Archives mensuelles : mars 2012

Notre histoire : le 18 mars

Le 18 mars 1871, début de la Commune de Paris. Alors que Paris est encerclé par l’armée prussienne, Thiers, chef du gouvernement de défense nationale, donne ordre à l’armée d’aller récupérer les canons en position sur les hauteurs de Montmartre. Mais la population, qui s’oppose à cette mesure, entoure la troupe. Le général Lecomte commande le feu, mais les soldats mettent crosse en l’air. Lecomte est arrêté ainsi que le général Thomas (un autre fusilleur!). Ils sont passés par les armes par une foule en colère. C’est le début de la révolution. Des groupes d’insurgés se répandent dans la ville. Les autorités, apeurées, se replient en catastrophe sur Versailles. Les révolutionnaires se concertent. Les Blanquistes proposent une marche sur Versailles pour se débarrasser du gouvernement, mais malheureusement leur avis n’est pas suivi. La Commune de Paris est en train de naître ; elle ne sera proclamée que le 28 mars.

Le 18 mars 1877, à Berne (Suisse) [répression de l’anniversaire de la Commune]. Déterminés, les membres de la « Fédération jurassienne » se presentent cette année en force à la manifestation d’anniversaire de la « Commune de Paris » (ils avaient l’année précédente été attaqués par des « hommes de main »). Mais bien que la manifestation soit autorisée par le préfet, un affrontement a lieu place de la gare, entre les ouvriers armés de leurs cannes et la police sabre au clair; celle-ci parvient à s’emparer du drapeau d’Adhémar Schwizguébel. Ce premier affrontement en Suisse entre les anarchistes et la police donnera lieu à un procès où une trentaine de manifestants seront condamnés à des peines allant de 10 à 60 jours de prison.

Le 18 mars 1882, lors d’un meeting salle Favié à Paris, Louise Michel, désirant se dissocier des socialistes autoritaires et parlementaristes, se prononce sans ambiguïté pour l’adoption du « Drapeau noir » par les anarchistes. « Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions. » Un an plus tard, le 9 mars 1883, elle brandit un vieux jupon noir fixé sur un manche à balais, lors de la manifestation des « sans-travail » aux Invalides qui verra son arrestation. Le 12 août 1883, un journal portant le titre « Le Drapeau noir » sera édité à Lyon.

Le 18 mars 1913, à Salonique (Grèce), l’anarchiste Alexandros Schinás abat d’une balle le Roi de Grèce Georges Ier qui était en viste dans la ville. Arrêté, Alexandros Schinás sera torturé par la police pour lui faire avouer le nom d’éventuels complices. Le 6 mai, il est retrouvé mort après avoir chuté d’une fenêtre du commissariat de police. Les autorités tentent alors de faire croire à son suicide; cela pourrait être pour abréger ses tortures, mais il est fort probable également qu’il ait été défenestré par la police elle-même, comme le sera plus tard en 1920 Andrea Salsedo où plus près de nous Giuseppe Pinelli.

Le 18 mars 1931, à Montevideo (Uruguay), au pénitencier de Punta Carretas, les anarchistes expropriateurs Jaime Tadeo Peña, Agustin Garcia Capdevilla, Pedro Boadas Rivas et Vicente Moretti, (arrêtés le 9 novembre 1928 après le braquage du bureau de change Messina) suivis par trois détenus de droit commun, s’évadent de la célèbre prison en empruntant depuis les toilettes un tunnel de 50 mètres de longueur sur 4 de profondeur. Creusé sous la chaussée et les murs d’enceinte, le tunnel, parfaitement équipé, aboutit dans un magasin de bois et charbon ouvert en août 1929 par l’anarchiste Gino Gatti qui sera le véritable « ingénieur » du tunnel aidé de José Manuel Paz (qui en fera l’installation éléctrique et l’aération) et de Miguel Roscigna, Andrés Vazquez Paredes, et Fernando Malvicini. Une pancarte est laissée en évidence : « La Solidarité entre les anarchistes n’est pas un simple mot écrit! «  Le célèbre anarchiste argentin Miguel Arcangel Roscigna avait tenu sa promesse.

Du 8 au 18 mars 1937, Espagne, la bataille de Guadalajara voit la victoire du camp républicain (brigades internationales et divisions commandées par l’anarchiste Cipriano MERA) sur le camp nationaliste composé de troupes italiennes, marocaines et carlistes fortement armées et motorisées qui voulaient s’emparer de Madrid.

