Archives de catégorie : Ni patrie ni frontière

[Washington] Rassemblement contre Guantanamo

Dix ans après, une chaîne humaine à Washington demande la fermeture de Guantanamo

Plusieurs centaines de manifestants ont formé une chaîne humaine mercredi à Washington, de la Maison Blanche à la Cour suprême, pour protester contre les dix années d’existence de la prison de Guantanamo, malgré les promesses de fermeture de Barack Obama.

Des manifestants réclament la fermeture de la prison de Guantanamo le 11 janvier 2012 devant la Maison Blanche à Washington.

Des manifestants réclament la fermeture de la prison de Guantanamo le 11 janvier 2012 devant la Maison Blanche à Washington.
 

« Dix ans de trop ! Dix ans, ça suffit ! », ont scandé pendant deux heures et demi les manifestants parmi lesquels 200 personnes étaient vêtues des célèbres combinaisons oranges et encagoulés de sacs noirs, symboles du centre de détention américain situé sur l’île de Cuba.

« Nous sommes ici avec notre colère, notre énergie et même avec notre espoir pour demander à Obama et à la Cour suprême de fermer Guantanamo », a dit Frida Berrigan de l’association Témoins contre la torture, un des organisateurs de la manifestation.

Devant la Maison Blanche, les faux détenus se sont rangés en formation sur quatre rangs, avant de partir les uns à la file des autres et en silence vers la Cour suprême, à la manière d’un convoi de prisonniers.

Certains manifestants en treillis mimaient des violences faites aux détenus, d’autres portaient sur leur dos des photos ou les noms de détenus morts à Guantanamo.

Un ancien soldat, un avocat de détenu parmi d’autres protestataires ont conclu la manifestation devant la Cour suprême, appelant à signer une pétition pour fermer Guantanamo sur closeguantanamo.org.

D’autres rassemblements se sont tenus en Europe et au Canada.

« Il y a eu plus de morts à Guantanamo que de détenus jugés », a souligné Vincent Warren, directeur du Centre pour les droits constitutionnels (CSIS), un autre organisateur. Huit détenus ont péri et six ont été traduits en justice.

« Aujourd’hui est un triste jour », a déclaré John Hutson, ancien juge militaire qui s’était « tenu fièrement derrière le président » Obama quand il a signé le décret de fermeture de la prison en 2009.

« Trois ans après, au 10e anniversaire de son ouverture, Guantanamo reste une tache dans nos efforts pour mettre fin au terrorisme et pour promouvoir le droit », a ajouté ce contre-amiral de la Marine à la retraite, lors d’une conférence de presse.

Le 11 janvier 2002, une vingtaine de détenus arrivés d’Afghanistan étaient emprisonnés dans les cages à ciel ouvert sur la base navale américaine que Washington loue à Cuba en vertu d’un traité américano-cubain de 1903.

Aujourd’hui, 171 hommes croupissent encore dans ses geôles sur les 779 qui y ont été détenus, la plupart sans inculpation ni jugement. 89 d’entre eux ont été jugés « libérables » par les autorités militaires mais leur retour dans leur pays est empêché par une loi votée au Congrès.

Amnesty International, qui appelait également à manifester, a publié un rapport sur « une décennie de dommages aux droits de l’homme », dans lequel il pointe que la prison « n’est pas seulement le symbole d’abus et de mauvais traitements » mais aussi « d’une atteinte aux principes internationaux des droits de l’homme » qui se poursuit aujourd’hui.

« Dans ses premiers jours, Guantanamo était une anomalie » mais dix ans après « ce qui était une exception est devenue une norme », a renchéri Baher Azmy, qui a défendu un ancien détenu de Guantanamo. « Aujourd’hui, beaucoup comme lui sont encore bloqués là-bas à cause du jeu politique du Congrès et de l’extrême timidité de l’administration Obama », a-t-il fustigé.

La Maison Blanche a affirmé lundi qu’il était toujours dans son objectif de fermer à terme la prison, malgré les « obstacles ».

