[Poitiers] 160 intermittents menacés par la préfecture de se retrouver sans structure

Les Dix Doigts serrent les poings

Deux producteurs de spectacles du Poitou-Charentes sont en passe de perdre leur licence, sans comprendre pourquoi après 16 ans, ils sont ainsi menacés.

A la compagnie des Dix Doigts, on réfléchit à la suite.

 

A la compagnie des Dix Doigts, on réfléchit à la suite. – (Photo Patrick Lavaud)

Comme nous l’indiquions ces derniers jours, la compagnie poitevine les Dix Doigts a reçu une lettre du Préfet lui indiquant qu’il avait « décidé de suivre l’avis formulé à l’unanimité » par la commission consultative de la licence d’entrepreneur du spectacle. Un avis défavorable pour le renouvellement d’une licence reconduite tous les 3 ans depuis 16 ans, pour, indique la lettre « graves manquements aux obligations d’employeur (travail dissimulé, employeur de substitution) ». Il lui reste quelques jours pour « présenter ses observations » avant de recevoir l’avis définitif.

«  Il n’y a pas eu de fraude  »

Les Dix Doigts ont fait appel à une avocate parisienne qui « conteste le fait qu’on parle de graves manquements », rapporte Jean-Paul Colombo, le fondateur des Dix Doigts. « On est un peu désemparé. Nous pensons être de bonne foi, il n’y a pas eu de fraude [] Les 160 intermittents n’ont plus de structure. Qu’est-ce qu’on leur propose ? «  C’est pas mon problème  », m’a répondu ce haut responsable de Pôle Emploi lors de la commission. Ils veulent notre disparition sans se soucier des conséquences. Mais derrière ces artistes, il y a des familles. Nous sommes pris de vitesse, il faut que nous mettions rapidement en place une structure de remplacement. »
De son côté, Anne Guiriec, déléguée régionale du syndicat Sydcar-Synavi, « trouve scandaleux que le préfet indique «  avis formulé à l’unanimité  ». Notre représentant s’y était opposé et a proposé qu’on laisse six mois aux Dix Doigts pour se retourner. Ce qui a été refusé. Il y a eu un débat et, après coup, d’autres personnes ont indiqué qu’elles retiraient leur vote [] Nous vivons une grande contradiction : d’un côté, les tutelles nous demandent de mutualiser nos moyens, d’un autre, quand il y a un vrai collectif, comme Les Dix Doigts, où les artistes s’entraident, partagent un lieu de répétition, etc., on tape dessus ! »

«  Que veulent-ils ?  »

Par ailleurs, la société Sonotek, basée en Charente-Maritime a subi le même sort, suite à cette même commission du 15 décembre. Sonotek est une SARL depuis sa création il y a 16 ans, avec deux permanents, dont le gérant, Cyril Renard, et 800 contrats d’intermittents chaque année. « On me parle de code du travail. Je le respecte à 100 %, mais c’est Pôle Emploi qui change tout le temps les règles. C’est tordu ! Que veulent-ils ? Arrêter tous les producteurs ? N’importe quelle autre entreprise aurait la possibilité de se défendre, du temps pour se retourner. Nous, on nous empêche de travailler du jour au lendemain. Nous faisons 2,5 millions de chiffre d’affaires, dont la moitié revient à l’État. Si je me bats, c’est pour leur montrer tout l’argent que je ne leur donnerai plus ! Je ne sais pas s’ils font un bon calcul. »
Claudine Trougnou, directrice (par intérim) des Affaires culturelles (Drac) indique : « Ils ont huit jours pour utiliser leur droit de réponse. Qu’ils saisissent les instances qui les ont interpellés et qu’ils montrent les démarches qu’ils ont entreprises depuis huit jours, argumentent, corrigent leurs erreurs. La situation peut évoluer. Les membres de la commission sont prêts à les accompagner à se remettre d’aplomb, pour qu’ils reprennent une compagnie en état de marche. Nous sommes un service public et pouvons leur donner conseils. Ils peuvent aussi aller à la rencontre de la direction du travail… »

Nouvelle République, Marion Valière Loudiyi, 10 janvier 2012

OGM : un procès symbolique à Poitiers

OGM : un procès symbolique à Poitiers

Le 15 août 2008, des « faucheurs » étaient intervenus à Civaux et Valdivienne dans des champs de maïs OGM.