L’Ephéméride anarchiste

ndPN : ajoutons deux dates :

le 18 mars 1921 : massacre de la commune de Kronstadt par l’armée rouge de Trotsky, entrée le 17 mars dans la ville. Neuf-cent marins, blessés, prisonniers, sont exécutés. Celles et ceux qui n’ont pu fuir en Finlande seront interné-e-s dans des camps où ils-elles mourront de malnutrition, ou seront liquidé-e-s par la Tchéka (police politique des Bolcheviks). La Commune de Kronstadt proclamait le socialisme libertaire, contre l’emprise des commissaires politiques de la dictature léniniste. Ce sinistre événement s’inscrit dans le long chapelet de la répression des anarchistes par les « communistes » autoritaires léninistes.

le 18 mars 1962 : accords d’Evian. Il y a cinquante ans, le cessez-le-feu était enfin signé entre les autorités française et le FLN, mettant fin à huit années de guerre coloniale. Pour mémoire : entre 400.000 et 1.500.000 morts côté algérien.

[86] Lutte contre la fermeture de classes dans le sud-Vienne

Le Sud-Vienne se mobilise pour ses écoles menacées

Depuis l’annonce lundi des possibles fermetures de classe à Lussac- les-Châteaux, Millac, Saint-Germain et Adriers, les parents se mobilisent.

Depuis plusieurs années, chaque printemps voit son cortège d’annonces de fermetures de classes dans le Sud-Vienne.

Réunion d’urgence vendredi avec les élus et les parents d’élèves, face à la menace de fermeture d’une des deux classes de l’école de Millac. Avec seulement une vingtaine d’élèves, il n’y a pas d’arguments percutants pour éviter cette fermeture.

Néanmoins, Danielle Maytraud, maire, rappelle que « l’école de Millac se situe en zone rurale avec ses spécificités. Il serait temps d’arrêter de maltraiter les territoires ruraux ». De plus, la maire a tenu à souligner « les efforts importants de la municipalité pour rendre son école agréable (réfection des bâtiments, peintures et aménagements intérieurs, mobilier et informatique, garderie). Loin d’être isolée, l’école est intégrée au réseau Vienne Gartempe ».

Espoir ou fatalité

Pour les élus et les parents d’élèves, si fermeture il y a, on va se retrouver avec une classe unique et six niveaux d’enseignement de la GS (grande secton) au CM2. Il n’est pas certain que cela satisfasse les parents. Et quid des petites et moyennes sections ? En l’absence de dérogation permettant de les intégrer à la classe unique, les tout-petits devront prendre le car matin et soir pour se rendre dans un autre établissement et « c’est beaucoup demander à des enfants en bas âge ». De toute façon, « dans ce cas de figure, il est certain que Millac perdra son école dans les deux ans à venir ». Pour garder un peu d’espoir, élus et parents souhaitent attirer l’attention de la commission paritaire fin mars par une lettre commune. Tous sont convaincus de la nécessité de se rapprocher des écoles de Lussac-les-Châteaux et Adriers, elles aussi menacées, dans le but d’engager des actions communes. Malgré tout, chacun semble penser que cette fermeture est inéluctable.

La fronde monte partout

A Lussac-les-Châteaux, la situation n’est pas comparable puisque les effectifs et la démographie n’ont rien à voir avec celles de Millac. Et les parents se sont mobilisés en force contre le projet de fermeture d’une classe de l’école publique de Lussac-les-Châteaux et de celle d’Adriers. Mais ce dernier épisode ne fait qu’entretenir une sensation d’abandon scolaire née il y a plusieurs années avec les fermetures successives de classes ou d’écoles comme à Moussac-sur-Vienne ou Luchapt.

Nouvelle République, Corr. Robert Delorme, 18 mars 2012

[Poitiers] Action antipub à la demi-lune

Les  » éteigneurs de sucettes  » coupent le jus à la pub

Des dizaines de panneaux publicitaires lumineux ont été privés de courant vendredi soir dans l’agglomération de Poitiers. Une opération d’antinucléaires pour lancer une chasse au gaspi.

Jacques en sourit sous sa casquette. Tournevis en main, ce retraité vient d’éteindre un panneau publicitaire lumineux vers la Demi-Lune. « La chasse au gaspi est lancée ! » Et vendredi soir, elle a pris les allures d’une action commando dans l’agglomération de Poitiers.

Il est 20 h 45, sur le parking du Parcobus de la Demi-Lune. Des militants arrivent, de tous âges et tous horizons.