A Ottawa, une douzaine de manifestants ont bravé le froid polaire pour réclamer devant l’ambassade des Etats-Unis « la fin des détentions illégales » et le retour du détenu canadien de Guantanamo Omar Khadr.

A Stockholm, l’image d’un détenu était projetée contre un mur et chaque signataire pouvait symboliquement effacer les barreaux de la cellule.

A Paris, la réplique de la statue de la Liberté a été brièvement drapée d’une bâche orange mardi.

AFP, 11 janvier 2012

Contre la ligne Lyon-Turin : tract argumentaire du collectif No Tav-Savoie

Contre la ligne Lyon-Turin : tract argumentaire du collectif No Tav-Savoie

 

Le collectif No Tav Savoie propose une synthèse des arguments pour s’opposer à la ligne de train à grande vitesse Lyon-Turin, à partir de ce côté des Alpes, alors que continue en Val Susa, côté italien, une opposition radicale à ce projet.

Pensé depuis 1994, un projet de nou­velle liai­son fer­ro­viaire pré­voit de creu­ser le plus long tunnel d’Europe (57 km) pour faire fran­chir les Alpes à 40 mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses par an, et pour faire gagner du temps aux voya­geurs entre Lyon et Turin. Annoncée pour 2023, cette auto­route fer­ro­viaire coû­tera au moins 24 mil­liards d’euros (7,7 pour la partie fran­çaise + 6,3 en Italie + 10 pour le tunnel inter­na­tio­nal). Elle impli­que, en plus du tunnel inter­na­tio­nal, le creu­se­ment de tun­nels sous les mas­sifs de Belledonne, de Chartreuse et de l’Epine, et la cons­truc­tion de 200 km de voies nou­vel­les en France.

En Italie, le projet appelé TAV (« treno alta velo­cità ») se heurte à une résis­tance déter­mi­née de tous les habi­tant.es du Val di Susa depuis plus de dix ans. Le chan­tier n’a pas réel­le­ment com­mencé sur les ter­rains du site de la Madalena, puisqu’ils appar­tien­nent encore aux oppo­sant.e.s ita­lien.ne.s, les « No Tav ». Juste à côté, les pel­le­teu­ses sont pro­té­gées par un fortin grillagé et des cen­tai­nes de poli­ciers et sol­dats en per­ma­nence, pour un sur­coût d’au moins 50 000 euros par jour. Le mou­ve­ment No Tav dénonce depuis tou­jours cette mili­ta­ri­sa­tion du Val di Susa au ser­vice d’inté­rêts mafieux, pour un projet à la fois coû­teux, inu­tile et néfaste.

En France, cer­tains croient que la liai­son Lyon-Turin résou­dra tous leurs pro­blè­mes : les habi­tants subis­sant le pas­sage des camions pen­sent que le train va rem­pla­cer les poids-lourds, et les che­mi­nots, vic­ti­mes de la pri­va­ti­sa­tion du fret en 2007, espè­rent défen­dre leur métier en sou­te­nant la LGV. On voit aussi des élus de tous bords, reni­flant le pres­tige qu’ils pour­ront reti­rer du « chan­tier du siècle », en faire la pro­mo­tion.

C’est ainsi que le Lyon-Turin, ce gas­pillage monu­men­tal dont les seuls béné­fi­ciai­res réels seront l’indus­trie fer­ro­viaire, le BTP et l’économie pro­duc­ti­viste, est devenu comme par magie à la fois créa­teur d’emplois, de richesse, et de pureté écologique. Et c’est ainsi que depuis dix ans, les chan­tiers pré­pa­ra­toi­res au projet ont pu avan­cer en Maurienne sans ren­contrer d’oppo­si­tion effi­cace.

Pourtant, tous les éléments concrets indi­quent que cette nou­velle liai­son fer­ro­viaire :

- ne rem­pla­cera pas les poids lourds, mais va au mieux les dépla­cer ailleurs.

