Archives de catégorie : Écrits

[Poitiers] Salariés hospitaliers contre la fermeture du service mucoviscidose

NdPN : la mucoviscidose est incurable ; c’est un parcours du combattant quotidien pour les personnes malades. L’épuisement n’est jamais loin. Cela dit, de nombreux types de soins peuvent soulager et améliorer les conditions de vie, et permettre de tenir bon. Supprimer ces soins de proximité est une honte. Nous sommes révoltés d’apprendre que le CHU pourrait fermer son service dédié, au nom de quotas et de rentabilité, ce qui plongerait ainsi une quarantaine de personnes dans la galère et le désarroi. Nous souhaitons que ce communiqué syndical soit le prélude à une mobilisation plus large que celle des seuls hospitaliers, si cette nouvelle venait à se confirmer !

CGT : non à la fermeture du service mucoviscidose

L’Union départementale CGT de la Vienne s’oppose à la fermeture du service de mucoviscidose du CHU de Poitiers. « La CGT s’inscrit dans la recherche d’un service public performant et dans la nécessité de son développement. Nous ne pouvons accepter qu’au nom d’une politique de quotas, de rentabilité, on prévoit de fermer (fin 2014) le centre labellisé de ressources et de compétences de la mucoviscidose ». 40 patients de 0 à 18 ans sont actuellement soignés au lieu d’un quota de 50 estimés nécessaires pour maintenir cette activité. Évoquant la situation des patients, des familles, qui n’auraient pas d’autres choix que d’effectuer des centaines de kilomètres pour se rendre dans un centre hors département, la CGT ajoute que la direction du CHU, celle de l’ARS porteraient « une lourde responsabilité si la concrétisation de la fermeture de ce service devait avoir lieu. » […]

Nouvelle République, 16 juillet 2014

C’est pas la crise pour tout le monde

La « démocratie » est une escroquerie si l’égalité politique (prétendue) ne se fonde pas sur une réelle égalité sociale, une mise à disposition pour tou.te.s de nos créativités communes. A ce sujet, pas besoin de lorgner sur les pays dits pauvres pour mesurer les abominables inégalités de richesse qui ne cessent de s’accroître partout dans le monde, avec une caste d’ultra-riches faisant passer les monarques des temps anciens pour des clochards.

Car en France aussi, les pauvres sont encore plus pauvres, les riches toujours plus riches : selon Challenges et d’après un rapport de l’INSEE, en 2011 (derniers chiffres connus) « les 40% des personnes les plus modestes ont vu leur niveau de vie diminuer entre -0,2% et -0,8%, alors qu’à l’inverse, les 40% des plus riches ont vu le leur augmenter entre +0,1% et +0,8%. »

En France, les 10% d’habitants les plus riches détiennent maintenant à eux seuls la moitié du patrimoine, tandis que la moitié des habitants se contentent de 7% du patrimoine.

Autre illustration en chiffres de l’horreur capitaliste : toujours selon le magazine Challenges, les dix personnes les plus riches de France détiennent à elles seules un patrimoine de 157,5 milliards d’euros. Oui, vous avez bien lu. C’est l’équivalent du patrimoine de plus du tiers des habitants les plus pauvres.

Cette caste de gens, qui se prélassent tranquillement derrière leur armée de flics, de juges et de matons, nous méprise aussi bien qu’elle se nourrit de nous, arguant de bouts de papiers nommées titres de propriété, lois et billets de banque, pour nous maintenir dans les cages de la soumission.

Et on nous fait encore le coup du « dialogue social » ?

Come on baby, and eat the rich !

eat the rich

Pavillon Noir, 11 juillet 2014

Complainte de la goule

Complainte de la goule

Mon corps s’assoupit et se lève selon le livre d’heures que m’imposent ceux qui me vampirisent

Je me nourris promptement de produits cadavériques que je n’ai pas produits et que m’imposent les bornes de ma pitance, aussi pauvres en goût et en nutriments que toxiques à terme, dont l’alchimie savante ravage les sociétés et les mondes

Les résidus de ce que l’on me somme de consommer polluent je ne sais où et enrichissent je ne sais qui, mes selles ne fertiliseront pas la terre

Je respire un air saturé des miasmes du monde productif que l’on m’impose, et me toilette en badigeonnant mon corps d’une inquiétante chimie

Je me vêts et me chausse selon les codes carcéraux de mes geôliers

Les boutons que j’actionne mobilisent d’étranges énergies qui rongent les hommes et la planète

Je suis contraint de me convoyer par des chars de guerre dont les mécanismes et les routes réduisent mon monde en poussière

Je passe une grande partie de mes lunes à obéir à un chef qui me dicte quoi faire

