[Espagne] Un archicureton appelle au viol des femmes ayant avorté

L’Église travaille en Espagne

Posted on 8 janvier 2012 by juralib

Un archevêque espagnol : « Violez les femmes, parce qu’elles le méritent »

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326005983.png

Javier Martinez, l’archevêque de Grenade, a légitimé le viol pour les femmes qui ont avorté dans son sermon de Noël. L’auteur portugais Manuel António Pina, s’en émeut et condamne fermement ses propos dans le Jornal de Notícias  :

« Quand il s’agit de l’intolérance, l’Église espagnole n’a de leçon à prendre de personne… Maintenant que le [Premier ministre] Mariano Rajoy, proche de l’Église, a annoncé son intention d’éliminer “la corruption de la loi laïque sur l’avortement” que le gouvernement de son prédécesseur Zapatero a fait adopter, je me suis fait remettre l’homélie de Noël de l’archevêque de Grenade, Javier Jimenez, dans laquelle il affirme “qu’une femme qui a avorté donne à un homme la licence absolue, sans restriction, pour abuser de son corps, parce qu’elle a commis un péché comme si elle avait le droit de commettre ce péché”. … Pour l’archevêque, les crimes d’Hitler et ceux de Staline (il a oublié Franco) sont “moins épouvantables que l’avortement”. Dans ces moments-là, même un athée voudrait qu’il y ait un dieu pour condamner ces personnes. »

Leur presse (Express.be), 4 janvier 2012.

[Bilbao] Grande manifestation pour la libération des prisonnier-e-s basques

Espagne: première marche pour les prisonniers basques depuis le retour de la droite

Aux cris de « prisonniers basques au Pays basque ! », une immense marche a traversé Bilbao samedi, la première de ce type depuis l’annonce de l’abandon de la lutte armée par l’organisation séparatiste basque ETA et le retour au pouvoir de la droite en Espagne.

Des milliers de personnes défilent le 7 janvier 2012 à Bilbao pour demander le regroupement des prisonniers basques

Des milliers de personnes défilent le 7 janvier 2012 à Bilbao pour demander le regroupement des prisonniers basques

Un cortège compact s’est étendu sur au moins la moitié du parcours d’environ deux kilomètres entre « La Casilla », située sur l’avenue Autonomia, et la mairie, dans le centre-ville, a constaté un correspondant de l’AFP.

« Il y a beaucoup plus de monde qu’à la manifestation du 22 octobre qui avait rassemblé 65.000 personnes » à Bilbao, deux jours après l’annonce historique de l’ETA ayant mis fin à plus de 40 ans de violence qui ont fait 829 morts, a déclaré à l’AFP l’un des organisateurs Benat Zarrabeitia.

En l’absence d’évaluations officielles, des médias évoquaient plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Derrière la banderole de tête où était écrit en basque et en anglais « les prisonniers basques au Pays basque », environ 3.000 membres de familles de détenus ont ouvert la marche en agitant le drapeau symbole des prisonniers basques. Quelque 700 prisonniers de l’ETA sont dispersés dans les prisons espagnoles et françaises.

S’en tenant à scander « les prisonniers basques au Pays basque ! » sur fond de chants nationalistes, les manifestants venus en famille semblent avoir respecté les interdits, aucune photo de détenus condamnés pour terrorisme n’ayant été visible.

Mais si aucun slogan ne mentionnait les « prisonniers politiques », tous les manifestants avaient ces mots sur les lèvres.

« Tous les prisonniers politiques basques ne sont pas de l’ETA. Mon fils a été arrêté le 17 janvier 2011. Il était membre de Batasuna » (aile politique de l’ETA interdite en 2003), affirme Consu Mayo, dont le fils Gorka, 32 ans, père de deux enfants, est détenu dans une prison au nord de Madrid.

« Depuis un an, il est détenu sans jugement », poursuit-elle.

La marche, qui s’est dispersée dans le calme vers 19H00 GMT, répondait à l’appel d’Egin Dezagun Bidea (« Faisons le chemin »), une nouvelle organisation qui se présente comme une initiative citoyenne de soutien aux prisonniers basques.

Dans un manifeste écrit en 13 langues, ce collectif appelle notamment « au regroupement des prisonniers politiques basques dans le Pays Basque », à « la libération des prisonniers ayant purgé les trois quarts de leur peine » et de ceux « gravement malades ».

L’ensemble de la gauche abertzale dont la mouvance Batasuna et plusieurs partis indépendantistes comme Aralar et Eusko Alkartasuna (EA) étaient représentés.