- est com­plè­te­ment inu­tile étant donné la sous-uti­li­sa­tion des capa­ci­tés de la ligne fer­ro­viaire his­to­ri­que.

- va affai­blir la situa­tion économique des val­lées

- va pro­vo­quer quinze ans de nui­san­ces le long de son trace : bruit, pous­siè­res, aug­men­ta­tion des ris­ques d’acci­dents et de pol­lu­tion de l’eau.

- va dégra­der dura­ble­ment les ter­ri­toi­res par ses déblais colos­saux, la cap­ta­tion des eaux sou­ter­rai­nes et le béton­nage d’espa­ces natu­rels et agri­co­les.

Voici la syn­thèse de tous ces éléments, issus de sour­ces ins­ti­tu­tion­nel­les dis­po­ni­bles sur inter­net, de la presse, et d’enquê­tes de ter­rain :

Un projet totalement inutile

D’après le dépar­te­ment fédé­ral des Transports de la Confédération Suisse (*), le volume total de mar­chan­di­ses tran­si­tant sur route et rail au Fréjus et au Mont-Cenis est en forte régres­sion depuis dix ans (1 541 000 camions et 25,7 mil­lions de tonnes en 2000 – 1 205 000 camions et 17,7 Mt en 2009 ; pour le rail, on est passé de 8,4Mt à 2,4Mt). Non seu­le­ment l’aug­men­ta­tion de trafic qui ser­vait à jus­ti­fier la ren­ta­bi­lité du projet en 2000 s’avère tota­le­ment illu­soire, mais les capa­ci­tés de la ligne fer­ro­viaire his­to­ri­que depuis sa mise au gaba­rit (18 Mt) sont lar­ge­ment suf­fi­san­tes pour absor­ber ce trafic.

Si la part de marché du fret fer­ro­viaire par rap­port à la route est en régres­sion par­tout en Europe, ce n’est pas pour rien :
- Ouverte à la concur­rence depuis 2007 pour le fret et depuis 2010 pour les voya­geurs, la SNCF est en cours de déman­tè­le­ment. La guerre économique a rem­placé le ser­vice public, d’autres entre­pri­ses se par­ta­gent les rails et les parts de marché, avec à la clé : moins d’emplois, de mau­vai­ses condi­tions de tra­vail et de sécu­rité, et un report massif vers le trans­port rou­tier de mar­chan­di­ses, plus concur­ren­tiel.
- Dans son orga­ni­sa­tion actuelle, l’économie ne peut pas se passer du camion, irrem­pla­ça­ble pour effec­tuer du « juste à temps » et « porte-à-porte » avec des sous-trai­tants éloignés. Et ce d’autant plus que se mul­ti­plient les « zones arti­sa­na­les » dans chaque com­mune et les faveurs des élu.e.s au lobby rou­tier.
- Entre la France et l’Italie plus par­ti­cu­liè­re­ment, un audit des Ponts et Chaussées de 2003 (*) affirme qu’il s’agit d’un trafic essen­tiel­le­ment régio­nal. Les mar­chan­di­ses concer­nées sont trans­por­tées sur moins de 1000 km, dis­tance à partir de laquelle le trans­port fer­ro­viaire devient ren­ta­ble.

Dans ce contexte, le Lyon-Turin ne concur­ren­cera pas réel­le­ment le trans­port rou­tier : Mauriennais, mau­rien­nai­ses, vous aurez les camions ET les wagons.

Et quand bien même le Lyon-Turin absor­be­rait une partie des camions pas­sant par Modane, il encou­ra­ge­rait glo­ba­le­ment le tran­sit de mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses à tra­vers les Alpes, donc l’aug­men­ta­tion du trafic et des camions, par­tout ailleurs. Or l’absur­dité de notre économie pro­duc­ti­viste, son gas­pillage énergétique et ses dégâts humains, sont de plus en plus remis en cause : le Lyon-Turin a un siècle de retard.