 

Le 15 août 2008, des « faucheurs » étaient intervenus à Civaux et Valdivienne dans des champs de maïs OGM. – (Photo archives)

Le nouveau procès, en appel, de huit faucheurs volontaires à Poitiers ce vendredi, donne l’occasion aux militants anti-OGM d’organiser manifestations et débats. Ce d’autant plus que les trois témoins cités par la défense de José Bové et de ses sept co-prévenus sont trois « vedettes » des médias, qu’il s’agisse de l’essayiste Stéphane Hessel, auteur du best-seller « Indignez vous ! », du biologiste Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, ou du professeur Jacques Testart, « père » scientifique du premier bébé-éprouvette français.

Aux militants du Collectif Vigilance OGM de Poitou-Charentes, organisateur de cette conférence et des manifestations et débats du lendemain, se sont joints plusieurs organisations plus ou moins proches de la mouvance écologiste, de l’UFC Que Choisir aux Amis de la Terre, en passant par la Confédération paysanne, la Biocoop, Vienne Agrobio et Greenpeace.
« Ce procès, explique Jacques Pasquier, l’un des leaders nationaux de la Confédération paysanne, intervient dans un contexte nouveau. Le 8 décembre a été votée une loi sur les semences qui instaure une contribution volontaire obligatoire à tous les utilisateurs de semences. » Aux termes de cette loi, tout jardinier et a fortiori tout agriculteur va devoir verser au créateur de la semence des royalties, même s’il sème des graines qu’il a produites lui-même.
Autre thème d’une actualité brûlante : le débat en cours sur les « plantes mutées » : il s’agit de plantes dont le patrimoine génétique a été modifié par des moyens chimiques ou physiques sans transfert de gènes extérieurs, comme dans le cas des OGM. Ces plantes mutées (actuellement certains tournesols et prochainement des colzas) ne font l’objet d’aucun encadrement légal.
Enfin, les anti-OGM se montrent très inquiets des conséquences d’un arrêt pris par le Conseil d’État en novembre et qui annule le moratoire des cultures et essais d’OGM décidé précédemment par la France. En théorie, rien n’empêche plus aujourd’hui des producteurs de se ruer dans la brèche et commencer à cultiver des plantes génétiquement modifiées. Le gouvernement a certes promis une riposte rapide à cette décision mais dans l’attente, l’inquiétude s’installe.
Tous ces sujets devraient alimenter les débats de ce jeudi.

Nouvelle République, Vincent Buche, 10 janvier 2012

[Poitiers] Des personnels ont été contraints de venir pour la visite de Sarkozy

«Ces méthodes sont choquantes, décalées et improductives.»

« La venue du président de la République à Poitiers a suscité chez un responsable de division du rectorat de Poitiers, des initiatives zélées plutôt surprenantes », écrit le syndicat national du personnel technique de l’enseignement supérieur et de la recherche (SNPTES-UNSA). « Ce chef de division, sous couvert d’une interprétation fantaisiste du statut général des fonctionnaires, a cru bon de rendre obligatoire la présence de ses personnels à la cérémonie des vœux du président de la République qui s’est déroulée, le 5 janvier, à Chasseneuil-du-Poitou. Ces méthodes […] sont choquantes, décalées et improductives. Il est plutôt paradoxal de vouloir faire déplacer de force tout un service quand on connaît la charge de travail croissante des personnels du rectorat, notamment avec les suppressions de postes qui s’y poursuivent. »

Nouvelle République, 10 janvier 2012

[Dangé-Saint-Romain] Emplois supprimés… et syndicats « en attente » !

Restructuration à Danisco après le rachat par le groupe DuPont

Acté en mai dernier, le rachat de Danisco par le groupe américain DuPont (de son nom complet « EI du Pont de Nemours et compagnie ») n’est pas sans conséquences à Dangé-Saint-Romain. Si son directeur Jean-Claude Denis préfère parler d’un « alignement avec les processus Dupont », une restructuration est en cours au sein de l’unité de production de ferments lactiques (*), qui emploie 175 salariés.