Cette marche en faveur des prisonniers a lieu chaque année à la même date à Bilbao, capitale de la Biscaye. Mais cette année, elle prend une dimension toute particulière.

Elle est la première depuis l’annonce historique du 20 octobre de l’ETA qui n’a toutefois pas annoncé sa dissolution.

La première depuis que le Parti populaire (PP, conservateur) a remporté haut la main les élections du 20 novembre après quasiment huit ans de pouvoir socialiste.

Et enfin la première depuis que les indépendantistes basques ont fait leur grand retour au Parlement, avec sept sièges pour la coalition Amaiur contre cinq au parti nationaliste de droite PNV.

Le député d’Amaiur Xabier Mikel Errekondo a réclamé, peu avant le début de la marche, une « solution démocratique complète pour le conflit basque », demandant au chef du gouvernement de droite Mariano Rajoy de « commencer à faire des pas » dans ce sens.

Le PP écarte lui toute amnistie et estime que l’unique issue acceptable passe par le désarmement complet et une dissolution sans contreparties de l’ETA, avant d’examiner d’éventuelles solutions individuelles pour les prisonniers.

AFP, 7 janvier 2012

[Grasse] En mémoire d’Abdelhakim : « Nous sommes tous des victimes potentielles »

Manifestation à Grasse en mémoire d’un jeune homme mort lors d’une interpellation

Deux cents personnes se sont rassemblées samedi à Grasse en mémoire du jeune Abdelhakim Ajimi, mort au cours d’une interpellation mouvementée en 2008, alors que sept policiers devront s’en expliquer devant la justice du 16 au 20 janvier.

Les parents (G et D), les frères et la soeur (C) de Abdelhakim Ajimi, mort au cours d'une interpellation mouvementée, participent à un rassemblement, le 07 janvier 2012 à Grasse

Les parents (G et D), les frères et la soeur (C) de Abdelhakim Ajimi, mort au cours d’une interpellation mouvementée, participent à un rassemblement, le 07 janvier 2012 à Grasse

« Cela fait quatre ans qu’on se bat pour ce procès, affirme Boubaker Ajimi, le père de la victime. C’est un combat dur, on a perdu un enfant de 22 ans, ce n’est pas facile ».

« Ce n’est pas un procès contre la police, mais contre des policiers qui doivent être jugés comme des citoyens », précise à l’AFP l’homme, qui a toujours appelé les jeunes de Grasse à « rester calmes » face à l’affaire.

Deux fonctionnaires de la brigade anti-criminalité (Bac) seront jugés dans une semaine pour « homicide involontaire » et « non-assistance à personne en danger » devant le tribunal correctionnel de Grasse. Les cinq autres sont poursuivis pour « non-assistance à personne en danger ».

A bout, Lasse de croiser ces policiers, la famille Ajimi a fini par déménager de Grasse il y a deux ans. « Ils tournent la tête, je ne parle pas à des gens inhumains », dit Boubaker Ajimi.

Pour leur ancien voisin de palier Walid Klai, « Hakim » Ajimi, arrivé de Tunisie à 16 ans, était un jeune homme « beau et bien intégré ». Après une altercation dans une agence bancaire, il avait été interpellé par la police en rentrant chez lui, puis menotté et plaqué au sol dans la rue.

Nora Benameur, militante d’une association venue spécialement d’Avignon dans un autocar d’une cinquantaine de personnes, s’est déplacée « par solidarité envers la famille », a-t-elle dit à l’AFP.

Plus généralement, elle entend aussi dénoncer « des crimes similaires qui sont perpétrés en France », des actions policières qui « ciblent les quartiers populaires, notamment les Noirs et les Arabes ». « Nous sommes tous des victimes potentielles », affirme-t-elle.

Après divers épisodes judiciaires, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence avait infirmé en 2010 une ordonnance de non-lieu rendue par un juge d’instruction de Grasse.

Les rapports d’expertise médicale ont conclu que la mort du jeune homme était due à une asphyxie mécanique, résultat d’une compression thoracique et d’une clef de Bras pratiquées par les policiers avec trop de force et durant trop longtemps.

Selon Me Gérard Baudoux, qui défend les deux policiers de la Bac, ses clients risquent un maximum de 3 années de prison. « Je ne vois pas ce que l’on peut reprocher à l’un ou à l’autre, il n’ont fait qu’appliquer ce qu’on leur apprend à l’école de police », plaidera-t-il.