Des nuisances durables

Le creu­se­ment du tunnel inter­na­tio­nal pro­duira 18 mil­lions de m³ de déblais, dont 10 mil­lions seront sto­ckés côté fran­çais (*), et dont une bonne part contien­dra de l’amiante et de l’ura­nium (pous­siè­res can­cé­ri­gè­nes). Si l’on ajoute les 64 km des tun­nels sous Chartreuse et Belledonne, on obtient au mini­mum 20 mil­lions de m³ sup­plé­men­tai­res. Pendant le chan­tier, c’est donc l’équivalent de 12 pyra­mi­des de Khéops qu’il faudra dépla­cer et sto­cker en Maurienne, Belledonne et dans le Sillon alpin ! Cela repré­sente à peu près 460 camions-benne tous les jours, pen­dant quinze ans. Au fait, le Lyon-Turin n’était-il pas censé dimi­nuer le nombre de camions dans nos val­lées ?

En jan­vier 2006, des conseillers muni­ci­paux de Lanslebourg-Montcenis inter­pel­laient leur maire après un conseil muni­ci­pal où le Lyon-Turin était à l’ordre du jour : « Les repré­sen­tants de LTF confir­ment que de l’amiante et de l’ura­nium sont bien pré­sents dans les mas­sifs. Ils annon­cent que de 4,5 à 6 mil­lions de m³ de maté­riaux (2 à 3 pyra­mi­des de Khéops) seront trans­por­tés par télé­phé­ri­que depuis Venaus sur le site pro­tégé du Mont-Cenis. Ce seront 5000 m³ de mari­na­ges par jour, et ce 300 jours par an pen­dant 4 ans, qui seront déver­sés dans la car­rière du Paradis. ». Ils expri­ment l’inquié­tude des habi­tants de la vallée, de res­pi­rer les pous­siè­res can­cé­ri­gè­nes issues des bennes et de cette immense butte, située sur un site balayé par des vents vio­lents. Ils ajou­tent : « Les popu­la­tions ne se sont-elles pas oppo­sées en 1983 à une demande de recher­che d’ura­nium sur les sites du Mont-Cenis et d’Ambin ? ».(*)

A Villarodin-Bourget, le creu­se­ment de la des­cen­de­rie de reconnais­sance jusqu’en 2007 a déjà confis­qué toutes les sour­ces d’eau pota­ble ali­men­tant le vil­lage, et créé des lézar­des dans les murs des mai­sons. Lorsque va débu­ter le creu­se­ment du tunnel inter­na­tio­nal en 2013, l’Arc sera coincé entre une butte de déblais de 200m x 400m x 30m de hau­teur (mena­çant de glis­ser dans la rivière et de l’obs­truer), une usine de béton (sup­pri­mant l’unique zone humide per­met­tant d’amor­tir les crues avant Modane) et une nou­velle cen­trale électrique. La com­mune refuse ces nui­san­ces futu­res, et a atta­qué en jus­tice la décla­ra­tion d’uti­lité publi­que des tra­vaux.(*)

Le tunnel inter­na­tio­nal agira comme un gigan­tes­que drain dans le massif d’Ambin, qui modi­fiera les écoulements d’eau sou­ter­rains et conduira à l’assè­che­ment de cer­tai­nes sour­ces. Les eaux d’infil­tra­tion recueillies et évacuées aux extré­mi­tés du tunnel seront à la fois chau­des (de 22°C à 30 °C, ce qui va créer un brouillard per­ma­nent si elles sont sto­ckées en bassin) et char­gées de soufre, donc très pol­luan­tes si elles attei­gnent les riviè­res. (*)

Creuser ce tunnel, c’est accep­ter cette pol­lu­tion de nos écosystèmes de mon­ta­gne, pour tou­jours.