 » C’est une action revendiquée « 

Ils sont étudiant, retraité, cadre de banque ou même élu régional. Ce qui les réunit ce soir, c’est leur opposition au nucléaire. Une conviction renforcée par l’accident de Fukushima provoqué par le tsunami. Une quinzaine de personnes sont là, prêtes à agir après l’appel de la Coordination poitevine pour la sortie du nucléaire partout et tout de suite (antinuc86.new.fr). « En France, nous avons des centrales nucléaires vieillissantes, dangereuses. En lançant des opérations d’économie d’énergie comme ce soir, on veut inciter à éteindre ces centrales-là », explique Thierry. Sur le parking des bus, quatre équipes sont formées. Les militants se répartissent le matériel : des gaffes artisanales pour crocheter les disjoncteurs d’enseignes, des clés électriques, des tournevis. Une rapide démonstration permet à tous de voir comment déconnecter en quelques gestes brefs les petites sucettes publicitaires. A 21 h 30, les groupes passent à l’action, méthodiquement. Quatre parcours sont suivis : avenue de la Libération, avenue de Nantes, sur les boulevards extérieurs et sur la rocade. Des dizaines de panneaux publicitaires, d’enseignes lumineuses de grandes surfaces sont éteintes. « On ne fait aucune dégradation. On ouvre, on éteint, on ferme et on appose une affichette. C’est une action revendiquée », explique Yvon Plaçais du collectif. « On veut montrer que la première voie pour sortir du nucléaire, c’est celle des économies d’énergies. Et pour nous, le plus symbolique en matière de gaspillage énergétique, ce sont ces panneaux publicitaires lumineux totalement inutiles. » Vendredi soir, le collectif assure avoir éteint des dizaines de cibles. Les nouveaux abris de bus et certains grands panneaux déroulants ont résisté aux «  éteigneurs de sucettes  ». Un militant a été arrêté par la police lors de l’opération et auditionné. Il est ressorti vers 0 h 30. Les quatre équipes l’attendaient dehors. Une vingtaine de villes françaises devaient participer à cette opération propagée par le site zerowatt.c.la

repères

Combien consomme un panneau publicitaire ? Les ménages sont invités à arrêter les veilleuses de leurs appareils ménagers inutilisés pour économiser le courant… et les panneaux « brûlent » du courant toute la nuit. Un panneau publicitaire de 4X3 m éclairé consomme en une nuit 6,8 kWh, indique l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Un abri de bus 1,7 kWh. « Une famille de quatre personnes consomme en moyenne 8 kWh pour tous ses besoins hors chauffage », explique la coordination poitevine antinucléaire. Qui doit calculer l’énergie économisée par son opération.

Nouvelle République, Emmanuel Coupaye, 18 mars 2012

[Poitiers] Contre le racisme, contre l’Etat

Contre le racisme, contre l’Etat

Le racisme est une construction idéologique qui a toujours servi de prétexte à la domination politique, et à son corollaire l’exploitation économique – esclavage, colonialisme, salariat à moindre coût… Il a principalement été développé et théorisé par les Etats, en particulier dans les phases les plus délicates de leur histoire, afin de diviser les populations pour mieux les opprimer. Les Etats ont pour cela reçu le soutien d’une partie des castes « savantes » de leur époque : religion et scientisme ont cautionné le racisme pour asseoir leur emprise.

Dès l’antiquité, les cités-Etats construisent, au gré de leurs alliances et de leurs conquêtes, les notions parallèles de citoyen et d’étranger (les métèques, les barbares…) Au Moyen-âge, l’Eglise et les monarchies arriérées d’Europe occidentale lancent les croisades pour étendre leur emprise sur leurs propres territoires (croisades contre les « hérétiques » en France, contre les slaves en Europe de l’Est…) et pour permettre à une caste déshéritée de chevaliers belliqueux de s’occuper ailleurs… en même temps que commencent les persécutions contre les juifs, accusés de tous les maux à chaque crise de subsistance. La notion de « frontière » apparaît ainsi au moment de la Reconquista, permettant aux Etats chrétiens d’Espagne et à l’Eglise de construire leur identité par la construction d’un ennemi intérieur musulman, et juif. Entre temps, les rois d’Europe imposent leur langue officielle d’Etat, opprimant les populations sur les territoires conquis. Plus tard, à l’époque moderne, la construction de puissants Etats modernes donne lieu à des guerres terribles en Europe, nécessitant un afflux massif d’or, déclenchant ainsi le génocide des amérindiens. L’exploitation de l’Afrique permet aussi aux Etats d’Europe de développer le commerce transatlantique : l’esclavage de masse apparaît, toujours avec la caution de l’Eglise sur l’infériorité des « indiens » puis des « nègres ». A l’époque contemporaine, le développement de l’industrie capitaliste pose aux Etats européens rivaux la question des matières premières : la colonisation militaire est lancée, avec son lot de massacres. La philosophie des lumières puis la « science » sont mises à contribution pour élaborer des théories racistes, et justifier l’exploitation de continents entiers. L’utilisation du racisme par les Etats conduira, en période de remise en cause de leur pouvoir par des mouvements ouvriers révolutionnaires finalement écrasés, à la montée du fascisme. L’horreur raciste et colonialiste perdure après la guerre, avec les atrocités perpétrées par les Etats coloniaux.