AFP, 7 janvier 2012

[Clermont] Wissam dans le coma : des centaines de manifestant-e-s réclament justice contre les flics

Deux policiers visés par la justice après une interpellation « musclée » à Clermont

Deux policiers sont visés par une information judiciaire pour coups et blessures volontaires, après l’interpellation « musclée » à Clermont-Ferrand la nuit du réveillon d’un homme de 30 ans, dans le coma depuis, pour lequel plus de 500 personnes ont réclamé justice samedi.

Quelque 500 à 600 personnes défilent le 7 janvier 2012 à Clermont-Ferrand en soutien à un homme de 30 ans arrêté de façon "musclée" la nuit du réveillon

Quelque 500 à 600 personnes défilent le 7 janvier 2012 à Clermont-Ferrand en soutien à un homme de 30 ans arrêté de façon « musclée » la nuit du réveillon

« Il y a eu une interpellation avec une force certaine en raison du comportement désordonné de l’intéressé », a indiqué le procureur de la République par intérim à Clermont, Gérard Davergne. Il a ouvert vendredi une information judiciaire pour « coups et blessures volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ».

Wissam El-Yamni était sous l’emprise de l’alcool, du cannabis et de la cocaïne au moment des faits.Il a été arrêté vers 2H30 dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, près d’un centre commercial dans le quartier de la Gauthière, alors qu’il était très excité, d’après les forces de l’ordre, et s’en était pris aux policiers, lançant des projectiles sur leur véhicule.

Après une course-poursuite, il a été plaqué au sol, menotté puis conduit au commissariat. Il est tombé dans le coma après un malaise cardiaque durant son transport. Il n’avait pas d’antécédents médicaux.

Il présentait des fractures et des lésions au cou lors de l’arrivée des secours.

L’information judiciaire devra déterminer si l’interpellation, que le procureur qualifie lui-même de « musclée », était « nécessaire ou illégitime » compte tenu « de l’état de la victime ».

M. Davergne s’est appuyé sur l’enquête menée sur place cette semaine par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) de Lyon pour désigner les deux fonctionnaires qui ne sont pas suspendus à ce stade de l’enquête.

Selon l’avocat des proches de M. El-Yamni, Me Jean-François Canis, « la famille est déçue que l’information ne concerne que deux policiers » alors qu' »une dizaine de voitures de police étaient présentes lors de l’interpellation », d’après les éléments qu’elle a recueillis. Ce chiffre est contesté par le procureur, qui évoque au maximum trois véhicules.

La famille doit se constituer partie civile lundi.

Environ 500 à 600 personnes ont défilé silencieusement samedi après-midi à Clermont-Ferrand pour réclamer justice.

Les participants, des jeunes gens issus des quartiers populaires de la ville pour l’essentiel, se sont rendus devant le commissariat pour un rassemblement Assis, derrière une banderole sur laquelle était inscrit « Personne au-dessus des lois, stop bavure, on est tous avec toi Wissam ».

Depuis son interpellation, une tension palpable est perceptible à Clermont-Ferrand. Au cours des deux dernières NUITS, une trentaine de véhicules au total ont brûlé dans différents quartiers de la ville. « Ce soir pas de violence, aucune voiture brûlée, aucune vitre cassée », a exhorté un des organisateurs de la protestation silencieuse, ami de la victime.

Le préfet du Puy-de-Dôme Francis Lamy a affirmé lors d’une conférence de presse qu’il « ne laisserai(t) pas s’installer de zone de non-droit à Clermont-Ferrand ». Environ 200 policiers, dont deux compagnies de CRS, ont été mobilisés pour la nuit de samedi à dimanche.

« Chaque personne qui sera en situation d’être interpellée le sera », a ajouté le représentant de l’Etat.

AFP, 7 janvier 2012

[Traduction] « Je suis anarchiste » – un discours de Lucy Parsons

Voici une traduction d’un discours de Lucy Parsons, paru le 21 décembre 1886. Elle enchaîne alors les interventions publiques pour défendre les inculpés anarchistes de Chicago, condamnés à mort, parmi lesquels son époux. Elle revient sur la fameuse affaire d’Haymarket Square.