Des emplois temporaires

Lyon-Turin Ferroviaire (LTF) a annoncé 10 000 emplois sur dix ans pour l’ensem­ble du projet, dont 3500 pour le tunnel inter­na­tio­nal au maxi­mum du chan­tier. Même avec ce chif­fre très opti­miste (les tra­vaux du tunnel suisse du St-Gothard en 2009 n’ont employé que 1000 per­son­nes en pointe, la plu­part venues d’ailleurs), c’est un inves­tis­se­ment de 2,4 mil­lions d’euros par emploi créé ! A titre de com­pa­rai­son, l’inves­tis­se­ment par emploi créé dans une PME est géné­ra­le­ment de l’ordre de quel­ques dizai­nes de mil­liers d’euros.

Il est très pro­ba­ble que les ingé­nieurs et tech­ni­ciens qua­li­fiés vien­dront de loin, le « sale boulot » étant réservé à la main d’œuvre locale. Car il s’agit de creu­ser à tra­vers un massif conte­nant de l’ura­nium et de l’amiante : LTF peut pro­met­tre ce qu’elle veut, croyez-vous que les ouvriers du tunnel n’en inha­le­ront pas une seule fibre ? Ajoutons que seu­le­ment 13O per­son­nes seront employées dura­ble­ment pour le fonc­tion­ne­ment de l’infra­struc­ture, à partir de… 2023.

Lors du chan­tier de l’auto­route de Maurienne, les entre­pri­ses de BTP natio­na­les ont sous-traité à des entre­pri­ses loca­les à des prix déri­soi­res, ce qui a fra­gi­lisé ces der­niè­res et entraîné leur rachat par de plus gros­ses, avec au final des sup­pres­sions d’emplois. De même après les JO d’Albertville, l’effet spé­cu­la­tif sur l’inte­rim et l’immo­bi­lier a créé une crise locale. Ce phé­no­mène est en fait clas­si­que des grands chan­tiers de trans­ports, qui à terme fra­gi­li­sent plus l’économie locale qu’ils ne la dyna­mi­sent.

À qui profite le désastre ?

Alstom, Bombardier, Vinci, Vossloh Cogifer, Egis, Faiveley, Systra et quel­ques autres : tous sont réunis dans la Fédération des Industries Ferroviaires (la « FIF »), qui sert d’ins­tru­ment de pres­sion sur les gou­ver­ne­ments et les col­lec­ti­vi­tés loca­les. Leurs objec­tifs :
- Empêcher que l’on fasse le bilan des trente der­niè­res années de TGV, qui met­trait en évidence le déca­lage entre nos besoins col­lec­tifs réels (un réseau TER effi­cace et bien entre­tenu) et leur recher­che du profit privé. Surtout, éviter que l’on range le TGV dans la série des déli­res méga­los et néfas­tes, juste à côté du Concorde.
- Construire de nou­vel­les lignes en Europe pour s’en servir de vitrine com­mer­ciale, et gagner des mar­chés à l’étranger. Car sans les grands chan­tiers TGV des pays émergents, ces mas­to­don­tes seraient voués à dis­pa­raî­tre.

Le Lyon-Turin fait partie de ces pro­jets « vitri­nes ». Il n’est pas vrai­ment fait pour servir, c’est plutôt une démons­tra­tion de force de l’indus­trie euro­péenne, pour ce qui est de faire rouler l’acier à 300 km/h, et de détruire notre monde.

« La Transalpine », le lobby du Lyon-Turin, ras­sem­ble de nom­breux grou­pes ban­cai­res et indus­triels (Danone, BASF, EDF…), le Medef, le BTP de Savoie … mais aussi le groupe Norbert Dentressangle, l’un des plus gros trans­por­teurs rou­tiers. Parmi les béné­fi­ciai­res directs du projet, citons aussi le groupe Eiffage et le tun­ne­lier Razel.

À plus long-terme, ce projet enté­rine l’indus­tria­li­sa­tion des espa­ces natu­rels, le gas­pillage énergétique et la pré­do­mi­nance des mar­chan­di­ses sur les per­son­nes. Il affirme la mise en concur­rence des peu­ples et renie pour tou­jours la pos­si­bi­lité d’une économie locale et décente.