Trois postes supprimés

« Au fur et à mesure, on s’intègre dans le groupe Dupont de Nemours, explique Jean-Claude Denis. On s’aligne sur le standard DuPont. Ça a commencé dès l’annonce, au mois de mai, et ça va se poursuivre sur quelques années. Dans le contenu des postes, on a des changements. Il y a des réaffectations de tâches. » Mais pas seulement. Trois postes vont aussi être supprimés.

J.-C. Denis : « On s'aligne sur le standard DuPont ».

J.-C. Denis : « On s’aligne sur le standard DuPont ». – (Photo d’archives)
 

« Il y a en a un qui va rester à Dangé parce qu’il y a eu une démission entre-temps, indique le délégué CFDT Joël Guin. On recherche des solutions en interne pour les deux autres personnes. » Et la direction « s’active pour essayer de trouver des postes de reclassement » pour les deux autres. Mais ils ne seront pas forcément sur Dangé… Selon le directeur, ces suppressions ne sont dues qu’à la réorganisation en cours. Mais, d’après Joël Guin, elles sont aussi liées à une « petite baisse d’activité ». Et il regrette « que les emplois soient les variables d’ajustement ». « Ce qui m’embête, c’est qu’on n’a pas cherché à anticiper en baissant le train de vie de l’entreprise », peste-t-il.
Pour autant, les syndicats ne sont pas encore montés au créneau. « On est en attente de ce qui est en train de se dérouler, confie le délégué CFTC Laurent Zindel. On est en surveillance. Ce n’est que le début. »

(*) Elle travaille pour Danone, Eurial, Lactalis, Nestlé…

Nouvelle République, Alain Grimperelle, 10 janvier 2012

[Châtellerault] Trois mois fermes de prison pour des TIG n’ayant pu être effectués

Il part en prison, sa mère pousse un coup de gueule

Mehdi, un Châtelleraudais de 23 ans, était convoqué jeudi dernier au commissariat de police de Châtellerault. Il n’en est pas ressorti libre. Il a été directement emmené, à la prison de Vivonne. Motif : il n’a pas effectué un TIG (Travail d’intérêt général), après une condamnation en 2009 pour des faits de petite délinquance. Or, selon sa mère, Nadira, qui a poussé la porte de la rédaction pour pousser « un coup de gueule », non seulement il est, affirme-t-elle, « allé à tous ses rendez-vous du SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) », chargé du suivi des personnes condamnées, mais également « nous avons contacté la personne chargée du dossier et pour savoir si elle avait trouvé un lieu d’accueil pour que Mehdi effectue son TIG ». Sans résultat. Et le TIG s’est transformé en prison. Trois mois.

«  Nous sommes choqués  »

Une situation intolérable pour sa mère qui a pris sa plume pour interpeller le procureur de la République : « Nous sommes très choqués et surpris du déroulement de cette procédure, étant donné qu’aucun appel téléphonique ni courrier n’ont précédé cette incarcération. Nous étions complètement d’accord pour que Mehdi soit condamné pour les bêtises qu’il a faites. Mais là, nous avons l’impression qu’il est victime de traitement injuste. »
D’autant qu’en 2010, poursuit sa mère, Mehdi, condamné dans une autre affaire, a purgé une peine d’un an de prison. « Cette incarcération concernait plusieurs petits délits. On pouvait penser que cette peine remplaçait les TIG. »

 Elle saisit le procureur 

Nadira craint que cette nouvelle incarcération « brutale » ne le « déconstruise » car il a été « traumatisé lors de son incarcération en 2010 et un suivi psychologique a été nécessaire pour qu’il aille mieux ».
La mère de Mehdi, qui invite le procureur de la République à « revoir ce dossier », aimerait « comprendre le déroulement de tous ces événements afin de mieux les vivre et d’aider Mehdi à se construire sa vie d’adulte ». Mehdi est en prison jusqu’au 15 mars.

Au parquet de Poitiers, on explique que lorsqu’un TIG n’est pas exécuté, la justice peut être amenée à prendre une nouvelle décision judiciaire et condamner le prévenu à une peine de prison ferme. Ce dernier fait alors l’objet d’une « fiche d’écrou » et est recherché par la police pour être conduit en prison.

Nouvelle République, D.F., 10 janvier 2012