« Je suis anarchiste »

discours de Lucy Parsons, 1886

 Traduction : Jean, groupe Pavillon Noir, Fédération Anarchiste 86

Je suis une anarchiste. Je suppose que vous êtes venus ici, pour la plupart d’entre vous, pour voir à quoi pouvait bien ressembler une vraie anarchiste, en chair et en os. Je suppose que certains d’entre vous s’attendaient à me voir avec une bombe dans la main et une torche enflammée dans l’autre, mais sont bien déçues de ne voir ni l’une ni l’autre. Si telle était l’idée que vous vous faisiez sur l’anarchiste, vous méritiez d’être déçus. Les anarchistes sont des gens pacifiques et respectent les lois. Que pensent les anarchistes quand ils parlent d’anarchie ? Le Webster donne au terme deux définitions, à savoir le chaos, ou une façon de vivre sans règles politiques. Nous retenons cette dernière définition. Nos ennemis prétendent que nous ne croyons qu’à la première.

 Vous demandez-vous pourquoi il y a des anarchistes dans ce pays, dans cette grande terre de liberté, comme vous aimez l’appeler ? Allez donc à New York. Prenez les chemins détournés et les ruelles de cette grande ville. Faites le compte des myriades d’affamés ; du nombre croissant des milliers de sans-logis ; comptez donc tous ceux qui travaillent plus dur que des esclaves et vivent de moins encore, avec moins de confort que les esclaves les plus démunis. Vous serez sidérés par vos découvertes, vous qui n’aviez jusque là porté aucune attention à ces pauvres, et les considériez tout juste comme objets de charité et de compassion. Ils ne sont pas objets de charité, ils sont les victimes de l’injustice flagrante qui imprègne le système de gouvernement, et de l’économie politique qui prédomine de l’Atlantique au Pacifique. Son oppression, la misère qu’elle cause, la détresse à laquelle elle donne naissance, se trouvent au plus haut point à New York plus que partout ailleurs. A New York, où il y a quelques jours à peine deux gouvernements se réunissaient pour inaugurer une statue de la liberté, où une centaine d’orchestres jouèrent cet hymne de la liberté, « La Marseillaise ». Mais l’on pourrait faire un constat presque similaire parmi les mineurs de l’Ouest, qui ne sont maintenus dans des conditions de vie sordides et ne portent des haillons que pour que les capitalistes, qui contrôlent cette terre qui devrait être à la libre disposition de tous, puissent encore ajouter davantage à leurs millions ! Oh, il y a tant de raisons pour l’existence des anarchistes.

 Mais à Chicago, ils ne pensent pas que les anarchistes aient le moindre droit que ce soit à l’existence. Ils veulent les y pendre, légalement ou illégalement. Vous avez entendu parler d’un certain rassemblement d’Haymarket. Vous avez entendu parler d’une bombe. Vous avez entendu parler d’arrestations et d’arrestations suivantes par des inspecteurs. Ces inspecteurs ! Il y a cette sorte d’hommes, ou plutôt de bêtes pour vous ! Les inspecteurs de Pinkerton ! Ils feraient n’importe quoi. Je suis persuadée que les capitalistes voulaient qu’un homme jette une bombe au rassemblement d’Haymarket pour pouvoir accuser les anarchistes de l’avoir fait. Pinkerton pourrait avoir fait cela pour eux. Vous avez eu vent d’une grande affaire de bombes. Vous avez entendu dire que les anarchistes parlaient beaucoup de dynamite. On vous a dit que Lingg avait fabriqué des bombes. Il n’a violé aucune loi. Les bombes de dynamite peuvent tuer, peuvent assassiner, comme le peuvent les mitrailleuses Gatling. Supposez que la bombe ait été lancée par un anarchiste. La constitution dit qu’il y a certains droits inaliénables, parmi lesquels la liberté de la presse, la liberté de parole, et la liberté de réunion. La constitution donne aux citoyens de ce grand pays le droit de repousser les atteintes arbitraires portées à ces droits. Le rassemblement d’Haymarket Square était un rassemblement pacifique. Supposez, lorsqu’un anarchiste a vu les policiers arriver sur place, avec le meurtre dans leurs yeux, déterminés à briser ce rassemblement, supposez qu’il ait lancé cette bombe ; il n’aurait enfreint aucune loi. Voilà ce que serait le verdict de vos enfants. Si j’avais été présente, si j’avais vu ces policiers assassins s’approcher, si j’avais entendu cet ordre insolent de dispersion, si j’avais entendu Fielden dire « Capitaine, c’est un rassemblement pacifique », si j’avais vu les libertés de mes concitoyens foulées aux pieds, j’aurais jeté cette bombe moi-même. Je n’aurais enfreint aucune loi, mais j’aurais fait respecter la constitution.