Le Lyon-Turin n’est qu’une auto­route de plus, même fer­ro­viaire. Une auto­route qui connec­tera Lyon et Turin au Sillon Alpin, accé­lé­rant ainsi la trans­for­ma­tion de nos ter­ri­toi­res en une ville unique de Genève à Valence.

Nous pen­sons qu’on ne réduira pas le nombre de poids lourds en encou­ra­geant le trans­port de mil­lions de tonnes de mar­chan­di­ses à tra­vers les Alpes, mais plutôt en re-loca­li­sant l’économie. De même, on ne créera pas d’emplois dura­bles dans nos val­lées, à coups de grands pro­jets aussi dévas­ta­teurs que tem­po­rai­res.

Pour toutes ces rai­sons, nous vou­lons l’aban­don pur et simple du Lyon-Turin.

Nous vou­lons un report modal effec­tif du camion vers le train, dès main­te­nant et avec les infra­struc­tu­res exis­tan­tes.

Mais sur­tout, nous vou­lons en finir avec les trans­ports inu­ti­les de mar­chan­di­ses sur de lon­gues dis­tan­ces, et avec l’obses­sion de la grande vitesse.

Collectif No Tav-Savoie, décem­bre 2011

Pour se ren­contrer, échanger, par­ta­ger nos infor­ma­tions et envi­sa­ger ensem­ble des pers­pec­ti­ves de lutte côté fran­çais, nous vous invi­tons à une :

Réunion publi­que d’infor­ma­tion contre le Lyon-Turin samedi 21 jan­vier à 17h30 espace Pierre Cot – quai des Allobroges – Chambéry

Pour nous contac­ter : notav73­sa­voie (aro­base) yahoo.com

(*) Liens vers nos sour­ces argu­men­tai­res, charte du col­lec­tif et actua­lité de la lutte : http://notav-savoie.over-blog.com

Rébellyon, 11 janvier 2012

[Athènes] arrestations massives des anarchistes suite à l’intervention de solidarité dans une station de radio commerciale pour le procès de Lutte Révolutionnaire

Banderole en solidarité avec les inculpés devant le siège de la police: Retirez vos sales pates des combattants. Nous sommes tous des terroristes.

Dans la matinée du 10 janvier à peu près vingt membres de l’Assemblée de Solidarité pour l’affaire de Lutte Révolutionnaire (Epanastatikos Agonas, dont le procès est actuellement en cours) sont entrés dans la station de radio corporative flash.gr sur l’avenue Kifissias et ont interrompu le programme de la station, pour transmettre un message de solidarité avec les inculpés dans cette affaire.

Malgré le fait que ni la direction de la station, ni le personnel n’ont officiellement demandé l’intervention de la police, des dizaines de policiers (moto-policiers DIAS, des escadrons de la police anti-émeute (MAT) et des flics en civil entre autres) sont rapidement arrivés sur place et ont encerclé le bâtiment. Aux environs de 14h00, après des heures pendant lesquelles les camarades étaient bloqués à l’intérieur des bureaux de la radio, les anarchistes qui ont participé à l’intervention de solidarité ont été arrêtés en masse et conduits au siège de la police (GADA) sur l’avenue Alexandras: deux procureurs ainsi que des escadrons de police ont pris d’assaut la station de la radio, obligeant ainsi les camarades de quitter le lieu. Ils ont été menottés et détenus dans les bus de police, tandis que leurs téléphones portables ont été confisqués.

Dès que les nouvelles ont circulé, des anarchistes se sont rassemblés en face de la siège de la police (GADA), où une manifestation de solidarité d’environ 100 personnes a eu lieu.

