardiennage surveille désormais le site.

«  Un problème de sécurité pour tous les Poitevins  »

Tout ça après un départ de feu signalé vers 3 h 30 du matin par une riveraine qui était sortie dans son jardin. Elle a alors aperçu l’incendie appelés les pompiers et averti la mairie. Un adjoint au maire avait donné son numéro de portable aux riverains directs du site. Les pompiers ont arraché le portail en bois pour pénétrer dans le jardin et attaquer le feu. Le sinistre a pris naissance au premier étage de la bâtisse et a détruit une partie du plancher. Vingt mètres carrés au total. Ils ont également secouru trois personnes, trouvées en état d’ivresse sur place. « Un drame a été évité de peu », martèle le maire de Poitiers, Alain Claeys, venu également sur place dans la nuit. « C’est un bâtiment privé, occupé, mais il y a un problème de sécurité pour tous les Poitevins. » La police est intervenue. Les trois personnes trouvées par les pompiers, indemnes, ont été placées en garde à vue. Une enquête pour dégradations a été ouverte. Combien de personnes se trouvaient dans la maison au moment du départ du feu ? Hier matin, la propriétaire s’est rendue sur place pour évaluer les dégâts. Le procureur de la République aussi. Les enquêteurs de la sûreté départementale et l’identité judiciaire ont ensuite investi la maison avant de laisser œuvrer les ouvriers chargés de refermer les lieux pour empêcher toute nouvelle intrusion. La propriétaire avait fait constater l’occupation illégale des lieux, préalable indispensable avant toute procédure d’expulsion. Le juge des référés était saisi, hier, d’une demande en ce sens. Il rendra son ordonnance lundi. Une procédure désormais sans objet. L’incendie survenu dans la nuit vient de rendre une fière chandelle à la propriétaire.

en savoir plus

Trois personnes poursuivies en justice

L’incendie survenu dans la nuit de jeudi à vendredi au premier étage d’une partie de la maison occupée rue Jean-Jaurès est d’origine accidentelle, indique le parquet de Poitiers. « Ce sont des bougies qui servaient aux trois personnes présentes pour s’éclairer. Elles ont provoqué le départ du feu. C’est un accident », indique le procureur adjoint, François Casassus-Builhé. Les trois personnes, évacuées par les pompiers, puis interpellées par la police, ont été placées en garde à vue. Deux hommes, de 26 et 37 ans et une femme de 35 ans trouvés en état d’ivresse, libérés, hier dans la soirée. Elles seront poursuivies, le 12 juillet prochain pour violation de domicile et destruction involontaire par incendie. L’enquête se poursuit pour identifier les personnes ayant provoqué des dégradations dans la maison et celles qui ont tracé des tags proférant des menaces de mort.

Nouvelle République, 28 avril 2012

Le maire porte plainte et dénonce une  » manipulation  » et une  » instrumentalisation « 

Le feu couvait depuis plusieurs semaines. Le maire de Poitiers, Alain Claeys, a exprimé publiquement, hier, ce qu’il pensait de l’action menée localement par les principaux responsables du Collectif des sans-logis et mal logés et le Droit au logement (DAL 86) : « Un drame a été évité cette nuit. La ligne jaune a été franchie. Je ne laisserai pas, à Poitiers, des individus sans scrupule s’abriter derrière une association respectable comme le DAL, instrumentaliser des gens en souffrance, les pousser à commettre des délits et, pour finir, chercher à remettre en cause tout ce qui a été bâti en matière sociale. Depuis plusieurs mois, ces personnes en souffrance sont manipulées. Je considère que ceux qui ont organisé et soutenu ce squat ont une double responsabilité, jusqu’ici morale, et depuis ce matin, pénale. » Le maire de Poitiers indique par ailleurs avoir porté plainte contre X à la suite de la découverte dans le squat de tags proférant des menaces de mort à son encontre : « J’ai porté plainte en tant que maire et en tant que citoyen. Je souhaite que la justice fasse la lumière sur les exécutants mais aussi et surtout sur les commanditaires de ces opérations. » Le DAL86, par la voix de Jean-François Chazeran, cité par le maire, tout comme Jean-Christophe Clochard, se dit « atterré », par une telle charge : « Instrumentaliser pour quoi ? On cherche juste à trouver des solutions de logements pour des personnes en difficultés. Il y a dix SDF dans les rues de Poitiers actuellement. Là, on avait trouvé une solution de logement pour eux. Je suis catastrophé par ce qui s’est passé. Il n’est pas question de retourner sur place. » La mairie assure que ses services font tout ce qu’il faut.

Nouvelle République, 28 avril 2012

[Saint-Benoît – 86] Un vernissage détourné par deux pontes de la droite

Un vernissage détourné en tribune politique

C’est avant tout l’histoire d’un affront fait à un artiste. Christian Ruhaut estime ne pas être « à ce point obscur et méconnu pour mériter un tel mépris ». Son travail, rappelle-t-il d’ailleurs, a fait l’objet d’expositions importantes et l’écrivain Bernard Noël a consacré une monographie à son œuvre. Voilà pourquoi ce peintre de renom installé dans le Civraisien depuis une dizaine d’années a écrit à Jean-Pierre Raffarin et à Jean-François Copé pour s’indigner de leur attitude.

Au début du mois, le sénateur de la Vienne et le secrétaire général de l’UMP ont transformé le vernissage de son exposition en réunion politique au Dortoir des moines de l’abbaye de Saint-Benoît. Ils avaient bien prévenu qu’ils honoreraient l’événement de leur présence, pas qu’ils allaient en profiter pour prononcer des discours de campagne sans aucun rapport avec l’exposition. « Aucun mot ni sur l’art ni sur la culture, aucun regard sur les œuvres exposées. Aucun mot, aucun échange, aucun regard avec l’artiste Mais il a été question de voitures brûlées dans la région de Cognac ! », déplore Christian Ruhaut. « Ils ont ensuite bu un verre entourés de leur staff, complètement extérieurs et étrangers à l’événement qui se déroulait. Leur comportement était ahurissant ; des gens sont partis avant la fin, écœurés. Ce n’était pas une brocante ou une exposition de peintres amateurs Je consacre ma vie à la peinture. »

«  Irrespectueux  »

L’artiste qui a également interpellé Nicolas Sarkozy par écrit a reçu une lettre d’excuses manuscrite de Jean-Pierre Raffarin, la semaine suivante. « Il a reconnu le caractère irrespectueux d’un tel comportement envers l’artiste et s’en est excusé avec sincérité », poursuit le peintre qui ne souhaite d’aucune manière participer au débat politique. Il a simplement été blessé et tenait à le faire savoir. Jean-Pierre Raffarin qui « marche à l’affectif » l’a semble-t-il compris.

Plus que deux jours pour découvrir l’exposition de Christian Ruhaut, ce week-end, au Dortoir des moines, rue Paul-Gavin à Saint-Benoît. Entrée libre.

Nouvelle République, Baptiste Bize, 28 avril 2012