 Si les anarchistes avaient planifié la destruction de la ville de Chicago et le massacre de la police, pourquoi n’auraient-ils emmené que deux ou trois bombes ? Parce que ce n’était pas là leur intention. C’était un rassemblement pacifique. Carter Harrison, le maire de Chicago, était présent. Il a dit que c’était un rassemblement tranquille. Il avait dit à Bonfield [Capitaine John Bonfield, Commandant du Commissariat de Desplaines] d’envoyer les policiers vaquer à leurs tâches diverses. Je ne suis pas là pour me réjouir de la mort de ces policiers. Je méprise le meurtre. Mais lorsqu’une balle de revolver d’un policier tue, il s’agit bien plus d’un meurtre que lorsque la mort résulte de l’explosion d’une bombe.

 La police s’est ruée sur ce rassemblement alors même qu’il était sur le point de se disperser. Mr Simonson a parlé à Bonfield au sujet de ce rassemblement. Bonfield a dit qu’il voulait se faire les anarchistes. Parsons est allé au rassemblement. Il a emmené avec lui son épouse, deux dames et ses deux enfants. Vers la fin du rassemblement, il a dit : « Je crois qu’il va pleuvoir. Rendons-nous au Zeph’s Hall ». Fielden a répondu qu’il était d’accord avec cette proposition et qu’il fallait s’arrêter dès à présent. Les gens commencèrent alors à se disperser, un millier des plus enthousiastes s’attardèrent encore un peu malgré la pluie. Parsons, et ceux qui l’accompagnaient, prirent le chemin de la maison. Ils étaient arrivés à hauteur du commissariat de police de Desplaines street lorsqu’ils virent la police partir à toute vitesse. Parsons s’arrêta pour voir quel était le problème. Ces deux cents policiers se ruaient pour se faire les anarchistes. Alors nous partîmes. J’étais au Zeph’s Hall quand j’entendis cette détonation terrible. Elle se fit entendre à travers le monde entier. Les tyrans furent ébranlés et sentirent que quelque chose ne tournait pas rond.

 La découverte de la dynamite et son utilisation par des anarchistes est une répétition de l’histoire. Quand la poudre fut découverte, le système féodal était au faîte de sa puissance. Sa découverte et son usage engendrèrent les classes moyennes. Sa première détonation sonna le glas du système féodal. La bombe de Chicago a sonné la chute du système salarial du dix-neuvième siècle. Pourquoi ? Parce que je sais qu’à l’avenir plus aucune personne intelligente ne se soumettra au despotisme. Elle signifie la dispersion du pouvoir. Je ne dis à personne d’en user. Mais ce fut une réalisation de la science, non de l’anarchie, faite pour les masses. Je suppose que la presse dira que ce que je viens de vomir là est une trahison. Si j’ai enfreint la moindre loi, arrêtez-moi, mettez-moi en procès et donnez-moi la sanction adéquate, mais laissez le prochain anarchiste qui s’approche parler librement de ses idées sans lui faire obstacle.

 Et bien, la bombe explosa, les arrestations furent menées et alors vint cette grande farce judiciaire, qui commença le 21 juin. Le jury fut constitué. Y a-t-il un chevalier du travail dans l’assistance ? [ndt : les « knights of labor » étaient une organisation de travailleurs] Alors sachez qu’un chevalier du travail ne fut pas considéré comme assez compétent pour siéger dans le jury. « Etes-vous un chevalier du travail ? », « avez-vous quelque sympathie pour les organisations de travailleurs ? », telles furent les questions que posait chacun de ces fins limiers. Si une réponse affirmative était donnée, le fin limier s’emballait : « N’êtes-vous pas une sorte de franc-maçon, un chevalier templier ? Sapristi, non ! [Grands applaudissements] Je vois bien là à cette expression que vous croyez lire le signe que les temps sont proches ! » Hangman Gary, nommé à tort « juge », établit de son propre chef que si un homme avait des préjugés contre les accusés, cela ne l’empêcherait pas de siéger dans le jury. Car un tel homme, a dit Hangman Gary, porterait une attention plus soutenue à la loi et aux preuves, et serait plus apte à rendre un verdict sur les accusés. Y a-t-il un juriste dans l’assistance ? Si c’est le cas, il sait qu’une telle règle n’a aucun précédent et qu’elle est contraire à toute loi, à toute raison et à tout sens commun.