Bien qu’il soit très probable que les proprios de la station, ou même les agents de sécurité avaient notifié les autorités sur la présence des anarchistes dans le bâtiment, il fut rapporté que tous les détenus ont été inculpés d’office, ce qui signifie qu’aucun appel de la part du personnel n’était nécessaire pour que les procureurs et les policiers envahissent dans les bureaux. Initialement, il était à craindre que les accusations soient fondées sur la troisième loi antiterroriste de la Grèce. Mais il semble bien que tous les camarades soient accusés du délit de «l’incitation à la violence». Ils sont maintenant menacés d’être placés en détention et de passer en justice, demain le 11 janvier, aux tribunaux d’Evelpidon à Athènes, à environ 12h00.

Mise à jour (11/1, 11:50):
Appel au rassemblement de solidarité avec les personnes arrêtées lors de l’intervention dans la station de radio flash gr, ce mercredi 11/1 à 12h30 aux Tribunaux d’Evelpidon (bâtiment 16)

Nous appelons à leur acquittement inconditionnel!

A suivre!

Sources: a, b, c, d, e, f

Contra Info, 11 janvier 2012

[Algérie] Chômage, révolte et répression

[Algérie] Chômage, révolte et répression

Algérie : blessés et arrestations lors de heurts dans la ville pétrolière de Laghouat

Des affrontements entre forces de l’ordre et chômeurs en colère ont éclaté mardi dans une ville pétrolière du sud de l’Algérie, faisant au moins dix blessés et illustrant la persistance des problèmes de sous-emploi et de logement dans le pays.

Les incidents ont éclaté à Laghouat, ville proche du plus important champ gazier du Sahara algérien Hassi R’mél, selon le responsable local de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC), Abbes Hadj Aïssa.

« Il y a des affrontements depuis ce (mardi) matin entre chômeurs et forces de sécurité », a affirmé ce responsable à l’AFP, pour qui ni les uns ni les autres n’étaient à même de calmer la situation.

Selon lui, la population a réagi aux provocations des services de sécurité qui ont insulté des personnes âgées qui attendaient le bus.

Interrogé par l’AFP, le patron de la police locale s’est refusé à tout commentaire.

Selon la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), l’intervention des forces de l’ordre a été très violente avec usage de gaz lacrymogènes. Des manifestants ont été passés à tabac et insultés, a précisé dans un communiqué la Ligue qui a confirmé de nombreuses interpellations.

La LADDH a estimé que l’un des motifs du mouvement était dicté par la crise du logement.

« Le recours à la force publique alors qu’il suffisait de faire toute la lumière sur l’opération d’attribution du logement social est l’expression d’une gestion autoritaire et arbitraire des affaires de la cité », a-t-elle jugé.

Les manifestants accusent de favoritisme les responsables locaux dans l’attribution de logements sociaux et réclament l’annulation d’une liste de bénéficiaires, selon cette source.

Plus d’un million de logements ont été promis par le président Abdelaziz Bouteflika pour le plan quinquennal s’achevant en 2014, mais le rythme de la construction est lent et les accusations d’abus et de corruption se multiplient. La distribution de logements sociaux donne souvent lieu à des contestations, parfois à des émeutes.

Mais la contestation a aussi été lancée à cause du chômage dans ce pays riche qui possède des réserves en devises officiellement évaluées à plus de 178 milliards de dollars.

A Laghouat, une grève avait été lancée dès dimanche à l’appel de plusieurs centaines de chômeurs qui se plaignent notamment de l’embauche systématique de personnes extérieures à la région.

A l’exception des boulangeries, les commerces de cette ville d’environ un demi-million d’habitants située à 400 km au sud d’Alger ont baissé leurs rideaux à la demande de la coordination des chômeurs, selon Hadj Aïssa du CNDDC, qui a promis la poursuite du sit-in jusqu’à nouvel ordre.

En Algérie, le taux de chômage chez les jeunes, fort de 50% il y a dix ans, atteint à l’heure actuelle 21%, selon les dernières statistiques du Fonds monétaire international (FMI).

Le coordinateur national du CNDDC, Tahar Belabès, a indiqué à l’AFP que le directeur régional de l’Agence nationale régionale pour l’emploi (ANEM), avait offert mardi 800 offres d’emploi arrivées à l’antenne locale de l’ANEM et s’est engagé à fournir d’ici une semaine du travail à de nombreux chômeurs de Ouargla.