De nos jours, après le nazisme et les guerres colonialistes, les dominants ont modifié leur vocabulaire. Avec la mondialisation du capitalisme et des flux financiers, l’utilisation de la main d’oeuvre « étrangère »  est plus que jamais stratégique pour le capitalisme. Les Etats et les capitalistes ont autant besoin de la libre circulation des capitaux que de maintenir des populations de part et d’autre de frontières militarisées, avec des législations du travail différentes. On ne parle plus de races, mais « d’immigration choisie » (ou « intelligente » pour la gauche). On ne parle plus d’inégalité des races, mais d’inégalité des « civilisations » et des « cultures ». Les cultures sont essentialisées par les discours politico-médiatiques, jusque dans l’éducation nationale : l’étude des « civilisations » et de leurs « différences » est au fondement du nouveau programme d’histoire. Le différentialisme prétend ainsi sauvegarder une essence fictive de la prétendue culture ou civilisation occidentale. « Préférence nationale » et « identité nationale » permettraient ainsi d’éviter les « mélanges ». Les personnes souhaitant devenir « françaises » doivent ainsi « s’assimiler », « s’intégrer », c’est-à-dire nier leur histoire sociale. Ces discours grotesques, sans aucune légitimité rationnelle ni éthique, seraient juste pathétiques… s’ils n’étaient le prétexte aux horreurs contemporaines des centres de rétention administrative, de la traque et des expulsions d’étrangers, du néo-colonialisme, des guerres de « civilisation » en cours et à venir.

Au-delà du spectacle consternant des déclarations nauséabondes du gouvernement ces dernières années, ces logiques historiques d’Etat dépassent largement les clivages des partis de gouvernement. Sur le fond, la gauche « socialiste » assume clairement qu’elle souhaite elle aussi des « critères » pour l’immigration économique, et qu’elle expulsera les indésirables. C’est la gauche qui ouvrit les premiers camps de concentration en France pour les réfugiés révolutionnaires espagnols, elle qui prétendit « humaniser » la rétention des étrangers avec l’ouverture des centres de rétention administrative, elle qui expulse dans certaines villes des camps et des squats d’étrangers, elle qui vote une loi contre les nounous voilées, elle aussi qui souhaite ouvrir, à l’échelle européenne, des centres de rétention à propos du « problème des Roms ». Il n’y a aucune illusion à entretenir sur la gauche gouvernementale. Tous les Etats ont des frontières et professent, contre leurs « étrangers », une dégradation des droits civiques, politiques et sociaux, pour le plus grand bonheur des exploiteurs.

Pour notre part, nous considérons que la culture est le résultat vivant des échanges sociaux. Nous nous inscrivons plus que jamais dans l’internationalisme, dans le refus de l’oppression étatiste et de son corollaire le nationalisme. Jules Ferry, personnalité célèbre de gauche, fut aussi bien celui qui prétendait « civiliser les races inférieures », que celui qui participa au massacre impitoyable des Communards qui voulaient une société libre et égalitaire. Commune de Paris qui, ausi bien en 1792 qu’en 1871, fut animée par des révolutionnaires de pays différents, unis par la volonté d’abattre les privilèges et les distinctions hiérarchiques sociales.

Tant qu’il y aura l’Etat, c’est-à-dire une organisation politique autoritaire organisant l’exploitation de l’homme par l’homme, il y aura du racisme, il y aura du colonialisme, et des exploité-e-s pour tomber dans l’ornière de la haine. Seule la solidarité internationale et la construction de rapports sociaux non autoritaires, égalitaires, peut permettre d’en finir avec le racisme, l’exploitation de l’homme par l’homme, l’organisation étatiste de la société. De fait, contre les tentatives d’expulsions d’étrangers, la mobilisation paye. Les préfectures reculent devant la solidarité des proches, des voisin-e-s, parents d’élèves, des collectifs divers. C’est dans ces luttes que se tisse la solidarité, et que recule l’Etat. Ce sont ces luttes et cette organisation de la solidarité en actes qu’il nous faut étendre.

Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes

Groupe Pavillon Noir (Fédération Anarchiste 86)

http://fa86.noblogs.org/

pavillon-noir@federation-anarchiste.org

Samedi 17 mars à Poitiers, rassemblement pour une marche antiraciste et anticoloniale, 14H30 place d’armes

Mercredi 21 mars, deux rassemblements solidaires : avec les étudiant-e-s étranger-e-s expulsables à 17H place du marché, et avec la famille Adamianov et toutes les personnes expulsables à 18H devant le palais de justice. Venez nombreux-euses !