Je passe l’autre partie de mes lunes devant des boîtes noires diffusant d’hypnotiques lueurs

Et la dernière partie de mes lunes à dormir, à moins que ce ne soit tout le temps

Je ne vois plus le monde qu’à travers un écran de fumée

Je ne rencontre plus mes voisins, j’envoie et reçois des bribes et des échos de missives lointaines

Mes rencontres, mes désirs et mes jouissances se plient aux normes que l’on m’a imposées et que j’ai intégrées en atrophiant raisonnablement mes penchants sauvages

Je m’identifie à une caste un certificat un habitat un sexe un hobby une chapelle une idée

Je soigne les séquelles de mes trépignements quotidiens avec des remèdes qui m’affaiblissent toujours plus

Je m’intoxique parfois de substances trépanatives qui enveloppent d’un paisible brouillard le néant angoissant de ma vie

Mes croyances muséifiées ne sont tolérées que comme subordonnées aux cultes de la guerre et de l’or

Seule me valorise la négation de mon enfance lointaine et de ma réalité sensible, je n’ai plus d’émotions esthétiques que dans la nostalgie

Je délègue à d’autres goules le soin de décider à ma place

Le moindre de mes gestes, même le plus intime, suit et renforce des Lois obscures que je n’ai pas choisies mais dont je suis le fidèle marionnettiste

Mes indignations en pensées, en paroles et en actes suivent le rituel et les stances de mes maîtres, venant mourir en vagues mornes dans le marais saumâtre de la désillusion et de l’oubli

Ma force s’est depuis longtemps pacifiée, afin que s’exerce sur moi la violence de mes maîtres

Je dois toujours me hâter davantage pour le labeur, la dévoration, l’information, le butinage et le libertinage, chercher au fond de moi les ultimes armes à mobiliser, pour que l’on reconnaisse enfin ma valeur de soldat parmi la Cité de La Terre Brûlée

Je mesure la reconnaissance à l’aune du Mépris que je reçois, que j’inflige et m’inflige, en châtiments dont j’enseigne les arcanes à ma progéniture

J’agonis et meurs d’une vie que je n’ai pas vécue, absent au monde, aux autres et à moi-même, indifférent, seul,

Sage

Un anonyme

L’Eglise catholique au diapason du redéploiement capitaliste

Les fidèles cathos qui voyaient naïvement en l’Eglise une opposition au désastre moderne par son ancrage local devront se rendre à l’évidence : l’Eglise n’est qu’une entreprise comme les autres.

« L’internet, ce don de Dieu » dixit le pape

Alors que le capitalisme pousse aujourd’hui toutes les instances de pouvoir à une dynamique de redéploiement majeur, se traduisant par la subordination d’espaces toujours plus vastes à des pôles, avec la métropolisation des territoires et la rationalisation bureaucratique (voir le remaniement des régions), l’Eglise catholique n’échappe pas à la règle… d’autant plus que cette entreprise est pour le moins en perte d’influence sur le marché lucratif du contrôle des esprits. Passée de 600 paroisses à 75 secteurs dans la Vienne, l’Eglise franchit un seuil supplémentaire dans la rationalisation de ses effectifs et de ses rendements, avec une réduction à 28 paroisses en septembre prochain.

A.T., Pavillon Noir, 4 juillet 2014

Le vernis vert de l’Etat armé craquèle

NdPN : on savait déjà que l’écologie à la sauce gouvernementale servait à nous culpabiliser, nous contraindre et nous fliquer (recycle les merdes que t’impose le monde capitaliste sinon tu es responsable du désastre en cours !), et à nous faire digérer la colonisation des espaces vécus par des labels verts. Les choses se clarifient : une partie du budget de l’écologie sera consacré à l’innovation de la Défense, dans le cadre des « crédits d’investissements d’avenir ». A quand, pour un monde meilleur, les bombes biodégradables, les mitrailleuses à énergie solaire et les charniers à biomasse ? 

Quand l’écologie sert à financer l’armée

250 millions d’euros vont être réaffectés du budget du ministère de l’Ecologie vers celui de la Défense. C’est ce que prévoit le projet de loi des finances rectificative pour 2014. 170 millions d’euros seront piochés dans l’enveloppe prévue pour la transition écologique et énergétique, 50 millions dans le programme « villes et territoires durables » et 30 millions dans le programme « innovation », détaille un article des Echos.

Doté de 39 milliards d’euros, le budget de la Défense est quatre fois plus important que celui de l’Écologie (9,7 milliards d’euros). Et du vert au vert kaki, il n’y a qu’un pas pour le gouvernement Valls.

Illustration : Rodho (voir son blog)

Vu sur Bastamag, 19 juin 2014