« Nous allons voir ce que valent ces promesses et restons mobilisés car le problème des 5.000 chômeurs de Ouargla et des dizaines de milliers d’autres à travers le pays est loin d’être réglé », a ajouté M. Belabès.

Depuis plusieurs jours, des chômeurs manifestent pour les mêmes raisons dans d’autres villes pétrolières du pays, comme à Skikda (ville côtière située à 510 km à l’est d’Alger) et Ouargla (à 800 km au sud-est d’Alger).

Leur presse (Agence Faut Payer, 10 janvier 2012)

Circulaire Guéant : « une honte, une stupidité, une infamie »

Parrainages d’étudiants étrangers contre « l’infamie » de la circulaire Guéant

Une cérémonie publique de parrainages d’étudiants étrangers, auxquels il a été refusé de travailler en France, a été organisée mardi dans un amphithéâtre bondé de l’université Panthéon-Sorbonne, pour aider des étudiants victimes de la circulaire Guéant, considérée comme « une infamie ».

« Cette circulaire, même ravalée, c’est une honte, une stupidité, une infamie », a déclaré Pierre Rosanvallon, professeur au collège de France, en parrainant le Guinéen Souleymane Salma Diallo dont le refus de permis de travail, contre lequel il a déposé un recours, a été suivi d’un ordre d’expulsion.

« Je trouve cette histoire absolument stupide, c’est contre la raison et inique. Il n’y a pas à hésiter, il faut être absolument contre et engagé », a affirmé l’historienne des femmes Michelle Perrot, en parrainant Zeinab Benslimane, une Marocaine de 24 ans qui a perdu un emploi décroché dans les assurances.

« Tous ces étudiants sont des victimes qui ont besoin d’être aidées dans leurs démarches », a résumé Fatma Chouaieb, porte-parole du collectif du 31 mai, à l’origine de ces parrainages avec des universitaires et chercheurs signataires d’une pétition contre la circulaire.

Les autres parrains sont notamment le prix Nobel de physique Albert Fert, l’actrice et réalisatrice Tonnie Marshall, les présidents d’université Vincent Berger (Paris-7 Diderot), Patrice Brun (Bordeaux-3) et Yves Lecointe Nantes) ou encore l’essayiste Caroline Fourest, très applaudie.

Faute d’emploi, les étudiants étrangers parrainés ont, pour beaucoup, évoqué des problèmes de ressources.

« Je viens de lâcher mon logement fin décembre, je suis hébergé chez mon cousin en attendant… je ne sais pas bien quoi », a témoigné Adama Baba Corera, Mauritanien et consultant en informatique, parrainé par le mathématicien Michel Broué.

Les présidents d’universités présents ont particulièrement relevé « l’incohérence » de la circulaire avec la politique d’enseignement supérieur menée par le gouvernement.

Des étudiants ne peuvent rester travailler en France alors que certains présidents d’universités vont bientôt défendre devant un jury international leur projet d' »initiative d’excellence » (Idex), ces futurs campus de taille mondiale dont un des critères est justement « l’attractivité internationale », a relevé M. Berger.

« On vit une époque schizophrène », a ajouté le président de Paris-7, parrain de la Russe Ekaterina Tyunina qui avait décroché un emploi dans une grande banque.

Les présidents de Bordeaux-3 et Nantes ont eux rappelé que la loi LRU d’autonomie de 2007 avait donné comme nouvelle mission aux universités l’insertion professionnelle.

« Or cette circulaire scélérate interdit désormais aux étudiants étrangers d’avoir cette insertion professionnelle. On est là dans l’incohérence absolue », a commenté M. Brun.

Les ministres concernés ont proposé la semaine dernière un nouveau texte pour « lever les malentendus » de la circulaire Guéant, mais universités, grandes écoles et étudiants n’en sont pas satisfaits.

AFP, 10 janvier 2012