 Dans la chaleur du patriotisme les citoyens américains versent parfois une larme pour le nihiliste de Russie. Ils se plaignent que le nihiliste ne puisse obtenir justice, qu’il soit condamné sans procès. Combien devraient-ils davantage pleurer sur le sort de leur voisin de palier, l’anarchiste, qui voit les conditions de son procès frappées d’une telle règle !

 Il y eut des « mouchards » qui furent présentés à la barre comme témoins par le ministère public. Il y en eut trois. Chacun, je dis bien chacun d’entre eux, a bien été obligé d’admettre qu’ils avaient été achetés et menacés par le ministère public. Pourtant Hangman Gary tint leurs témoignages pour valables. Il fut démontré au procès que le rassemblement d’Haymarket n’était le résultat d’aucun complot, mais advint de la façon suivante. La veille du jour où les esclaves salariés de l’usine McCormick firent grève pour la journée de travail de huit heures, McCormick, de son luxueux bureau, d’un seul coup de crayon tenu par ses doigts oisifs et ornés de bagues, avait privé 4.000 hommes de leurs emplois. Certains se sont réunis et ont bloqué l’usine. C’est donc qu’ils étaient anarchistes, a déclaré la presse. Mais les anarchistes ne sont pas idiots ; seuls les idiots bloquent des bâtiments. Les policiers furent envoyés et ils tuèrent six esclaves salariés. Et cela, vous ne le saviez pas. La presse capitaliste passa cela sous silence, mais elle fit grand bruit de la mort de quelques policiers. Alors ces fous d’anarchistes, c’est ainsi qu’ils furent appelés, pensèrent qu’un rassemblement devrait être tenu pour réfléchir sur le meurtre des six camarades et discuter du mouvement des huit heures. Le rassemblement se tint. Il était pacifique. Quand Bonfield ordonna à la police de charger ces pacifiques anarchistes, quand il hissa le drapeau américain, il aurait dû être flingué sur le champ.

 Alors que la farce judiciaire se poursuivait, des drapeaux rouges et noirs furent apportés à la cour, pour prouver que les anarchistes avaient jeté la bombe. Ils furent accrochés au mur et pendirent là, spectres affreux devant le jury. Que signifie le drapeau noir ? Quand un câblogramme rapporte qu’il a été porté à travers les rues d’une ville européenne, cela signifie que les gens souffrent – que les hommes sont sans emploi, que les femmes sont affamées, que les enfants sont pieds nus. Mais, dites vous, ça se passe en Europe. Qu’en est-il de l’Amérique ? Le Chicago Tribune a révélé qu’il y a 30.000 hommes dans cette ville qui se retrouvent sans rien à faire. Une autre source, que 10.000 gosses ont été pieds nus au milieu de l’hiver. La police a rapporté que des centaines de gens n’avaient aucun lieu pour dormir ni se réchauffer. Quand le président Cleveland a achevé son discours de remerciements de Thanksgiving, les anarchistes ont formé un cortège en portant le drapeau noir pour montrer qu’il y avait des milliers de gens qui n’avaient aucune raison de lui retourner un quelconque remerciement. Quand la Bourse de Commerce, cet antre du jeu d’argent, s’est consacrée à organiser un dîner de gala à trente dollars l’assiette, là encore le drapeau noir fut hissé, pour montrer qu’il y avait des milliers de gens qui ne pouvaient même pas se réjouir d’un repas à deux cents.

 Mais le drapeau rouge, cet horrible drapeau rouge, que signifie-t-il ? Non que le sang doit couler dans les rues, mais que le même sang rouge coule dans les veines de toute la race humaine. Il symbolise la fraternité humaine. Quand le drapeau rouge flottera sur le monde, l’oisif devra se mettre au travail. Ce sera la fin de la prostitution pour les femmes, de l’esclavage pour l’homme, de la faim pour l’enfant.

 La Liberté a été nommée anarchie. Si cette sentence de mort est mise à exécution, ce sera le glas de la liberté en Amérique. Vous et vos enfants serez des esclaves. Vous n’aurez de liberté qu’en en payant le prix. Si cette sentence est mise à exécution, mettez en berne le drapeau de notre pays et inscrivez le mot « honte » sur chacun de ses replis. Laissez notre drapeau traîner dans la poussière. Laissez les enfants des travailleurs placer des lauriers sur le front de ces héros modernes, parce qu’ils n’ont commis aucun crime. Brisez le double joug. Le pain c’est la liberté et la liberté c’est le pain.

 The Kansas City Journal, 21 décembre 1886, p.1

 http://www.blackpast.org/?q=1886-lucy-parsons-i-am-anarchist